Maurice Dubourg, né le à Besançon (Doubs) et mort le dans la même ville, est un clerc franc-comtois de l'Église catholique romaine, prêtre chanoine diocésain, puis évêque de Marseille de 1928 à 1936, et enfin archevêque de Besançon de 1936 à 1954. Durant la Seconde Guerre mondiale, il reconnaît la légitimité et les valeurs du régime instauré par le chef de l'État français, le maréchal Philippe Pétain, mais se montre soucieux du sort des réfugiés espagnols et des travailleurs soumis au Service du travail obligatoire (STO). Il est, après-guerre, à l'origine de la création du monument votif de Notre-Dame de la Libération sur la colline des Buis, à Besançon, et soutient les innovations d'art sacré au sein du diocèse bisontin.
Biographie Enfance, études et débuts vignette|gauche|Besançon, le quartier Saint-Jean.
Louis Maurice Dubourg est né le dans la ville de Besançon (Doubs)Son père, Paul Dubourg, fut un riche industriel, conseiller municipal de Besançon, élu conseiller général du canton de Besançon-Sud en 1889, comme candidat républicain. (Cf. Joseph Pinard, « Le Jean XXIII de Franche-Comté », in Besançon Votre Ville (B.V.V.), février 2004, , ). Violemment attaqué par le quotidien clérical de l'époque, qualifié d'« émasculé de la République… centre-gauche, la pire espèce de républicain », il remporta brillamment son siège avec 60 % des suffrages. (Cf. Jean-Marie Mayeur (dir.), Le sillon de Marc Sangnier et la démocratie sociale: actes du colloque des 18 et 19 mars 2004, Presses universitaires de Franche-Comté, , Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté, , Série « Historiques », , 2006, retirage en 2007, ). Paul Dubourg fut également président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Doubs de 1893 à 1901 (Cf. Cent cinquantième anniversaire, 12 mai 1819-12 mai 1969, Doubs (Dept). Chambre de commerce et d'industrie 1969, ), membre du conseil de direction de la Caisse d'épargne et de prévoyance de Besançon, membre du conseil d'administration du Mont-de-Piété, administrateur de la succursale de la Banque de France, membre de la commission administrative des hospices réunis de Besançon (Cf. Dictionnaire du Doubs, Paris, Henri Jouve, imprimeur-éditeur, 15 rue Racine, 1898, non paginé (Les dictionnaires départementaux), réimprimé par François Lassus, 2007.. À l'automne 1882, le petit Dubourg entre à l'Institution Sainte-Marie située dans le quartier Saint-Jean de la capitale comtoise ; encore vêtu de la robe enfantine, il est alors âgé de quatre ansGeorges Pernot, « À un ami de toujours », in Cité fraternelle, Numéro spécial du souvenir, février 1954, .. En ce lieu devenu le Collège Saint-Jean, le futur archevêque fait ses études jusqu'au baccalauréat de PhilosophieInstitution Saint Jean, numéro spécial , « Un Collège bisontin à travers Sainte-Marie-Saint-Jean, 1838-1968 », mars 1968, .. Le jeune Dubourg fréquente ensuite la faculté (ou École) de droit de BesançonÉtienne Ledeur, « « De tout mon cœur ! », La vie de », Cité fraternelle, Numéro spécial du souvenir, février 1954, .. C'est à Paris qu'il poursuit son cursus d'étudiant et de jeune stagiaire de la Conférence des avocats. Commençant une carrière de jeune avocat parisienphotographie « Le jeune avocat », Cité fraternelle, Numéro spécial du souvenir, février 1954, , il milite, parallèlement, au Sillon, le mouvement politique et idéologique du journaliste et homme politique Marc Sangnier qui souhaite rapprocher les catholiques de la République et arracher les ouvriers à l'influence de la gauche anticléricale Joseph Pinard, « Le Jean XXIII de Franche-Comté », journal de Besançon Votre Ville (B.V.V.), février 2004, , (consulté le ).. D'autre part, Dubourg est membre d'une conférence de Saint-Vincent-de-Paul où il secourt les familles pauvres de comtois exilés à Paris. En 1903, l'abbé fonde le célèbre club omnisports à Vesoul, l'Avant-garde de la Motte. En 1906, Maître Dubourg entre au Séminaire parisien de Saint-Sulpice, établissement d'enseignement supérieur destiné à former des prêtres catholiques. Au bout de trois ans, il est ordonné prêtre le à moins de Maurice Dubourg sur Catholic-hierarchy.org (consulté le ). et commence sa carrière à Vesoul comme vicaire..
