Le (), aussi appelé simplement « Silure » ou encore « Glane », est une espèce de poissons d'eau douce du genre Silurus, originaire du Paléarctique occidental. C'est le plus grand poisson d'eau douce d'Eurasie et le troisième plus grand au monde, pouvant atteindre plus de de longueur et . thumb|Grâce à six barbillons le silure peut explorer son environnement et chasser dans des eaux très turbides. thumb|Sa taille et sa forme inhabituelles chez les poissons d'eau douce ont marqué les esprits (gravure d'auteur inconnu datée de 1666, lac d'Ossiach, Autriche).
Cette espèce est présente de manière indigène dans une grande partie de l'Europe entre le bassin de l'Escaut à l'ouest, le bassin du Danube et les fleuves côtiers de Grèce au sud, le bassin de la Volga et de l'Oural à l'est, et le bassin de la mer Baltique au nord, ainsi qu'en Asie centrale dans les bassins de l'Amou-Daria et du Syr-Daria, et dans les cours d'eau des rives sud de la mer Noire et de la mer Caspienne au nord du Moyen-Orient. Il est cité dans lHistoire naturelle de Buffon éditée au . En France, en Belgique et en Suisse, l'espèce est indigène dans les bassins versants du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, où elle avait cependant disparu. Mais de nombreuses introductions, à partir de la fin du , puis surtout à partir de la seconde moitié du pour la pêche de loisir, lui ont permis de recoloniser ces bassins, mais aussi bien au delà, lui permettant de conquérir de nombreux réseaux hydrographiques et d'étendre son aire de répartition dans presque toute l'Europe de l'Ouest.
Étymologie L’espèce Silurus glanis a été décrite pour la première fois par Carl von Linné en 1758 dans la 10ᵉ édition de son ouvrage fondateur : Linnaeus, C. 1758. Systema Naturae, 10ᵉ édition, vol. 1 : 304.
Le nom de genre Silurus vient du grec σιλοῦρος (siloûros), terme désignant un grand poisson de rivière, généralement un poisson‑chat. Dans le latin classique, silurus désigne déjà le poisson‑chat géant européen. C’est ce mot que Linné reprend en 1758 pour nommer le genre.
L’épithète spécifique glanis est également un terme latin signifiant « poisson‑chat ». Il provient du grec γλανίς (glanís), nom d’un poisson de rivière allongé, glissant, probablement le même silure. L’article de GBIF confirme que silurus et glanis sont tous deux des noms latins pour le silure.
Dénominations dans la langue commune Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Silure glane.., Silure, Glane, Grand silure, Poisson-chat européen, Silure d'Europe Noms vernaculaires (langage courant) : merval, monni, salut
Morphologie Son corps est allongé. Sa peau, très glissante, est vert-brun à blanc-noir, plus claire (jaune ou blanchâtre) sur le ventre.Des spécimens dits « mandarins » (jaune à orangé) présentent une peau plus ou moins dépigmentée. D'autres sont franchement albinos. Les animaux albinos, au sein d'un groupe pigmenté, ont une couleur qui pourrait les rendre plus vulnérables aux prédateurs. De plus les spécimens albinos pourraient avoir une vue plus dégradée (par manque de cellules photoréceptrices) ; or l'albinisme semble assez fréquent chez le silure et Slavík, Horký & Maciak en 2015 ont décrit un phénomène d'exclusion du groupe de spécimens plus clairs, peut-être parce qu'un poisson dépigmenté pourrait être une cible préférentielle pour certains prédateurs (Landeau & Terborgh, 1986 ; Theodorakis, 1989) ; ce pourrait être une raison pour l'exclusion des albinos dans un groupe de silures.
