Les migrations serbes dans les Balkans revêtent une grande importance politique, linguistique et culturelle dans l'histoire des Serbes. Ces migrations ont été motivées par diverses raisons : certaines, massives mais ponctuelles, sont conséquence de la politique d'occupation turque, comme la grande migration de 1690 ; d’autres, plus diffuses mais sur des périodes plus longues, parfois des siècles, furent des déplacements causés par la surpopulation ou par des problèmes environnementaux (déforestation, sécheresse) de certaines régions.
Migration des Serbes au thumb|350px|left|Les territoires peuplés par les Serbes après qu'ils ont chassé les Avars, selon De Administrando Imperio
Au , lorsque l’Empereur romain d'Orient Héraclius demanda l’aide des Slaves du nord pour refouler les Avars hors de l’Empire byzantin, Procope de Césarée et Théophylacte Simocatta relatent que des « Sklavènes » vinrent s'installer entre le Danube, l'Urbanus, la Narenta, la mer Adriatique et la Margus, notamment en Dioclée (qui prit plus tard le nom de Zeta, et encore bien plus tard Monténégro), en Bosnie et dans les régions côtières de Paganie (également dénommée Narentanie), de Zachlumie (correspondant toutes deux, aujourd'hui, à la Dalmatie orientale) et de Travounie (approximativement le sud-ouest de l'actuelle Herzégovine) ; là ils passèrent progressivement de la mythologie slave (fidèles de Péroun, Domovoï, Korochoun et autres dieux slaves) au christianisme byzantinConstantin Porphyrogénète, “Les cités désertées“ in De administrando imperio, cité dans Stelian Brezeanu : Toponymie et réalités ethniques sur le bas-Danube au ; Vladislav Popović, “La descente des Koutrigours, des Slaves et des Avars vers la mer Égée : le témoignage de l'archéologie“, in|Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, volume 12, 1978, pp. 596-648 sur et Jordanès, Getica : “…Sclavini a civitate nova et Sclavino Rumunense et lacu qui appellantur Mursianus…“ sur : De rebus Geticis citant le manuscrit de Vienne.. Selon la mythologie historique serbe, forgée par les protochronistes (minoritaires, mais très influents), ces Sklavènes seraient déjà des Serbes, venus de la « Serbie blanche » sous la conduite d'un Prince de Serbie blanche, et dont les descendants actuels sont les Sorabes de l'Allemagne orientale ; quant à la « Serbie blanche » elle aurait été fondée dès l'Antiquité par des Serboï venus du Caucase (en fait, des Siraques, lesquels n'étaient pas des Slaves mais des Iraniens).
Migration de 976 Selon Jean SkylitzèsChronique de Skylitzès de Madrid, un échange de populations aurait eu lieu entre l'Empire byzantin et le royaume slave de Grande-Moravie en 976 : une partie des Serbes de la Serbie blanche (dont les descendants actuels sont les Sorabes de l'Allemagne orientale) vinrent s'installer dans le bassin d'un affluent du Danube, le Margos, qu'ils nomment Morava, tandis que les Valaques de cette région, ayant résisté à la conquête byzantine de l'empereur Basile II qui avait confisqué leurs terres, partent s'installer en Moravie septentrionale, où ils forment la Valaquie moraveT.J. Winnifruth : Romanized Illyrians & Thracians, ancestors of the modern Vlachs, Badlands-Borderland 2003, page 44, .. Pour les protochronistes, les Valaques de Moravie descendent en droite ligne des Volques, un peuple celte d'abord romanisé puis slavisé, mais sur place, en Moravie, il n'y a ni mention écrite, ni preuve archéologique de celaSur le plan linguistique le dialecte aujourd'hui slave des Valaques de Moravie, également influencé par les langues slovaque et tchèque, comprend un lexique latin d'origine daco-roumaine et surtout pastorale comme dans bača (roum. „baci”: berger), brynza (roum. „brânză” : fromage, mot passé aussi en slovaque et en tchèque), cap (roum. „țap”: bouc), domikát (roum. „dumicat”: produit laitier), galeta/geleta (roum. „găleată” : baratte), pirt’a (roum. „pârtie”, chemin de transhumance), kurnota (roum. „cornută”: cornue) ou murgaňa/murgaša (roum. „murgașă” : brebis noire).. C'est pourquoi les spécialistes tchèques supposent que des groupes de bergers roumains partis de l'actuelle Roumanie (Transylvanie, Banat) ou de l'actuelle Serbie orientale, se seraient installés en Moravie orientale plus tard, du au Jan Pavelka, Jiří Trezner (dir.): Příroda Valašska, Vsetín 2001, ..
