Dans un sens très général, le travail est une activité humaine qui vise intentionnellement à transformer le monde physique. Au sens économique usuel, le travail ou activité professionnelle est l'activité humaine qui permet la production de biens et de services. Avec le capital, c'est un facteur de production de l'économie. Dans les sociétés humaines modernes, il est essentiellement fourni par des employés en échange d'un salaire et contribue à l'activité économique. Le processus d'entrée et de sortie de l'emploi se fait par le marché du travail.

Son étude économique est faite par l'économie du travail, son étude sociologique correspond à la sociologie du travail, et son cadre juridique est le droit du travail.

Il est fêté le dans certains pays et le premier lundi de septembre aux États-Unis et au Canada.

Définition et catégorisation Le travail est un concept central dans l'histoire et le développement humain, et se trouve ainsi à la croisée de différentes disciplines (philosophie, sociologie, économie, histoire, etc.). Cela conduit à une diversité de traitements de la notion, de sa définition à l'analyse de ses divers aspects. Plusieurs approches sont exposées ci-après.

Le travail peut être défini comme l'action de produire de la valeur — des biens et/ou des services — à destination d'autrui. Ce périmètre inclut les tâches ménagères, mais exclut par exemple la toilette. Pour Henri Wallon (1879-1962), travailler c’est Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (2014), Le travail peut-il devenir supportable ? Entretien avec Yves Clot et Michel Gollac ; ANACT ; publié le 14/10/14.

Depuis le rapport Stiglitz (du nom du prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz), les économistes insistent sur le fait que le travail n'est pas seulement le travail rémunéré mais l'activité productrice des travailleurs : il comprend ainsi le bénévolat et le travail domestique. Le travail non rémunéré peut jouer un rôle non négligeable dans la production nationale. Des estimations statistiques ont montré que, dans les anciens pays communistes (en URSS ou en RDA), le travail familial était plus productif (mesurer par la qualité produite par personne) que le travail dans les établissements nationaux.

Jacques Freyssinet, économiste français, sépare les différents types de travail en travail libre, travail salarié et travail forcé, dans le cadre d'activités marchandes ou non-marchandesArticle Travail, dans : Alain Beitone et al., Dictionnaire des sciences économiques, Armand Colin, 2001, .

En 1984, Marie Jahoda distingue dans son livre Wieviel Arbeit braucht der Mensch? cinq aspects constructifs du travailMarie Jahoda Wieviel Arbeit braucht der Mensch? L'Express , article Un Eloge de l'Oisiveté percuté par le modèle capitalistique : Donne une structure temporelle à la vie ; Crée des contacts sociaux hors de la famille et des amis ; Donne des objectifs indépendants de ses besoins propres ; Définit une identité et une utilité sociale ; Force à l'action.

Dominique Méda (Le Travail, ) explique que la notion de travail est historique et que le terme actuel est le résultat de la sédimentation de trois couches de signification : le travail facteur de production () ; le travail-essence de l'homme (début ) ; le travail pivot de la distribution des revenus, des droits et des protections caractéristiques de la société salariale (fin ).

Pour Méda, .

Des dimensions contradictoires coexistent et fondent la diversité des interprétations du travail et des conflits sur la définition du travail. Dans certains pays touchés par le chômage de masse, on rencontre également des revendications sous la forme d'un « droit au travail ». Le travail est un élément important pour l'appartenance des individus à une société, ce qui explique le désarroi d'une partie des chômeurs involontaires.

La double dimension contradictoire du travail, à la fois source d'aliénation et acte social porteur d'émancipation.

Étymologie et histoire du mot

L'étymologie de travail est discutée et ne fait pas l'unanimité. Selon la linguiste Marie-France Delport, il est possible que ce terme dérive des mots hispaniques médiévaux trabajo (= travail) et trabajar (= travailler) (qui eux-mêmes dériveraient des termes latins tripalium puis tripaliare croisés avec une forme à élément vocalique [a]), ce qui exprimerait une tension qui se dirige vers un but et qui rencontre une résistance...

Le linguiste Franck Lebas estime que « cette hypothèse apparue au est très probablement fantaisiste ». L'origine pourrait être le latin trabs qui a donné « travée ».

D'autres explications sont présentées ci-après.

En grec, ergon veut dire travail. On retrouve cette racine dans chirurgien, énergie, synergie, allergie, ergo-thérapie, erg. Une racine commune plus ancienne est à l’origine des mots : organe, organisme, organiser, organisation, organique, orgue, orgie, Panurge, et du mot anglais workLa Lettre du Cardiologue / juin 2008 Denis Chemla, Philippe Abastado C. Damour-Terrasson.

On trouve la notion de travail en indo-européen dans les racines PAG- et PAK- qui signifient « fixer matériellement et moralement » et qui donneront une foison de mots tant dans le sens matériel (PAG-) que dans le sens moral (PAK-) : ainsi, les mots pages, pieu, paysan, paysage, empaler, paix, pacte, pacifique Ces deux dernières racines proviendraient de la racine paç- en sanskrit qui signifie le lacet, le piège.

Antiquité et Moyen Âge Durant l'Antiquité, le terme bas latin trepalium (attesté en 582) est une déformation de tripalium, un instrument formé de trois pieux, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir.

