Abdullah Öcalan, également connu sous le surnom d'Apo, né le dans le village de Ömerli (Amara en kurde, rattaché à la ville de Halfeti), est un homme politique kurde de nationalité turque, et le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan.
Öcalan fonde en 1978 le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), sur la base d'un programme revendiquant un Kurdistan unifié, indépendant et socialiste. Son organisation lance une lutte armée prolongée en 1984, avant qu'il ne propose plusieurs trêves au cours de la décennie suivante. Au cours des années 1990, il abandonne ses revendications maximalistes, donnant désormais la priorité à une solution politique, pacifique et démocratique à la question kurde.
Öcalan est capturé le au Kenya par les services secrets américains, israéliens et grecs puis emprisonné en Turquie, où il est condamné à la peine de mort pour terrorisme. La sentence n'est cependant pas mise à exécution, le pays abolissant la peine capitale en 2002. Sa peine est alors commuée en prison à vie ; il est détenu sur l'île d'İmralı. En 2008, ses avocats et Amnesty International dénoncent des tortures à son encontre par les gardiens.
Au cours de ses premières années de prison, où il développe une relation épistolaire avec le penseur libertaire Murray Bookchin, il élabore l'idée d'un confédéralisme démocratique, théorisant une société fédéraliste et communaliste en dehors des structures étatiques, où démocratie directe, écologisme et féminisme sont liés. Elle est mise en pratique, depuis la guerre civile syrienne, au « Rojava » (simplification de Rojavayê Kurdistan, Kurdistan occidental ou Kurdistan Ouest), région kurde autonome de la Syrie, par le Parti de l'union démocratique, proche du PKK.
En , il appelle à la dissolution du mouvement kurde et à la cessation de la lutte armée.
Biographie Origines, enfance et formation Abdullah Öcalan, dont la mère (Öveys) est turque et le père (Ömer) kurdeSite d'Abdullah Öcalan - Biographie., est né le dans une famille modeste à , Şanlıurfa, dans le sud-est de la Turquie. Le village ne possédant pas d’école, il commence sa scolarité dans un village voisin s'appelant Saylakkaya (Appelé Cibin, anciennement village arménien).
Au cours de son enfance, Abdullah Öcalan se montre rapidement rebelle : il critique les règles familiales et choisit lui-même ses amis, contre l'avis de ses parents. Il entraîne les enfants du village dans des expéditions dans les collines environnantes. À la suite d'une dispute avec son père, à l'âge de onze ans, il s'enfuit de la maison et se réfugie dans une bourgade où habite sa sœur. Il y passe l'été en travaillant aux champs.
Il postule pour entrer dans un lycée militaire mais échoue au concours. Il est admis en revanche au lycée professionnel du cadastre. Après avoir obtenu son diplôme, il travaille à l'office du cadastre de Diyarbakir durant une année. Par la suite, il entreprend des études à la faculté de droit d'Istanbul, puis à la faculté de sciences politiques d’Ankara.
Premiers pas en politique Il a commencé comme un musulman très conservateur qui aimait Necip Fazıl KısakürekUğur Mumcu (Haziran 2020). Kürt Dosyası. SBF'de Şafak Bildirisi Dağıtılıyor. Uğur Mumcu Araştırmacı Gazetecilik Vakfı. p. 7 .. Les années 1970 sont marquées en Turquie par une agitation politique intense. Les mouvements étudiants deviennent actifs en particulier à Ankara et à Istanbul. Öcalan, à l’époque très pieux, est d'abord un sympathisant de la droite turque, hésitant entre les Associations de lutte contre le communisme de Demirel, l'extrême droite, et les islamistes. Il s'intéresse aussi au mouvement national kurde en Irak, incarné alors par la rébellion menée au Kurdistan irakien par Mustafa Barzani. Il affirme avoir été ensuite convaincu par le socialisme, au détriment de l'islam, en lisant un petit livre de Leo HubermanLeo Huberman Huberman, The ABC of Socialism (1953), traduit en turc sous le nom de : Sosyalizmin Alfabesi..
À la suite de la disparition des leaders étudiants tels que Mahir Cayan et Deniz Gezmis, il participe aux manifestations de protestation. Il milite un temps dans la principale organisation étudiante, la Fédération de la jeunesse révolutionnaire, Dev-Genç. En 1972, alors qu'il étudie toujours à la faculté de sciences politiques à Ankara, il est arrêté lors d’une distribution de tracts en solidarité avec les militants du THKP-C et de la THKO, tués au cours d'un affrontement avec la gendarmerie à Kızıldere. Il est condamné à sept mois de prison. Il purge sa peine à la prison militaire de Mamak, en compagnie d'autres militants de la mouvance de Dev-Genç.
LADYOD et la naissance d'une réflexion autonome : trois idées principales Durant sa période de détention, il lit et effectue des recherches et des analyses. Ces mois de détention vont jouer un rôle important dans l'élaboration de ses conceptions politiques.
À sa sortie de prison, il participe à la réunification du mouvement étudiant et y joue un rôle primordial. En 1974, il prend la tête, à l'université d'Ankara, de l'ADYOD (Association démocratique de l'enseignement supérieur d'Ankara). Néanmoins, Öcalan constate que, même au sein de cette association, on évite d'aborder la question kurde. En effet, les organisations de la gauche radicale turque sont alors toutes marquées par deux caractéristiques. Elles sont d'une part kémalistes : c'est-à-dire qu'elles considèrent que le premier ennemi du peuple et de la nation turque est l'« impérialisme occidental ». D'autre part, ces organisations sont aussi toutes dominées par la théorie de la « révolution par étapes », c'est-à-dire qu'elles considèrent que la Turquie est elle-même une « nation opprimée » et que la priorité est de mener la « révolution nationale démocratique pour libérer la patrie turque de l’impérialisme ». Même quand elles reconnaissent l'existence du peuple kurde et l'oppression dont il est victime, ces organisations estiment que cette question serait facilement résolue après la victoire de la « révolution nationale démocratique » turque.
