Hadewijch d'Anvers (ou HadewychLa prononciation de ce nom peut poser quelques problèmes au locuteur francophone. Le h à l’initiale doit s’entendre nettement (fricative glottale sourde), comme en allemand ou en anglais. Le a est une voyelle longue, et sonne comme un a fermé (ou antérieur), c'est-à-dire comme dans le mot français tache (et non comme le a de tâche). La première syllabe est donc longue, et porte l’accent tonique. La voyelle de la deuxième syllabe est un e dit muet, mais se prononce en toute circonstance ; le mot Hadewijch compte donc un nombre constant de trois syllabes pleines. La lettre w se prononce sensiblement (mais pas exactement) comme le w anglais. La combinaison ij, qui est fixe et constitue un graphème en néerlandais (et même une touche à part sur les claviers hollandais, mais non belges) se prononce approximativement comme la combinaison eil en français (comme dans réveil), à condition de s’appliquer à prononcer le è (premier constituant de la diphtongue) comme une voyelle longue et à ne pas trop insister sur la semi-voyelle qui lui fait suite ; beaucoup de Flamands le prononcent du reste comme une monophtongue allongée : ê. Le graphème ch final représente une fricative palatale non voisée et se prononce grosso modo comme la jota espagnole ou le ch allemand, ou plus précisément : les locuteurs hollandais le prononceront comme le Ach-Laut allemand (d’articulation vélaire ou uvulaire, à la sonorité plus rugueuse, figuré par χ) et les Flamands plutôt comme un Ich-Laut (palatal, figuré par un ç). Dans la transcription de l’API, cela donne : /’ha:dǝwεiχ/ (Hollande) ou /’ha:dǝwε:ç/ (Flandre).) était une mystique et poétesse brabançonne du . Les écrits d’elle qui sont parvenus jusqu’à nous, relativement abondants, datant des environs de 1240, comprennent un Livre de visions, des poèmes strophiques et un recueil de correspondances, et font souvent voir en Hadewijch un précurseur de l’œuvre de Jan van Ruusbroec. L’on sait d’elle très peu de choses avec certitude, et l’on en est presque toujours réduit aux conjectures. Selon toute vraisemblance, elle était une béguine, peut-être originaire d’Anvers, sans doute de bonne famille, et active dans le duché de Brabant. Son mysticisme, réfractaire aux spéculations métaphysiques complexes, exempt d’intellectualisme, et s’embarrassant peu d’établir un système de degrés dans la réunion avec Dieu, est avant tout d’ordre affectif, l’expérience mystique se réalisant en effet à travers la Minne, terme polysémique désignant à la fois l’Amour envers Dieu et la charité envers le prochain, et par l’imitation du Christ. Ses poésies mystiques, teintées d’hermétisme, apparaissent par leurs thèmes et leur structure comme une transposition religieuse de la poésie courtoise romane.
Biographie À défaut d’éléments biographiques suffisants, il est impossible de reconstruire sa vie d’une façon un tant soit peu fiable, ni même d’inférer ses dates de naissance et de mort. Cependant, sa correspondance, dont quelques passages contiennent des allusions aux circonstances de sa vie ainsi que de celle de ses correspondants, permet de se faire une certaine idée du contexte social dans lequel situer la poétesse et son cercle de proches. Les recherches sont rendues d'autant plus difficiles que Hadewijch semble cacher son écriture. On ne lui connaît aucun guide spirituel qui l'aurait prise sous sa protection et aurait transmis quelques informations à son sujet.
