L'autoformation, autoapprentissage ou auto-apprentissage est le fait pour une personne, dite autodidacte, de se former elle-même, dans un cadre qui lui est propre, d’une façon plus ou moins éloignée des structures et institutions enseignantes et formatives. L'autoformation apparaît ainsi comme un mode d'auto-développement des connaissances et des compétences par le sujet social lui-même, selon son rythme, avec l'aide de ressources éducatives et de médiation sociale les plus choisies possibles.

Si l'autodidacte est habituellement présenté comme une personne poursuivant une démarche solitaire, il est de plus en plus facile de trouver des ressources d'autoformation collective : groupe d'échange de savoirs, réseaux sociaux d'apprentissage... À l'inverse, l'autoformation est souvent conduite au savoir grâce à la pratique. C'est en réalisant les choses, donc en « mettant la main à la pâte » que l'autodidacte acquiert des connaissances, d'où l'importance de l'apprentissage par la pratique.

Lectures théoriques vignette|Nikifor Krynicki (1966), peintre autodidacte .

Pour Joffre Dumazedier, le concept d'autoformation est un concept ambigu. S'il permet d'appréhender les pratiques du sujet de ce qu'il a nommé « la société des loisirs », il a ses limites et n'est pas sans danger en ce qu'il peut alimenter le mythe d'un auto-engendrement. En fait d'auto-engendrement, . L'autodidacte serait en fait un sociodidacte envisageant l'autre simultanément en tant que ressource et que destinataire des informations qui s'élaborent dans un contexte social.

Jean-Jacques Rousseau, qui se revendique d'autodidaxie, avait déjà entrevu cet écueil. Sa théorie des trois maîtres (nature-hommes-choses) se rapproche de la théorisation de Gaston Pineau, qui propose un triangle de l'autoformation reposant sur trois pôles (éco- le monde ; hétéro- les autres ; auto- soi-même). Enfin, pour le pédagogue Philippe Meirieu, « il n'y a d'apprentissage véritable qu'en autoformation ». Ces différents auteurs s'attachent ainsi à affirmer la formation comme l'acte d'un sujet désirant qui peut se former avec, contre ou sans les institutions éducativesPascal Galvani, quête de sens et formation, l'Harmattan, 1998.

Georges Le Meur indique que dans la modernité et il développe le concept de néo-autodidaxie. Celle-ci . Ainsi aujourd’hui la néo-autodidaxie recouvre la démarche pédagogique qui consiste à assurer soi-même l'acquisition de connaissances choisies en principe hors des systèmes éducatifs, donc sans enseignant ».

Au , de nouvelles potentialités et les souhaits d'autonomie autorisent des cursus de formation dans l'agir quotidien. Ainsi, le nouvel autodidacte peut recevoir le savoir à domicile par des médias multiples, garantissant ses acquisitions hors des organismes qu'il prend parfois en compte. De nos jours « L'autodidaxie se révèle un mode d'apprentissage existentiel ou cognitif dans lequel le sujet social apprenant conserve toutes les responsabilités sur son action formative ». Le nouvel autodidacte exerce toujours un pouvoir total sur ses activités éducatives.

En 2016, parait Apprendre par soi-même aujourd'hui. Les nouvelles modalités de l'autoformation dans la société digitale sous la direction de Marc Nagels et Philippe Carré. Cet ouvrage vient consolider et actualiser les connaissances sur l'autoformation à la lumière de l'usage des ressources numériques. L'autoformation se voit analysée sous trois angles spécifiques : l'environnement, avec l'influence du milieu familial et professionnel ; les ressources et le rapport aux ressources numériques ou sociales mobilisées par l'autoformation ; l'approche cognitive qui met l'accent sur l'organisation cognitive de l'activité d'autoformation et les ressources individuelles d'auto-efficacité. Les résultats, après étude de 80 entretiens renforcent la perspective de l'apprenant devenu particulièrement capable de diriger ses apprentissages, opportuniste dans la gestion des ressources et combinant au service de ses buts les apports des dispositifs formels et informels dans leurs formes les plus récentes. Ceci amène à penser que cette notion d'autoformation relève de l'un des processus d'apprentissage chez l'adulte.

