Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov (en , , ), né le à Tikhvine et mort le à , est un compositeur russe. Il fut avec Tchaïkovski l'un des plus grands compositeurs russes de la seconde moitié du . Il fit partie du « Groupe des Cinq » et fut professeur de musique, d'harmonie et d'orchestration au conservatoire de Saint-Pétersbourg.
Il est particulièrement connu et apprécié pour son utilisation de thèmes extraits du folklore populaire ou des contes, ainsi que pour ses remarquables talents en orchestration, qui lui valent souvent le titre de « magicien de l'orchestre »... Il eut une influence importante sur la plupart des compositeurs russes, mais aussi étrangers, de la fin du au début du . Ses œuvres les plus emblématiques sont Schéhérazade, Capriccio espagnol, La Grande Pâque russe, Le Coq d'or, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia et Le Vol du bourdon.
On peut citer le musicologue britannique Gerald Abraham à propos de la musique de Rimski-Korsakov :
Le succès de sa musique, quand elle est proposée en concert, ne s'est jamais démenti. Si l'ensemble de ses œuvres est incontournable en Russie, ses opéras n'ont que peu percé en Occident, alors que sa musique symphonique est universellement saluée.
Biographie Jeunes années vignette|upright|gauche|Mili Balakirev dans les années 1860.
Rimski-Korsakov est né à Tikhvine, environ à l'est de Saint-Pétersbourg, au sein d'une famille aristocratique. Dès son plus jeune âge, il fait preuve d'un talent certain pour la musique. Cependant ses parents n'apprécient guère cette précocité, considérant ces capacités musicales comme une clowneriep. 9. Occuper la fonction de compositeur était inacceptable pour un membre de leur famille, au regard des traditions et de leur rang social. Sous la pression de ses parents, il fait ses études au corps des cadets de la Marine, à Saint-Pétersbourg, et s'engage ensuite dans la marine impériale. En parallèle de ces études, il prend néanmoins des cours de piano avec un violoncelliste dénommé Oulikhp. 11, se rend souvent à l'Opéra et pratique le piano à quatre mains avec ses amis et professeursp. 12-13.
Il admettra plus tard avoir toujours été passionné par la musique, la considérant comme un jeu, ou même un jouetp. 15, pour l'enfant de seize ans qu'il était. Oulikh a d'ailleurs rapidement découvert le talent du jeune homme et l'a recommandé à un autre professeur de sa connaissance, Feodor A. Kanille (aussi appelé Théodore Canillé). Au début de l'automne 1859, Rimski-Korsakov commence des leçons de piano et de composition avec Kanille. Ce dernier lui présente des compositions plus actuelles, comme celles de Glinka, un compositeur génial et prolifique dit le « Père de la musique classique russe »lexpress, §6. Cependant le frère aîné de Nikolaï, Voïn, également dans la marine, qui prend soin de son « intérêt », fait annuler ces leçons dès qu'il apprend leur existence (en ). Kanille encourage Nikolaï à poursuivre la pratique de la musique, et à venir lui rendre visite le dimanchep. 16, plus pour jouer ensemble que pour prendre des leçons. En , Kanille présente le jeune Nikolaï à Mili Balakirev, pianiste réputé et compositeur patriotep. 18.
Balakirev l'encourage à composer de la musique plus qu'à en jouer et lui donne quelques leçons quand il n'est pas en merp. 19. Il le pousse également à enrichir ses connaissances et sa culture musicale au contact d'autres nations et civilisations, à l'occasion de ses missions dans la marine. Avec Balakirev, il rencontre également d'autres compositeurs qui formeront plus tard le Groupe des Cinq. Il écoute leurs enseignements, leurs avis et leurs critiques sans chercher à débattre avec euxp. 21. Avec leurs encouragements, il commence à considérer sérieusement une carrière de compositeurp. 24.
En 1862, Rimski-Korsakov part pour une campagne de trois ans autour du monde à bord du clipper Diamant, qui l'emmène en Angleterre, aux États-Unis, au Brésil, en Espagne, en France et en Italie. Il termine trois mouvements de sa première symphonie dans les mois qui précèdent son départp. 22, puis compose l'adagio (qui sera le second mouvement) pendant une halte en Angleterre. Il envoie ses manuscrits à Balakirevp. 42, juste avant de reprendre la mer. À son retour en 1865, son mentor lui suggère de travailler encore son œuvre pour la perfectionner. Rimski-Korsakov se met alors au travail très sérieusement, réorganise complètement l'orchestration de l'œuvre et ajoute un trio pour le Scherzo (troisième mouvement)p. 58-59. En , Balakirev dirige la création de l'œuvre, qui remporte un vif succès. Le compositeur apparaît sur la scène en uniforme (selon les règles de la marine, même s'il n'est pas en service, un officier se doit de le conserver) pour recevoir les applaudissements de la foule. Le public manifeste une grande surprise à la vue de ce militaire, se demandant comment un tel personnage a pu composer une telle œuvrep. 61.
