Jean Le Clerc ou Jean Leclerc, né vers 1586-1588 à Nancy et mort le dans la même ville, est un peintre d'histoire baroque caravagesque rattaché à l'école de Lorraine où il œuvre à partir de 1622, après avoir travaillé à Rome à partir de 1616 puis à Venise à partir de 1619.

Biographie Jean Leclerc nait à Nancy vers 1586Céline Paul, Les mystérieux du XVIIe siècle, une enquête au cabinet d'art graphique., Musée des beaux-arts, 2002, page 16. ou 1588Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorraine, 1876, article Jean Leclerc, pages 71-90..

Robert Parisot dans son Histoire de Lorraine écrit à son sujet : « Le plus grand des peintres lorrains de cette époque, le Nancéien Jean Leclerc (1588-1633), s'est partagé entre sa ville natale et l'Italie. C'est à Venise qu'il a passé une grande partie de son existence. »Robert Parisot, Histoire de Lorraine, 1922, Picard, page 280..

On trouve à Nancy au XVe siècle une famille Leclerc qui est alors une importante famille de la bourgeoisie de la ville à laquelle appartenaient Claude et Thierry leclerc, anoblis par le duc Antoine le Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine et du Musée Historique Lorrain, Volume 43, 1893, page 103. qui avaient pour armoiries d'or, au léopard de gueules, armé, lampassé et couronné d'azur, au chef de même chargé de trois besans d'or, différentes de celles portées par Jean Leclerc qui sont d'azur, à deux épées d'argent garnies d'or, mises en sautoir, au chef cousu de gueules, chargé d'un lion dit de Saint Marc d'or, tenant un livre ouvert au naturelAmbroise Pelletier, Nobiliaire, ou armorial général de la Lorraine et du Barrois, volume 1, 1758, page 459..

Le rattachement de Jean Leclerc à cette famille n'est pas établie par les sources : Ambroise Pelletier dans son Nobiliaire, ou armorial général de la Lorraine et du Barrois leur consacre des paragraphes différents et n'indique pas de lien. Le duc de Lorraine dans les lettres d'anoblissement accordées en 1623 à Jean Leclerc et à son frère ne fait pas référence à cette famille Leclerc anoblie en 1512.

Jean Leclerc arrive à Venise à l'âge d'environ 15 ans vers 1602-1603Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorraine, 1876, article Jean Leclerc, page 74. pour entrer avec Carlo Saraceni dans un atelier dont le chef est resté inconnu.

Il passe l'essentiel de sa carrière en Italie, à Rome de 1616 ou 1617 à 1619, puis à Venise de 1619 à 1622Encyclopédie Universalis consultée le 26 mars 2018.

En 1622, Il revient en Lorraine à Nancy avec son frère Alexandre.

thumb|Blason de Jean Leclerc et de son frère Alexandre, anoblis en 1623 Il est anobli avec son frère Alexandre par lettres patentes du duc de Lorraine du . Le préambule de ces lettres patentes indique: « Sur la connaissance que nous avons des belles parties qui sont en nos chers et bien aimés Jean et Alexandre Le Clerc frères, natifs de ceste notre bonne ville de Nancy, et du rang que l'expérience qu'ils se sont acquis, pratiquants les mœurs étrangères et parcourant les provinces les plus éloignées de nous... »Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorraine, 1876, article Jean Leclerc, page 79-80..

Après son retour en Lorraine, Jean Le Clerc épouse Anne N. qui meurt en couches et est inhumée en l'église des Cordeliers de Nancy le . Il épouse en secondes noces, en l'église Saint-Sébastien de Nancy, le , Marguerite Navel, fille de Geoffroy Navel, munitionnaire, dont il a un fils, Claude Nicolas, baptisé le Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorraine, 1876, article Jean Leclerc, pages 80-81.

Il ne profite pas longtemps des joies de la famille que lui promettent son second mariage; il devient hydropique et meurt le et est inhumé en l'église des Cordeliers de Nancy aux côtés de sa première femme.

Carrière artistique À Rome thumb|Le concert (détail). À Rome, il évolue, comme Guy François dans le sillage de Carlo Saraceni, le plus brillant des caravagesques de Rome. Il devient son disciple et son collaborateur, l'accompagnant à Venise en 1619.

