vignette|Page de couverture de l'ouvrage Les nombres sacrés dans la tradition pythagoricienne-maçonnique, écrit par Arturo Reghini en 1935 et réédité en 1947 par la maison d'édition Ignis. La franc-maçonnerie en Italie fut implantée au par des francs-maçons étrangers. Importante en nombre et riche en histoire, elle est un centre névralgique de la franc-maçonnerie en Europe.
Histoire
La première loge maçonnique est créée en 1732 à Florence par le baron Philipp von Stosch et le naturaliste Antonio Cocchi. Les premiers membres seront anglais, puis des nobles et intellectuels florentins. L'Église interdit aux catholiques d'adhérer à la franc-maçonnerie par la bulle pontificale In Eminenti, publiée le . À Livourne, quatre loges sont créées en 1763, 1765, et deux en 1771.
La franc-maçonnerie se développe dans la péninsule, malgré l'opposition de l'Église catholique et du Vatican. La première loge romaine est créée en 1735 par des Anglais ; ils en font une loge jacobite ; elle perdurera jusqu'en 1737, fermée par le Pape. En 1776 et 1787, des loges « écossaises » sont créées.
Le , le comte Cagliostro essaie d'organiser une loge sur son « système égyptien » ; il est arrêté et jugé par le Sant'Uffizio, qui le condamne à mort en , comme « hérétique formel, mage et ouvertement franc-maçon » ; sa peine sera commuée en prison à vie.
Une légende rapporte que la première loge romaine aurait été créée en 1741, dans l'entourage de Jacques François Stuart, qui y vivait en exil. Elle se serait composée autant de catholiques que de protestantsAnna Maria Isastia, « La franc-maçonnerie en Italie » dans Encyclopédie de la franc-maçonnerie, ed. Le Livre de Poche.
Le morcellement du pays permet une floraison des loges, selon les influences étrangères, dans les divers duchés et en fonction de la présence des armées. Ainsi, sont créées des loges militaires et civiles autour des communautés françaises, hollandaises, allemandes, autrichiennes, etc, surtout dans le nord de la péninsule.
En 1749 est fondée une loge à Chambéry en États de Savoie ; la Savoie fait alors partie du royaume de Sardaigne ; en 1752, elle devient Grande Loge Mère : elle peut créer d'autres loges dans tout le royaume. En 1765, elle en crée trois ; l'une d'elles, à Turin, devint tellement importante qu'en 1773 le comte de Bernezzo y devint grand maître provincial du Piémont, avec une totale indépendance de la loge de Chambéry.
En 1746, une loge est créée à Venise ; elle reste en activité jusqu'en 1755 ; elle a abrité Giacomo Casanova, Carlo Goldoni et Francesco Griselini, entre autres. Casanova sera arrêté par l'Inquisition ; la loge est alors fermée, sera recréée en 1772, et reste active jusqu'en 1777. Une autre loge sera créée dans la ville, la même année, ainsi qu'une à Vicence et une autre à Padoue.
Une loge est créée à Milan en 1756 ; elle est aussitôt réprimée par les autorités autrichiennes : le , un édit du gouverneur François, duc de Modène, interdit les réunions franc-maçonnes dans tout l'État lombard. La loge perdure, choisissant un Grand Maître en 1783.
Une loge est créée à Crémone en 1776.
En Ligurie, plusieurs loges voient le jour entre 1745 et 1749 : une à Bordighera, une à Novi Ligure et au moins deux à Gênes, dues à la présence de troupes françaises dans la région. Vers la fin du siècle, deux autres loges sont créées à Gênes, en 1780 et 1782.
Des loges existent dans le sud du pays ; à Naples, l'enthousiasme maçonnique est incontestable quoique confus. La première loge y aurait été fondée en 1734 par des marchands venant d'Europe. En 1749, un marchand de champignons français crée une loge, puis une autre destinée aux francs-maçons démunis. En 1750, la Grande Loge Nationale, première obédience italienne, est fondée dans le royaume napolitain, sous les auspices de la franc-maçonnerie française.
Le , le Pape Benoît XIV publie la bulle pontificale Providas Romanorum Pontificum, qui renforce la précédente. Charles III d'Espagne promulgue un édit le qui interdit la franc-maçonnerie dans le royaume de Naples. Cet édit n'empêchera pas la création de loges en 1764 et 1769.
En 1734, la papauté interdit l'appartenance à l'ordre maçonnique dans les États pontificaux. En 1738, cette condamnation est étendue à toute l'Église catholique par la bulle In Eminenti ; le poète florentin Tommaso Crudeli sera arrêté, emprisonné et torturé. Selon les républiques, duchés et royaumes, la bulle papale est plus ou moins appliquée. En 1751, le royaume de Naples interdit la franc-maçonnerie, un an après la fondation de l'obédience. En réaction à la Révolution française, la mesure est étendue à toute l'Italie, des éléments étrangers pouvant « contaminer » les loges.