Sa tête massive, large et aplatie peut représenter jusqu'à 30 % de son poids total. La bouche très large est pourvue de lignes de dents petites et nombreuses, semblables à de fines pointes très tranchantes. Elle lui permet d'engloutir de grosses proies et de les maintenir fermement. Elle porte six barbillons : deux longs, et mobiles, sur la mâchoire supérieure, et quatre courts sur la partie inférieure de la tête. Ceux-ci sont pourvus de « bourgeons gustatifs » (organes sensoriels servant à localiser les proies ou toute nourriture potentielle, même cachées dans la vase ou le gravier), sont situés principalement sur leur portion distale. D'autres organes lui servent aussi à détecter tout mouvement proche (la nage d'une écrevisse jusqu'à ). Comme la plupart des poissons d'eau douce, le silure glane possède également une ligne latérale très efficace lui permettant de ressentir les mouvements de ses proies potentielles.
Ses yeux minuscules lui seraient peu utiles pour la détection, , la direction de la lumière et sont importants pour la régulation de ses rythmes biologiques.
Les nageoires sont au nombre de sept : deux pectorales très larges, deux ventrales légèrement moins larges, une nageoire dorsale minuscule (de texture adipeuse), une nageoire ventrale très longue partant de l'orifice anal jusqu'à la nageoire caudale. Il peut créer un tourbillon à l'aide de celle-ci dans le but de désorienter, ou assommer sa victime qu'il peut ensuite avaler.
Le plus gros silure péché et homologué en a été capturé dans le Tarn et mesurait . Il a été pris en float-tube avec une grappe de vers. En , un silure de a été pris dans le fleuve Pô en Italie mais le record n'a pas été homologué officiellement même s'il n'y a pas de doute sur la taille de ce spécimen. Plus tard, en , un pêcheur autrichien dénommé Roland Ebner a sorti un silure plus grand, mesurant près de , également des eaux du Pô. Enfin, en 2023, un pêcheur italien a capturé un spécimen de , toujours dans le Pô, devenant le nouveau record mondial.
Des sources anciennes mentionnent des dimensions plus importantes mais non vérifiables aujourd'hui et donc possiblement exagérées. Ainsi l'ichtyologiste britannique Francis Willughby rapporte indirectement au des silures qui auraient dépassé les pour un poids de (), ce qui en aurait fait l'une des plus grandes espèces de poissons d'eau douce au monde. D'autres sources parlent de poissons de dans le Dniepr en Russie.
Il existe cependant des espèces d'esturgeons plus gros et plus grands.
Habitats Depuis les années 2000, des études de télémétrie puis d'analyse stomacale ont permis de mieux connaître les habitats qu'il explore ou utilise pour s'alimenter. Elles montrent que ce poisson s'adapte facilement à tout type d'habitat pourvu que l'eau y soit assez chaude en période de reproduction (condition atteinte en Europe du Nord grâce au soleil de minuit en été) et assez riche en nourriture.
Il vit généralement près du fond, sous les troncs et branches d'arbres tombés à l'eau ou près des berges où il se cache dans l'attente d'une proie.
Origines et expansion Le groupe des siluriformes est très ancien, daté d'avant la séparation de l'Amérique du Sud et de l'Afrique il y a environ 110 millions d'années, ce qui explique la présence de nombreuses espèces d'eau douce de toutes tailles sur plusieurs continents.
