La ville impériale de Mulhouse puis république de Mulhouse (en allemand : , en latin : ) est une ancienne cité-État, d'abord membre du Saint-Empire romain entre et , puis devenue un territoire indépendant allié à l'ancienne Confédération suisse jusqu'en .
Village mentionné dès le , Mulhouse devient une ville au Moyen Âge notamment avec la construction d'un mur d'enceinte au début du . Ses habitants se dotent d'institutions sous l’autorité des princes-évêques de Strasbourg et des souverains du Saint-Empire. Ces derniers lui accordent une charte de franchises et différents droits à la fin du . En , le statut de « ville d'Empire » est accordée par à Mulhouse. Les institutions municipales sont établies au milieu du avec l'élection d'un bourgmestre puis l'entrée des représentants des corporations au conseil de la ville en .
Avec les autres villes impériales de la plaine d'Alsace, Mulhouse forme en une alliance connue sous le nom de Décapole qui doit garantir une assistance réciproque entre ses dix membres face aux menaces extérieures. Lors de la guerre des six Deniers entre et , la cité affronte la noblesse de Haute-Alsace et des villes de Brisgau, vassales des Habsbourg qui possèdent l'Autriche antérieure. Abandonnée par ses alliées, Mulhouse reçoit l'aide de plusieurs cantons suisses et gagne la guerre. Face à de nouvelles menaces d'annexion par les territoires héréditaires des Habsbourg, la cité s'allie au canton de Bâle en . Ces différentes crises provoquent un éloignement progressif de la Décapole que Mulhouse quitte définitivement en lorsqu'elle signe un traité d'alliance avec l'ensemble de la Confédération des XIII cantons. La cité se détache de l'autorité du Saint-Empire et obtient le statut de « pays allié de la Confédération ».
La Réforme protestante est adoptée en par les autorités municipales qui suivent les thèses d'Ulrich Zwingli. Grâce à son alliance avec les cantons suisses, la ville est épargnée par la guerre de Trente Ans qui ravage la région. Les traités de Westphalie de accordent au Roi de France les possessions autrichiennes en Haute-Alsace et des droits sur les villes de la Décapole. Alors que celles-ci sont rattachées au royaume de France au , Mulhouse conserve son indépendance et devient une enclave au milieu du territoire français. La cité devient un foyer de la révolution industrielle à partir de grâce aux manufacturiers qu'elle accueille. À ce titre la ville est surnommée par la suite le « Manchester français ».
Durant la Révolution française, un blocus douanier et des menaces d'annexion par l'armée révolutionnaire contraignent les dirigeants de Mulhouse à renoncer à l'indépendance et à voter en faveur du rattachement à la France en , peu de temps avant l'invasion française de la Suisse.
Histoire Origines L'abbaye Saint-Étienne de Strasbourg est fondée en 717/718. Le territoire de Mulhouse fait partie de ses possessions. Le , diplôme de Louis le Débonnaire en faveur de l'abbaye de Masevaux qui a des possessions à Mulhouse. Le village mentionné pour la première fois en , Mulhouse dépend de différents monastères successifs au cours du haut Moyen Âge avant d'intégrer les possessions de la principauté épiscopale de Strasbourg en . L'évêque de Strasbourg Werner de Habsbourg reçoit l'administration des biens de l'abbaye Saint-Étienne de Strasbourg, dont Mulhouse, de l'empereur par un diplôme daté de Thionville le . Le prince-évêque est alors le seigneur de la localité mais celle-ci se développe sous l'autorité des Hohenstaufen qui siègent sur le trône impérial et possèdent le duché de Souabe et d'Alsace et des biens allodiaux à Mulhouse. À la fin du un faubourg est construit sur les terres détenues par l'empereur en contrebas du bourg appartenant au domaine épiscopal. Frédéric Barberousse séjourne à Mulhouse en 1153 et 1186. Mulhouse est cédée en intégralité au prince-évêque, , en , avant de repasser progressivement sous le contrôle du souverain du Saint-Empire. Un traité est passé entre l'empereur et l'église de Strasbourg permettant à l'évêque de Strasbourg de recouvrer Mulhouse et ses dépendances sauf les alleux. Sous le règne de Frédéric II, elle devient une ville notamment par la construction d'un mur d'enceinte en .En 1225, à la mort de Gertrude de Dabo, l'évêque de Strasbourg Berthold Ier de Teck réclame son héritage. Il va en résulter un conflit de entre les prétendants à l'héritage, dont les margraves de Bade et les comtes de Ferrette. En 1226, l'évêque de Strasbourg a acheté au margrave de Bade le château de Dagsbourg à Eguisheim. Cela a déplu au comte qui possédait le château de Wahlenbourg qui cède alors tous les château d'Eguisheim à mais les retrouve en arrière-fief. L'évêque de Strasbourg le bat le à la bataille de Blodelsheim et conserve le château de Dagsbourg. En 1235, Berthold de Teck soutient la révolte d' contre son père l'empereur mais il est battu en 1236. Pour punir l'évêque de Strasbourg de son aide à Henri un traité signé en lui retire le titre de comte et restaure les droits de l'empereur sur Strasbourg. La lutte entre la papauté et l'Empire et l’excommunication de l'empereur en 1245, provoque l'affaiblissement du pouvoir impérial. Le prince-évêque de Strasbourg, , profite de l'instabilité politique pour s'empare de la cité en et y construire un château fort afin de réaffirmer son autorité sur les habitants. En 1253, reçoit la dîme de Mulhouse en fief du roi . Ces bourgeois de Mulhouse se révoltent en contre le successeur de Henri de Stahleck, , et prennent la forteresse en avec le soutien de Rodolphe de Habsbourg, landgrave de Haute-Alsace et protecteur de la cité. Gouvernée par un conseil de bourgeois, la ville est pourvue d'un sceau en . L'évêque de Bâle met la ville de Mulhouse en interdit pour son refus de se soumettre à l'évêque de Strasbourg.