La conquête de la péninsule italienne par Bonaparte donne une impulsion à la franc-maçonnerie. L'Empire crée, en 1805, le Grand Orient d'Italie en imposant Joseph Bonaparte, grand maître à Naples et Eugène de Beauharnais, Grand Maître à Milan.
À la fin de l'Empire et de sa domination sur l'Italie, en 1814, l'opposition de l'Église et d'autres autorités renaît ; beaucoup d'édits interdisent toute activité maçonnique : Victor-Emmanuel dans le royaume de Sardaigne le ; le royaume de Lombardie-Vénétie le ; le pape Pie VII qui réédite la bulle In Eminenti la même année ; et Ferdinand du royaume des Deux-Siciles, à Naples, le .
En 1859, l'Ordre maçonnique sort de l'ombre. Des libéraux, partisans de Mazzini et de Garibaldi, rejoignent la franc-maçonnerie renaissante. Garibaldi était franc-maçon, l'appartenance de Mazzini n'est pas prouvée ; il était membre de la Carboneria ou Charbonnerie, qui apparaît en Italie dès 1806. Ce milieu favorisera l'idée d'une unité italienne.
Le se forme, à Turin, une nouvelle loge avec sept « frères ». Elle est baptisée Ausonia, le nom poétique de l'Italie. Le de la même année, une organisation aspire à devenir « Grande Loge nationale » ; elle prend le nom de Grande Oriente d'Italia, ou « Grand Orient d'Italie ». Elle est concrétisée pendant l'assemblée constituante de Turin, du au , sous la présidence de Felice Govean. Giuseppe Garibaldi y est salué en tant que « premier franc-maçon italien ».
En 1884 est publiée l'encyclique du Pape Léon XIII, Humanum Genus, l'apogée des hostilités entre l'Église et la franc-maçonnerie.
Le Grand Orient d'Italie inaugure son siège dans le palais Giustiniani, le .
La refondation de la franc-maçonnerie en Italie entraîne des rivalités entre les centres historiques de l'Ordre dans la péninsule ; les partisans du Rite symbolique s'opposent à ceux du Rite écossais ancien et accepté. Des rivalités se créent au sein du Grande Oriente d'Italia. Elles se dénoueront durant le .
En 1904, le Grand Maître du Grand Orient d'Italie nouvellement élu, Ettore Ferrari, marque politiquement à gauche l'obédience ; cela amène à un schisme avec le Suprême Conseil du Rite écossais ancien et accepté en 1908. Se crée ainsi la Sérénissime Grande Loge d'Italie.
En 1905, l'obédience mixte le Droit humain s'implante en Italie .
En 1925, le fascisme arrête la progresssion des loges et des membres : il interdit la franc-maçonnerie dans la péninsule et dans les colonies ; l'Église et les communistes feront de même avec leurs propres édits. Des hauts dignitaires sont incarcérés.
Les travaux de la franc-maçonnerie italienne continuent chez les Italiens de l'étranger, en exil (notamment à Paris à partir de 1913, et en Espagne, pendant sa guerre civile) et parfois dans la clandestinité.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Italiens exilés réveillent les loges ; la présence des militaires américains les encourage. Les conflits internes du et du début du reprennent ; la fusion des obédiences est empêchée. La Grande Loge d'Italie est réanimée en 1961, s'opposant au Grand Orient d'Italie, marqué à gauche.
Des changements culturels interviennent dans les années 1960. Le Grand Orient d'Italie cesse d'être un bastion de gauche, pour être « reconnue » par la Grande Loge de Londres. Ces démarches sont entamées sous la grande maîtrise de Giordano Gamberini (1961-1970) puis par son successeur Lino Salvini (1970-1978). En 1972, le Grand Orient d'Italie rompt ses relations avec le Grand Orient de France ; commence l'affaire de la fausse loge « Propaganda Due ».
Un groupe de frères rompt avec le Grand Orient d'Italie et forme la Grande Loge régulière d'Italie. Fondée en 1993, elle épure ses rangs et satisfait aux principes de reconnaissance anglais. Elle est immédiatement reconnue par Londres.
Le Conseil supérieur de la magistrature italien interdit, depuis 1993, aux magistrats d'appartenir à une loge maçonnique.
Situation contemporaine
La franc-maçonnerie italienne compterait environ membres, répartis entre plusieurs obédiences.
Notes et références
Annexes Bibliographie Article connexe Liens externes
* Italie