Hadewijch vécut au ; la mention faite par elle, dans une de ses visions (Vis.VI, 2.33), qu’elle avait 19 ans au moment de cette vision, et celle faite dans une autre vision (Vis. I, 310) qu’elle était alors encore jeune, ne permettent pas d’être renseigné plus avant sur la chronologie de sa vie. Le collationnement de sa liste des parfaits sur les événements historiques de son époque permit à l’historien de la littérature flamande médiévale Jozef van Mierlo d’induire que ladite liste devait avoir été écrite entre 1238 et 1244. La plupart des spécialistes s’accordent à dire que l’apogée de la production littéraire de Hadewijch est à situer au milieu du , et que l’auteur a dû vivre de 1200 environ à 1260 environ. Toutefois, un autre auteur incline à situer Hadewijch fin et début Wybren Scheepsma, Hadewijch und die 'Limburgse sermoenen' : Überlegungen zu Datierung, Identität und Authentizität, dans : Deutsche Mystik im abendländischen Zusammenhang: neu erschlossene Texte, neue methodische Ansätze, neue theoretische Konzepte, ouvrage collectif sous la dir. de Walter Haug et Wolfram Schneider-Lastin, Tübingen 2000, ..
Lieux d’origine et de séjour
Le nom de Hadewijch d’Anvers, par lequel il est d’usage de la désigner, ne permet nullement de conclure qu’elle fût originaire d’Anvers, cette précision adjointe à son prénom étant apocryphe ; en effet, un seul des manuscrits porte sur la page de garde la mention, ajoutée beaucoup plus tardivement, « de la bienheureuse Hadewijch d’Anvers » ; au demeurant, Hadewijch n’a jamais été béatifiée par l’Église catholique.
Le constat que c’étaient surtout des couvents bruxellois ou situés dans les environs de Bruxelles qui étaient détenteurs des copies les plus anciennes de ses œuvres peut faire supposer qu’elle séjourna au moins quelque temps dans la ville de Bruxelles. La variété de moyen néerlandais dans laquelle sont rédigés ses écrits est incontestablement brabançonne ; cependant, attendu qu’il était de pratique courante chez les copistes d’adapter les manuscrits qu’ils copiaient à la variété dialectale du lectorat local, et attendu par ailleurs qu’aucun manuscrit autographe n’a été conservé, tous les manuscrits aujourd'hui disponibles étant des copies des siècles postérieurs, la variété de néerlandais utilisé n’autorise à tirer aucune conclusion définitive sur le lieu d’origine de Hadewijch ni sur ses lieux de résidence. De surcroît, là où plus d’un manuscrit a été conservé d’un même texte, les différences dialectales entre les versions sont trop importantes pour permettre de les localiser avec quelque précision. Le fait que la plupart des manuscrits aient été retrouvés dans la partie méridionale de ce qui était alors le Brabant pourrait bien s’expliquer par la faveur supposée dont jouissait l’œuvre de Hadewijch auprès de Ruusbroec et de ses compagnons. Néanmoins la plupart des spécialistes conviennent, sur la foi d’indications indirectes contenues dans ses lettres et dans sa liste des parfaits, qu’elle devait avoir vécu dans plusieurs villes du Brabant d’alors et devait beaucoup se déplacer.
Statut social et environnement culturel
Hadewijch était sans nul doute originaire d’un milieu privilégié, peut-être de la haute noblesse, car elle semble bien connaître le latin, ce qui n'était pas habituel chez les filles de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. Elle s’était familiarisée autant avec les textes de théologie rédigés en latin qu’avec la tradition, principalement française, de chansons courtoises. Les voyages qu’elle entreprit peuvent indiquer une certaine aisance matérielle.
Hadewijch faisait preuve d’une grande indépendance d’esprit, et il semble qu’elle fût très au fait de ce qui se publiait à son époque. L’image qui se dégage d’elle est celle d’une personne très consciente d’elle-même, habituée, dans sa pensée et dans ses actes, à s’affirmer et à faire ses choix personnels en totale indépendance.
