La bataille du cap Sicié ou bataille de Toulon, du , oppose, dans le cadre de la guerre de Succession d'Autriche, une escadre espagnole voulant forcer le blocus de la rade de Toulon, appuyée par la flotte française du Levant, à la flotte britannique de Méditerranée, qui au terme de cette journée de combat est obligée de battre en retraite.
Une particularité de cette bataille est qu'elle a eu lieu avant la déclaration de guerre officielle entre la France et la Grande-Bretagne, qui en revanche était en guerre contre l'Espagne.
Contexte général La guerre anglo-espagnole dans les colonies La Grande-Bretagne (George II) et l'Espagne (Philippe V) sont depuis 1739 en conflit dans le monde colonial (Guerre de l'oreille de Jenkins). Bien qu'alliée de l'Espagne, du fait du pacte de famille des Bourbons, la France ne participe pas à ce conflit.
La guerre de Succession d'Autriche En revanche, depuis 1741 elle est impliquée dans la guerre de Succession d'Autriche, comme alliée de la Prusse (Frédéric II) et de la Bavière (Charles Albert, empereur en 1742) face à l'Autriche (Marie-Thérèse) alliée de la Grande-Bretagne et des Provinces-Unies. L'Espagne, avec le royaume de Sicile (où règne un fils de Philippe V, Charles, futur roi d'Espagne), intervient en Italie où l'Autriche trouve un autre allié dans le royaume de Sardaigne (Charles-Emmanuel III).
Les flottes britannique et espagnole s'affrontent donc en Méditerranée à partir de la fin de 1741.
Situation particulière de la France La France n'est pas officiellement en guerre contre la Grande-Bretagne (la déclaration interviendra le ) ni d'ailleurs contre l'Autriche (déclaration de guerre le ) contre qui elle intervient sous le couvert de la Bavière.
Elle fournit cependant son aide à la marine espagnole en Méditerranée (combat de Saint-Tropez, 1742). En , une armée française affronte une armée britannique en Allemagne à Dettingen et est battue.
En janvier-, la France fait même des préparatifs pour envahir la Grande-Bretagne et placer sur le trône le prétendant jacobite, en exil à Paris.
Situation avant la bataille thumb|Gravure représentant la bataille du cap Sicié, qui est appelée aussi « bataille de Toulon » par les Britanniques et les Espagnols. L'escadre espagnole ( à la suite du Real-Felipe ()), commandée par l'amiral Juan José Navarro qui transportait des troupes de Barcelone à Gênes a été obligée de s'abriter à Toulon pour échapper aux Britanniques. Son objectif est de forcer le blocus de la rade.
La flotte française à Toulon () est commandée par le lieutenant général des armées navales Court de La Bruyère, qui a ordre de prendre la mer avec les Espagnols sous ses ordres pour forcer le blocus britannique. Pour sauver les apparences, il doit éviter de tirer le premier.
La flotte britannique est commandée par l'amiral Thomas Mathews, qui doit empêcher les Espagnols de parvenir en Italie, et attaquer les navires français au cas où ils prendraient la mer avec les Espagnols. Sa base est le port d'Hyères, qui relève alors du Piémont, donc du royaume de Sardaigne. Il y a rejoint une escadre commandée par l'amiral Richard Lestock.
Les forces en présence Dispositif franco-espagnol L'escadre d'avant-garde, sous les ordres du chef d'escadre Pierre Gabaret, a huit vaisseaux ; celle du centre, a six vaisseaux français et deux espagnols ; l'arrière-garde, sous les ordres de Don Navarro, regroupait les vaisseaux espagnols.
Parmi ces vaisseaux espagnols, six sont des navires de guerre d'origine : il s'agit des Real Felipe, Santa Isabel, El Constante, América, Hércules et San Fernando. Les autres sont des navires de la Carrera de Indias, la compagnie des Indes espagnole. La principale différence entre les deux types se situe dans le calibre de l'artillerie embarquée : pour les navires de ligne, les navires de compagnie. Ainsi, la valeur au combat de deux navires d'une même force apparente, par exemple, est très différente.