En 1619, la première toile connue de "Giovanni" Le Clerc est une Mort de la ViergeCette œuvre d'après Carlo Saraceni, 1619, est visible à Londres, au British Museum. qu(il réalise à Rome. Dans ce tableau, il peint deux femmes que nous retrouverons dans La mort de la Vierge de Nicolas Poussin (1594-1665), peinte à Paris en 1623.

Le seul tableau qu'on puisse assigner avec quelque certitude à la période romaine de Le Clerc est Le Concert de la pinacothèque de Munich où l'artiste reprend la tradition des peintres caravagesques par les jeux de lumières, avec les visages puissamment éclairés.

Les opinions varient en ce qui concerne Le Reniement de saint Pierre (Galerie Corsini, Florence) donné tantôt à Le Clerc, tantôt à Saraceni. Cette scène de beuverie annonce sa Scène de cabaretWashington, Osuna Gallery .

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À Venise thumb|Le Doge Enrico Dandolo et les capitaines de la Croisade prêtant serment - 1621.

Il rencontre Carlo Saraceni (1580-1620), Charles VénitienLa méditation de Saint François d'Assise, galerieheim.ch, mais il ne devient pas son élève. Jean Le Clerc a déjà 24 ans quand il séjourne de 1612 à 1616 dans la demeure à Rome du peintre vénitien, via di Ripetta, il est donc plutôt un compagnon d'atelier. Certes, il adopte sa manière, .

Son activité est mieux connue à Venise qu'à Rome : il y achève les peintures que Saraceni, mort en 1620, n'avait pas terminées, notamment au palais ducal (Le Doge Enrico Dandolo incitant les chevaliers à la croisade). Il termine également une Annonciation à Feltre (église Santa Giustina). Le Naufrage (villa Contarini à Piazzola sul Brenta) est attribué alternativement au maître et au disciple. La facture nerveuse, les attitudes compliquées, les vêtements aux plis agités semblent confirmer la seconde hypothèse. Leurs deux manières restent, quoi qu'il en soit, très proches et leurs œuvres difficiles à distinguer. Les souvenirs des voyages et combats au Moyen-Orient de Le Clerc font que les personnages sont des captifs en costumes orientaux.

Saraceni et Le Clerc sont les maîtres du peintre vénitien Gasparo Della Vecchia (1602-1678), père de Pietro della Vecchia. Mais Carlo Saraceni décède le .

À la fin de , ils avaient commencé de peindre une vaste composition : Le Doge Enrico Dandolo (1123-1205) et les capitaines de la Croisade prêtant serment exposée dans la Salle du Grand Conseil du Palais des DogesTanaka Hidemichi, Georges de La Tour dans ses rapports avec Le Clerc, Callot et Rembrandt. Inform. Hist. Art, XV, 1960, .. C'est, écrira un critique d'art, « une toile magnifique, une œuvre véritablement saisissante et qui reflète la manière des meilleurs maîtres vénitiens. Le dessin est fier, d'un grand style, la couleur est splendide et l'ensemble n'est pas trop inférieur aux immortels chefs-d'œuvre des Véronèse, Tintoret, Palma et autres maîtres au milieu desquels elle est placée. »Société d'archéologie lorraine. Mémoires de la, 1876, et 77.. En 1621, Jean Le Clerc poursuit ce travail et le signe. En récompense, il est fait chevalier de Saint-Marc.

En Lorraine à partir de 1622 thumb|Saint François Xavier donnant le baptême aux indiens.

Il travaillera principalement pour François de Lorraine et pour l'Église.

Si ce retour en Lorraine marque un tournant, son travail n'est pas plus connuPétry Jean-Claude, Entre Callot et La Tour, Jean Le Clerc cet inconnu, Dossier de l’art, , .. La chronologie des œuvres lorraines reste très incertaine et repose sur une série d'hypothèses. Nancy, Musée des beaux-arts- peintures italiennes et espagnoles, , Clara Gelly Blandine Chavanne..

En 1629, les portraits exécutés par Jean Le Clerc, payés par la Recette générale des finances du duc François, sont envoyés de Lorraine en ItalieClaude Lorrain, Pittori lorenesi in Italia nel XVII secolo, aprile-maggio 1982, Par Accademia di Francia (Rome, Italy)..

