L'incident du Mayaguez se déroule du au , dans l'île de Koh Tang, au large des côtes cambodgiennes. L'arraisonnement illégal du porte-conteneurs civil américain SS Mayaguez par les forces Khmers rouges entraîne l'intervention militaire des États-Unis pour reprendre le navire et libérer son équipage. Les combats intenses qui ont alors lieu sont généralement considérés comme la dernière bataille de la guerre du Vietnam.

La capture du Mayaguez par les Khmers rouges La crise commença lorsque le vers (heure locale) des vedettes de patrouille khmères d'origine américaineLivrées par les États-Unis au gouvernement cambodgien du roi Norodom Sihanouk et ensuite utilisées par les khmers rouges après leur victoire, marquée par la prise de la capitale Phnom Penh le précédent. capturèrent le porte-conteneurs SS Mayaguez du type C2 lancé en 1944 et son équipage de 39 hommes dans des eaux internationales revendiquées comme eaux territoriales par le Cambodge. Peu avant sa capture, le radio avait pu envoyer un message de détresse, et le navire fut repéré au large des îles Poulo Wai par un Lockheed P-3 Orion dans la matinée du et suivi au long de son remorquage jusqu'à l'île de Koh Tang, une île située à 43 km de la ville de Kompong Som sur la côte cambodgienne.

Les préparatifs d'une opération de sauvetage Le président américain Gerald Ford, averti de l'affaire environ deux heures après la capture du Mayaguez, était déterminé à agir par crainte qu'une inaction de la part des États-Unis n'encourage d'autres actes semblablesLe contexte géopolitique de l'époque était à un repli de l'influence et de l'image des États-Unis, notamment en Asie du Sud-est avec la chute du Sud Vietnam aux mains des Nord-Vietnamiens ainsi que la victoire des khmers rouges au Cambodge, toutes deux arrivées le mois précédent..

Les États-Unis n'ayant pas de relations diplomatiques avec les Khmers rouges nouvellement au pouvoir au Cambodge, ils ne purent mener de négociations. Dénonçant la capture du Mayaguez comme un acte de piraterie, le président Ford ordonna une réponse militaire pour libérer l'équipage et récupérer le navire.

, stationnées à l' et entamé deux mois plus tôt, n'était guère avancé. Le porte-avions et le CVW-15 (Carrier air wing) qu'il transportait fut déployé dans le golfe de Thaïlande, accompagné de trois escorteurs. Le , avant que les Marines ne soient mis en alerte, l'USAF envoya 125 hommes de sa police de sécurité de Nakhon Phanom à la base de U Tapao en Thaïlande. Un des huit CH-53C du utilisés s'écrasa pendant le transport de policiers militaires, tuant 18 passagers et 5 membres d'équipage.

Entre-temps, la Seventh Air Force avait été chargée de surveiller le Mayaguez et d'empêcher son remorquage en direction de la côte cambodgienne. Le navire fut repéré par des F-111A Aardvark du 347th TFW (Tactical Fighter Wing) vers midi le . Dans la nuit du au , un AC-130E Spectre du 16th SOS (Special Operations Squadron) surveillant la zone essuya des tirs venant des bateaux et de positions khmères dans l'île. Tôt le , l'AC-130E tira des salves d'avertissement pour empêcher le remorquage du Mayaguez en direction du continent. Toujours dans la matinée du , des F-111A et des A-7D Corsair II escortés par des F-4D Phantom II attaquèrent des vedettes cambodgiennes parties de Koh Tang pour le littoral cambodgien et en coulèrent cinq. Les recherches effectuées par deux HH-53 dans les heures suivantes ne permirent pas de trouver de survivants.

Vers , un bateau de pêche thaïlandais quitta l'île. Craignant que l'équipage du Mayaguez ne se trouve à bord (ce qui était effectivement le cas), les appareils américains n'ouvrirent pas le feu sur le navire. Pendant les heures suivantes, des A-7D et F-4D tirèrent au canon et à la roquette devant le navire et utilisèrent du gaz lacrymogène pour l'empêcher d'atteindre la côte. Les planificateurs militaires, ignorant le sort de l'équipage, continuèrent à préparer une attaque sur Koh Tang.