Mobilisation militaire Pendant la Première Guerre mondiale, l'abbé Dubourg est officier, aumônier militaire et brancardier. Parti à la mobilisation au sein du d'armée il réussit à se faire affecter, par son obstination et au mépris de tous les règlements, au d'Infanterie, qui appartenait à une division d'attaque spécialisée dans les « coups durs »« Ce que fut l'aumônier militaire », in Cité fraternelle, numéro spécial du souvenir, février 1954, . Selon le médecin général Fourgereau, « courageux, certes, il l'était ; parfois même, il paraissait imprudent… Mais non, M. l'Aumônier n'était pas téméraire ; il assurait un service dont l'importance et la complexité m'effarait… Mais si l'abbé Dubourg était courageux, avec une calme simplicité, il l'était avec un chic qui faisait l'admiration générale, et ce chic, il le devait surtout à ce légendaire sourire qu'il ne perdait en aucune circonstance, si tragique soit-elle ». Il est décoré de la Croix de guerre 1914-1918, bénéficie de cinq citations élogieuses évoquant une « bravoure légendaire ». Bien plus tard, quelques jours seulement avant sa mort, il sera nommé commandeur de la Légion d'honneur.
Premières œuvres La paix retrouvée, l'abbé Dubourg retrouve Vesoul. En 1919, il est nommé à la direction des Œuvres de l'archidiocèse de Besançon, dans la très bisontine rue de la Vieille-MonnaieEn 1922, le P.C. diocésain des Œuvres se trouvait au 28 rue Charles-Nodier. Cf. « L'aumônier de l'A.J.C.F. », Cité fraternelle, numéro spécial du souvenir, février 1954, . où il travaille alors seul avec l'abbé Gaillard.. Il est alors, de 1919 à 1928, le réorganisateur de la Ligue FéminineM. Pourchet, « Le chef de notre action catholique », Cité fraternelle, , , . et le directeur et agent actif de regroupement de l'« Union des Catholiques du Diocèse », union issue de l'« Association des chefs de famille » du diocèse de Besançon, lancée avant-guerre pour défendre la neutralité scolaire.
Durant la même période, avec le chanoine Dubourg, qui multiplie les groupes, forme les aumôniers et suscite des personnalités de jeunes, les mouvements de jeunesse reprennent (dès 1919) leurs activités : la « Thom », la brillante Union Comtoise et surtout l'Association catholique de la jeunesse française (A.C.J.F.).André Cart, « L'aumônier de l'A.C.J.F. », Cité fraternelle, Numéro spécial du souvenir, février 1954, .. D'ailleurs, au sein des Œuvres diocésaines, fonctionne le « Comité régional » dont la moyenne d'âge est de vingt ans. 1922 est l'année d'un nouveau départ pour l'A.C.J.F. qui connut de grandes heures avant 1914. La devise est « Piété, Étude, Action », ceci dans le cadre progressif suivant : Famille, Profession, Cité. « Vous ne prierez jamais assez », « Ne restez jamais un jour, jamais une nuit, avec un péché mortel, s'il le faut, aller réveiller un prêtre » répète alors le chanoine Dubourg, « si tendrement bon », mais « sans faiblesse sur les principes ». Sous son égide, ont lieu les Congrès eucharistiques de Gray, dans la Haute-Saône, en 1924, de Montbéliard, dans le Doubs, en 1925 et de Morteau, dans le Haut-Doubs en 1926. En parallèle avec les cercles d'études qui ont plus de peine à démarrer, le Chanoine Dubourg fonde une petite feuille catholique, Vers l'Avenir, journal de jeunes.. Ce journal compte . Le Comité régional visite les paroisses, crée et anime des groupes, et tente de faire face à l'anticléricalisme remis à l'ordre du jour. Les réunions des comités et les réunions dites « de masse », marquent au moins un point. Le chanoine Dubourg aime à rappeler : « l'action n'est qu'un moyen, n'en faites pas un but ; sachez convaincre sans offenser ; servir sans penser à recevoir ». Un soir d'automne, sortant du Kursaal de Besançon, un « immense monome de trois cents jeunes » parcourt la Grande Rue et face à l'église Saint-Pierre, en plein centre ville, adjure la Vierge Marie de « pardonner et d'éclairer ». En 1923 (le premier numéro date du mois de janvier), le chanoine Dubourg fonde, d'autre part, un nouveau journal, Dieu et Famille, « le journal de l'Union des CatholiquesDominique Lambert, La presse catholique en Franche-Comté : Cité Fraternelle, 1944-1967, Presses universitaires de Franche-Comté, annales littéraires de l'université de Franche-Comté , Cahiers d'Études comtoises , 2007, . » afin, selon J. Panier, de . Le journal est mensuel, traite de questions familiales, scolaires, agricoles et sociales, et l'abonnement ne dépasse pas deux francs ce qui le met à la portée de tous.. Le , l'Institution Sainte-Marie reçoit son ancien élève Dubourg.
