240px|right|thumb|Écartelé, au de France à la bordure de gueules chargée de 16 besants d'argent (famille d'Alençon), au chevronné d'or et de gueules de 8 pièces (famille Hubert de Beaumont), au d'hermines à 3 quintefeuilles de gueules (Ambroise de Loré), au de gueules au lévrier d'argent colleté de France (famille Fouquet de la Varenne)

La cité de Sainte-Suzanne (Mayenne), qui fait partie de la commune nouvelle de Sainte-Suzanne-et-Chammes, s'est forgé un riche passé, favorisé par une situation géographique longtemps stratégique et par la qualité des familles qui ont possédé son château.

Histoire Préhistoire vignette|Dolmen des Erves

Dans le canton de Sainte-Suzanne, les grottes ornées de Saint-Pierre-sur-Erve et de Thorigné-en-Charnie témoignent avec certitude de la présence humaine dans la région depuis au moins.

À Sainte-Suzanne même, le dolmen des Erves constitue la première trace encore visible d'habitation de cette contrée par les hommes () : il s'agit du plus ancien monument de la Mayenne.

250px|thumb|Partie du mur vitrifié de Sainte-Suzanne (Mayenne). Rempart sud.

Dans ce site des Erves on a trouvé en 1874 des ossements d'animaux quaternaires au milieu d'une couche d'argile noire reposant sur le sommet corrodé des bancs du calcaire cambrien et surmonté de sables, graviers et argiles rouges. La faune a été considérée par M. Gaudry comme antérieure à celle de lElephas primigenius. On a trouvé : Felix leo, Hyæna crocuta, Arctomys marmotta, Rhinoceros MaerckiiSource : .

Gaule celtique L'occupation par les celtes est attestée par la présence d'un ancien mur vitrifié. Encore visible et bien que partiellement détruit au , il en est fait mention depuis 1759 et de nombreux fragments en sont régulièrement mis au jour lors de fouilles ou de percements. Ainsi les fouilles archéologiques entreprises en 2006 dans la cour du château ont-elles permis de révéler, sous deux niveaux d'habitat eux-mêmes antérieurs au Moyen Âge (début de l'âge du fer ou fin de l'âge du bronze), des morceaux extraits du mur vitrifié, vestiges d'un procédé de fortification qui est longtemps passé pour énigmatique. Leur datation permettra prochainement de cerner leur âge.

thumb|Voie pavée

Le site a ensuite été occupé par la tribu des Arviens (du nom de la rivière l'Erve), qui faisait partie du peuple gaulois des Aulerques. Ceux-ci comprenaient les Diablintes (Jublains), les Cénomans (Le Mans) et les Eburovices (Évreux). Des meules gauloises du env., ont été trouvées lors des fouilles de 2006 ; une ancienne voie pavée mène du Pont-neuf au Tertre Ganne. Compte tenu de la proximité des villes gallo-romaines de Noviodunum (Jublains) (), et Vindunum (Le Mans) (), la position géographique et stratégique de Sainte-Suzanne comme "clef du Maine" n'a pas pu être négligée. Le château ayant été construit au Moyen Âge sur une structure préexistante, seules des fouilles plus approfondies permettront de dégager des vestiges plus significatifs de l'occupation gallo-romaine.

Moyen Âge

Le donjon est construit par les vicomtes de Beaumont-au-Maine, Fresnay et Sainte-Suzanne dans la première moitié ou au milieu du . De 1083 à 1086, Sainte-Suzanne est le lieu d'affrontement entre le vicomte du Maine, Hubert II de Beaumont, dont l'épouse Ermengarde de Nevers est l'arrière-arrière-petite-fille d'Hugues Capet, et le duc de Normandie et roi d'Angleterre, Guillaume le Conquérant. Hubert avait depuis 1063 soutenu la lutte contre Guillaume le Bâtard ; il avait dû lui rendre en 1073 les châteaux de Beaumont et de Fresnay, mais il ne désarma jamais. En 1083, il s'enferme avec sa femme Ermengarde, fille de Guillaume de Nevers, (°1029 † 1083), comte de Nevers, nièce de Robert de Nevers, (°1035 † 1098), dit Robert le Bourguignon, dans le donjon de Sainte-Suzanne, y réunit une élite de chevaliers, et harcèle jusqu'au Mans les partisans du Conquérant de l'Angleterre. Celui-ci se décide en 1083 à venir au secours des siens, mais renonce à attaquer de front le château, situé au sommet d'une colline protégée par des vignes inextricables. Il installe un fort dans le val de Beugy à du château, et y laisse une troupe nombreuse et aguerrie sous les ordres d'Alain Le Roux, comte des Bretons.