Les fossiles européens les plus anciens de poissons du genre des silures (Silurus sp.) estimés vieux de 8 à 5 millions d'années environ, c'est-à-dire du Miocène supérieur durant l'ère Tertiaire, ont été trouvés dans le bassin du Danube (près de Vienne en Autriche), associés à des Cyprinidés (genres Scardinius, Rutilus, Palaeocarassius proche de Carassius, Tinca, Barbus, etc.) et des Percidés selon Gaudant (1994)Gaudant P.J (1994), L'ichtyofaune du Pannonien supérieur de Goetzendorf an der Leitha (Basse Autriche). Ann. Naturhist. Mus. Wien , 96 a : 117-131. https://www.jstor.org/stable/41701938, soit une association de poissons très semblable à l'actuelle en Europe moyenne. Des données paléontologiques montrent la présence d'un poisson apparenté dans le bassin du Rhône avant les trois dernières glaciations. Par exemple, un fossile provient de l'Ardèche (rivière)Mein P, Méon H, Romaggi J.P, Saùuel E (1983). La vie en Ardèche au Miocène supérieur d'après les documents trouvés dans la carrière de la montagne d'Andance. Nouv. Arch. Mus. Hist. nat. Lyon , fasc. 1 : 37-44. Près de Perpignan ont été trouvés quelques éléments (rayons) de nageoires pectorales aujourd’hui conservés par le département des Sciences de la Terre de l'Université Claude Bernard de LyonBrana J.Y & Rigaud G (1997). L'influence de l'Homme sur l'expansion du silure en Europe (Silurus glanis). Mémoire Univ. Lyon (France). 23 p. + annexes. Ils pourraient appartenir à un poisson du genre Silurus ou Parasilurus, et sont datés du Pliocène (entre −6 et −3 Millions d'années). Aucun fossile aussi ancien de silure n'a été trouvé pour le moment dans le bassin du Rhin, bien qu'une présence ancienne ait été possible du fait que le haut cours du Rhin était tributaire du Danube avant les glaciations. Les silures, comme beaucoup d'autres poissons d'eau douce (carpe, sandres...) ont ensuite progressivement disparu des bassins fluviaux d'Europe de l'Ouest au fil des glaciations successives du Pléistocène. Mais Silurus glanis a subsisté en Europe de l'Est, dans les bassins de la mer Noire et de la mer Caspienne, qui formaient un vaste ensemble lacustre d'eau douce interconnecté, et dans les fleuves tributaires de cet hydrosystème. L'Europe de l'Est a conservé une ichtyofaune plus riche que l'Europe de l'Ouest.
Selon les données phylogénétiques disponibles, les populations actuelles de silures ont pour origine un noyau d'Europe de l'Est provenant il y a environ ans (fin de la dernière glaciation) d'un unique refuge glaciaire. Dix loci microsatellites ont servi à reconstituer l'histoire des populations actuelles : leur diversité génétique est beaucoup plus élevée que les premières analyses d'ADN mitochondrial ne le laissaient penser mais les niveaux relatifs de variabilité entre les populations sont en accord avec les études antérieures. Les populations des grands bassins (Volga et Danube) sont génétiquement les plus polymorphes, et les populations de silures des petits fleuves grecs, plus enclines au goulet d'étranglement génétique, sont touchées par de faibles niveaux de diversité génétique. En dépit de grandes différenciations génétiques aucun modèle cohérent de structuration géographique n'a été révélé pour cette espèce (à la différence de ce qui a été le cas pour diverses études précédentes sur les espèces européennes de poissons d'eau douce). L'isolement géographique par la distance semble être le modèle le plus probable, avec une dispersion récente à partir d'un seul refuge glaciaire probablement situé dans la région Ponto-Caspienne.
À partir de ce refuge ponto-caspien, Silurus glanis a pu recoloniser naturellement, au début de l'Holocène, lorsque le climat s'est fortement réchauffé il y a environ , de nombreux cours d'eau, dont le bassin du Danube et celui de la Volga, et, par une connexion naturelle ancienne, l'ensemble du bassin de la mer Baltique (la mer Baltique a été un temps un lac lié à la Volga au début de l'Holocène), en profitant de l'optimum climatique de l'Holocène, ainsi que le bassin de la mer d'Aral (qui était connecté à la mer Caspienne). Il en résulte une répartition naturelle de l’espèce très semblable à celle de beaucoup d'autres poissons d'Europe centrale et orientale qui ont suivi le même réseau hydrographique, mais qui n'ont pas pu recoloniser naturellement de nombreux bassins fluviaux non connectés d'Europe de l'Ouest durant l'Holocène.