À la suite de son élection au trône du Saint-Empire en , accorde à Mulhouse une charte de franchises en . Son successeur octroie de nouveaux droits et privilèges le . La ville est désormais administrée par un prévôt (). Celui-ci rend la justice au nom du seigneur qui est le souverain du Saint-Empire. accorde à Mulhouse le statut de « ville d'Empire » en . La cité dispose ainsi de l'immédiateté impériale avec droit de siéger à la Diète d'Empire : elle n'est désormais plus un bien personnel du souverain mais un état du Saint-Empire à part entière. Elle intègre le Grand-Bailliage d'Alsace () qui administre les biens impériaux de la région.
La conquête de l'autonomie urbaine En , octroie à Mulhouse (comme à d'autres villes alsaciennes) un privilège selon lequel le prévôt doit être choisi uniquement parmi les bourgeois (c'est-à-dire la communauté des habitants de la ville bénéficiant par leur statut des privilèges de la ville, à l'image de « citoyen » qui désigne à l'origine l'« habitant de la cité »), modifia la représentation au conseil et permit à ce dernier et aux corporations d'élire un bourgmestre. Ce bourgmestre serait à la tête de la cité et ne pourrait être révoqué par l'empereur. Le premier bourgmestre élu est Jean de Dornach. Le régime politique de Mulhouse, comme celui des autres villes d'Empire et villes libres, peut alors être assimilé à une république urbaine.
La république de Mulhouse dans la Décapole En , la Décapole est créée par , Mulhouse en devint membre dès sa création. Dans toute l'Europe rhénane les cités gagnèrent en puissance, s'enrichirent et prospérèrent, Mulhouse suivit la même évolution. Les nobles se coalisèrent contre les cités. En réaction les villes de Bavière, de Suisse, de Souabe et du Rhin mirent en place en une grande coalition. Mulhouse en fit partie. En les Suisses écrasent les troupes autrichiennes lors de la bataille de Sempach. En , les Mulhousiens achetèrent à Venceslas la suppression du poste de prévôt impérialJean-Daniel Schoepflin, L'Alsace illustrée ou son histoire sous les empereurs allemands et depuis sa réunion à la France, 1852, ., l'empereur instaura également l'autonomie fiscale. Tous les pouvoirs d'administration de la cité reviennent alors au conseil et au bourgmestre, élus par les Mulhousiens. S'ensuit une période de prospérité, en , les Mulhousiens rachètent les territoires d'Illzach et de Modenheim ainsi que des territoires attenants, les faubourgs s'accroissent. Les nobles des alentours semblaient alors incapables de rivaliser avec la montée en puissance de la cité.
L'invasion des Armagnacs et l'expulsion des nobles vignette|Matrice du grand sceau de la ville de Mulhouse vers . En , appelle le Dauphin Louis de France, futur , et ses Armagnacs pour mater les cités suisses dont il avait perdu le contrôle. Appelés aussi les Écorcheurs, les Armagnacs dont on parle ici sont des bandes armées formées d'anciens mercenaires sans emploi qui vivent de pillage. Les nobles de Haute-Alsace se joignent à eux. Les Suisses sont alors défaits près de Bâle le lors de la bataille de la Birse. Malgré leur victoire, les Armagnacs se replient vers la plaine d'Alsace et se dirigent vers Mulhouse. Les Mulhousiens se préparent alors au siège, ils accueillirent et armèrent tous les habitants des alentours qui désiraient résister. Ils embauchèrent également des artificiers et tout ce qu'ils trouvèrent comme mercenaires. Tous se réunirent à l'intérieur des remparts après avoir pris le soin de détruire et brûler tout ce qui pouvait être utile à l'ennemi en dehors. Ils prirent également possession du château d'Illzach, y délogèrent les alliés des Armagnacs qui en étaient maîtres et y installèrent une garnison. Les Armagnacs entamèrent le siège et lancèrent le premier assaut le . Ils furent repoussés par les Mulhousiens. Ils tentèrent de faire céder les Mulhousiens à l'usure et lancèrent par la suite trois autres attaques. Toutes furent repoussées et les Armagnacs se retirèrent au printemps . Toute la région fut ruinée et les nobles, tenus pour responsables de l'invasion, en sortirent affaiblis. Les Mulhousiens voulurent en finir définitivement avec le danger que représentait la noblesse. Ils décidèrent de dissoudre la corporation des nobles et leur demandèrent de se fondre dans les autres corporations. Tous ceux qui ne s'y conformèrent pas furent expulsés. Les nobles quittèrent la ville avec un profond ressentiment qui alimentent les tensions avec les dirigeants de la République.
La guerre des Six Deniers
thumb|Plainte de Pierre de Réguisheim lue par Thuring III von Hallwyl en , par Diebold Schilling le Jeune en .|gauche