Prouvant la poliorcétique (ou siège militaire) un art difficile, les faits d'armes sont presque toujours à l'avantage des assiégés, qui capturent et mettent à rançon les chefs anglo-normands. Parmi eux, plusieurs chevaliers sont tués : Robert d'Ussi, Robert de Vieux-Pont, Richer de l'Aigle (), Mathieu de Vitot (janvier 1086), Hervé Le Breton, chef de la milice. La guerre s'enlisant, et après un siège de quatre ans dont subsiste aujourd'hui le Camp de Beugy ou Camp des Anglais, les assiégeants entrent alors en pourparlers de paix et Hubert II, muni d'un sauf-conduit, traverse la Manche jurer une alliance qu'il respecte ensuite loyalement. Les héritiers de Guillaume, qui meurt en 1087, respectent aussi cette paix, faisant, de fait, de Sainte-Suzanne la seule forteresse que Guillaume le Conquérant ne parvint jamais à prendre, et citée comme telle dans l'Histoire d'Angleterre"St.Suzanne, the one castle which the Conqueror himself could never take".cf. E. Freeman, Sketches of travel in Normandie and Maine, London, (1897).

Forte de cette victoire, la forteresse militaire se développe jusqu'au . En 1189, après la prise du Mans par Philippe-Auguste, le roi Henri II d'Angleterre passe à Sainte-Suzanne.

En 1241, il est fait mention du « Chemin du roy », passant par Sainte-Suzanne : Vigor, paroissien de Sainte-Suzanne, est accusé par le procureur du bailli royal d'y avoir commis un meurtre cf. Histoire de Guillaume Le Maréchal, Édition de la Société de l'Histoire de France, citée par Robert Triger "Sainte-Suzanne, son histoire et ses fortifications" ch. II.. La famille de Beaumont contribue par ailleurs à la restauration de l'Abbaye Notre-Dame d'Évron (985-989), à la fondation des abbayes de Solesmes (1010) et de Vivoin (1058-1062), enfin à l'édification de l'abbaye d'Étival-en-Charnie (1109), et à celle de la Chartreuse du Parc-en-Charnie (1235-1236).

Guerre de Cent Ans Pendant la Guerre de Cent Ans, la place est aux mains des Français avant le traité de Brétigny (signé le entre Édouard III d'Angleterre et Jean II le Bon et qui permet une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans) ; Marguerite de Valentinois, veuve de Jean II de Beaumont-Brienne, et son fils Louis II de Beaumont-Brienne, encore enfant, s'y trouvent le .

Au , tous les sujets sont contraints à venir faire le guet au château, obligation contre laquelle protestent en 1369 et 1396, au nom de leurs hommes et serviteurs, les Chartreux du Parc d'Orques et les Bénédictines d'Étival. (En 1460, pour s'exempter du guet au château de Sainte-Suzanne, les habitants de Thorigné-en-Charnie, dont le château dépendait de la baronnie de Sainte-Suzanne, déclarèrent qu'ils étaient de la baronnie de Sablé...)En 1415, les Anglais, maîtres de la Normandie, s'apprètent à envahir le Maine. Dès 1417, ils se partagent les places fortes ; John Popeham se titre capitaine de Sainte-Suzanne : c'est une menace. Tous les sujets, même ceux qui en étaient de droit exempts, se soumettent en 1419 à faire le guet au château "à cause de l'estat du temps présent et des éminents dangiers qui, à l'occasion de la guerre, pourroient avenir en la ville". Le duc Jean Ier d'Alençon (Valois), tué en 1415 à Azincourt, c'est sa femme Marie de Bretagne qui devient duchesse d'Alençon et met en état de défense ses différentes forteresses. Le commandement de Sainte-SuzanneCapitaines et gouverneurs de Sainte-Suzanne : Pierre Hérisson 1415; Ambroise de Loré 1422-1425 ; Jean Blocet ou Blosset, nommé par le roi Charles VII de France en 1451 quand Jean II d’Alençon est condamné pour trahison ; Guy de Chourses, seigneur de Malicorne, est nommé par Louis XI de France gouverneur en 1462 bien que ses biens aient été rendus à Jean II d'Alençon ; quand celui-ci meurt, le roi rend ses domaines à son fils René d'Alençon mais nomme Jean de Bruges, seigneur de Grutuse, gouverneur de la place forte et du château ; Jean Aubin 1462 ; N. d'Harcourt, fils du seigneur de Bonnétable 1486; Claude de Bouillé 1589, capitaine ; Brisegault Labbé 1591-1593, son lieutenant ; Isaac de Germaincourt , gouverneur ; MoIse Gaudin 1593 puis Jean de la Croix 1595-1597, lieutenants; Michel Barberet , capitaine du château; Michel Luette seigneur de la Vallée 1614 ; Jean Maridor seigneur de Boulleron 1621 gouverneur. est confié en 1422 à Ambroise de Loré, compagnon de Jeanne d'Arc, qui tient bon jusqu'en 1425. La garnison opère même des sorties avec celles de Montsûrs, Laval, Château-Gontier (janvier 1423).

