Tiers-lieu est un terme traduit de l'anglais « » faisant référence aux environnements sociaux qui viennent après la maison (premier lieu) et le travail (deuxième lieu) (concept en lien avec les mobilités triangulaires et pendulaires).
Présentation Cette configuration sociale a été théorisée par Ray Oldenburg, professeur émérite de sociologie urbaine à l’université West Florida, et Dennis Brisset de l'université de Minnesota-Duluth, dans un article de la revue « Qualitative Sociology » de , intitulé « The Third Place » et présentant les premières caractéristiques des tiers-lieux :
Le lieu : le tiers-lieu est un lieu public, accessible, intégré à la vie sociale des habitants. Il est là pour permettre des relations et expériences impossibles ailleurs. La sociabilité : la principale expérience est la sociabilité pure. Les auteurs se basent sur les travaux de Georg Simmel pour qui la sociabilité pure est un besoin naturel. L'importance de la discussion : les auteurs se basent sur les travaux de Orinn Klapp qui différencie les symbolismes « discursif » (discussions formelles dans le but d'apprendre « de » l'autre) et « non discursif » (discussions non formelles dans le but d'apprendre « sur » l'autre) et voient dans le symbolisme non discursif l'une des conditions de la sociabilité.
Ils y parlent de leur importance dans une société en pleine banlieusardisation, dans laquelle les sphères sociales proposées aux travailleurs n'étaient que la première, la deuxième et le trajet entre ces deux-ci..
Histoire En 1989, Oldenburg publie le livre The Great Good Place, d'une quarantaine de pages, dans lequel il fait évoluer les caractéristiques et présente des exemples. Ce livre sera le choix des éditeurs du « New York Times Book Review » et connaît un succès inattendu qui démocratise le terme ..
En 1997, il publie une seconde édition, beaucoup plus documentée, de plus de trois cents pages, dans laquelle il fait encore évoluer les caractéristiques du tiers-lieu et les place dans un contexte politique pour donner des exemples historiques.
Cette édition connaît une traduction japonaise en 2013 . et russe en 2014 ., dans lesquelles l'introduction et la bibliographie ont été modifiées pour mieux correspondre aux réalités locales.
En 2001, Oldenburg publie le livre « : Inspiring Stories about the « The Great Good Place » at the Heart of Our Communities »» dans lequel il propose des exemples de tiers-lieux à travers le monde, correspondant aux caractéristiques définies.
En , à titre posthume, Oldenburg étant mort en 2022, l'UNESCO publie un article de Ray, Oldenburg et Karen Christensen intitulé « Les tiers-lieux, des espaces citoyens à part entière »
Ray Oldenburg considère que les tiers-lieux ont entamé une phase de déclin depuis l'arrivée des , dans lesquels les rites de sociabilité ont disparu du fait de l'usage de l'automobile.. Michael Krassa soutient des thèses similaires en étudiant la configuration des quartiers, la formation des réseaux sociaux et l'engagement civique. D'autres travaux plus anciens font référence à ces configurations sans directement les dire en tiers-lieu . Ray Oldenburg se rapproche méthodologiquement de l'école de Chicago qui analyse la ville comme un laboratoire social.
Dans sa thèse de sociologie consacrée au sujet, Antoine Burret étudie les usages, les comportements, les réflexions et les pratiques que le tiers-lieu fait apparaître. Il tire de son travail une définition conceptuelle du tiers-lieu qui insiste sur .. Ainsi, l'auteur définit le tiers-lieu comme un lieu de sociabilité., un espace du vivre-ensemble. D'autres sociologues et anthropologues francophones, acteurs de la vie publique et militanteEn septembre 2021, L'association France Tiers-Lieu avec Emmanuelle Wargon et Patrick Levy-Waitz, lance un reportage sur « la réflexion sur l’invention des tiers-lieux pour habiter la France Demain ». Juste après avoir lancé « le projet ‘Simplifier le télétravail en tiers-lieux’ » avec l'agence Nationale de Cohésion des Territoires (ANCT).
