La bataille de Valoutina Gora, également appelée bataille de Loubino par les Russes, se déroule le à Valoutina Gora, lors de l'invasion de la Russie par les Français. Elle oppose les troupes françaises du maréchal Michel Ney à l'arrière-garde russe du général Michel Barclay de Tolly, deux jours après la bataille de Smolensk. Pendant les combats qui ont lieu sur la rive nord du fleuve Dniepr, les forces russes en retraite sur la route de Moscou sont attaquées frontalement par le corps du maréchal Ney. La situation est extrêmement délicate pour Barclay de Tolly dont les effectifs, en partie dispersés dans une zone boisée et marécageuse, risquent à tout moment d'être coupés et anéantis.

Toutefois, en raison de la résistance déterminée des troupes russes et des erreurs tactiques commises par les généraux français, la quasi-totalité de l'armée du tsar parvient à échapper au piège et à poursuivre sa retraite vers Moscou. L'affrontement a été particulièrement acharné et a causé de lourdes pertes dans les deux camps. Napoléon, qui n'a pas cru avoir affaire à une véritable bataille, s'en est retourné à Smolensk, de sorte qu'il s'est montré incapable de coordonner l'action de ses subordonnés en vue d'obtenir une victoire décisive sur ses adversaires.

Contexte La bataille de Smolensk

Le , deux mois après le commencement de la campagne de Russie, Napoléon ordonne une offensive de grande ampleur contre l'arrière-garde russe déployée à l'ouest de Smolensk. Franchissant le fleuve Dniepr, la Grande Armée se dirige depuis le sud en direction de la cité. L'objectif est de prendre la ville d'assaut afin de couper les communications des Russes et les contraindre à se battre. Une série de retards et la résistance déterminée des troupes russes ralentissent cependant l'exécution de la manœuvre ; de fait, lorsque l'armée française arrive le à proximité de la banlieue sud de Smolensk, le gros des troupes du tsar a pu rejoindre l'arrière-garde et s'établir dans la ville en position de force.

Le , Napoléon lance une attaque frontale sur les quartiers sud de la ville et contre la citadelle fortifiée bâtie sur la rive sud du Dniepr. La bataille de Smolensk, acharnée et meurtrière, voit l'artillerie française ravager la ville tandis que les soldats russes défendent vigoureusement les murailles. Dans la soirée du , le général Michel Barclay de Tolly, commandant suprême de l'armée russe, décide finalement, contre l'avis de ses subordonnés, d'abandonner Smolensk et de se retirer sur la rive nord du Dniepr en empruntant la route de Moscou. La armée du général Bagration reçoit l'ordre de se retirer immédiatement vers la grand-route, suivie d'assez près par le général Dokhtourov qui, après avoir tenu ses positions au sud de Smolensk jusqu'à la dernière extrémité, passe à son tour sur la rive nord dans la nuit du 18 au avec le reste de la armée.

Retraite russe vers Moscou Le corps français du maréchal Michel Ney, qui a combattu durement le 17 près de la citadelle, s'emploie à jeter des ponts sur le Dniepr durant toute la journée du 18 et franchit le fleuve dans la matinée du . Il pénètre ensuite à l'intérieur de la ville ravagée par un énorme incendie que les Russes ont pris soin de déclencher avant leur départ, rendant difficile la progression des soldats français. Les quelques détachements de cosaques présents au nord de la localité disparaissent rapidement à l'approche du corps de Ney. Celui-ci investit les banlieues nord et atteint le croisement des deux routes nord et est conduisant respectivement à Saint-Pétersbourg et Moscou. Le maréchal, qui ne sait pas par quelle route se sont retirés ses adversaires, doit patienter plusieurs heures avant de se diriger vers l'est, où des éclaireurs ont signalé la présence de l'armée russe.

