vignette|Territorium Argentoratense, carte de Strasbourg, XVIIe siècle. Le terme territoire est polysémique : il renvoie à des significations variées qui dépendent de l'angle d'approche, des disciplines et de l'époque, telles qu'en biologie comportementale (territorialisme).
En géographie plus particulièrement, la notion de territoire a pris une importance croissante, notamment en géographie humaine et géographie politique. Le géographe Claude Raffestin définit le territoire comme Claude Raffestin, 1986, « Écogenèse territoriale et territorialité », in Auriac F. et Brunet R. (eds.), Espaces, jeux et enjeux, Paris : Fayard, .. D'après Pierre George et Fernand Verger, le territoire est défini comme un espace géographique qualifié par une appartenance juridique (territoire national), une particularité naturelle (territoire montagneux) ou culturelle (territoire linguistique).. Dans ce dernier cas, le terme de zone (« zone linguistique ») pourrait lui être préféré. On trouve une multitude d’autres définitions pour le concept de territoire qui ne dépendent pas de l’angle d’approche et de l’époque des paradigmes géographiques étudiés.
En philosophie, Gilles Deleuze et Félix Guattari ont conceptualisé la territorialisation et la déterritorialisation dans la série Capitalisme et schizophrénie I & II (l'Anti-Œdipe, Mille Plateaux).
Quelle que soit l’approche du concept, un territoire implique l'existence de frontières ou de limites. Ces deux derniers termes sont utilisés en fonction du type de territoire dont ils forment le périmètre. Par exemple, un territoire politique ou une subdivision administrative sont délimités par une frontière alors qu'un territoire naturel est circonscrit par une limite, terme moins juridique.
Histoire du concept en biologie comportementale, zoologie, éthologie et éthologie humaine Jusque dans les années 1960, la notion de territoire ne faisait pas l'objet d'une grande attention en biologie. Il a fallu les travaux de Raymond Dart et l'intérêt doublé des recherches intensives de Robert Ardrey à leur sujet, pour qu'advienne l'idée de territorialisme.
Histoire du concept en géographie Territoire vient du latin « territorium », formé de la racine « terra » (qui signifie terre) et du suffixe -torium (qui à l'origine forme un adjectif). Dans la langue française, le terme de territoire apparaît au .. Dans son ancienne acception, le territoire est synonyme de Région, Contrée ou Province. À partir du , le terme désigne aussi la ville et sa banlieue (les champs et lieux situés dans le voisinage de la ville)De Dainville F., 1964, Le Langage des géographes : termes, signes, couleurs des cartes anciennes 1500 à 1800. Paris: Éditions A. et J. Picard & Cie.. À la même époque, il est également utilisé dans un sens politico-administratif : le territoire permet de définir le périmètre étatique qui est délimité par les frontières du pays.
L’utilisation du terme de territoire dans le vocabulaire géographique et dans d’autres sciences sociales est récente. Selon Jacques Lévy, il apparaît vraiment dans la littérature académique francophone en 1982 dans l’édition des rencontres Géopoint, « les territoires de la vie quotidienne ». La première utilisation importante du terme en géographie humaine peut toutefois être attribuée à Claude Raffestin avec la parution de Pour une géographie du pouvoir en 1980. Depuis, le terme a connu une utilisation accrue dans de nombreuses sciences et une polymérisation de sa signification. Le mot territoire et la notion d'inégalité territoriale sont beaucoup utilisés depuis les années 1990 par les sciences sociales et politiques. Dans ce contexte, la définition du terme s'est élargie, passant d'un simple référent politico-administratif à une notion désignant également des territoires d'appartenances ou de différents projets et pratiques individuelles ou collectives. Cette tendance concerne plus le monde francophone que le monde anglophone. Concernant la géographie, Frédéric Giraut constate que le terme de territoire, par son utilisation accrue, est devenu un mot à la mode (buzzword) qui a des acceptions aussi bien extensives que restrictives.