Le 20 septembre 2021, France Tiers-Lieu, Patrick Levy-Waitz, était au Ministère de l'Intérieure pour rencontre Marlène Schiappa afin de remettre un rapport au premier Ministre Jean Castex, et aussi lancer « Des pistes de travail autour de l'insertion social, de l'engagement citoyen en tiers-lieux et de la prévention de la délinquance » (SIC Rémy Seillier de France Tiers-Lieu), avec le Ministère de Gérald Darmanin.
Le 20 septembre 2021, Marie-Laure Cuvelier, Conseillère régionale déléguée à l'ouverture de l'action régionale Nouvelle Aquitaine et Secrétaire générale de France Tiers-lieux et Consultante ESS & tiers-lieux chez Smartfr, « a présenté l'apport des tiers-lieux en matière de prévention de la délinquance et de réinsertion. "Les tiers-lieux sont des lieux d'émancipation où les gens peuvent se réaliser, s'émanciper mais surtout se réparer." » (source), travaillent sur le même sujet avec des approches différentes et contradictoires.....
Pour tiers-lieux.be, il s'agit d'un lieu qui répond à certains critères subjectifs « non-ghetto-risant » (en théorie). Cela amène au fait que le tiers-lieu est subjectif, le tiers-lieu de l’un n’étant pas le tiers-lieu de l’autre et un tiers-lieu reconnu comme tel par une communauté pourra être perçu comme trivial ou inutile par des personnes extérieures..
France tiers-lieux, association nationale française des Tiers-Lieux, répertorie structures françaises de ce type en 2021., et plus de 3 700 en 2023.
Les caractéristiques du tiers-lieu Dans son livre The Great Good Place., Ray Oldenburg donne et explique les points caractérisant le tiers-lieu :
Terrain neutre : le tiers-lieu est un endroit n’entraînant aucune obligation de l'un envers l'autre (par exemple invité/hôte), facilitant la création ou le développement d'amitiés. Ouverture : le tiers-lieu est un lieu ouvert à tous. Ray Oldenburg donne à cette caractéristique le qualificatif Third Place is a Leveler, en référence aux Leveler (ou niveleurs en français), qu'il présente comme une formation politique d'extrême gauche lors de la guerre civile anglaise dont les buts étaient, entre autres, l'abolition des rangs sociaux et des systèmes hiérarchiques. Communication : se basant sur les pensées de Ralph Waldo Emerson, pour qui l'homme est bon par nature, Ray Oldenburg voit dans les deux premières caractéristiques la possibilité pour un groupe de personnes de pouvoir communiquer de la meilleure manière qui soit et accorde donc une importance à ce que celle-ci soit présente dans le tiers-lieu. Accommodant et accessible : devant les différences pouvant exister quant au mode de vie ou au rythme de vie, il est important pour Ray Oldenburg qu'un tiers-lieu soit accessible le plus souvent possible, voire en permanence, avec l'assurance de la possibilité d'y rencontrer un ami. Noyau dur : ce qui fait le tiers-lieu n'est pas seulement le lieu, sa décoration, son outillage, le prix de ses boissons… mais la communauté qui aura choisi ce lieu, qui lui donnera son orientation et dont l'unité incitera à vouloir les rejoindre. Profil bas : le tiers-lieu n'est pas un lieu extravagant se mettant en avant. Il n'est ni snob, ni prétentieux. Il est avant tout là pour être chaleureux et accepter des personnes de toutes les conditions. L'ambiance : l'ambiance dans un tiers-lieu se doit d'être joyeuse, les discussions se réalisant toujours dans le respect l'un et de l'autre, sur un ton amical invitant le nouveau-venu à participer. Une maison hors de la maison : le tiers-lieu offre à ses occupants de la chaleur et un sentiment de possession et d’appartenance qui amènera le tiers-lieu à être aussi ressourçant, voire plus, pour l'occupant que sa propre maison. L'UNESCO publiera un article, écrit par Oldenburg et Christensen ramenant les caractéristiques à sept différentes :
C’est un terrain neutre auquel chacun peut accéder sans invitation. On peut y entrer et en sortir à sa guise. C’est bon marché. C’est un endroit où l’on peut parler. La conversation est l’activité principale, bien que la pratique de jeux comme les échecs et le mah-jong soit également courante. Il est situé près du domicile ou du lieu de travail. Idéalement, on peut s’y rendre à pied. Il a ses habitués. Mais les non-habitués ne sont pas écartés pour autant. Le bavardage, la plaisanterie et la taquinerie y ont toute leur place.
