thumb|Un symbole célèbre du renseignement : l'emblème sur le sol de l'entrée de la CIA.Le renseignement est, selon l'acception, l'information estimée pour sa valeur et sa pertinence auprès d'une organisation, d'un État et son gouvernement, de tout groupe ou particulier, ou bien l'action de fournir ces informations .
Le renseignement se définit ainsi par opposition à la donnée (qui se réfère à la précision de l'information) et au fait (constatation objective). Le renseignement se définit aussi par son usage : c'est une information délivrée (à un gouvernement ou une institution) pour guider des prises de décisions et des actions.
Lorsqu'il s'agit de l'action de produire du renseignement, il consiste en l'ensemble des activités de production et de traitement du renseignement (orientation, recherche, analyse, diffusion). Pour les non-spécialistes et la littérature de fiction, ces activités sont souvent désignées sous le terme usuel d'espionnage, alors définies de manière dépréciative, imaginaire ou réductrice sous le seul angle de la Voir par exemple .. Pour les spécialistes, l'espionnage correspond néanmoins seulement à un sous-ensemble des actions de renseignement : celles qui sont conduites par l'ennemi.
Par métonymie, le terme de renseignement désigne l'ensemble des organismes qui se consacrent à ces activités. Dans ce sens, ce terme désigne notamment les services publics de renseignement ou bien les unités militaires spécialiséesPour les distinctions de sens, voir par exemple dans , ou bien le du ministère de la Défense français..
Nature du renseignement Étymologie et sens
Le mot « renseignement » apparaît dès le ou , sans avoir son sens moderne. Il dérive du verbe renseigner (rare jusqu'au ), ayant anciennement le sens « instruire, enseigner à nouveau ». Le verbe enseigner dérive du latin classique (« indiquer, désigner »). dériverait de l’adjectif insignis (« remarquable ») et du nom signum (« signe »)Voir ; Le Grand Robert ; ..
Dans le langage courant actuel, un renseignement est, selon Le Grand Robert, « ce par quoi on fait connaître quelque chose à quelqu'un », avec un sens vague ou imprécis, synonyme d'indice, de communication, de détail, d'information, de référence (administrative ou commerciale), de donnée, de documentation
Au sens spécialisé (tel que détaillé dans cet article), le terme renseignement (souvent au pluriel) apparaît à la fin du , comme « information, plus ou moins difficile à obtenir, concernant l'ennemi », dans un contexte militaire, de sécurité ou d'ordre public, ainsi que « la recherche de telles informations ». Il en dérive au le sens moderne du verbe renseigner (« indiquer, désigner »). Puis vers 1920 apparaît l'expression de « service de recherche des renseignements » désignant les organismes étatiques consacrés à cette activitéLe Grand Robert. puis plus tard « service de renseignement ».
Parfois dénommé « donnée utile » ou « renseignement utile », le renseignement concerne essentiellement les projets, actions courantes et prises de décision des personnes, le renseignement ayant un caractère d'urgence ou étant considéré comme « précieux ». Ce renseignement utile s'envisage essentiellement comme la compréhension de composants discrets, secrets (voire privés) d'un adversaire, dans le but de répondre à des interrogations ou d'obtenir les signaux anticipés des mouvements et évènements de l'adversaire.
Le terme renseignement est souvent rapproché de son équivalent anglais « intelligence » : en tant qu'anglicisme, par exemple « l'intelligence économique » qui désigne dans le secteur privé (entreprises) le renseignement économique ; ou bien d'après le terme français « intelligence » pris aux sens « entente (secrète), actions liées à l'entente, communications (secrètes) ». Les activités et le domaine du renseignement sont aussi souvent assimilés à l'« espionnage », qui désigne plus spécifiquement des activités de surveillance (ou de collecte d'information) et les actions des espions.
Le renseignement (avec ses sens multiples) se définit traditionnellement par le moyen de trois approches arbitraires et catégoriques : une première définition par la description d'un modèle du traitement de l'information (section 1) ; une autre définition par la différenciation des sources d'informations, humaines ou techniques (section 2) ; une dernière définition par la distinction des domaines d'application (politique, militaire, entreprise) des prises de décision induites par le renseignement (section 3).
Cycle du renseignement 332x332px|Schéma du cycle du renseignement.|alt=Schéma du cycle du renseignement.|centré|vignette Par rapprochement avec la définition donnée par le Sénat des États-Unis en 1976, .
Cette définition n'est probablement pas exhaustive et nécessite des compléments. Elle décrit les activités de renseignement selon le cycle du renseignement : expression des besoins établis par l'autorité de décision, organisation de la recherche, recueil et analyse des informations produites par la recherche (vraisemblance), évaluation des informations en regard des besoins, mise à la disposition de l'autorité demandeuse sous la forme appropriée.
Un organisme de renseignement, public ou privé, fonctionne sur le mode des questions et des réponses. L'utilisateur du service de renseignement, appelé aussi le client ou consommateur dans une vision anglo-saxonne, pose des questions. Les réponses fournies par le service suscitent de nouvelles questions (cycle), et des feedbacks.
