Le supin est une catégorie grammaticale intermédiaire entre le nom et le verbe, défini soit comme une « forme nominale »Jean Dubois et al., Dictionnaire de linguistique, Larousse, 1991 . ou « d'origine nominale »Bernard Bortolussi, La Grammaire du latin, Hatier (Bescherelle), 1999 . du verbe, soit comme l'une des formes « infinitives » du verbe, au même titre que l'infinitif, le participe ou le gérondif (ou : « participe adverbial »)On trouve comme définition du supin pour le latin : « l'un des quatre modes insensibles à la personne », avec l'infinitif, le participe et le gérondif (Bernard Bortolussi, op.cit.).. Il est présent dans relativement peu de langues et exprime généralement une intention. En règle générale, il est utilisé avec un verbe de mouvement. Dans les langues qui ne possèdent pas de supin, on utilise souvent l'infinitif à la place.

Le supin existait probablement en proto-indo-européen. Le supin existe en latin et en ancien slavePar exemple en tchèque ancien : spáti vs. spat. La désinence actuelle de l'infinitif, en -t (anciennement -ti) dérive du supin..

En latin

En latin, la forme du supin est utilisée, soit en tant que telle, soit en tant que forme dérivée de son radical (on parle parfois de supin I et II)Le supin est un véritable nom verbal qui s’emploie à l’accusatif et à l’ablatif. H. Petitmangin, Grammaire latine (complète), Le supin.On peut aussi considérer que le supin latin possède une déclinaison à 2 cas : l'accusatif (-tum) et l'ablatif (-tū) (B. Bortolussi).. Dans les dictionnaires latins actuels, le supin I (désinence -tum) est, dans l'ordre, la cinquième des formes indiquées.

Exemple : narrō, narrās, narrāre, narrāvī, (ou en abrégé : narrō, -ās, -āre, -āvī, ), « raconter ». Narrātum est ici la forme du supin.

Supin I

Le supin I (désinence en -tum, ou -sum voire -xum pour certains verbes), utilisé avec les verbes de déplacement, sert :

à exprimer le but , (de ),

à former l'infinitif futur passif avec l'infinitif présent passif īrī (de eō, īs, īre.). , ,

Supin II Le supin II, qui présente une désinence en ū long, est plus rare et ne concerne traditionnellement qu'un petit nombre de verbes. Il est dérivé du dativus finalis, qui exprime le but, ou de l’ablativus respectivus, qui indique « à quel égard » ou « sous quel rapport » : Rēs mīrābilis (de videō, voir) : « chose admirable » Horribile : « c'est horrible ». Puer difficilis : « un enfant difficile »

On trouve aussi, dans la vieille langue, quelques rares emplois d'un supin II avec le sens d'un :

: « je reviens du marché » (Plaute, Les Ménechmes, v. 288) : « qu'il se lève de son lit » (Caton, De l'agriculture, 5, 5)

Il resterait également une trace pour quelques verbes d'une forme de datif du supin en -uīLe Dictionnaire de linguistique Larousse (J. Dubois & al., Larousse, 1991 ) qualifie également cette forme de « supin second », au même titre que la forme en -ū.:

memorō « rappeler » → . Ex : Rēs lepidā « Une chose agréable » (Plaute).

Mais selon Ernout et Thomas, il s'agit, non d'un supin, mais simplement de la forme nominale memorātus déclinée au datif. C'est aussi l'interprétation de Félix Gaffiot dans son dictionnaire latin-français.

Dérivés Le radical du supin permet de construire le participe passé passif, les dénominaux d'action, d'agent (masculin et féminin) et de façon d'agir, un adjectif d'état et le participe futur actif. narrāt, , , « raconté » narrāt, « narration, action de raconter » narrāt, « narrateur, celui qui raconte » narrāt, « narratrice, celle qui raconte » narrāt, , « narration, façon de raconter » narrāt, , , « narratif, de narration, qu'on raconte » narrāt, , , « qui racontera, devant raconter »

Certains verbes latins, défectifs, ne possèdent pas de supin. Ex : volō, « vouloir ».

En suédois

En suédois, on décrit comme un supin la forme secondaire indéclinable du participe parfait, qui est utilisée conjointement avec les formes anciennes de l'auxiliaire ha (« avoir ») pour former le parfait ou encore le plus-que-parfaitCeci s'applique aussi au norvégien, où la forme du supin est appelée perfektum.. Exemple : Jag lite vatten. « J' un peu d'eau. »

À cette forme s'oppose le participe parfait sous sa forme déclinée et adjectivée : det vattnet « l'eau ».

Dans d'autres langues En roumain : Această carte este « Ce livre est »Cette tournure correspond généralement à la construction anglaise for [do]ing. Exemple : This book is . En bas sorabe : (infinitif, « je ne veux pas dormir ») vs. (supin, « va dormir ») En slovène : (infinitif, « manger ») vs. (supin, « je vais manger ») En lituanien : (infinitif, « tu dois aller chercher du bois ») vs. (supin, « va chercher du bois »)En lituanien toutefois, on utilise fréquemment l'infinitif à la place du supin, dont la forme est identique à celle de la du conditionnel. Le verbe de mouvement peut être omis, dans la mesure où la forme du supin implique par elle-même le sens à exprimer. En anglais, c'est l'infinitif précédé de la particule to qui tient lieu de supin. On l'appelle pour cette raison full infinitive (« infinitif complet ») ou to-infinitive (« infinitif en to »). I got something that might cause you pain : « J'ai quelque chose qui peut te peiner » (The Beatles, You Can't Do That)

Notes et références

Articles connexes

Gérondif

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