Dans l'Église catholique, les divorcés remariés, sans être excommuniés, sont traditionnellement exclus du sacrement de réconciliation, de la communion eucharistique, du sacrement des malades et d’un certain nombre de fonctions liturgiques et pastorales. Une personne qui a divorcé d'un mariage civil ne peut pas non plus recevoir le baptême. Dans l’exhortation apostolique Amoris lætitia, le pape François ouvre la possibilité d’une atténuation de cette discipline, à la condition d’un discernement au cas par cas accompagné par un prêtre.
La position traditionnelle de l'institution catholique
La condamnation du remariage
Pour l’Église catholique, le sacrement de mariage est indissoluble. Au cas où des conjoints se séparent, leur éventuel remariage civil est tenu pour gravement coupable. Les mariés séparés sont considérés, du vivant de leur premier conjoint, comme inaptes à toute autre vie conjugale légitimeMichel Legrain, Les personnes divorcées remariés, Paris, 1994, Le Centurion, ..
Le principe de l'indissolubilité du mariage s'appuie sur le Nouveau Testament, en particulier Matthieu 5, 31-32, Matthieu 19, 1-9, Marc 10, 2-12, Luc 16, 18 et 1 Corinthiens 7, 11. Ces textes prohibent la répudiation et le remariage.
L’Évangile de Matthieu, en deux lieux (5,32 et 19,9), évoque un motif d'interdiction de mariage pris en considération par l'Église catholique, à savoir que la « porneia » (notion que l'Aelf traduit par « union illégitime » tandis que theotex donne « fornication ») dont un conjoint en serait coupable si le mariage était reconnu comme valide.
Il existe d'autres cas dans lesquels l'union est invalide (illégitime), auxquels cas, l’Église peut également prononcer une « déclaration en nullité de mariage », via le jugement d’un tribunal ecclésiastique. Le mariage n’est donc pas dissous, mais on considère qu’il n’a jamais existé. Il est alors possible de renouveler son consentement à l'église.
Toutefois, le simple constat d’un échec post-mariage ne suffit pas à obtenir cette déclaration. Les motifs revenant le plus souvent pour déclarer une nullité de mariage sont le manque de discernement ou une situation de contrainte au moment du mariageLe Monde des religions, 25-09-2014, « Le Vatican se déchire sur la question des divorcés remariés ».. Un mariage non consommé (c’est-à-dire qui n’a pas donné lieu à des relations sexuelles), bien que valide, peut toutefois être dissous à certaines conditions (il ne s'agit donc pas d'une annulation)Site du diocèse de Toulouse : « Un mariage peut-il être annulé ? Les déclarations en nullité de mariage » ;
Chaque année près de demandes de causes en nullité sont introduites auprès des tribunaux ecclésiastiques (environ 500 en France). Elles aboutissent à une déclaration de nullité dans plus de 90 % des casTémoignage chrétien, 27 octobre 2005..
Il est à noter que l’Église catholique considère que le mariage civil conclu par deux non-baptisés ou un non-baptisé avec un baptisé est lui aussi indissolubleHebdomadaire « La Vie », 26-09-2014, « Le mariage de deux non baptisés est-il lui aussi indissoluble ? », à deux exceptions près : un mariage célébré entre deux non-baptisés peut être dissous par un évêque si l’un des conjoints accède au baptême et que l'autre le refuse (c’est le « privilège paulin », fondé sur 1 Corinthiens 7, 11) ; un mariage entre un conjoint baptisé et un conjoint non-baptisé peut être dissous par le pape (c’est le « privilège pétrinien ») si le conjoint non-baptisé met en danger la foi du conjoint baptisé qui désire avoir un conjoint baptisé. Et la dissolution d'un tel mariage peut être actée à la seule demande de l'un des conjoints même contre le gré de l'autre.