Définitions géographiques du concept Approches préliminaires Jean-Paul Ferrier propose trois définitions générales qui illustrent les grandes conceptions du territoire au sein de la géographie : le territoire comme « espace à métrique topographique ». Neuf sous-définitions permettent d'expliquer la manière dont cette définition évolue dans le temps : Pendant longtemps, la notion de territoire est mise de côté au profit de celle d'espace qui semble plus savante. Territoire devient ensuite (et jusqu'à récemment) synonyme d'espace. Le terme de territoire est préféré par ceux qui souhaitent apporter un sens non exclusivement géographique. Depuis peu, le terme est utilisé comme synonyme de lieu par l'économie et la science politique pour désigner les spécificités d'une ville ou d'une région imbriquées dans un ensemble plus vaste (comme le pays). Le terme de territoire est parfois utilisé pour différencier le réel du concept. Selon cette idée, le territoire renvoie au réel, à l'espace socialisé alors que la notion d'espace géographique est une catégorie de pensée qui vise à produire de la connaissance. Dans le sens privilégié en science politique et selon son utilisation la plus ancienne, le territoire, à travers des frontières définissant un dedans et un dehors par rapport à un État, sert à définir un espace contrôlé-borné. Dans le sens biologique ou ethnographique, le territoire désigne un espace protégé par un groupe qui peut l'avoir obtenu de manière violente et qui a le contrôle sur celui-ci. À partir de la définition précédente, le terme est parfois généralisé par des géographes français pour désigner un espace approprié par identification ou par possession. Le territoire pourrait désigner la période la plus récente de l'histoire de la géographie. La notion désignerait alors le fait de prendre en compte, en géographie, les espaces vécus. Dans cette acceptation, le territoire n'est plus synonyme d'espace. Pour Jean-Paul Ferrier, la manière la plus pertinente d'appréhender le territoire comme espace à métrique topographique est de le lier au réseau parce que cela permet de pendre en compte les phénomènes qui dépassent un territoire borné et donc de mieux comprendre les liens entre le territoire et ses composantes. Le territoire est un « agencement de ressources matérielles et symboliques capables de structurer les conditions pratiques de l'existence d'un individu ou d'un collectif social et d'informer en retour cet individu ou ce collectif sur sa propre identité ». Les enjeux de cette définition sont liés aux questions de matérialité, d’appropriation, de configuration spatiale et d’autoréférence. Cette dernière part de la construction symbolique de la vision du monde et le territoire acquiert alors une valeur symbolique en référence à l’individu ou au groupe qui l’a construit. Actuellement, on observe que l’idée de représentation tend à prendre le pas sur celle de matérialité du territoire. Claude Raffestin et Yves Barel affirment que le territoire a une réalité « bifaciale », ce qui signifie que tant le physique que le symbolique sont constitutifs du territoire. Selon un angle géographique et social, l’appropriation du territoire se fait surtout de manière cognitive et symbolique. La spatialité dépend des définitions de l’appropriation du territoire. Ainsi, dans le sens éthologique du terme, le territoire est compris comme une entité unique, défini et délimité, par le contrôle exercé sur lui (territoire national, domicile, quartiers de gangs). En géographie humaine, la spatialité du territoire se conçoit plutôt comme un emboîtement d’échelles multiples. Finalement, il est nécessaire de prendre en compte de façon simultanée le caractère objectif, subjectif et conventionnel du territoire. La nature objective du territoire est qu’il est à la fois le produit, le support et l’objet. Le territoire est « toute portion humanisée de la surface terrestre ». Il est l’interface entre nature et culture. Le territoire est alors le décor où se déroulent les activités humaines.
Les différentes approches semblent toutes partager l'idée qu'aucun territoire n'est donné mais qu'il est construit socialement. Le débat se situe, entre autres, autour de la construction du territoire: est-ce que c'est l'expérience des agents qui le construit (théorie de leur autonomie) ou est-ce que ce sont des structures sociales et spatiales lourdes qui le font.
En réalité, les définitions proposées par plusieurs des auteurs ne se laissent pas enfermer dans un champ particulier de la géographie ou des sciences sociales plus largement. Leur définition fait donc appel à plusieurs domaines. Guy Di Méo, par exemple, propose une définition qui fait la synthèse entre approches identitaires, politiques et des projets collectifs. Selon lui, le territoire est créé par l’appropriation (économique, idéologique, politique et sociale) d’un espace par des groupes ayant une représentation d’eux-mêmes et de leur histoire).. Quant à Bernard Debarbieux, il propose une conception du territoire comme des ressources matérielles et symboliques ayant la capacité de structurer l’existence pratique des individus tout en étant créateur d’identité.
Le territoire en géographie physique En géographie physique, un territoire désigne un espace à métrique topographique (métrique caractérisée par la continuité et la contiguïté). L’une des dimensions du territoire est le milieu physique. En raison de l'existence de différents phénomènes géomorphologiques en action sur la planète, le territoire physique est en perpétuel mouvement.
Le territoire en géographie politique En géographie politique, le territoire est défini en se concentrant sur les rapports de pouvoir et leurs transcriptions dans l'espace. Une partie de la définition de Marie-Christine Jaillet peut servir à illustrer l'acception de la notion en géographie politique : « […] le territoire désigne à la fois une circonscription politique et l'espace de vie d'un groupe [… qui] cherche à en maîtriser l'usage à son seul avantage […] ». Cette définition est utile pour la compréhension du terme en géographie politique mais il est important de relever que Marie-Christine Jaillet est critique par rapport à cette définition qui n’est, selon elle, plus d’actualité, notamment en ce qui concerne l’idée qu’à chaque groupe correspond un territoire.
Même si leur inspiration ne se limite pas uniquement à ce champ, deux auteurs sont emblématiques de la compréhension du terme de territoire en géographie politique et ils en ont proposé tous les deux une définition dans les années 1980. Il s'agit de Robert David Sack (États-Unis) et de Claude Raffestin (Suisse).
Selon Robert David Sack, le territoire est une portion de l'espace délimitée pour exercer un pouvoir. L'auteur relie la territorialité humaine aux stratégies de contrôle des humains. Ainsi, un groupe d'individus détient un pouvoir (souvent économique) sur un territoire, il construit une organisation spatiale pour conforter son pouvoir et l'agrandir, et ainsi de suite.
Claude Raffestin, quant à lui, s'oppose à la définition de Robert David Sack qui considère la territorialité comme étant le contrôle d'une aire. Pour lui, cette définition assimile la territorialité humaine à la territorialité animale en ne prenant pas en compte le pouvoir. C'est pourquoi, dans sa définition, Claude Raffestin reprend la théorie relationnelle du pouvoir pensée par Michel Foucault et il explique que le territoire consiste en une transformation de l’espace par l’homme influencé par les informations à dispositions dans sa culture. Ainsi, en simplifiant la pensée de Claude Raffestin, on peut dire que le territoire est un espace auquel l’homme a donné un sens.
Le territoire en géopolitique