Évêque de Marseille puis archevêque de Besançon
vignette|gauche|Sainte-Marie-Majeure ou La Major, église cathédrale de l'archidiocèse de Marseille.
Le , le chanoine Dubourg est nommé évêque de MarseilleIl adopte comme devise (« De tout mon cœur »). Voir .. Il est consacré évêque le par le cardinal Charles-Henri-Joseph Binet, archevêque de Besançon avec comme co-consécrateurs Paul Rémond alors aumônier général de l'armée du Rhin, évêque titulaire de et Maurice Feltin, évêque de Troyes. Le nouvel évêque s'installe officiellement le . En partance pour Marseille, Dubourg donne à l'archidiocèse de Besançon sa maison familiale sise à Gouille, en banlieue de Besançon, la villa Saint-Charles. dite plus tard « la villa épiscopale ». pour en faire un centre de retraites.. Grâce à NNSS Béjot et Pourchet (futur évêque de Saint-Flour) la villa accueillera des groupes de Jeunesse étudiante chrétienne, d'action catholique, des retraites sacerdotales, scolaires... Dubourg nommé à Marseille, son successeur à la Direction des Œuvres de l'archidiocèse de Besançon est l'abbé Gaillard..
Le premier ministère du nouvel évêque, d'une durée de huit ans, est marqué par le couronnement de la statue de Notre-Dame-de-la-GardeMaurice Dubourg, Hommage et consécration à Notre-Dame de la Garde, L’écho de Notre Dame de la Garde, archives du Diocèse de Marseille., en 1931 et par la grande Exposition catholique de 1935. Le jour de son intronisation comme archevêque de Besançon, le Président de la Chambre de Commerce de Marseille, exprime le regret qu'un évêque de Marseille soit fait archevêque de Besançon.
vignette|Saint-Jean, église cathédrale de l'archidiocèse de Besançon. Dubourg est ainsi nommé à cette dernière fonction le et est intronisé dans la capitale comtoise le . Sous son pontificat, la Maîtrise de la cathédrale Saint-Jean de Besançon est reconstruite, le futur Collège technique Saint-Joseph est mis en chantier à Besançon, une chapelle est fondée pour le camp du Valdahon, un centre catéchistique est ouvert, le journal L'Éclair comtois est réorganisé, une enquête est réalisée sur le chant d'Église et la piété mariale, les « Journées liturgiques de malades » sont créées à Belfort.. En 1937, Dubourg accueille, à la cathédrale, les anciens combattants allemands de Fribourg-en-Brisgau, invités à Besançon. Des centaines de jeunes participent au congrès du dixième anniversaire de la Jeunesse ouvrière chrétienne et de la Jeunesse agricole catholique à Paris (1937 et 1938). Un pèlerinage d'un millier d'hommes est conduit à Lourdes en 1938. 1938, par ailleurs, année mariale pour le troisième centenaire du vœu de Louis XIII, trouve son point culminant au Congrès de Belfort. À Meaux, Dubourg est l'orateur de l'anniversaire de la victoire de la Marne. En , on note le huitième centenaire de l'abbaye de la Grâce-Dieu, le centenaire du Refuge, une route Gray-Mattincourt inaugurée en l'honneur de saint Pierre Fourier, et l'inauguration d'une statue de saint Colomban dans la cour d'honneur du séminaire de Luxeuil-les-Bains. Le , Dubourg bénit le Collège Saint-Joseph, créé par l'abbé Gaillard..
La Seconde Guerre mondiale