Les migrations serbes sous l’occupation turque du
Les régions concernées sont la Herzégovine (aujourd’hui en Bosnie, en république serbe de Bosnie pour une partie), le Monténégro et la région de Sjenica.
Dans les régions montagneuses où les Turcs n'ont pas établi une autorité forte, la culture serbe s'est conservée intacte. La plus grande dynastie serbe, les Nemanjić, sont originaires de la région montagneuse de Raška, berceau de la culture et du peuplement serbes.
Les montagnes, moins touchées par les épidémies, assuraient aux Serbes une moindre mortalité infantile et plus de longévité. Pendant 4 siècles, du au , les sources historiques décrivent huit migrations principales des montagnes vers les plainesEncyclopédie Universalis, article « pays ruches ». ; les auteurs de l'époque n'ont pas relevé les migrations mineures qui prises une à une, devaient être plus importantes en nombre que les huit principales réunies.
Le principal courant de migration se dirigea vers la Šumadija qui était à l’époque, une vaste et dense forêt, qui assurait aux Serbes une certaine sécurité vis-à-vis des Turcs et leur permettait aussi de faire la guérilla vis-à-vis des Ottomans grâce à ses haïdouks. Simultanément, dans des plateaux montagneux comme la Morlaquie, le Durmitor, la Romanija Planina, le Stari Vlah ou la Vlahina, ainsi que dans les bassins de la Morava et du Timok, la slavisation progressive des Valaques déjà orthodoxes augmenta aussi le nombre des SerbesJacques Bourcard, Les peuples des Balkans dans « La Géographie » , Paris 1921., au point que les Croates, catholiques, appellent « valaque » tout berger slave orthodoxeGilles de Rapper & Pierre Sintès (dir.), Nommer et classer dans les Balkans, École française d'Athènes 2008.
La monarchie des Habsbourg libéra de temps en temps de vastes régions pendant l'occupation turque (traités de Sremski Karlovci et de Požarevac). Cela encouragea les migrations serbes, car les montagnards serbes étaient de robustes guerriers souvent de grande taille, qui fournissaient à l'empire autrichien le gros de ses garde-frontières. Après la grande migration de 1690, la Krajina, la Slavonie, le Banat occidental et la Syrmie formèrent la Voïvodine, centre culturel des Serbes de l'empire d'Autriche.
Par la suite, des Serbes et des Croates franchirent, souvent en qualité de pandoures (soldats-paysans libres), la Drave pour coloniser toute la Hongrie occidentale, le Burgenland et l'Autriche orientale jusqu’à Vienne et même jusqu'en Moravie tchèqueEncyclopédie Universalis 2008, article « pays ruches »..
La migration de 1690
La grande migration de 1690 s'est effectuée au cours de la deuxième guerre austro-turque qui eut lieu de 1683 à 1699. Elle opposa les chrétiens d'Europe centrale coalisés à l'Empire ottoman. L'alliance chrétienne était composée de : la maison d'Autriche, l'Empire russe, la république de Venise, la Pologne et les soldats-paysans serbes, plus connus sous les noms de haïduks et de pandoures. Cette guerre débuta par la Bataille de Vienne. Au cours de la contre-offensive au second siège de Vienne, l'Autriche libéra de l'occupation turque, la Hongrie, la Serbie et la Macédoine.
Dans l'armée autrichienne, on compte de nombreux Serbes qui mobilisèrent leurs compatriotes encore sous le joug turc. Cela fonctionna : les Serbes libérèrent seuls la région de la Macva, la Serbie orientale ainsi que Sjenica et le sandjak de Novi Pazar. Forts de ce succès, les Serbes demandèrent à l'Autriche de les aider à organiser leur royaume. Toutefois, les Habsbourg ne tenaient pas à créer une Serbie indépendante, mais garder les territoires serbes au sein de leur Empire.