Dans le camp d'en face, le général Bagration a pu décrocher sans grande difficulté et est parvenu à se mettre en sécurité à l'est du village de Loubino. Pour Barclay de Tolly, demeuré dans les quartiers nord de Smolensk jusque dans la nuit du , la situation n'est pas aussi brillante. Le général russe a en effet décidé d'éviter la grand-route de Moscou pour ne pas exposer ses troupes au tir de l'artillerie française et a divisé son armée en deux colonnes, chacune devant suivre un itinéraire secondaire au beau milieu d'une zone boisée et marécageuse située au nord du fleuve. Ces chemins détournés rejoignent la route principale plus à l'est, ce qui doit permettre aux deux colonnes de se réunir hors de portée des canons français.

La première colonne, commandée par le général Dokhtourov, a pour objectif d'atteindre la route principale à hauteur du village de Solovevo ; se dirigeant au nord puis à l'ouest, elle doit effectuer cette manœuvre en un jour et une nuit. Le second groupe, plus nombreux, sous le commandement du général Nikolaï Toutchkov, doit pour sa part se retirer brièvement vers le sud avant de rallier la grand-route près de Loubino. La division Gortchakov, du corps de Bagration, est chargée de couvrir le mouvement en se positionnant sur la route à l'ouest de Loubino jusqu'à l'arrivée de la colonne. L'opération se révèle particulièrement complexe et risquée à mettre en œuvre car elle implique la nécessité pour les Russes de coordonner l'action d'un grand nombre d'hommes cheminant de nuit sur des axes secondaires, à travers des forêts et des marécages.

vignette|gauche|upright|Le maréchal Michel Ney, commandant en chef le corps de la Grande Armée.

Très vite, la retraite de la armée est confuse et laborieuse. La colonne Dokhtourov, plutôt que de suivre l'axe de marche préalablement établi en direction de Solovevo, pousse trop loin vers l'arrière et ne peut dès lors être d'aucune aide au reste de l'arrière-garde en cas d'accrochage, l'excluant pour un temps du théâtre des opérations. De son côté, la colonne de Toutchkov, composée des , et corps d'armée, se perd en cours de route en raison de l'incompétence des officiers d'état-major chargés de reconnaître les chemins et de guider la colonne le long de son itinéraire.

Le corps, malgré les difficultés causées par le train d'artillerie et les bagages, conserve néanmoins sa discipline et parvient à rejoindre le premier la route principale durant la nuit. Derrière lui, le corps du général Ostermann-Tolstoï, parti avec du retard, perd le contact avec les autres formations et se disloque dans les bois en petits groupes, lesquels, au matin du , n'ont toujours pas rallié le point de rendez-vous. La situation du corps du général Baggovout, placé en queue du dispositif russe, est encore plus délicate car cette unité n'a reçu aucune instruction explicite et perd un temps précieux. La dernière formation russe à quitter sa position, sous les ordres du prince Eugène de Wurtemberg, ne commence son mouvement de repli que le à du matin et se trompe de direction, de sorte qu'à elle se trouve quasiment au point de départ, près du village de Gedeonovo, situé à seulement deux kilomètres à l'est de Smolensk : l'avant-garde française du corps de Ney est toute proche. À ce stade, les éléments du corps de Toutchkov, pour la plupart dispersés de part et d'autre de la route sud, n'ont pas encore rallié la grand-route de Moscou et se retrouvent directement menacés par la progression des troupes françaises, à laquelle seuls les trois régiments d'infanterie du prince de Wurtemberg peuvent s'opposer.

Forces en présence Les ordres de bataille ci-dessous donnent les effectifs disponibles lors de la bataille de Smolensk, qui a eu lieu deux jours avant la bataille de Valoutina Gora.

