Monique Vézina est une femme politique, militante et gestionnaire canadienne née le à Rimouski et morte le . Des années 1960 aux années 2000, elle a œuvré dans les domaines communautaire, coopératif et politique.
Élue députée à la Chambre des communes du Canada sous la bannière progressiste-conservatrice avec Brian Mulroney en 1984, Monique Vézina est nommée à la tête de plusieurs ministères dans les années 1980 et au début des années 1990. Elle quitte la vie politique fédérale en 1993.
À la veille du référendum de 1995, elle se tourne vers le mouvement souverainiste. Elle préside la Commission nationale sur l'avenir du Québec et la Commission des aînées et aînés sur l'avenir du Québec mises en place par le gouvernement du Parti Québécois, avant de faire campagne au sein de la coalition des Partenaires pour la souveraineté. Par la suite, elle devient présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois (1996-1998) et, à ce titre, accède à la présidence de la Conférence des peuples de langue française. En 1999, elle accepte la présidence du Bureau québécois de l'Année internationale des personnes âgées. Dans les années qui suivent, elle s'engage dans de nombreuses causes sociales ou culturelles.
Biographie
Jeunesse et vie familiale gauche|vignette|Centre-ville de Rimouski. Monique Vézina naît le à Rimouski dans le Bas-Saint-Laurent. Fille d'André-Albert Vézina et d'Éliane Lévesque, elle est la deuxième d'une famille de 12 enfants « Monique Vézina », Conseil québécois de la coopération et de la mutualité https://www.cqcm.coop/mouvement/merite-cooperatif/membres-de-lordre/monique-vezina/ .
Après l'incendie qui ravage la ville de Rimouski au printemps 1950, Monique Vézina s'empresse de terminer ses études à l'école commerciale pour devenir secrétaire et ainsi contribuer aux finances familiales Entrevue de Monique Vézina à l'émission « Témoins de l'histoire - Dames de Champlain » (3 octobre 2022) maCommunauté [Vidéo] YouTube https://www.youtube.com/watch?v=YiEQ3quvp0w . La jeune fille trouve notamment du travail à la Banque Royale. Bien que la grande majorité de la clientèle locale soit francophone, Monique Vézina doit travailler presque exclusivement en anglais. Elle confie a posteriori que « [c]ette expérience a sûrement renforcé [s]a fibre nationaliste »Madeleine Huberdeau, « Ces femmes qui font Desjardins », La Revue Desjardins, vol. 56, no. 6 (1990), p. 21..
Le , âgée de 22 ans, la jeune femme épouse Jean-Yves Parent, un futur conseiller municipal. Le couple aura quatre enfants.
Dans les décennies qui suivent son mariage, Monique Vézina se consacre corps et âme à l'éducation de ses enfants ainsi qu'au bien-être des femmes de sa région natale Jacqueline Cardinal, Denise Cléroux, la Canadienne de Madagascar. Une biographie (Presses de l'Université du Québec, 2016). Au début des années 1960, en plein baby-boom, elle participe à la mise sur pied de cours prénataux facilement accessibles, fait la promotion de l'allaitement maternel et organise des services de garde à domicile. Elle participe également à des comités d'école et se joint à des groupes d'action féminine. Elle devient ainsi membre de la Confédération des organismes familiaux du Québec (COFAQ) ainsi que des Dames Hélène-de-Champlain, une association vouée à la promotion des lettres québécoises (et dont elle sera d'ailleurs la présidente nationale). En 1964, les Dames Hélène-de-Champlain fondent le Salon du livre de Rimouski, le premier événement du genre au Québec « Le Salon du livre honore ses fondatrices » (5 novembre 2015) Radio-Canada https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/748189/50e-salon-du-livre-rimouski-honore-anciens . « La plus grosse barrière à lever, c’était de reconnaître la capacité d’une femme à penser avec justesse et avec gros bon sens », dit-elle à propos de cette période de sa vie. « Partout, même lorsque je faisais de l’animation auprès des femmes, j’avais à faire la preuve qu’une femme pouvait avoir une responsabilité en dehors de la maisonMonique Laurin est citée dans Johanne Lauzon (1er janvier 1997) « Pour sortir les bâtisseuses de l'ombre », La Gazette des Femmes https://gazettedesfemmes.ca/5174/pour-sortir-les-batisseuses-de-lombre/ ».
