Pravda est un film français d'une durée de de Jean-Luc Godard et Jean-Henri Roger, sorti en 1970.
Il est tourné à Prague en , peu après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie au cours de l'été 1968, qui a mis fin à l'expérience du communisme démocratique connue sous le nom de Printemps de Prague. Godard s'inspire de l'ouvrage Me Ti. Livre des retournements (Me-ti. Buch der Wendungen, 1971) de Bertolt Brecht, lui-même inspiré du philosophe chinois Mozi pour rédiger une leçon de comportement qui présente sous une forme détournée la doctrine du communisme.
Synopsis Deux voix off appelées Vladimir et Rosa (en référence à Vladimir Lénine et Rosa Luxemburg) commentent les images du film.
Le film commence par des images de la vie quotidienne à Prague pendant la tentative de renouveau politique menée par Alexander Dubček, secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque. Les voix off commentent négativement à la fois les distorsions du socialisme réel et ce qu'elles appellent l'« occidentalisation » du pays.
Le commentaire tente ensuite une critique, ou une autocritique, qualifiant le Printemps de Prague de trahison, « une révision du marxisme par des pseudo-communistes ». Pour démasquer cette « maladie du communisme », il faut organiser un autre rapport entre les images et les sons. Suit une analyse de la pénétration occidentale en Tchécoslovaquie, du capital américain et de la culture capitaliste.
L'étape suivante consiste à soigner le « mal des images » en superposant un son qui n'est pas « malade » ; les images vues précédemment reviennent ensuite à l'écran, mais « corrigées » par des commentaires d'une autre source, à savoir l'agence de presse chinoise, et la lecture de passages classiques du marxisme.
La dernière partie du film pousse plus loin le travail sur l'image et le son ; la voix de Vladimir proclame la nécessité de « démonter les contradictions entre l'image et le son » et de contrôler les rapports de production artistique, puis examine de manière critique le processus de « construction » du film, qui doit être achevé non pas par d'autres images, mais par la lutte des classes.
Le dénouement est un hommage à la pensée du dirigeant chinois Mao Tsé-toung, sur les notes de L'Internationale.
Fiche technique
Titre original : Pravda Réalisateur : Jean-Luc Godard, Jean-Henri Roger, Paul Burron Scénario : Jean-Luc Godard, Jean-Henri Roger Photographie : Paul Burron Montage : Jean-Luc Godard Production : Claude Nedjar Sociétés de production : Centre Européen Cinéma-Radio-Télévision (CECRT), Groupe Dziga Vertov Société de distribution : Gaumont Pays de production : Langue originale : français Format : Couleur - 16 mm Durée : 60 minutes Genre : Documentaire politique expérimental Dates de sortie : États-Unis :
Distribution Věra Chytilová : elle-même Jean-Luc Godard : lui-même
Production Le directeur de la télévision tchécoslovaque (Československá televize, ČST), rencontrant Jean-Luc Godard à Paris au , l'invite à filmer le congrès du Parti communiste tchécoslovaque, considéré comme dissident par l'URSS. Le pays est alors en pleine phase historique qui sera appelée plus tard le « Printemps de Prague » ; Alexander Dubček, le secrétaire général du Parti, veut réformer le communisme de l'intérieur dans le sens qui sera défini plus tard comme « à visage humain ».
La section documentaire du Centre national du film tchèque est prête à fournir une assistance à l'équipe de tournage, lorsque soudain, en , les troupes du Pacte de Varsovie envahissent le pays et renversent le gouvernement. Cependant, une société de production américaine, la Grove Press, fournit à Godard pour un documentaire sur le Printemps de Prague qui sera intitulé Pravda ( « vérité » en russe). Ils obtiennent les fonds de la Grove Press grâce à un mensonge car ils font croire au producteur américain que Godard était à Prague en et avait filmé des plans des chars soviétiques. Il lui manquerait des plans et de l'argent pour terminer son film.
En , le réalisateur part donc pour Prague avec Jean-Henri Roger, un étudiant maoïste de 21 ans rencontré lors d'un cours de cinéma, et qui sera plus tard reconnu comme l'un des premiers membres du groupe Dziga Vertov. Les deux hommes sont accompagnés du chef opérateur Paul Bourron, du groupe Medvedkine (un collectif de cinéma distinct de Dziga Vertov).
Accompagnés d'un interprète officiel, et sous haute surveillance, les Français réalisent pendant deux semaines de travail qu'il n'est plus possible d'assister à une tentative de réforme du marxisme dans ce qu'ils imaginaient être un pays suspendu entre dissidence et pro-soviétisme. En effet, le film met simultanément en scène une critique de l'impérialisme de l'URSS et du révisionnisme occidental dans les pays du Pacte de Varsovie. Son organisation formelle répond au schéma dialectique Description - Analyse - Autocritique, auquel s'ajoute dans la quatrième partie Lutte. Particulièrement virulente est la dénonciation des intellectuels dissidents présentés comme des réactionnaires, par exemple le réalisateur Miloš Forman qui a émigré aux États-Unis et Věra Chytilová.
Accueil critique L'accueil du film par le public et la critique (il est généralement distribué avec le précédent film British Sounds, également attribuable au duo Godard-Roger) peut être qualifié de glacial.
D'après David Cenek, critique de cinéma qui organisa une projection du film en Tchéquie en 2001 au Festival international du film documentaire de Jihlava, le film est beaucoup inspiré de Me Ti. Livre des retournements (Me-ti. Buch der Wendungen, 1971) de Bertolt BrechtBrecht s'est inspiré du philosophe chinois Mozi pour rédiger une leçon de comportement qui présente sous une forme détournée la doctrine du communisme telle que Brecht l'a reçue. Dans le personnage de Lai-tu, Brecht a fait le portrait de son amie Ruth Berlau, dans le personnage de Ki-en-leh ou Kin-jeh, il s'est représenté lui-même..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Liens externes
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