Simone Ehivet Gbagbo , née Simone Ehivet le à Moossou (commune de Grand-Bassam), est une syndicaliste, femme politique et ancienne Première dame de Côte d'Ivoire.

Membre fondatrice du Front populaire ivoirien (FPI), elle devient, à la faveur de l'instauration du multipartisme en Côte d’Ivoire, députée de la commune d'Abobo en 1995 puis vice-présidente de l'Assemblée nationale de 1995 jusqu'à sa dissolution, à la suite du coup d'État de du général Robert Guéï.

Après l'élection présidentielle d', elle devient la Première dame de Côte d'Ivoire, de 2000 à 2011, en tant qu'épouse de Laurent Gbagbo, président de la République, sur lequel elle exerce une certaine influence. Pendant cette période, elle préside le groupe parlementaire de son parti politique, le FPI, à l'Assemblée nationale.

En 2015, quatre ans après avoir été arrêtée, à la suite de la chute de son époux, elle est condamnée par la justice ivoirienne à d'emprisonnement pour atteinte à l'autorité et à la sûreté de l'État. Elle est libérée en 2018, à la faveur d'une loi d'amnistie signée par le président Alassane Ouattara.

En 2023, la justice ivoirienne prononce le divorce de l’ancien couple présidentiel, après deux ans de procédure.

Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement Générations capables (MGC), est candidate à l'élection présidentielle de 2025.

Biographie Origines, études et carrière dans le professorat Simone Ehivet est la fille de Jean Ehivet, gendarme de profession et de Marie Djaha. Deuxième née d'une famille de dix-huit enfantsSimone Gbagbo, la « dame de fer » du régime leparisien.fr, 11 avril 2011, elle a quinze sœursT.P., « Simone, la « dame de fer » de son président de mari », in Le Figaro, samedi 2 / dimanche 3 avril 2011, page 20., devenant très tôt tutrice de ses cadets. Elle fait ses débuts de formation dans des écoles primaires à Moossou, Bouaké et Béoumi.. Élève au lycée classique d'Abidjan en option lettres modernes, elle mène sa première grève en 1966 (elle est interpellée par la police)François Soudan, « Simone Gbagbo, le pouvoir jusqu'à la lie », Jeune Afrique, semaine du 2 au 8 décembre 2016, pages 24-32. et elle obtient le baccalauréat en 1970. Elle obtient une licence en lettres modernes à l'université Félix-Houphouët-Boigny et étudie à l'École normale supérieure de Côte d'Ivoire. Elle est major de sa promotion au concours d'entrée au CAPES, qui donne accès à la carrière de professeur de l'enseignement secondaire. Elle a été également étudiante en France (à l'université Paris-XIII, où elle a passé une maîtrise de lettres modernes option littérature orale en 1976 sur « l'image de la femme dans le conte »), au Sénégal (à l'université de Dakar, où elle a passé un DEA en 1981 et ensuite un doctorat sur « le langage tambouriné chez les Abourés » ) et, enfin, en Côte d'Ivoire (elle y a obtenu une licence en linguistique africaine à l'université d'Abidjan en 1984).

Parcours politique Syndicaliste et militante Au lycée, elle est membre de la Jeunesse estudiantine catholique (JEC), un mouvement de jeunes catholiques ivoiriens où elle occupe la tête de la branche féminine de 1966 à 1970. Ce qui contribue, selon elle, à l'orienter politiquement à gauche. En 1972, elle intègre un groupe révolutionnaire clandestin, la cellule Lumumba, auprès de Bernard Zadi Zaourou. Elle milite au sein des associations Synesci (syndicat de professeurs de lycées) et Synares (syndicat de professeur d'université, qu'elle finit par diriger). Dans ces syndicats, elle défend l'ivoirisation des programmes d'enseignement. Elle participe aux mouvements de grève de l'enseignement en 1982.