Pendant les négociations entre Serbes et Autrichiens, les Turcs avaient rassemblé leurs forces de Roumélie. La contre-offensive turque reprit aux Habsbourg la Macédoine et s'engagea vers le sud du Kosovo. En plus de ces premières défaites, la France avait déclaré la guerre aux Habsbourg dans l'ouest. C'était trop pour l'Autriche : première défaite devant les Turcs, menacée par la France sur ses possessions de l'ouest (actuelle Belgique), risque de création d'une Serbie indépendante. Devant toutes ces menaces, l'Autriche décida de se replier aux nord du Danube et de la Save afin de sauvegarder au moins une partie de ses conquêtes.
Autonomie des Serbes au sein de l'empire d'Autriche À Belgrade, une assemblée serbe se réunit et demanda à l'empereur Léopold du Saint-Empire d'assurer la sécurité de ses alliés serbes. L'empereur accepta d'accueillir sur les terres récemment libérées au nord de Belgrade, sur la rive gauche du Danube « tous les Serbes qui étaient prêts à se battre contre les Turcs ». Dans les confins militaires (), il leur offrit des franchises comprenant des exemptions de taxes et des libertés religieuses (culte orthodoxe), judiciaires et éducatives (tribunaux et écoles serbes). Ils recevaient des armes pour pouvoir défendre l'Empire contre les Ottomans ; ils pouvaient attaquer seuls les Ottomans dans une guerre d'usure mais devaient répondre aux ordres de mobilisation de l'empereur. L'empereur et lui seul détenait une autorité sur les Serbes qui n'avaient de comptes à rendre ni aux gouverneurs autrichiens des provinces, ni aux ispáns (préfets) hongrois..
Arsenije III Čarnojević, le patriarche de l'Église orthodoxe serbe, satisfait de l'autonomie ainsi accordée par l'empereur, organisa l'une des plus grandes migrations de l'histoire serbe, entre 1690 et 1694 de , p. 179 à plus de Serbes quittèrent rien que le Kosovo (chiffre énorme pour l'époque : presque 4 fois la population de Londres), pour s'installer en Voïvodine, Slavonie et Krajina. Sachant que les Turcs avaient déjà durement réprimé les Serbes qui s'étaient alliés aux Autrichiens, ils craignaient que le retour des Ottomans au Kosovo, qui était le foyer central de la révolte serbe, ne provoque un massacre général de la population chrétienne (la population musulmane, de langue le plus souvent albanaise, n'avait rien à craindre des Ottomans et formait une « chamerie » semi-autonomeGilles de Rapper & Pierre Sintès (dir.), Op. cit., Athènes 2008).
À la fin de la migration, la Rascie devenue sandjak de Novipazar et le Kosovo avaient perdu une grande partie de leur population chrétienne, émigrée en Voïvodine (aujourd'hui serbe), en Slavonie (aujourd'hui croate) et jusque dans la ville hongroise de Szentendre.
La migration de 1737
En 1737, la monarchie des Habsbourg déclara la guerre à l'Empire ottoman, afin d'éviter une trop grande influence de l'Empire russe dans cette partie de l'Europe qu'elle considérait comme étant sa chasse gardée. L'empereur d'Autriche rencontra le patriarche serbe Arsenije IV Jovanović Šakabenta et lui demanda de pousser à la rébellion les Serbes sous domination turque. La révolte serbe, également soutenue par les Russes, libéra les villes de Niš, Pirot, Novi Pazar. Mais la préparation des Autrichiens était insuffisante, et les Turcs reprirent les villes libérées. Après leur victoire de Grocka en 1739, il récupérèrent aussi les gains territoriaux de la guerre précédente. Les Serbes furent massacrés en représailles par les Turcs, cela poussa à la migration un grand nombre d'entre eux vers la région de Syrmie, en Slavonie croate aujourd'hui.
Émigration du à 1946
L'émigration serbe à cette époque est due à des raisons économiques et s'oriente surtout vers les grands centres urbains et les bassins miniers, en France, Belgique, Allemagne, États-Unis et Canada. Les populations agricoles cherchaient à améliorer leur quotidien dans les grandes villes du monde industriel.