Cette fructueuse expérience associative, doublée de la ferme conviction que les femmes devaient prendre leur place dans l'espace public, mènera Monique Vézina au mouvement coopératif Desjardins dans les années 1970. Elle explique d'ailleurs son engagement dans Desjardins par son adhésion aux valeurs du fondateur du mouvement:
« Je suis une fille de Desjardins [...] Les valeurs préconisées par Alphonse Desjardins me rejoignent beaucoup. Pour changer les choses qui ne nous conviennent pas, il faut identifier ses besoins et mettre en place les solutions appropriées. Nous devons aussi développer des forces collectivesMadeleine Huberdeau, « Ces femmes qui font Desjardins », La Revue Desjardins, vol. 56, no. 6 (1990), p. 22. ».
La gestionnaire
Le mouvement coopératif vignette|276x276px|Siège social de la Fédération des caisses Desjardins (Montréal) Monique Vézina entre chez Desjardins en 1975 comme membre du conseil d'administration de l'Union régionale du Bas-Saint-Laurent. L'année suivante, elle est élue présidente de la Fédération des caisses du Bas-Saint-Laurent; elle devient alors la première femme à accéder à un poste de cette importance au sein du Mouvement Desjardins. Puis, en , elle se joint au conseil d'administration et au comité exécutif de la Confédération des caisses populaires et d'économie Desjardins. Elle occupe ses fonctions jusqu'en 1984 Benoît Lévesque, dir. Desjardins. Une entreprise et un mouvement? (Sainte-Foy: Presses de l'Université du Québec, 1997). Entre 1981 et 1984, elle est également présidente de la Fondation Girardin-Vaillancourt (l'actuelle Fondation Desjardins) et du conseil d'administration de l'Institut coopératif Desjardins (devenu le Centre de formation Desjardins).
Ces années d'expérience au sein du Mouvement Desjardins sont marquantes pour Monique Vézina. Elle apprend à faire sa place dans un milieu toujours dominé par les hommes: « Ce fut une expérience enrichissante, exigeante et difficile. Le milieu de la finance, il ne faut pas se le cacher, est un monde conservateur. J'étais la première femme à siéger au conseil et, en plus, j'arrivais fortement identifiée au créneau social. J'étais cependant déterminée à percer dans ce monde d'hommes. Quand on est la seule femme à une table décisionnelle, on se rend vite compte que notre opinion, surtout si elle va à l'encontre de la majorité, n'a pas le même poids que celle des hommes. »
Les conseils d'administration En plus de s'illustrer au sein du Mouvement Desjardins, Monique Vézina se fait rapidement un nom comme administratrice auprès d'organismes publics tels que la Régie de l'assurance automobile du Québec (aujourd'hui Société de l'assurance automobile du Québec) et le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) qui conseille le ministre de l'Éducation sur toute question relative à l'éducation.
Le passage à la politique fédérale
Députée de Rimouski-Témiscouata Comme d'autres nationalistes québécois, Monique Vézina accepte de se lancer en politique fédérale à l'invitation du chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, Brian Mulroney. Elle est élue députée de la circonscription de Rimouski-Témiscouata aux élections de 1984. Elle sera ensuite réélue en 1988.
La vie ministérielle Au cours de sa carrière politique, Monique Vézina dirige plusieurs ministères. Dès 1984, elle est nommée ministre des Relations extérieures et du Développement international. Au lendemain du rapatriement constitutionnel de 1982, les tensions linguistiques sont vives au Québec et au Canada anglais. Afin de tenter de réconcilier les deux solitudes, le premier ministre Mulroney lui confie également le dossier de la Francophonie. Elle occupera ces deux postes pendant deux ans.