Une peinture nouvelle thumb|L’Adoration des bergers - avant 1633. Ce peintre vénitien introduit en Lorraine une peinture nouvelle, marquée par les recherches luministes des peintres établis à Rome et influencés par l'art de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (1571-1610). L'artiste reprend à Nancy la technique du clair-obscur.

Le Clerc entretient des liens avec Georges de La Tour (1593-1652) et les artistes lorrains. Les affinités ne manquent pas entre ses œuvres et celles de La TourMeaume E., Georges Lalleman et Jean Le Clerc, peintres et graveurs lorrains, M.A.S.L., . C'est sans doute grâce aux œuvres de Le Clerc que La Tour prend connaissance des techniques de clair-obscur.

Le Souper galant (sanguine et lavis brun)Voir en ligne.Saisie révolutionnaire (collection marquis de Robien), 1794., comme Le Concert nocturne, La feuille de Rennes présente des affinités avec une estampe de Le Clerc, Le Concert nocturneVienne, Albertina.. Le Concert nocturne parfois considéré comme son œuvre la plus célèbre, est exposé à la pinacothèque de MunichJean Le Clerc, La Résurrection de Lazare, louvre.fr.

Des sujets religieux thumb|right|450px|L'une des gravures sur la vie de saint Ignace de Loyola de Jean Leclerc (1612).

Dans ses œuvres, esprit de croisade, esprit missionnaire, esprit de pèlerinage convergent souventChoné Paulette, Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine, 1525-1633 : comme un jardin au cœur de la chrétienté, ..

Le , le recteur du Collège des jésuites, Jean Bonnet, lui commande un tableau de neuf pieds de hauteur et sept pieds de longueur représentant La prédiction de saint François XavierSaint François-Xavier prêchant, Nancy, Musée historique lorrain.. Nous sommes, à la fin de sa vie, et Jean Le Clerc se remémore ses voyages et ses combats. Même s'il s'agit de l'action missionnaire aux Indes orientales, ce sont des moyen-orientaux qu'il peintChoné Paulette, Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine, 1525-1633 : comme un jardin au cœur de la chrétienté, ., comme dans Têtes d'hommes enturbannés.

Le Martyre de saint Sébastien (1631, église Saint-Sébastien de Nancy), La Prédication de saint François Xavier, à Saint-Nicolas (1632), L'Extase de saint François, à Bouxière-aux-Dames, contribuent à diffuser en Lorraine une forme de caravagisme issue de Saraceni mais qui ne saurait expliquer, comme on l'avait avancé, celui de Georges de La Tour.

En 1633, dans sa dernière toile, L'Adoration des Bergers, pour l'église Saint-Nicolas de Nancy, l'influence de l'école caravagesque et de Saraceni est évidente. Rémond Constant finit certainement cette œuvre, car se voyant mourir, Jean Le Clerc lui cède en deux contrats signés avec les carmélites de Chaumont, qui lui ont commandé seize peintures de l'ApocalypseChoné Paulette, Jean Le Clerc, Claude Deruet et le carmel de Chaumont (1633-1635)..

Le Christ et saint Pierre, de l'église Saint-Nicolas à Nancy et Le Festin d'Hérode, à Chaumont, église Saint-Jean-Baptiste, sont attribués à Jean Le Clerc.

Un maître thumb|205px|Un tableau de son élève Jean Nocret (1612-1672)

thumb|Le Bénédicité.

Postérité

Nancy ne possède que deux tableaux de Jean Le Clerc. : Saint Pierre, Saint PaulTous les deux d'abord dans l'église de Girecourt-sur-Durbion, selon Dom Calmet., Saint François Xavier, exécuté le , La Sainte Vierge, La nativité de Jésus-ChristEn 1876 dans l'église Saint-Nicolas de Nancy., Sainte Pélagie, La Madeleine, Saint Ignace, Saint Jean l'évangélisteDans l'église de Girecourt., Saint SébastienDans l'église Saint Sébastien, portrait du peintre Bermand, ami et élève de Le Clerc, payé 250 francs., CrucifixDans l'église des Annonciades., Saint FélixDans l'église des Capucins., L'adoration des bergersDans l'église du Saint Sacrement (musée de Langres), Deux tableaux représentant des angesDans l'église des Minimes de Bon-Secours., Un tableau dans un des parloirsDans l'église des Dames du refuge., Saint Antoine de PadoueChez Monsieur Barbe ?.