thumb|Les remparts de la cité de Sainte-Suzanne (Mayenne)

Le , Thomas Montaigu, Comte de Salisbury attaque Le Mans, vaillamment défendue par Ambroise de Loré pendant . Sainte-Suzanne, où Loré s'est renfermé, est finalement prise le par les Anglais, emmenés par une armée considérable. Salisbury s'installe au Tertre Ganne et utilise l'artillerie pour détruire les remparts. Avant le 30 août, on mène en trois charrettes, d'Argentan à Alençon, une grosse somme de deniers... pour les soudoyers estans aux sièges de Sainte-Suzanne et autres places du pays du Maine. Salisbury est en personne, le , au siège devant Sainte-Suzanne, où il reçoit des lettres du receveur général. La brèche faite dans les remparts, Loré, gouverneur de la cité, prisonnier avec la garnison, doit se rendre et payer une rançon de 2000 écus d'or. Sainte-Suzanne reste alors anglaise durant quatorze ans, et doit payer à Jean de Lancastre duc de Bedford, comte du Maine, des « sauvegardes, appatis ou bullettes, et obtenir des anglais des sauf-conduits ou congés ». Loré se retire à Sablé pour reprendre la lutte sans défaillance.

En 1426, Ambroise de Loré avec un détachement de en vue de Sainte-Suzanne, surprend entre le lieu-dit La Crousille et le village dAmbriers, un détachement de 200 à 240 Anglais commandés par un neveu de Falstaff, l'écuyer Henry Branch qu'il capture avec sa troupe. Il pousse même une pointe hardie jusque dans les faubourgs du Mans, qui tombent un instant entre ses mains. Mais Sainte-Suzanne, garnie des de Falstaff, reste aux mains des Anglais.

Le , c'est Jean II d'Alençon lui-même, accompagné du sire André de Lohéac et du baron de Coulonces, encouragés par leurs succès militaires depuis deux ans, qui tente d'assiéger Sainte-Suzanne pour reprendre son propre château ; la frayeur est grande dans la ville et dans les autres garnisons anglaises (Alençon, Fresnay, Argentan, Louviers, Le Mans, Rouen, et même Paris), priées par Thomas Gowen, gouverneur d'Alençon, de se porter au secours des anglais de Sainte-Suzanne. Le roi Henri VI d'Angleterre demande d'urgence des renforts au bailli de Rouen. Mais les Français ne peuvent livrer d'assaut décisif avant l'arrivée des renforts et battent en retraite : Le soir du , on vit briller des feux et paraître des enseignes de secours en divers lieux sur les hauteurs voisines : le coup était manqué pour cette fois, et les Anglais maintinrent d'importants renforts à Sainte-Suzanne.

La ville n'est reprise qu'en décembre 1439 par les Français emmenés par Jean V de Bueil, un soir que le commandant Matthew Gough est absent, grâce à la complicité d'un soldat anglais John Ferremen, marié à une Suzannaise. Mais le Sire de Bueil s'installe au détriment de la famille d'Alençon, ses légitimes propriétaires. En mars 1441, le roi Charles VII de France lui fait enjoindre de restituer la cité. La ville n'est véritablement rendue à la famille d'Alençon qu'en mars 1447 : le , la duchesse d'Alençon reçoit à Sainte-Suzanne l'Hommage de ses sujets. Les Anglais quittent en 1448 une région profondément ravagée.

Guerres de religion