Définitions Liste de définitions en accord avec les caractéristiques Ray Oldenburg :
Movilab reprend la définition du sociologue Antoine Burret et l'adapte en partie : .
En :.
Exemples de tiers-lieux Ray Oldenburg donnait en 1989 ces exemples de tiers-lieux : cafés, marchands de café, salons de beauté, centres communautaires, épiceries, bars, lieux de rencontre..
Puis lors des réimpressions de son livre The Great Good Place, il modifia cette liste, et donna la suivante : cafés, marchands de café, librairies, bars, salons de coiffure et autres lieux de rencontrehttps://www.librarything.com/work/6928.
Rôle de l'alcool dans les tiers-lieux Dennis Brisset est un spécialiste de l'alcool, ayant beaucoup travaillé sur l'alcoolisme..
Dans leur article « The Third Place », Brisset et Oldenburg soulignent que même si la majorité des tiers-lieux sont des tavernes et bars où de l'alcool est servi, cela n'est pas obligatoire pour retrouver une configuration tiers-lieu.
Brisset ne collaborera plus avec Olendeburg par la suite mais continuera à travailler sur l'alcoolisme, entre autres sur le déni chez les alcooliques..
Dans la première édition de « The Great Good Place », Oldenburg fait référence aux « tavernes mortes » comme à des tiers-lieux ratés, des tavernes dans lesquelles il n'y a pas de communauté et qui poussent le visiteur à la consommation d'alcool pour compenser cette solitude.
La consommation modérée d'alcool sera le sujet principal de son livre « The Joy of Tippling » dans lequel il explique que, selon lui, une consommation modérée d'alcool amène à vivre plus longtemps que ceux ne consommant pas ou trop ainsi qu'à faciliter les intéractions sociales. Il souligne également le problème des autorités préférant voir les problèmes de l'abus d'alcool plutôt que les avantages de la consommation modérée.
Enfin, dans « Café as a Third Place », Oldenburg nous parle de la différence entre les « wet counties » et « dry counties » (endroit où l'alcool est lourdement règlementé), ces derniers ayant pour lui un capital social beaucoup moins élevé.
Synergie basique Dans la deuxième édition de « The Great Good Place », Oldenburg introduit par un chapitre le concept de « synergie basique », expliquant que dans ce qu'il qualifie comme « bon » tiers-lieu, il se crée une synergie basée sur la conversation et la consommation modérée d'alcool : selon lui, le fait de boire faciliterait la conversation et la convivialité et le fait de vouloir voir continuer cette discussion inciterait à la modération.
Il cite Tibor Scitovsky pour qui « a half-pint of beer is to talk as a bed is to making love, one can do without but does better with. »
Rôle politique Dans la dernière édition de son livre, Ray Oldenburg ajoute un paragraphe concernant ce rôle.
La valeur politique des tiers-lieux se manifeste dans une plus grande mesure dans les sociétés totalitaires car c’est là que les pouvoirs en place entraveront le plus activement leur formation.
Manuela Hoelterhoff, journaliste américaine d’origine allemande, gagnante du prix Pultizer de la critique en 1983, a constaté en Allemagne de l’Est une pénurie de cafés et restaurants et l’a expliquée par la tentative du gouvernement d’empêcher la création de lieux de rassemblement où il serait possible de partager son mécontentement du système politique.
De la Guerre d’indépendance à la Révolution française, ce sont dans des tavernes et des bars qu’ont été pensés les plans d’actions et la création des sociétés post-révolutionnaires.