Notion d'agentivité Dans le cadre de l’auto-formation, la notion d’agentivité est, selon Philippe Carré (professeur à l'université Paris-Nanterre en Sciences de l'éducation) et Annie Jézégou (professeur à l'université de Lille en Sciences de l'éducation et de la formation), un élément important à mettre en lumière. Annie Jézégou utilise la définition de Bandura sur l’agentivité qui est P 270 L’agentivité humaine : un moteur essentiel pour l’élaboration d’un environnement personnel de travail Annie Jézégou. Philippe Carré apporte un éclaircissement sur cette notion en l’identifiant comme le P64 Pourquoi et comment les adultes apprennent Philippe Carré . En effet, dans le cadre de l’auto-formation, l’apprenant est valorisé dans son autonomie mais aussi responsabilisé dans son rapport à son apprentissage. L’agentivité se réfère donc au pouvoir d’action de l’individu « de façon intentionnelle, par anticipation, planification de l’action et l’autorégulation de ses conduites » P110 Pourquoi et comment les adultes apprennent Philippe Carré.

Elle se manifeste de trois manières différentes : Directement : le but est atteint à la suite de l'intervention directe de l'individu Par procuration : l'individu attend l'action de l'autre pour atteindre son but Collective : c'est la coordination de l'effort du groupe qui permet d'atteindre le but

Ces manifestations se passent à l'intérieur d'un modèle, d'un système où se trouve l'individu « qui négocie systématiquement ses comportements, ses motivations et ses affects avec son environnement physique ou social ».

Cette notion est une « variable clé », terme utilisé par la théorie sociale-cognitive, de l’auto-efficacité car selon Bandura « les croyances d’efficacité forment le fondement de l’agentivité humaine »Traité des sciences et des techniques de la formation chapitre co-écrit par Philippe Carré et Alain Rieunier.

Histoire Avant 1960 L'autodidaxie en Grèce antique : Socrate et Platon valorisaient cet effort qu’ils percevaient comme une forme de sagesse. Toujours en usage, c'est le terme « autodidacte », du grec ancien signifiant « qui s'est instruit lui-même », qui a le premier servi à traduire cette réalité. Apparition du terme : Dans son ouvrage The Meaning of Adult Education qui paraît en 1926, l'Américain Eduard C. Lindeman utilise le terme self-directed learning (« apprentissage autodirigé ») avançant que « les adultes ont un besoin profond de s'autodiriger ». Ce terme est adopté plus tard par le courant américain pour désigner ce que les francophones appelleront l’autoformation.

Années 1960 et 1970 En 1967, le Canadien Allen Tough publie sa thèse dans laquelle il présente les dimensions de la « formation par soi-même » et utilise le terme « autoformation ». Dans son ouvrage phare , paru en 1971, Tough se penche sur les apprentissages des adultes en dehors des cadres institutionnels et met en lumière l’importance de la notion de projet dans leur apprentissage qu’il définit comme un effort majeur et intentionnel de gagner des connaissances ou un savoir-faire.

À la fin des années 1960 émerge l’idée que l’adulte est un apprenant distinct qui donnera naissance au concept d'« andragogie » (voir L'adulte : un apprenant distinct). Malcolm Knowles, l'un des fondateurs de l'andragogie, publie en 1975 , un guide d’apprentissage de l'autodirection par la méthode du contrat entre l’étudiant, dit « apprenant » et l’enseignant, désormais « facilitateur ». Knowles définit l’apprentissage autodirigé comme « une démarche dans laquelle un individu prend l’initiative, avec ou sans l'aide des autres, d'établir ses besoins d’apprentissage, de formuler ses objectifs d’apprentissage, d’identifier les ressources (humaines et matérielles) nécessaires à l'apprentissage, de choisir et de mettre en œuvre des stratégies d’apprentissage appropriées et d’évaluer les résultats de l'apprentissage ». Apprendre par soi-même à l'intérieur de dispositifs pédagogiques ouverts devient une voie de choix en andragogie.