Ensuite, le mot travail apparaît au , selon Alain ReyArticles travailler et travail, dans : Alain Rey (dir.), Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, dictionnaires Le Robert, pour qui il s'agit d'un déverbal de travailler, issu du latin populaire tripaliare, signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium ». Au , le mot désigne aussi un tourment psychologique ou une souffrance physique (le travail d'accouchement). On trouve aussi le verbe latin tribulare « presser avec la herse, écraser (le blé) » ou, en latin ecclésiastique, au sens figuré de « tourmenter ; torturer l'âme pour éprouver sa foi » "Tribulation" in Centre national des ressources textuelles et lexicales. Du Cange relève le mot tribulagium qui dénomme une corvée due au seigneur, qui consistait à battre le blé ou à broyer des pommes pour produire du cidre. Le mot vient du mot latin tribulum qui désigne une herse destinée à cet effetEncyclopédie méthodique, Tome 8, entrée tribulagium et triblagium, .

Une autre hypothèse avancée pour expliquer l'évolution du mot travail vers son sens moderne avance une origine chrétienne du mot. En effet, le christianisme et le monachisme, très influents au haut Moyen Âge, auraient grandement contribué à diffuser une représentation du travail actif, vu cependant comme une conséquence du péché originel. D'où la règle édictée par saint Benoît destinée à organiser et à régler la vie des moines bénédictins autour de trois activités : l'office divin, la louange et le travail manuel effectué en commun. Cette activité — dénommée travail — vise à la fois à œuvrer pour permettre la subsistance de la communauté, pour développer le bien commun (par exemple : réaliser des défrichages), mais aussi à expier le péché originel. L'expression « un travail de bénédictin » passée dans le vocabulaire commun avec la signification d'un « travail considérable et minutieux »"Travail de bénédictin" in Wiktionnaire. confirme l'idée que cette innovation monastique a pu contribuer à forger et diffuser un sens nouveau au mot travail.

Une étude de Marie-France Delport en 1984 semble infirmer la thèse du « travail-trepalium ». En partant des mots hispaniques trabajo et trabajar, elle met en avant la notion de passage issue du préfixe trans : Marie-France Delport, « Trabajo-trabajar(se) » : étude lexico-syntaxique », Cahiers de linguistique hispanique médiévale, , 1984, p. 99-162.. Plus tard, en 2008, une étude d'André Eskénazi énonce ni plus ni moins que André Eskénazi, « L'étymologie de Travail », Romania, revue trimestrielle des langues et des littératures romanes, , , 2008, .. Cette controverse n'oppose pas seulement deux thèses étymologiques entre elles, mais aussi deux conceptions du travail qui, dès lors, peut être à la fois un outil pour traverser des obstacles comme une source de souffrance.

Époque moderne Selon l'historien Georges LefrancGeorges Lefranc, Histoire du Travail et des travailleurs, Paris, Flammarion, 1957, c'est à partir du , que le mot commence à prendre l'acception que nous lui connaissons aujourd'hui, à savoir celui d'activité productive.thumb|Un tapissier sénégalais qui effectue son travail manuellement Cependant, les représentations marquent davantage la distinction entre le Labor (travail châtiment, peine au travail, conséquence du péché) et l'Opus » (travail création, activité naturelle). Par la suite, le terme travail remplace progressivement les deux termes usités au Moyen Âge : labeur et ouvrage. Relevons enfin qu'au travail prend aussi le sens de « se donner de la peine pour ». C'est un signe que l'artisan paraît aux esprits novateurs de la Renaissance et de la Réforme plus « utile » que le noble ou le clerc.

Histoire Antiquité L'esclavage a été utilisé au cours de l'Antiquité pour accomplir les tâches les plus dures..

En Grèce antique, la notion de travail n'existe pas en tant qu'unité conceptuelle. L'activité agricole y est davantage valorisée que l'artisanat et le commerce, pour des raisons religieuses et morales (travailler la terre revient à avoir une activité autarcique). Le travail est conçu de manière ambivalente, pouvant être apprécié (ainsi Ulysse fabriqua lui-même son lit, Athéna et Héphaïstos, adorés notamment à Athènes, protègent les artisans, l'oisiveté est réprimée par des lois) ou décrié (l'esclavage est sans doute à l'origine d'une telle conception, certaines cités réservent la citoyenneté à ceux qui ne travaillent pas, Aristophane se moque du fils d'une vendeuse de légumes et d'un tanneur).

Du Moyen Âge à la Période moderne ( - ) En Europe occidentale, pendant le Haut Moyen Âge, le mouvement monastique s'est fondé en grande partie sur le travail (voir Règle de saint Benoît), donnant au travail un but de fraternité du point de vue communautaire et aussi d'épanouissement dans la participation au bien commun (pensé en rapport à la création divine).

Jusqu’alors le travail est un signe évident de servitude mais Benoît décide de le faire entrer dans l’éthique chrétienne permettant la plénitude de l’opus dei. Les moines construisent une société chrétienne autant par le travail de leurs mains que par le travail de leur esprit. À la fois centre culturel voué à l’instruction des clercs et à la diffusion des rites officiels et entreprise économique, le monastère bénédictin connaît un succès considérable encouragé par les autorités politiques qui voient dans les ordres monastiques de fidèles alliés pour pacifier et réguler la vie sociale des royaumes barbares..

Parallèlement au travail libre, existait le servage, lequel instaurait une obligation de travail pour les paysans envers leurs seigneurs. En France, le servage a quasiment disparu après la guerre de Cent Ans, et, persistant localement, il a d'abord été aboli dans tout le domaine royal par Louis XVI (en 1779), puis définitivement pendant la Révolution française.

Avant la révolution industrielle (dans les sociétés précapitalistes).