Syndicaliste active dans les années 1970 et 1980, elle a été plusieurs fois emprisonnée pour sa lutte en faveur du multipartisme lors de ces années, et torturée. C'est à l'université qu'elle commence à côtoyer le milieu politique, notamment à partir de 1973, où elle fait la connaissance de son futur époux Laurent Gbagbo, bien qu'alors, leur relation soit seulement politique. Ce professeur d'histoire au lycée classique d'Abidjan (LCA), révoqué pour venait de sortir d'un internement en camp militaire. En 1982, elle co-fonde dans la clandestinité, avec Laurent Gbagbo, Aboudramane Sangaré, Émile Boga Doudou, Assoa Adou, Pascal Kokora et Pierre Kipré le futur Front populaire ivoirien (FPI). Elle est membre du bureau national, chargée de la formation politique des militants et des questions agricoles. Ces années là sont précaires, avec la pression de la police de Félix Houphouët-Boigny, qui dirige le pays avec un système à parti unique. À la suite de violentes manifestations estudiantines, Laurent Gbagbo part en exil en France pendant deux ans, après avoir donné des filles jumelles à Simone Ehivet, qui les élève seule et continue à militer dans ce qu'il reste du parti. Il revient en et, après le divorce de Laurent Gbagbo avec sa première femme française, le couple se marie discrètement dans la commune de Cocody le . En a lieu dans une discrète villa d'un sympathisant le congrès constitutif du FPI, auquel Simone Gbagbo participe.

Députée vignette|Laurent Gbagbo. Sous la pression de la rue et après le sommet de La Baule, le multipartisme est de nouveau instauré en Côte d’Ivoire en . Simone Gbagbo échoue à devenir députée aux élections législatives de , s'étant présentée dans la circonscription d'Abobo (sur la liste « Espoir pour Abobo »). Un mois plus tard, elle échoue aux élections municipales de la ville éponyme. Fin 1990, elle est brièvement arrêtée par les forces de l'ordre, le FPI (désormais légalisé) s'opposant avec pugnacité à l'appareil répressif alors dirigé par le Premier ministre Alassane Ouattara et le chef de l'armée Robert Gueï. Le , elle participe avec Laurent Gbagbo et les ténors de leur parti à une manifestation contre la violence du « nettoyage » de la résidence universitaire d'Abidjan. L'évènement dégénère, Simone Gbagbo est emmenée au camp Gallieni, siège de l'état-major de l'armée Ivoirienne dans la commune du plateau, où elle est rouée de coup et maltraitée par des soldats et des gradés. Son mari, lui, est humilié devant ses propres militants. Elle reste dix-huit jours à l'hôpital de Yopougon puis le couple est transféré à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, où ils sont incarcérés six mois, jugés pour tentative de subversion avant d'être graciés par le président. En cellule, une bonne sœur visiteuse de prison la ramène à la foi, elle qui n'était plus pratiquante depuis l'enfance, époque où son père l'emmenait chaque matin à la messe.

Le , à 88 ans, le président Félix Houphouët-Boigny meurt après 33 ans de pouvoir et Henri Konan Bédié, alors président de l'Assemblée nationale, accède au pouvoir, comme le prévoyait la Constitution ivoirienne. Le couple Gbagbo s'allie brièvement avec Alassane Ouattara. Elle est élue députée de la commune d'Abobo en 1995 après une campagne violente (son QG de campagne est arrosé de gaz lacrymogène par la police en sa présence). Elle est présidente du groupe du FPI à l'Assemblée nationale et vice-présidente de la Chambre.

Le a lieu le coup d'État du général Robert Guéï, lors duquel Simone Gbagbo se replie dans sa villa avec ses jumelles. Neuf mois plus tard, elle participe à la campagne présidentielle pour son mari, candidat du FPI. Dans les meetings, elle n'hésite pas à invoquer Dieu, à citer la Bible et à danser sur les podiums. Sa foi, qui l'a sincèrement transformée, la convainc que leur victoire électorale était divinement prédestinée.

