Józef Haller de Hallenburg (né en Galicie le et mort à Londres le ), est un général et homme politique polonais.

Biographie Jeunesse et formation thumb|left|Blason des Haller de Hallenburg. Józef Haller naît le , en Galicie autrichienne dans la propriété familiale de Jurczyce, située entre Cracovie et Lanckorona. Issu d'une famille aristocratique, il est le troisième enfant de Henryk et Olga, née Tretter. Il a six frères et sœurs. Son père a participé à l’« Insurrection de janvier », soulèvement national polonais pour son indépendance contre l'Empire Russe (1863). Jusqu’à l’âge de neuf ans, il suit une éducation au domicile familial de Jurczyce. Sa famille chérit les traditions patriotiques et est empreinte de piété religieuse, ce qui a grandement influencé sa personnalité ; tous sont membres de Congrégations mariales. Il commence ses études élémentaires et militaires à l’École normale de Koszyce en Hongrie (1877-1889). En 1890, il continue son éducation dans la prestigieuse École normale militaire à Mährisch-Weisskirchen en Moravie. Le couronnement de son éducation a lieu quand il entame des études supérieures à l’Académie militaire technique de Vienne (1892-1895). Une fois terminées, en , il obtient le grade de sous-lieutenant.

La première affectation militaire de Józef Haller est le Régiment d’artillerie de Lwów. Ses supérieurs ont de lui une très bonne opinion, le qualifiant d’officier modèle, qui s’acquitte consciencieusement et avec sérieux de ses obligations militaires. Une de ses prouesses est d’avoir réformé l’École d’artillerie pour officiers bénévoles à Lwów, dont il devient le commandant en 1905. Il a remplacé les cadres professionnels chargés de l’instruction militaire par des volontaires, et instauré la langue polonaise comme langue d’enseignement. En 1907, il est muté à la Division de la défense du territoire (Landsturm), et se voit promu au grade de capitaine. Il prend alors la décision de démissionner de l’armée et de rejoindre les réservistes (1911). Des années plus tard, il écrira dans ses Mémoires : « Étant arrivé au grade de capitaine et ne pouvant plus apprendre grand-chose dans l’artillerie autrichienne, je l’ai quittée, afin de servir mon pays d’une autre manière, jusqu’au moment où la Patrie aura besoin de moi ».

En 1903, il se marie avec Aleksandra Sala, dont il a un fils - Eryk -, né en 1906. En dirigeant son action vers la vie civile, Józef Haller se consacre aux activités sociales, s’activant auprès d’associations à caractère économique et patriotique. Il est l’un de ceux qui fondent des associations de coopératives dans la province autrichienne de Galicie, et remplit la fonction d’inspecteur dans l’Association des cercles agricoles (1912-1914). Il organise des cours pour agronomes, éleveurs et entrepreneurs laitiers - écoles où il enseigne lui-même. C’est grâce à son initiative que naissent des coopératives laitières; il publie même des articles dans la presse consacrée à ce sujet. Il est membre actif d’un club promouvant l’abstinence d’alcool.

Haller met son savoir militaire au profit du mouvement scout, qui vient de voir le jour sur les terres polonaises, organisme qu’il veut militariser en lui inculquant un caractère et une symbolique polonais. En 1913, avec d’autres pionniers du scoutisme, dont Andrzej Małkowski et Czesław Pieniążkiewicz, il crée les insignes et le vocabulaire des scouts. Son apport à la création de la Croix des scouts est remarquable, car il unit la Croix de Malte avec celle de l’Ordre de Virtuti Militari, avec au centre une fleur de lys, symbole de la pureté. Haller ne fait partie d’aucun mouvement politique, mais ses idées sont proches de la mouvance nationale polonaise. Il s’inscrit à l’association sportive Sokół (« Faucon »), qui a pour but d’élever le niveau d’éducation physique de la société. Son action se concentre alors sur l’aspect militaire du mouvement Sokół, qui va ainsi devenir une pépinière de futurs combattants pour l’indépendance de la Pologne. Il y assume le rôle d’instructeur militaire, met en place des unités armées, organise des cours pour soldats, sous-officiers et officiers.

Haller côtoie le Mouvement des tirailleurs, organisé en Galicie par Józef Piłsudski. Les deux hommes se sont même rencontrés en , à Lwów. Bien des années plus tard, Haller dira de cette rencontre qu’il n’y avait entre eux aucun différend pour ce qui est des questions clé. Il souligne cependant que leur but stratégique était différent. Piłsudski voulait le convaincre qu’au moment où éclaterait une guerre, une révolution surgirait dans les arrières de l’armée russe, et c’est en fonction de cette hypothèse qu’il organisait ses activités. Haller considère cette idée comme fantaisiste : « Piłsudski me dit que je formais des armées destinées aux casernes, ce à quoi je répondis, que d’après un savoir mis à jour, je voulais préparer pour la Pologne de futurs cadres militaires et non des groupuscules armés ». Haller n’est pas au courant des méandres de la politique polonaise, surtout celles du PPS (parti socialiste) et de la Démocratie nationale, partis patriotiques soutenant diverses organisations militaires. Il est persuadé qu’ils se fondront en une seule mouvance, situation va s’avérer impossible à réaliser. En , il prend la décision de quitter le Sokół, considérant que l’action de l’organisation est dominée par la politique. Il se consacre à promouvoir les sociétés coopératives, plans réduits à néant par la Première Guerre mondiale.