Compositeur acharné vignette|upright|Rimski-Korsakov en jeune officier de marine (1870)
Désormais affecté à terre à l'État major, ses activités d'officier de marine ne l'occupant plus que deux ou trois heures par jour, il dispose d'un temps considérable pour composer de la musique et élargir le cercle de ses relations. Il termine la première version de ses œuvres orchestrales Sadko (1867) et Antar (1868), qui deviendra sa deuxième symphonie. Il se lie d'amitié avec Alexandre Borodine, dont la musique l'étonne et l'intéresse beaucoupp.57. Il passe de plus en plus de temps avec lui, Balakirevp. 58, puis Modeste Moussorgskip. 72. Ils échangent leurs impressions sur leurs travaux, et parfois travaillent ensemble à de nouvelles compositions. Au printemps 1868, leur petit cercle s'étend à la famille Purgold, qui organise des soirées musicales dans sa maisonp. 87-88. La deuxième des trois sœurs Purgold est une chanteuse très douéep. 88, et la plus jeune une pianiste accomplie. Elle arrangera une version de Sadko et Antar pour piano à quatre mains.
gauche|vignette|Tchaïkovski en 1866 alors professeur au Conservatoire de Moscou C'est en 1868 que Rimski-Korsakov rencontre pour la première fois Tchaïkovskip. 74, compositeur alors peu connu. Comme l'éducation musicale de Tchaïkovski est plus centrée sur la musique occidentale, alors en vogue au Conservatoire de Saint-Pétersbourg où il a fait ses études, le petit cercle a un regard plutôt méprisant sur ce dernierp. 75. À la demande de Balakirev, Tchaïkovski joue le premier mouvement de sa première symphonie au piano. Le , Rimski-Korsakov sera plus impressionné par le final de la deuxième symphonie du compositeur, « Petite Russie », lorsqu'il le joua chez lui. Cette œuvre est certainement celle de Tchaïkovski qui se rapproche le plus de l'état d'esprit du Groupe des Cinq. Néanmoins, comme l'observa le frère du compositeur, les relations entre Tchaïkovski et Rimski-Korsakov (ou même les Cinq) .
À l'automne 1871, Rimski-Korsakov emménage dans un appartement de son frère et invite Moussorgski à être son colocataire. Ils arrangent leurs travaux ainsi : le matin, Moussorgski joue du piano, pendant que Rimski-Korsakov copie, compose, ou orchestre. Puis l'après-midi, comme Moussorgski travaille comme fonctionnaire, Rimski-Korsakov peut travailler sur le piano. Enfin, les soirées sont réservées au travail en communp. 122-123. , écrit Rimski-Korsakov, p. 123.
L'opéra La jeune fille de Pskov se heurta d'abord au comité de censure de l'époque, et Rimski-Korsakov a dû faire jouer toutes ses relations pour surmonter cette difficulté. Le plus gros problème était posé par le personnage d'Ivan le Terrible. En effet, une loi de 1837 interdisait la présence d'un tsar dans un opéra. Mais la règle était différente pour les pièces de théâtre, ce qui joua en faveur du compositeur. Après de longs efforts diplomatiques et grâce à une famille amie du compositeur, les Krabbe, qui intervint auprès du frère du tsar, la censure finit par accepter la jeune fille de Pskov, après quelques modifications. Cette péripétie permit également à Boris Godounov d'être produit au prix de quelques changements.
Professeur En 1871, Rimski-Korsakov devient professeur de composition et d'orchestration au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, et professeur principal de la classe d'orchestrep. 115-116. À cette époque, il est encore peu confiant en ses capacités d'enseignant, notamment à cause de ses lacunes techniques : p. 117. Fait plus grave, après avoir achevé la Jeune fille de Pskov, Rimski-Korsakov s'aperçoit qu'il est en manque d'inspiration et prend conscience que sa seule chance de poursuivre sa carrière de compositeur est d'acquérir de solides connaissances techniquesp. 118.
Lors de ses premières années, il « bluffe » donc ses élèves, qui supposent qu'un professeur a nécessairement les compétences requises. Comme il note lui-même, . Cette situation est rendue possible par son expérience en composition et orchestration, ses intuitions, sa vision des couleurs orchestrales, et son fluide musical en quelque sorte. Finalement il se rend compte qu'après avoir été embauché comme professeur amateur, il est devenu son propre et meilleur élève, étant donné la formation qu'il a acquise à ce postep. 119. En parallèle, sous l'impulsion de Tchaïkovski, il étudie avec acharnement l'harmonie et le contrepoint, techniques occidentales peu connues en Russie. En quelques années, il devient un excellent professeur et un fervent partisan de l'enseignement scolaire musical (qu'il méprisait, étant plus jeune, pour son académisme, son conservatisme et son « occidentalisme »).
Mariage vignette|upright|Nadejda Rimskaïa-Korsakova, l'épouse de Rimski-Korsakov Son poste de professeur lui assure une certaine stabilité financière, ce qui lui permet de penser à fonder une famille. En , il demande Nadejda Purgold en mariage. Elle accepte et ils se marient en . Moussorgski est son témoin. Le couple aura sept enfants. L'un des fils, Andreï, deviendra musicologue et publiera plusieurs volumes racontant la vie et le travail de son père.
Nadejda sera une alliée de poids pour la carrière et le travail de Nikolaï, son rôle étant comparable à celui qu'a eu Clara Schumann dans la carrière de son mari. Intelligente, déterminée et bien plus au fait des théories musicales que son mari à l'époque de leur mariage, elle se révèle une excellente critique de sa production. Elle composera également une seconde version pour piano à quatre mains de Antar, en 1875p. 109.
Inspecteur des orchestres de la marine impériale vignette|gauche|Rimski-Korsakov au travail dans son bureau. Bien que déjà professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, Rimski-Korsakov n'en reste pas moins officier de marine. Au printemps 1873, il est nommé Inspecteur des orchestres de la marine impériale. Sa nouvelle mission qui répond davantage à ses aspirations consiste désormais à rencontrer les différents orchestres de la marine du tsar à travers la Russie. Il va évaluer les chefs d'orchestre, les musiciens, le répertoire joué ainsi que la qualité des instruments utilisés. Il s'occupe également de suivre la formation des cadets de la marine au Conservatoire, en écrivant un programme spécifique pour eux, et en faisant la jonction entre leur vie militaire et le Conservatoire. Il est enfin considéré comme un véritable musicien, .