À titre de ministre responsable de la Francophonie, Monique Vézina assume le travail de liaison qui mène à la tenue du premier Sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie à Versailles (1986) et du deuxième Sommet, à Québec (1987) « De l'avènement de la coopération francophone jusqu'à aujourd'hui », Organisation internationale de la francophonie https://www.francophonie.org/de-lavenement-de-la-cooperation-francophone-jusqua-aujourdhui-914 .
En 1986, à la suite d'un remaniement, Monique Vézina est nommée receveur général, ministre de l'Approvisionnements et des Services, puis, en 1987, ministre des Transports. Réélue par une majorité de 13 000 voix aux élections fédérales de 1988, elle est ensuite nommée ministre d'État à l'Emploi et à l'Immigration et, en 1993, ministre d'État au Troisième Âge« L'hon. Monique Vézina, C.P., députée », Parlement du Canada https://lop.parl.ca/sites/ParlInfo/default/fr_CA/Personnes/Profil?personId=9952.
Après deux mandats, Monique Vézina annonce son départ de la vie politique en . Aux élections suivantes, le Parti progressiste-conservateur est défait par le Parti libéral du Canada(en) CBC News, « Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques » [archive], sur CBC, 21 septembre 2010 (Page consultée le 17 octobre 2023).
Le retour à la vie civile
Le référendum sur la souveraineté de 1995 vignette|330x330px|Résultats du référendum sur la souveraineté du Québec de 1995 Après son départ de la scène fédérale, Monique Vézina se consacre à la promotion de la souveraineté du QuébecCarl Thériault, « Monique Vézina votera OUI au référendum », Le Soleil, 31 décembre 1994, p. A4..
En , le premier ministre Jacques Parizeau dépose à l'Assemblée nationale un avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec et annonce la mise en branle d'une vaste consultation populaire.
Ainsi, dès , seize commissions régionales sont créées par décret afin de recueillir les commentaires des citoyens et des groupes sur cet avant-projet de loi, sur l'opportunité de réaliser la souveraineté ainsi que sur l'avenir politique du Québec en général. Ces commissions sont suivies par la mise sur pied de deux autres commissions. La première est la Commission des jeunes sur l'avenir du Québec. La seconde est la Commission des aînées et aînés sur l'avenir du Québec, qui sera présidée par Monique VézinaGilbert Leduc et Gilles Gagné (6 janvier 1995), « Commissions régionales. Quatre nouvelles nominations », Le Soleil, p. A4..
En février et mars, plus de 55 000 citoyens et citoyennes de tous les coins du Québec viennent se faire entendre et plus de 6 000 mémoires sont déposés devant la les commissions régionales. Les dix-huit commissions itinérantes mises sur pied par le gouvernement du Québec déposent leurs rapports en .
En avril, le premier ministre Parizeau crée la Commission nationale sur l'avenir du Québec et en confie la présidence à Monique Vézina. Celle-ci est entourée des présidentes et présidents des commissions qui ont sillonné le Québec, dont les ex-ministres Marcel Masse et Jean-Paul L'AllierDenis Lessard (25 octobre 2020) « Une campagne riche en rebondissements », La Presse https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2020-10-25/les-25-ans-du-referendum-de-1995/une-campagne-riche-en-rebondissements.php . Le mandat de la commission est de recevoir les mémoires des organismes et regroupements nationaux et de rédiger, à l'intention du premier ministre, un rapport de synthèse qui inclut l'ensemble des commissions.
Le , la Commission nationale sur l'avenir du Québec dépose un rapport final de plus de 100 pages. Ce document conclut, entre autres, que la souveraineté accompagnée d'une offre de partenariat économique serait l'option constitutionnelle la plus opportuneLe Devoir, 19 avril 1995, p. A6. .
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