Au sein de l'armée austro-hongroise L’éclatement de la guerre surprend Haller durant son voyage au Danemark et en Suède, d’où il rentre à Lwów et se met à la disposition des autorités militaires. Une mobilisation des unités paramilitaires polonaises a lieu à Lwów et Cracovie. Au début, le commandement autrichien donne aux formations polonaises une certaine liberté, mais dès qu’on apprend que le soulèvement contre les Russes, dans le royaume de Pologne (Kongresówka) n’a pas eu lieu, on les incorpore dans les Forces de défense du territoire, le Landsturm. Pour des raisons de propagande, on donne aux unités polonaises le nom de « Légions ». Lorsqu’à Lwów se constitue une autre formation - la « Légion de l’Est », Haller y obtient sa mutation. Le supérieur de la Légion étant absent, il assume les obligations de commandant. A la fin du mois d', les troupes russes s’approchent de Lwów, la Légion doit évacuer ses effectifs vers l’ouest. La retraite se fait sous les ordres de Haller, qui passe par Jasło, puis se dirige vers Mszana Dolna, non loin de la ville de Rabka.

Au retour, on constate parmi les soldats de la « Légion de l’Est » des signes de démoralisation et un manque de volonté pour combattre. Le Commandement central de l’armée austro-hongroise y est pour quelque chose, puisqu’il demande aux légionnaires de prêter serment de fidélité à l’empereur François-Joseph. Haller considère, que c’est là un moment désagréable, mais nécessaire d’un point de vue politique pour la formation d’unités polonaises. Toutefois, la majorité des officiers et soldats polonais y sont hostiles. Plus est, c’est toute une campagne de propagande dénigrant la Légion comme force militaire soutenant de facto l’Allemagne - le plus grand ennemi de la Pologne - que mettent en place les nationaux-démocrates de Galicie. Les socialistes ont aussi leur part dans ces attaques contre de Haller, voulant miner son autorité, par peur qu’il devienne un concurrent pour Józef Piłsudski. Les querelles politiques parmi les officiers et les soldats, un approvisionnement défaillant et des ordres contradictoires de commandants rivaux, font que la crise devient toujours plus profonde. Ainsi, le , Haller donne l’ordre de dissoudre la « Légion de l’Est ». La majorité des soldats rentrent chez eux ou sont incorporés dans l’armée austro-hongroise. Du petit nombre qui reste et partage l’opinion de Haller et prête serment, on forme le Régiment de la Légion. C’est au colonel Chomicki que revient la charge le commander, Haller est son adjoint. Après quelques semaines, Chomicki remet sa démission et Haller reprend le commandement, décision confirmée par les autorités de Vienne.

Le Régiment de la Légion est transféré le vers la Hongrie, où il doit secourir la ligne de défense autrichienne des Carpates orientales. Malgré le manque de matériel et le peu de formation des soldats, la « Légion de l’Est » est directement envoyée aux combats; les légionnaires doivent acquérir leur expérience dans le feu de l’action. Ils combattent dans un relief hostile et des conditions atmosphériques d’un hiver précoce. Ils prennent position dans la région de Maramarossziget et le col de Pantir. Ils y font face aux unités de Cosaques, attaquant la Galicie. Les Polonais reçoivent l’ordre de lier sur les lieux des combats le plus de forces russes possible, afin d’affaiblir la pression ennemie dans d’autres endroits du front. Pour que la première ligne du front puisse communiquer normalement avec les arrières, les légionnaires, dans un effort sans précédent durant quatre jours et nuits d’affilée, construisent une route appelée Route de la Légion. Longue de , elle est formée de 28 ponts et d’un viaduc construit de pieux coupés sur place. Les soldats déboisent une forêt jugée impénétrable. Au vu des conditions hivernales qui y règnent, c’est une véritable prouesse du génie militaire. On dresse sur le plus haut emplacement du col - à l’initiative de Haller- une grande croix en bois de bouleaux avec l’inscription « Jeunes de Pologne, voyez cette Croix -  C’est la Légion qui l’a posée là - À travers monts, bois et fortins - Pour toi Pologne, pour ta gloire de demain ».

Lors du premier combat, les forces russes doivent évacuer le village de Rafaïlova, qui devient le principal bastion du Régiment. Haller, à part ses qualités de tacticiens, possède des capacités d’organisateur de la vie économique et sociale des territoires occupés, en les adaptant aux besoins de la guerre. « À la mi -novembre, quand Rafaïlova était plongée dans les affres de l’hiver, entourée de sommets enneigés - écrit Haller - j’ai sécurisé les positions de l’armée et organisé la vie sociale dans les Carpates orientales. J’ai soumis les autorités de la ville aux impératifs militaires, poste et télégraphes compris; j’ai rétabli une communication normale, mettant en place un chemin de fer forestier dans la vallée de Bystrzyca, qui s’avèrera fort utile pour le transport des unités et de leur approvisionnement. Et à la fin, j’ai mis en place une voie de communication à traineaux pour traverser le col de Pantir ». Les légionnaires donne aux territoires libérés le nom de « république de Rafaïlova ».

Dans les abords des villages de Rafaïlova et Zielona, des mois durant, ont lieu des combats acharnés, afin d’agrandir régulièrement les territoires libérés de cette partie de la Galicie des Carpates. Le , le village de Piaseczna est pris, suivi de celui de Pniów. L’intensité des combats est grande. Durant la seule période de la deuxième partie d’, les légionnaires prennent part à 12 batailles et d’importants accrochages. La ligne de front s’étire sur . Lors du combat de Piaseczna, le , Haller est touché par des éclats de mortier et après avoir été soigné, revient sur le champ de bataille pour diriger les opérations. Il est décoré de l’« Ordre de la Couronne de Fer » IIIème classe, et obtient un avancement au grade de lieutenant-colonel.