Hadewijch et le mouvement béguinal
Très probablement, Hadewijch, trop affranchie, ne faisait partie d’aucun ordre religieux. La thèse qu’elle ait été une béguine est contestée par certaines spécialistes (p.ex. par N. de Paepe), mais soutenue par d’autres, qui estiment fort vraisemblable qu’elle ait au contraire joué un rôle central dans les débuts du mouvement béguinal, cela donc à une époque où toutes les béguines ne vivaient pas en commun dans des maisons collectives ou dans des béguinages ; Hadewijch a donc pu vivre tantôt sous un même toit avec d’autres femmes partageant la même spiritualité, tantôt avoir vécu seule. Parmi les noms recensés dans sa liste des parfaits figure celui d’une béguine condamnée à mort par un inquisiteur, ce qui peut s’interpréter comme une prise de position en faveur de la lutte d’émancipation des béguines au début du et contre l’Inquisition catholique. Cependant, les persécutions et les manifestations d’hostilité dont elle fait état çà et là, si elles s’expliquent dans le contexte de l’époque, n’ont pas pu être reliées de manière irréfutable à des incidents particuliers identifiables ou reconstituables. La possibilité, autrefois évoquée, qu’elle fût l’hérétique bruxelloise Heylewige Bloemarts, dite la Bloemardinne, personnage charismatique et flamboyant dont la vie est bien documentée, est aujourd'hui exclue par la plupart des spécialistes, cette identification ne reposant, selon eux, que sur une similitude phonétique des deux prénoms. Toutefois, l’hypothèse Bloemardinne, selon laquelle les deux Hedwige étaient une seule et même personne, garde des défenseurs ; en tous cas, cette hypothèse implique de situer la vie de Hadewijch au moins un demi-siècle plus tard et ferait de Hadewijch une contemporaine, et une adversaire, de RuusbroeckE.a. Thèse de licence de Jelle Aantjes, Hadewijch of Heilwig? Een bachelor-eindscriptie naar aanleiding van de Bloemaerdinne-hypothese in een artikel van Wybren Scheepsma (univ. d’Utrecht, juillet 2008). Cf. également http://users.telenet.be/gaston.d.haese/hadewych_bloemardine.html..
Aussi, lorsque Hadewijch s’adressait dans sa correspondance à ses amies, il y a probablement des raisons d’admettre qu’elle le faisait à de précoces communautés de femmes pieuses, hors du cadre d’une congrégation religieuse. Les manières utilisées pour s’adresser à ces amies suggèrent que Hadewijch a pu jouer un rôle dirigeant au sein d’une ou de plusieurs de ces communautés.
Pensée
Hadewijch, à la différence de Ruysbroek, ne développe pas de doctrine mystique complexe, de théorie très charpentée et systématisée, et c’est en vain qu’on chercherait chez elle les constructions métaphysiques ruusbroeckiennes, ses subdivisions de l’âme avec leurs facultés respectives, les différentes unités contenues dans l’Homme, les degrés successifs d’unification avec Dieu etc. Tout artifice intellectuel, toute terminologie technique est étranger aux écrits de Hadewijch.
Certains érudits distinguent dans sa pensée deux périodes : une première période caractérisée par une « mystique affective ou nuptiale », et une seconde période de « mystique essentielle » ou « spéculative », où se manifeste un mysticisme plus apparenté à celui de Maître Eckhart.
Mise en contexte
La démarche de Hadewijch s’inscrit dans la ligne des ordres mendiants, pour lesquels la pauvreté est la première des vertus chrétiennes. Leurs adeptes aspirent à imiter l’exemple du Christ de la manière la plus totale, et à vivre en tout point comme le Christ et ses apôtres, sans possession personnelle aucune et en dehors de toute hiérarchie institutionnalisée. Ils estiment que telle attitude ne peut être mise en œuvre au-dedans des structures officielles de l’Église, en raison des richesses et de la propension à la rigidité des institutions ecclésiastiques et de leurs titulaires. Leur propos est alors de diffuser eux-mêmes le message du Christ. Les femmes jouèrent un rôle prépondérant dans ce courant de pensée. Crpendant leurs conceptions et leur pratique de la foi ne s’appuient guère que sur l’affectif et sur l’expérience personnelle, rendant fragile leur systeme l’emotion etant un facteur de fragilité spirituelle, quoique leur attention se porte en priorité sur les faits et gestes du Christ et sur ses aspects humains.