Escadre bleue (avant-garde) Le Borée (), De Marqueze Le Toulouse (62), D'Astour Le Tigre (50), Saurin de Murat père L'Éole (64), D'Albert du Chaine L'Alcyon (50), Mandelot de Lancez Duc d'Orléans (74), Martini D'Orves L’Espérance (74), D'Héricourt - Pierre Gabaret (chef d'escadre)Escadre blanche (corps de bataille) Le Trident (64), M. de Caylus L' Heureux (60), De Gravier L' (44), De Vaudreuil Le Solide (64), De Châteuneuf ThomasUn de ses gardes-marines est Suffren Le Diamant (50), De Massiac Le Ferme (74), Boyer de Sorgues Le (74), M. de La Jonquière navire amiral de Court de La Bruyère Le Saint-Esprit, (74), Bailli de Piosin Le (64), M. de CheylusEscadre blanche et bleue (arrière-garde) Oriente (60), Joaquim Villena América (60), Anibal Petrucci Neptuno (60), Henri Olivares Poder (60), Rodrigo Urrutia El Constante (70), Agustin Iturriaga Real Felipe (110), Nicolas Gerardino, navire amiral de Don Navarro Hercules (64), Cosme Alvarez Brillante (60), Blas de la Barreda Alcón (60), Jose Renteria San Fernando (64), Comte de Vegaflorida Sobierdo (60), Juan Valdes Santa Isabel (80), Ignacio Dautevil.
En dehors de la ligne, on trouvait quatre frégates, servant pour répéter les signaux faits par l'amiral. La Zéphyr, de , est rattachée à l'avant-garde; L'Atalante, de 32 est rattachée au corps de bataille, comme l'est La Volage de . Avec l'escadre espagnole, La Flore de . La flotte franco-espagnole comptait encore et un navire-hôpital.
Dispositif britannique Les Britanniques alignent . Le contre amiral Rowley, sur le Barfleur, commande l'avant-garde (), le vice-amiral Mathews le centre () et le vice-amiral Lestock, l'arrière-garde ().
Escadre blanche (avant-garde) HMS Stirling Castle (70) HMS Warwick (70) HMS Chatham (50) HMS Nassau (70) HMS Chichester (80) HMS Boyne (80) HMS Barfleur 90, contre-amiral Rowley HMS Princess Carolina (80) HMS Berwick (70) HMS Guernesey (50) (60) HMS Salisbury (50)Escadre rouge (corps de bataille) HMS Bedford (70) HMS Dragon (60) HMS Somerset (80) HMS Princesa (70) HMS Norfolk (80) HMS Namur (90), amiral Mathews HMS Malborough (90) HMS Dorsetshire (80) HMS Essex (70) HMS Rupert (60) HMS Royal Oak (70)Escadre bleue (arrière-garde) HMS Dunkirk (60) HMS Cambridge (80) HMS Neptune (90), vice-amiral Lestock HMS Torbay (80) HMS Russell (80) HMS Buckingham (70) HMS Elizabeth (70) HMS Revenge (70) HMS Romney (50) HMS Oxford (50)
En dehors de la ligne de bataille, les Britanniques disposent aussi de quatre frégates, la Feversham (),la Diamond (), la Durstey () et la Winchelsea (), deux brûlots, l’Ann Galloway () rattaché à l'escadre rouge, et le Mercury rattaché à l'arrière-garde de Lestock et . Il y a aussi un navire-hôpital, Sutherland (), un vaisseau, le Nonsuch(), deux transports et deux ravitailleurs. Ils sont en dehors de la ligne et ne prennent pas part au combat.