Le déploiement des forces

droite|vignette|L'île de Koh Tang vue du nord. À gauche et à droite de la pointe nord de l'île, les plages est et ouest où les marines débarquèrent. Le , 230 hommes de la 3rd Marine Division furent transportés par C-141 Starlifter d'Okinawa à U Tapao, renforcés par d'autres venant de la base philippine de Subic Bay. L'essentiel des marines appartenait au BLT 2/9 (2nd Battalion du 9th Marine Regiment) commandé par le lieutenant-colonel Randall W. Austin et qui venait de participer à l'évacuation de Saïgon le mois précédent. Après son arrivée à U Tapao, le colonel Austin et son état-major commencèrent dans la soirée un repérage de Koh Tang par hélicoptère, à une certaine distance de l'île pour ne pas alerter les Khmers des intentions des Américains. Ils déterminèrent que Koh Tang était recouverte de jungle et que les deux seules zones d'atterrissage utilisables étaient les plages sur les côtes ouest et est de la partie septentrionale de l'île.

La mission de sauvetage fut organisée en plusieurs groupes. 57 marines de la compagnie Delta du BLT 1/4 furent transférés sur la frégate de classe Knox USS Harold E. Holt (FF-1074) et chargés de prendre d'assaut le Mayaguez. 600 marines des compagnies Echo et Golf du BLT 2/9 étaient chargés de prendre d'assaut Koh Tang par un assaut héliporté assuré par l'United States Air Force.

Le destroyer lance-missiles USS Henry B. Wilson (DDG-7) de la classe Charles F. Adams fut assigné au soutien de l'opération, et la frégate USS Schofield (FFG-3) de la classe Brooke devait bloquer toute force khmère venant du continent (bien qu'il y eut de nombreux contacts radars et de communications interceptées, le Schofield n'eut pas à engager de combats pendant les combats de Koh Tang).

Les unités déployées pour l'opération comprenaient : des éléments des BLT 1/4, BLT 2/4 et BLT 2/9 le 388th TFW (A-7D Corsair II) le 432nd TFW (F-4E Phantom II) le 347th TFW (F-111A Aardvark) le 374th TAW (Tactical Airlift Wing) (C-130E Hercules) le 16th SOS (AC-130E Spectre) le 56th ARRS (Aerospace Rescue and Recovery Squadron) (HC-130P Combat Shadow) le 40th ARRS (HH-53C Super Jolly Green Giant) le 21st SOS (CH-53C Super Stallion) le 23rd TASS (Tactical Air Support Squadron) (OV-10A Bronco), appelé en renfort dans l'après-midi du .

Les appareils de l'US Navy basés sur le Coral Sea ne participèrent pas aux combats de Koh Tang mais intervinrent sur le territoire continental cambodgien pendant les combats. Les seize CH-53 et HH-53 des 40th ARRS et 21st SOS étaient déjà présents en Thaïlande avant la capture du Mayaguez. Le vol des hélicoptères d'assaut de U Tapao à Koh Tang durait quatre heures.

L'opération de sauvetage Tôt le , six HH-53 (un septième, indisponible, interviendrait plus tard dans la journée) et sept CH-53 décollèrent d'U Tapao. Les HH-53 avaient reçu les indicatifs radio Jolly 11, 12, 41, 42, 43 et 44 et les CH-53 étaient appelés Knife 21, 22, 23, 31, 32, 51, et 52). Knife 51 et 52 étaient assignés aux opérations SAR (recherche et sauvetage) au lieu des habituels HH-53 car ces derniers, ayant une puissance de feu supérieure, étaient utilisés pour l'assaut de l'île. La première phase de l'opération consista à faire déposer la compagnie D du BLT 1/4 sur le Holt par les Jolly 11, 12 et 13 vers .

L'émission radio cambodgienne À heure du Cambdoge, une émission radiophonique cambodgienne annonça que le gouvernement khmer était prêt à restituer le Mayaguez mais ne fit aucune mention de l'équipage. Cela conduisit par la suite à une controverse sur le bien-fondé de l'opération américaine car les débarquements sur Koh Tang n'eurent lieu qu'ensuite et auraient pu être différés ou annulés pour laisser le gouvernement américain tenter des négociations. Toutefois, le contenu de l'émission radio ne parvint à Washington que plus d'une heure plus tard, le à au Cambodge, alors que l'assaut était déjà commencé. Le fait que cette heure équivaille à heure de Washington le a sans doute été la raison de la controverse.