Première dame d'influence Première dame du pays à partir du , alors que son époux devient président de la République, elle participe à la cérémonie d'investiture alors que la campagne présidentielle s'est terminée dans le sang. Elle choisit toutefois de ne pas se cantonner à un rôle de représentation. Elle se retrouve au cœur même des grandes décisions politiques de son pays. Consciente de son parcours et d'où elle vient, elle ne se complait pas dans le luxe comme plusieurs de ses compagnons de route du FPI mais utilise ses nouveaux moyens financiers et politiques pour installer un rapport de force avec les ennemis de son mari. Il convient cependant de contextualiser ces choix, le mandat présidentiel de Laurent Gbagbo s'étant déroulé dans un contexte post-guerre civile, avec des affrontements réguliers, Simone Gbagbo choisissant de faire preuve de fermeté en réaction. Il s'agit désormais d'un couple uniquement politique, Simone Gbagbo faisant chambre à part. Ses actions dans le pays ne se limitent donc pas aux associations caritatives. Elle se présente le pour redevenir députée d'Abobo. Son bagage de syndicaliste et de femme politique lui permet de prendre ouvertement position sur la politique de la Côte d'Ivoire. Jeune Afrique écrit ainsi : , en ne s'opposant pas mais en se complétant, Simone Gbagbo apportant à son mari un réseau féminin. Elle est très proche des Jeunes patriotes, les mouvements de jeunesse soutenant son mari.

En 2001, elle accepte qu'il prenne pour seconde épouse Nadiana Bamba, de vingt ans plus jeune qu'elle et avec qui il se marie selon les rites malinkés. Celle-ci lui donne un fils, ce qui est vécu par Simone Gbagbo comme une humiliation, mais elle choisit de la tolérer, tout en évinçant les hauts fonctionnaires trop proches de la jeune femme ou en lui interdisant d'accéder à la résidence présidentielle.

En a lieu une tentative de putsch, qui se règle en par les accords de Linas-Marcoussis. Avec l'idéologue du régime Mamadou Koulibaly (depuis entré en dissidence), elle incarne la ligne dure de la présidence, exhortant les jeunes et les femmes à soutenir le couple, cherchant des soutiens auprès des évangélistes américains et israéliens, intervenant à l'Assemblée nationale et dans les médias et s'opposant à la France de Jacques Chirac. Elle veille cependant à ne jamais contredire son époux en public et participe rarement aux réunions officielles ou interviews pour laisser Laurent Gbagbo seul en scène. Elle est proche d'Anselme Seka YapoAnselme Seka Yapo est condamné à 20 ans de prison en août 2015 pour des exactions commises durant la crise post-électorale de 2010-2011 puis à la prison à perpétuité en février 2016 pour l'assassinat du général Guéï en septembre 2002 (voir et , accusé d'être responsable des basses œuvres du régime (la mort de Robert Guéï et de sa famille en 2002, la tentative d'assassinat du couple Ouattara peu après, etc.), et de plusieurs personnalités (son directeur de cabinet Blaise Gbotta Tayoro, le patron du port d'Abidjan Marcel Gossio, Charles Blé Goudé, le ministre de l'Intérieur puis conseiller spécial de la présidence Désiré Tagro, le ministre du Plan et du Développement Paul Antoine Bohoun Bouabré, qui s'éloignera cependant d'elle à la fin du régime). Sous l'impulsion du pasteur Moïse Koré, elle défend les chrétiens du sud du pays contre les musulmans du nord, considérés comme des agresseurs, et leur chef, Alassane Ouattara. À contrario, Laurent Gbagbo se fait plus diplomate avec ce dernier, espérant trouver un terrain d'entente.

Sa position de Première dame lui vaut également de passer pour une conseillère de l'ombre de son mari, sinon de peser sur la vie politique du pays. Elle déclare ainsi à L'Express : . Certains membres du gouvernement de son époux étaient des proches de Simone Gbagbo avant de se retrouver dans l'équipe gouvernementale, à l'instar du Premier ministre Gilbert Marie N'gbo Aké ou de la ministre de la Lutte contre le Sida, Christine Adjobi, sa cousine.. En , le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU) Kofi Annan déclare après un sommet sur la Côte d'Ivoire: , illustrant en filigrane l'influence de la Première dame.

À la veille du scrutin présidentiel de 2010, la presse prête à Simone Gbagbo la volonté de prendre la tête du FPI lors du possible second mandat de son mari avant de lui succéder lors de l'élection présidentielle de 2015.

Arrestation, détention et procès nationaux