Les amiraux thumb|right|L'amiral britannique Thomas Mathews (1676-1751), vu par le peintre Claude Arnulphy en 1743. Court de La Bruyère (1666-1752). Lieutenant de vaisseau en 1689, il participe à de nombreux combats comme Béveziers, Lagos, Velez-Màlaga. En 1710, il prend une semi-retraite, ne participant plus à des commandements effectifs à la mer. Nommé chef d'escadre en 1715, lieutenant général en 1728, il est rappelé au service en 1741. Après près de d'inactivité, il prend le commandement de l'escadre de Méditerranée. Don Juan José Navarro (1678-1772) Âgé de , chef d'escadre depuis 1737. Mathews (1676-1751) Âgé de , souffrant de la gravellec'est-à-dire de coliques néphrétiques., il a été nommé en à la tête de la Mediterranean Fleet sans que l'on puisse clairement voir les raisons de ce choixIl a participé, à la Bataille du cap Passero en 1718, commandant du vaisseau Kent, puis de 1722 à 1724 il commande une petite escadre chargée de lutter contre les pirates, aux Indes, sur la côte de Malabar. Il ne sert plus jusqu'à sa nomination.. Lestock (1679 ?-1746) Légèrement moins âgé que son chef, il est, pour sa part atteint de crises de goutte qui le laissent hors d'état de commander, comme le précise aimablement son chef, Mathews… Rowley (1690 ?-1768)
Les manœuvres des 8-10 février Les Franco-Espagnols appareillent le , profitant d'un vent de nord. Mais il est faible et tourne au nord-ouest. Le lendemain, les Espagnols de l'arrière-garde n'ont pas encore atteint la pleine mer. Avertis par leurs frégates, les Britanniques appareillent, mais le vent qui tourne au sud-ouest gêne la manœuvre.
Le , la flotte combinée a formé sa ligne de bataille, cap au sud. Les Britanniques apparaissent, au vent, sur l'arrière. Le vent tombe et finit par tourner à l'est.
Les Britanniques prennent leur ordre de bataille. De manière très classique, on se range par ordre d'ancienneté des amiraux. En étant tribord amûresC'est-à-dire recevant le vent sur le côté droit des navires., le commandant en chef se place au centre, le plus ancien à l'avant-garde et le plus « jeune », à l'arrière-garde. Or, en sortant de la rade d'Hyères, c'est Lestock et son escadre qui sont en tête. Mais bâbord amures… En conséquence, les divisions de l'escadre britanniques se mettent à permuter leurs positionsCe système sera abandonné par le successeur de Mathews, Rowley, qui instaurera un ordre qui gardera le même ordre quelle que soit l'amure.!
Vers , Mathews hisse le signal ordonnant de former la ligne de bataille. À ce moment-là, le corps de bataille britannique est à nautiques environ à l'est des Franco-Espagnols. Rowley, devant, est à , et Lestock, en arrière, est à environ au nord-est des autres Britanniques.
À , la nuit commence à tomber (heure solaire à l’époque). Les Britanniques ne sont pas encore en ligne. Mathews envoie son signal de nuit. Les aux haubans de misaine appuyés de de canons, ordonnent de rester bâbord amures, cap au sud. Il pense que ses subordonnés finiront de prendre leur place dans la ligne de bataille avant d'obéir au signal de nuit. Il n'en est rien.
Pendant la nuit, la flotte franco-espagnole dérive vers l'ouest. Comme les Britanniques, sauf Lestock qui, plus près de la côte, est emmené vers l'est par le courant. Au matin, Lestock est à à l'est du reste de l'escadre.
Le combat du 22 février thumb|right|Les deux flottes engagent le combat en ligne de file. (Illustration de Diego de Mesa, vers 1796-1797) thumb|right|Le HMS Marlborough (90 canons) après la bataille. Le vaisseau britannique est totalement hors de combat. (Auteur inconnu)
Vue d'ensemble Au lever du jour, Mathews renouvelle son signal de « former la ligne ». À , il arbore un pavillon blanc à son mât de pavillon pour signaler à Lestock de forcer de voiles. C'est le signal des Instructions de combat. S'il avait voulu faire signe à Rowley, escadre bleue, il aurait arboré un pavillon bleu au même endroit. Lestock ne réagit pas. Mathews envoie alors un lieutenant dans un canot pour donner son ordre de vive voix. Sans résultat, même après un deuxième envoi de canot. Peu après, Mathews renvoie le signal « former la ligne de bataille ». Pour cet ordre, c'est un pavillon union-jack envoyé à la corne d'artimon et appuyé d'un coup de canon. Ce signal va rester en place jusqu'à la fin du combat et jouera un rôle dans la piètre prestation des marins britanniques.
Les deux lignes de vaisseaux courent sur des routes parallèles, plein sud, espacés d'environ nautiques.
L'amiral britannique constate que les Français suivent ses changements de voilure pour rester à son niveau et l'empêcher de viser les Espagnols. Vers midi, rien n'a changé et Mathews craint que les Français ne cherchent simplement à l'éloigner, l'attirer au large pour permettre aux Espagnols de passer leurs troupes en Italie sans risque.