La (ou salomonienne) est une dynastie d’Éthiopie, se réclamant du et de la reine de Saba, dont on dit qu’elle donna naissance à après sa visite à Salomon à Jérusalem, relatée dans la Bible. Cette dynastie, fondée au , ne reposait pas sur une descendance biologique stricte mais sur des successions politiques, le plus souvent dans un même lignage. La dynastie salomonienne a été l'une des trois plus vieilles maisons souveraines dans le monde avec la maison impériale du Japon et la maison royale de Géorgie.
Historique
Origine Cette dynastie, liée à l’Église éthiopienne orthodoxe, est arrivée au pouvoir le (10 Nehasé 1262, selon le calendrier éthiopienA. K. Irvine, «», bulletin de la SOAS, université de Londres, 1985.) lorsque Yekouno Amlak renverse le dernier souverain de la dynastie Zagoué. Yekouno Amlak affirme alors être le descendant en ligne directe de l’ancienne famille royale d’Aksoum que les Zagoués ont remplacée sur le trône.
, et plus tard sa fille Zaoditou, ont été les derniers monarques qui pouvaient prétendre descendre de la lignée mâle du roi Salomon et de la reine de Saba, alors que et Hailé appartiennent à la lignée féminine, Iyasu par sa mère Shewarega Ménélik, et Hailé Sélassié par sa grand-mère paternelle, Tenagnework Sahle Sélassié. La lignée mâle existe toujours à travers les descendants de Ménélik mais elle a été mise de côté en grande partie à cause des inimitiés de Ménélik pour cette branche de sa famille.
Expansion Au début du , trois puissances dirigent les territoires éthiopiens, chacun de religion différente : le royaume païen de Damot, le sultanat d'Ifat et le royaume chrétien de la dynastie salomonide. En 1316-1317, Amda Seyon Ier entame plusieurs conquêtes militaires visant à repousser les frontières du royaume à l'est, au sud et à l'ouest. Il remporte des victoires décisives contre plusieurs territoires, mais surtout contre le Damot, le transformant en sujet. Il fait déplacer les populations de plusieurs territoires du Damot afin de permettre aux communautés chrétiennes de s'y installer. Takla Haymanot, moine reconnu comme saint par l'Église orthodoxe éthiopienne est considéré comme l'évangélisateur du Damot et parvient également à fonder une communauté monastique au sein du Choa détenu par le sultanat.
Plusieurs conflits continuent de se produire durant les , résultant d'une alternance de périodes de compétition et de symbiose économique. En effet, le territoire salomonide possède de nombreuses ressources (or, ivoire, esclaves) mais dépend des ports musulmans actifs au sein des routes commerciales de l'océan indien. Des villes-marchés sont fondées, s'établissant sur le principe de gouvernance chrétienne avec des quartiers commerçants musulmans .
Les deux sociétés complémentaires voient apparaitre le long des routes commerçantes de petites cités musulmanes tandis que la cour royale se caractérise par sa mobilité. La présence du roi permettait de maintenir un contrôle territorial et de pouvoir rapidement mobiliser les forces afin de répondre aux incursions.
Période moderne La dynastie salomonide a régné sur l’Éthiopie avec quelques interruptions jusqu’en 1974, lorsque le dernier empereur, Hailé Sélassié, est renversé par le Derg. Lors de la révolution éthiopienne de 1974, les membres de la famille royale sont exécutés, emprisonnés ou exilés. Ceux qui avaient été placés en détention n’ont été relâchés qu’en 1989-1990 et n'ont été autorisés à quitter le pays qu’au moment où le Derg commence à voir son autorité remise en cause pour finalement être renversé en 1991. Plusieurs membres de la famille impériale ont depuis lors décidé de revenir en Éthiopie.
Le blason impérial a été adopté par l’empereur Haile Selassie. Il est composé d’un trône impérial, entouré de deux anges, l’un tenant une épée et une balance, l’autre tenant le sceptre impérial. Le trône est souvent représenté avec une croix chrétienne, une étoile de David et un croissant de lune qui représentent respectivement la tradition chrétienne, juive et islamique. Il est surmonté d’un manteau rouge et d’une couronne impériale, et devant le trône, figure le Lion de Juda qui apparaît au centre des trois couleurs du drapeau éthiopien sous la monarchie. La phrase « Moa Ambassa ze imnegede Yehuda » (la conquête de la tribu du Lion de Juda), figurant sur le blason, précède toujours le titre officiel de l’empereur, mais en se référant au Christ plutôt qu’au monarque. La devise officielle de la dynastie impériale est Ityopia tabetsih edewiha habe Igziabiher (« L’Éthiopie tend ses mains vers le Seigneur ») tiré du livre des Psaumes.
Au cours de la majeure partie de la dynastie salomonide, le quadrant nord-ouest de l’actuel plateau d’Éthiopie a constitué l'essentiel du territoire de l'empire. Ce territoire s’est modifié au cours des siècles, incorporant parfois des parties de l’actuel Soudan, des zones côtières de la mer Rouge et du golfe d’Aden, et s’étendant aussi au sud vers le Kenya. Les régions sud et est ont été intégrées au royaume de façon permanente au cours des deux derniers siècles, en particulier par l'action de et Hailé Sélassié. La partie centrale du royaume et le sud du pays ont été incorporés à l’empire sous le règne d’Amda et de Zar’a Ya’iqob, mais les zones périphériques ont été perdues après les guerres d’Ahmed Ibn Ibrahim Al-GhaziTaddesse Tamrat, Église et État en Éthiopie (1270 - 1527), Oxford, Clarendon Press, 1972, .
Réécriture historiographique Le récit historiographique dynastique est à nuancer au regard des recherches historiques et archéologiques qui indiquent que la mise en place de l'idéologie royale éthiopienne est effectuée par la dynastie Zagwé. Des témoignages dans des sources égyptiennes, notamment dans lHistoire des patriarches de l'Église d'Alexandrie, permettent de confirmer cela. En effet, sous le règne de Gebre Mesqel Lalibela, chaque roi est considéré comme un élu de Dieu, héritier d'Israël, descendant du roi Salomon et de la reine de Saba, et détenteur de l'Arche d'alliance. En lui succédant, Yekouno Amlak s'efforcera de dupliquer l'ensemble de l'organisation politique et territoriale et de confisquer l'idéologie royale, d'où le nom de dynastie salomonienne.
Les successeurs de Yekuno Amlak marqueront la rupture dynastique en désavouant les Zagwés et en les qualifiant d'usurpateurs dans l'historiographie qu'il dessine dès le . Cette réécriture présente alors Yekuno Amlak et ses successeurs comme les seuls héritiers légitimes des souverains aksumites et seuls descendants du roi Salomon et de la reine de Saba. Cette historiographie, directement reprise sur celle forgée par les Zagwés, est intégrée dans l'historiographie moderne qui considère la période qui débute en 1270 comme celle de la restauration salomonienne.
Principaux membres Membres de la dynastie salomonide ayant régné sur l’Éthiopie(les dates correspondent à l’accession au trône)
Arbre généalogique de la branche choane des Salomonides depuis Wossen Seged
Notes et références
Bibliographie Marie-Laure Derat, Le domaine des rois éthiopiens (1270-1527), Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, 383 p.
Article connexe Sabla Wangel Hailu épouse de Iyasou V Liens externes Marie-Laure Derat, «L'Éthiopie à l'époque de la dynastie salomonienne» Genealogical Gleanings
Site du Crown Council of Ethiopia
00 Catégorie:Fondation en 1270 Catégorie:Salomon (roi d'Israël) Catégorie:Maison princière d'Afrique