Les premiers débarquements droite|vignette|Vue aérienne de la plage orientale de Koh Tang, où se trouvent les carcasses de deux CH-53. Les cinq CH-53 et trois HH-53 restants étaient chargés de l'assaut sur Koh Tang. Les marines disposaient d'une supériorité numérique de deux contre un et d'un important appui aérien. Les premiers appareils arrivèrent sur la plage orientale de Koh Tang vers et furent immédiatement pris à partie par les khmers rouges utilisant armes légères, lance-roquettes et même des mortiers. Deux des appareils furent immédiatement abattus. Knife 23 s'écrasa sur la plage sans dommage ni pour ses 20 marines ni pour ses 5 membres d'équipage, mais ceux-ci restèrent isolés des autres groupes pendant les douze heures suivantes. Le second, Knife 31, fut atteint par deux roquettes et s'écrasa à 50 mètres au large, tuant un copilote de l'USAF, deux hommes de l'US Navy et cinq marines. Un marine ayant survécu au crash se noya, trois autres furent tués par les khmers en tentant d'atteindre la plage et un dixième devait ensuite décéder des suites des blessures causées par le crash. Les dix marines et les trois hommes de l'USAF survivants nagèrent pendant quatre heures avant d'être secourus par un hélicoptère du Wilson.

Sur la plage occidentale, les deux premiers CH-53 arrivèrent à . Le premier, Knife 21, put se poser mais un de ses moteurs fut détruit pendant qu'il déchargeait ses marines. Il parvint à reprendre l'air mais fit un amerrissage forcé un mile au large, au cours duquel le mécanicien, le sergent Elwood E. Rumbaugh, fut tué après avoir lui-même sorti le pilote, le Lieutenant-Colonel John H. Denham, de l'appareil en train de couler. Le second Sea Stallion, Knife 22, ne put déposer ses hommes sur l'île et, gravement endommagé, fit demi-tour et parvint à faire un crash contrôlé sur la côte thaïlandaise, où ses passagers (dont le commandant de la compagnie Golf) furent récupérés et ramenés à U Tapao. Knife 32 parvint à débarquer ses marines mais fut touché à plusieurs reprises et un de ses membres d'équipage fut gravement blessé.

En quelques minutes les cinq CH-53 engagés dans l'assaut avaient été abattus ou mis hors de combat. Seuls cinquante-quatre hommes, séparés en deux groupes, avaient pris pied sur l'île. Les avions d'appui-feu n'avaient pu initialement assurer leur mission mais le contrôleur aérien avancé du bataillon, ayant survécu au crash de Knife 31, parvint par la suite à guider les attaques aériennes en utilisant une radio de survie de l'USAF tout en nageant au large de Koh Tang. Les trois HH-53 restants tentèrent de débarquer leurs marines sur la plage ouest où la concentration de tirs était moins dense. Jolly 41 ne parvint pas à s'en approcher suffisamment mais Jolly 42 et 43 parvinrent à débarquer les marines qu'ils transportaient (le Lt.Col Austin, son groupe de commandement et le peloton de mortier du bataillon) sur la plage à environ un kilomètre au sud du groupe précédent, Jolly 42 étant ensuite mis hors de combat. Une première tentative de récupérer le groupe isolé sur la plage orientale échoua, Jolly 13 étant à son tour gravement endommagé à cette occasion.

Établissant un réseau de communications efficace, le groupe de commandement put coordonner les appuis aériens et d'artillerie pour les différents groupes séparés. Les avions furent dirigés par un A-7D utilisé comme contrôleur aérien avancé, et le mortier de 81 mm déposé avec le groupe de commandement put également être utilisé avec efficacité. Profitant de cette diversion, Jolly 41 parvint à déposer ses marines mais il fut cependant sérieusement endommagé au cours de l'action.

Attaques américaines sur le continent