, l'une des figures de proue les plus influentes de la gauche radicale turque et de la « génération 68 » en Turquie, répète inlassablement sa position, qui correspond à la quasi-totalité de ces mouvements : « Il faut faire la révolution avec les Kurdes, et, ensuite, nous leur accorderons des droits culturels. Telle est la juste solution marxiste du problème ».
En conséquence, les analyses d'Öcalan vont le mener à dégager trois idées principales, qui marquent le début d'une réflexion totalement autonome par rapport à la gauche turque. La première idée est que le Kurdistan est une colonie. La deuxième idée est que le Kurdistan nécessite une guerre de libération nationale. La troisième idée est que le processus de libération du Kurdistan exige, comme condition préalable, deux ruptures radicales : la première avec la gauche turque, qualifiée de « social-chauvine » ; la deuxième avec les autres groupes et organisations kurdes, qualifiés de « nationalistes primitifs ».
Les « Apocular » Un autre événement déterminant a lieu au printemps 1975. En mars, l'Iran et l'Irak signent les accords d'Alger, qui provoquent directement l'effondrement du mouvement de révolte mené en Irak par Mustafa Barzani. Alors que cette défaite est ressentie durement dans tout le Kurdistan, Öcalan proclame qu'il incombe désormais à la jeunesse kurde de Turquie d'organiser une nouvelle résistance visant à libérer le Kurdistan dans son ensemble. Ses partisans vont commencer à sillonner les régions kurdes pour y enquêter sur la réalité sociale et pour établir des contacts avec la population. Ils vont rapidement se heurter aux autres organisations kurdes (tout particulièrement les KUK), aux groupes de la gauche turque et aux organes de contre-guérilla de l'État. Au cours de cette période, le groupe diffuse ses premiers tracts dans les régions kurdes en les signant du nom d'Armée de libération nationale (UKO, Ulusal Kurtuluş Ordusu). Mais, rapidement, les jeunes militants vont se faire connaître sous le surnom d'« Apocular » (« partisans d'Apo » ou « apoïstes »).
Fondateur et président du PKK
Ses idées attirent l'intérêt de la jeunesse et de la population des régions kurdes de Turquie. Le groupe, au départ peu nombreux, commence à prendre de l'ampleur. Il commence à inquiéter l'État, mais s'attire aussi l'inimitié des structures féodales locales, des groupes de la gauche turque et des autres organisations kurdes (tout particulièrement les KUK). En 1977, l'un des fondateurs du mouvement, un Turc originaire de la région de la mer Noire nommé Haki Karer, est assassiné à Antep en 1977 par un groupuscule kurde, Stêrka sor.
Cet assassinat incite le groupe informel à s'organiser de manière plus structurée et à fonder un véritable parti. Mazlum Dogan commence à rédiger les textes de base, dont le futur manifeste du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). En 1978, dans un village appelé Fis, non loin de la ville de Diyarbakir, se tient le premier congrès qui donne naissance au Parti des Travailleurs du Kurdistan. Le parti se développe alors rapidement dans le sud-est du pays.
Le commandement de l'armée turque estime que la popularité du PKK, conjuguée à l'état de violence politique que connaît alors le pays, met gravement en danger la survie même de l’État. En conséquence, le , un coup d’État militaire est organisé par le général Kenan Evren, sous le prétexte de rétablir l'ordre en Turquie et de garantir la pérennité des institutions étatiques léguées par Mustafa Kemal Atatürk. la constitution est suspendue, tous les partis politiques sont interdits. De nombreux cadres du PKK, dont Mazlum Dogan, Hayri Durmus et Kemal Pir sont arrêtés, torturés et emprisonnés.
Toutes les voies vers une lutte politique étant fermées, le mouvement kurde, sous la direction d'Öcalan, s'engage dans la lutte armée en août 1984. Cette lutte armée prend, en 1990, la tournure d’un soulèvement populaire. Afin d’empêcher les destructions causées par la guerre et d’ouvrir la voie vers une résolution politique et démocratique, Öcalan propose des trêves en 1993, 1995 et 1998 mais celles-ci s’avèrent être unilatérales.
Les dirigeants turcs n’ont jamais répondu favorablement à ces trêves. Malgré cela, Öcalan déclare la fin des combats le afin de permettre des négociations politiques et diplomatiques. La Turquie, refusant les négociations, menace la Syrie de guerre et, dans le cadre de l'accord d'Adana, Öcalan doit s’exiler en Europe afin de trouver une solution au problème. Il séjournera en Grèce, en Russie et en Italie. Depuis 1998, il poursuit sa lutte contre la guerre et rappelle qu’une solution politique et pacifique est possible.
Le « complot international du 9 octobre » et l'arrestation d'Abdullah Öcalan Le , Abdullah Öcalan, fondateur du PKK, est capturé au Kenya par les services secrets américains et israéliens, avec l'aide de certains éléments des services secrets grecs. Le rôle des services secrets turcs, le MIT, s'est révélé en fin de compte minime, limité à effectuer le transport final, du Kenya vers la Turquie. D'après Öcalan et le PKK, cette arrestation est l'aboutissement d'un « complot international », initié le , date à laquelle Öcalan est sommé de quitter Damas, où il résidait depuis de longues années. Son départ de Syrie est effectivement suivie d'un périple à travers de nombreux pays, dont le dirigeant kurde est systématiquement expulsé de diverses manières.
De la Grèce à Rome, en passant par Moscou