Selon la nature des organismes et selon les pays, le cycle du renseignement est découpé différemment. Il comprend généralement les cinq étapes suivantes : L'expression du besoin de renseignement par le client, qui s'exprime souvent par l'établissement d'un plan de recherche définissant ce qu'il faut surveiller ; La collecte méthodique des informations, qui commence par la recherche des sources pertinentes, documentaires, humaines ou techniques ; Le traitement des informations brutes, qui consiste à les évaluer, les regrouper, à les recouper avec des éléments déjà connus ; La phase d'analyse, qui consiste à transformer ces informations en renseignement exploitable ; La diffusion du renseignement au client sous la forme de synthèses quotidiennes, dans lesquelles il faut balancer entre la précision et la justesse, selon l'expression de Jacques Baud.
Ce modèle du cycle du renseignement ne décrit pas suffisamment ce qui se passe effectivement durant le processus : généralement, l'expression du besoin ne vient pas du client mais de l'intérieur du service de renseignement en fonction de ses carences ; la collecte et l'analyse ont lieu continuellement et en parallèle ; le renseignement « fini » est généralement utilisé tel quel, sans déclencher de nouveau cycle. Une autre critique du cycle et des propositions de modèles alternatifs sont faites sur ..
Sources du renseignement Dans cette approche, le renseignement (au sens premier d'information estimée) se définit par la différenciation des sources d'information qui sont à son origine. Par extension, ces catégories désignent aussi toutes les activités liées à la collecte et l'analyse de ce type de renseignement technique. Les attributions de certains services gouvernementaux se basent sur ces catégories de sources : par exemple, la National Security Agency (NSA) gère exclusivement le renseignement électromagnétique américain.
Renseignement de sources ouvertes
Contrairement à une croyance populaire voulant que le renseignement ne rechercherait que des informations secrètes ou dissimulées, il trouve en réalité beaucoup d'informations essentielles dans l'espace public.
Le renseignement d'origine sources ouvertes (ou ROSO ou OSINT pour Open Source Intelligence) rassemble toutes les activités et méthodes analytiques mises en œuvre à partir d'informations ouvertes (OSIF), c’est-à-dire d'informations disponibles publiquement : journaux, rapports administratifs publics, documents universitaires, littérature grise, bilans économiques publics, pages du web Il opère sans difficulté majeure, car généralement sans être confronté à des « cibles » non coopératives. Sa principale difficulté est de repérer et trier les sources pertinentes et fiables dans le big data et la quantité considérable d'informations physiques accessibles à tous.
Les sources ouvertes sont un fonds documentaire suivi et orienté, utile par exemple pour commencer à évaluer un évènement. Elles aussi riches en potentialité de veille stratégique, . Sa prolixité implique de régulièrement redéfinir les secteurs de vigilance, pour répondre aux besoins établis par la planification, ou répondre aux intuitions des analystes (qui jouent donc un rôle important dans la chaîne du renseignement, qui dépend largement de la qualité de leur formation). Ils initient une bonne partie des alertes, et établissent le fondement du renseignement opérationnel, qui se développera d'autant mieux que le renseignement de documentation aura été mieux charpenté et actualisé (pour une bonne part à partir de sources ouvertes). En cas d'engagement à court terme, les opérationnels pourront ainsi disposer d'emblée de dossiers d'objectifs (cartographie à jour, caractéristiques des infrastructures, biographies de personnalités, ethnies) destinés à faciliter leur adaptation à leur milieu d'engagement.
Renseignement humain
Le renseignement d'origine humaine (ROHUM ou HUMINT pour Human Intelligence) est un renseignement directement tiré d'une source humaine d'information. Par extension, il s'agit de toutes les activités et méthodes de collecte (entretien, interrogatoire, enquête…) et d'analyse associées. Pour le grand public, c'est l'activité la plus souvent associée au terme espionnage.
Cette activité repose principalement sur le traitement d'agents par des officiers traitants et l'analyse ultérieure des renseignements collectés.
Renseignement technique thumb|150px|Image satellite de la Corée.
Le renseignement d'origine technique inclut :
le renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) ou renseignement électromagnétique, en anglais Signals Intelligence (SIGINT), qui est le renseignement dont les sources d'information sont des signaux électromagnétiques : communications utilisant les ondes (radio, satellitaire), émissions d'ondes faites par un radar ou par des instruments de télémesure. Le plus célèbre réseau SIGINT est le système Echelon, développé principalement par des États anglo-saxons et connu du grand public depuis les années 1990. Outre les écoutes téléphoniques, ce type de renseignement comprend aussi la surveillance des télégrammes, des fax, des courriers électroniques et autres sortes de communication électronique, posant des problèmes de respect de la vie privée ; le renseignement d'origine image (ROIM), en anglais Imagery Intelligence (IMINT), qui recouvre le renseignement et l'ensemble des activités de collecte et d'analyse liées aux informations visuelles, obtenues par différents moyens techniques, notamment la photographie aérienne et les images de « satellites espions » ; le renseignement de mesure et signature (en anglais : MASINT), qui se réfère à un ensemble de domaines techniques qui ne trouvent pas leur place dans les catégories précédentes : nucléaire, chimie et physique, énergies émises (nucléaire, thermique, électromagnétique) ou réfléchies (fréquences radios, lumière, son), sons mécaniques (machine, propulseur), propriétés magnétiques (flux et anomalies), mouvement (vol, vibration), géophysique
Domaines du renseignement Dans cette approche, le renseignement (au sens premier d'information estimée) se définit par la différenciation des domaines d'application finale (décision, action). Par extension, ces catégories désignent aussi toutes les activités liées à la collecte et l'analyse de ce domaine de renseignement.
Renseignement militaire