Ordre de bataille français

corps d'armée : maréchal Louis Nicolas Davout — hommes, 86 canons division : général de division Charles Antoine Morand — hommes, 14 canons division : général de division Louis Friant — hommes, 14 canons division : général de division Charles Étienne Gudin — hommes, 14 canons division : général de division Joseph Marie Dessaix — hommes, 14 canons division : général de division Jean Dominique Compans — hommes, 14 canons Artillerie de réserve : colonel Bode — hommes, 16 canons corps d'armée : maréchal Michel Ney — hommes, 56 canons division : général de division François Roch Ledru des Essarts — hommes, 14 canons division : général de division Louis-Nicolas de Razout — hommes, 14 canons division : Generalleutnant Georg von Scheler — hommes, 6 canons Division de cavalerie légère : Generalleutnant Wollwarth — hommes, 6 canons Artillerie — hommes, 16 canons

vignette|upright|Le général de division Jean-Andoche Junot, commandant le corps de la Grande Armée.

corps d'armée : général de division Jean-Andoche Junot — hommes, 22 canons division : général de division Jean-Victor Tharreau — hommes, 8 canons division : général de division Adam Ludwig von Ochs — hommes, 8 canons brigade de cavalerie légère : général de brigade William Friedrich von Hammerstein — hommes, 6 canons Réserve de cavalerie : maréchal Joachim Murat — hommes, 54 canons corps de cavalerie : général de division Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty — hommes, 30 canons division de cavalerie légère : général de division Jean Pierre Joseph Bruyère — hommes, 6 canons division de cuirassiers : général de division Antoine Louis Decrest de Saint-Germain — hommes, 12 canons division de cuirassiers : général de division Jean-Baptiste Cyrus de Timbrune de Thiembronne de Valence — hommes, 12 canons corps de cavalerie : général de division Louis Pierre de Montbrun — hommes, 24 canons division de cavalerie légère : général de division Pierre Claude Pajol division de cuirassiers : général de division Pierre Wathier de Saint-Alphonse — hommes, 12 canons division de cuirassiers : général de division Jean-Marie Defrance — hommes, 12 canons

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Ordre de bataille russe

vignette|upright|Le général Michel Barclay de Tolly, commandant en chef la armée de l'Ouest. Huile sur toile de George Dawe. armée de l'Ouest : General der Infanterie Michel Barclay de Tolly, commandant en chef — hommes, 478 canons corps d'armée : Generalleutnant Karl Fiodorovitch Baggovout — hommes, 100 canons division : général-major Eugène de Wurtemberg — hommes, 48 canons division : Generalleutnant Zakhar Dmitrievitch Olsoufiev — hommes, 40 canons Cavalerie : général-major Wsewolodsky — , 12 canons corps d'armée : Generalleutnant Nikolaï Alexeïevitch Toutchkov — hommes, 84 canons division de grenadiers : général-major Pavel Alexandrovitch Stroganov — hommes, 36 canons division : Generalleutnant Piotr Petrovitch Konovnitsyne — hommes, 36 canons Cavalerie : général-major Vassyliy Orlov-Dénissov — , 12 canons corps d'armée : Generalleutnant Alexandre Ostermann-Tolstoï — hommes, 66 canons division : général-major Pavel Nikolaïevitch Tchoglokov — hommes, 30 canons division : général-major Alexeï Nikolaïevitch Bakhmetev — hommes, 36 canons Cavalerie: général-major Ivan Semionovitch Dorokhov — Cavalerie de réserve — hommes, 60 canons corps de cavalerie : Generalleutnant Fiodor Petrovitch Ouvarov — hommes, 12 canons corps de cavalerie : général-major Fiodor Karlovitch Korf — hommes, 36 canons corps de cavalerie : général-major Pavel Petrovitch Pahlen — hommes, 12 canons Corps de cosaques : General der Kavallerie Matveï Platov — hommes, 12 canons

Les et corps d'armée ainsi que les et corps de cavalerie rattachés à la colonne de Dokhtourov ne participent pas à la bataille.

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Déroulement de la bataille Engagement initial sur la Stubna vignette|droite|upright|Le prince Eugène de Wurtemberg parvient dans un premier temps à ralentir l'avancée française à la tête de sa division.