Aux États-Unis, le terme (« apprentissage autodirigé ») commence à désigner ce mouvement d'études et de pratiques qui met l'emphase sur la responsabilité de l'individu (le ; « soi ») dans son apprentissage. Influencé notamment par les valeurs américaines et l'individualisme, le courant qui se base sur l'idée que l'individu occupe une « place centrale, nécessaire et suffisante » à son apprentissage. Le concept d'« autodirection », qui se trouve au cœur de l'apprentissage autodirigé, peut se résumer à la capacité ou la volonté de l’apprenant d’assumer la responsabilité de ses apprentissages. Dans l'Amérique du Nord de la fin des années 1960, le concept d’apprentissage autodirigé est reconnu à la fois par la science et la pédagogie.

En France, paraît en 1973 Vers l'autoformation assistée de Bertrand Schwartz faisant de ce dernier le fondateur du courant éducatif (ou pédagogique) de l'autoformation. Le concept d’éducation tout au long de la vie se fait connaître en Occident grâce à l’ouvrage de Paul Lengrand L'Homme du devenir : Vers une éducation permanente (1975) qui sera traduit en . En plus d'être le pionnier français de la sociologie du loisir, Joffre Dumazedier sera pour sa part un grand précurseur de l’autoformation en France ; lui qui voyait l’éducation comme une fonction sociale globale deviendra plus précisément l'instigateur de l'autoformation dite « sociale ». En 1978, il fait une contribution marquée au premier numéro collectif de la revue Éducation permanente. Une vision française de l'autoformation se dessine progressivement. Cette mouvance examinera le concept tant du point de vue de la sociologie que de la psychologie et de la méthodologie du travail.

Années 1980 En 1983, Gaston Pineau publie Produire sa vie : autoformation et autobiographie, une thèse qui laisse son empreinte à la fois en France et au Québec. Comme il l'expose dans cet ouvrage phare, pour lui : « l’autoformation n’est pas un loisir, c’est un travail, une lutte pour se conquérir, se libérer, prendre sa vie en main, exister à part entière, donner un sens à ce qui est polyvalent et ambivalent ». Pineau est à l’origine du courant dit « existentiel » de l'autoformation, où cette approche est vue comme un outil de construction de soi, voire un outil ayant un potentiel psychothérapeutique.

Années 1990 Le Français Philippe Carré met de l'ordre dans les théories proposées jusqu'alors pour expliquer l'autoformation en cernant ses dans une proposition qu'il nomme la « galaxie de l'autoformation ». Les courants qu'il distingue sont : L'autoformation intégrale est synonyme d'autodidaxie. Il s'agit pour l'apprenant d’apprendre en dehors de tout système institutionnel de formation. Une des formes de l’autoformation intégrale, c’est la formation basée sur sa propre expérience (l'apprentissage expérientiel : va construire son savoir personnel à partir de son expérience). L'autoformation existentielle : apprendre à être. Elle fait référence à l’histoire de vie, l’autobiographie. L'autoformation sociale : apprendre dans et par le groupe social. L'autoformation est réalisée grâce au caractère collectif des échanges et des interactions sociales. L'autoformation éducative : apprendre dans des dispositifs ouverts de formation dans le cadre d'institutions éducatives L'autoformation cognitive : « apprendre à apprendre ». L'intérêt est porté sur la manière dont la personne réalise son propre apprentissage.

En réexaminant des travaux effectués sur des notions clés de l'autoformation , Carré tente de comprendre les enjeux liés à la motivation en autoformation. Il conclut en l'an 2000 que l'autodirection en formation exige plus que la seule intentionnalité : .

Années 2000 Ère du numérique : socioditactie