L'incompatibilité du remariage et de l'accès aux sacrements
Les divorcés remariés n’ont pas accès à l’eucharistie, au sacrement de pénitenceCode de droit canonique, canon 987 ni à l’onction des maladesSacrement pour les malades, pastorale et célébrations, Chalet-Tardy, Paris, 1995 n° 64 bis, p. 56. Cité in B. Pinçon et Ph. Bordeyne (ed.), Synode sur la vocation et la mission de la famille, 26 théologiens répondent, Paris, Bayard, 2015, p. 278..
Dans l’exhortation apostolique Familiaris consortio (1981), au § 84, Jean-Paul II précise les motifs de la discipline de l’Église par rapport à l’eucharistie :
les divorcés remariés « se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis, car leur état est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et son Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’eucharistie » ; « si l’on admettait ces personnes à l’eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine concernant l’indissolubilité du mariage ».
Il interdit aux prêtres d'autoriser ou de célébrer toute cérémonie religieuse à l'occasion du remariage civil. De telles cérémonies « donneraient en effet l'impression d'une célébration sacramentelle de nouvelles noces valides, et induiraient donc en erreur à propos de l'indissolubilité du mariage contracté validement ».
On doit néanmoins, dit le texte, inviter les divorcés remariés « à écouter la Parole de Dieu, à assister à la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux œuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu » (ibid.).
Les divorcés remariés ont accès aux sacrements à condition de se séparer de leur nouveau conjoint ou de vivre avec lui « en complète continence » (ibid.).
Dans l'exhortation apostolique Sacramentum Caritatis (2007), Benoît XVI exprime la même position :
« Le Synode des Évêques a confirmé la pratique de l'Église, fondée sur la Sainte Écriture (cf. Mc 10, 2-12), de ne pas admettre aux sacrements les divorcés remariés, parce que leur état et leur condition de vie contredisent objectivement l'union d'amour entre le Christ et l'Église, qui est signifiée et mise en œuvre dans l'Eucharistie. »
Il est à noter que : l'Église n’interdit pas la séparation des époux pour de graves motifs, à condition qu’il n’y ait pas remariage ; la séparation « simple » n’empêche donc pas l’accès aux sacrementsCode de droit canonique, canons 1151-1155. ; l’adultère en tant que tel n’empêche pas non plus l’accès aux sacrements, mais seulement le remariage, considéré comme une installation durable dans l’adultèrePaul de Clerck, « La réconciliation pour les fidèles divorcés remariés », Revue théologique de Louvain 32, 2001/3, ..
L’incompatibilité du remariage avec certaines fonctions liturgiques et pastorales ou en lien avec le Saint-siège
Les divorcés remariés sont privés de certaines autres fonctions : Ils ne peuvent faire de lecture au cours de la messe ni distribuer la communionCongrégation pour la doctrine de la foi, La pastorale des divorcés remariés, Paris, Centurion-Cerf-Mame, 1999, introduction du Cardinal Ratzinger, .. Ils ne peuvent être parrains ou marraines. Ils ne peuvent être catéchistes. Ils ne peuvent enseigner dans une université pontificale. Ils ne peuvent être membres du conseil pastoral d'une paroisse ou d'un conseil auprès de l'évêque. Il est en outre déconseillé qu'ils soient témoins de mariage. Un divorcé-remarié ne peut être ambassadeur au VaticanLe Monde, 29-09-2008, « Après une longue négociation, M. de Laboulaye représentera la France auprès du Saint-Siège ».
Il est à noter que : les sanctions étaient encore plus fortes dans le passé : jusqu'en 1973, le droit canonique présentait les divorcés remariés comme « infâmes par le fait même » (canon 2356) et les excluait de la sépulture ecclésiastiqueLettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, « La sépulture ecclésiastique des chrétiens en situation matrimoniale irrégulière », La documentation catholique, t. 70, 1973, , . ; privés de sacrements et tenus à l'écart d'un certain nombre d'activités pastorales, les catholiques divorcés remariés ne sont cependant pas excommuniés au sens du droit canoniqueHebdomadaire « La Vie », 8-12-2014, « François veut ouvrir une porte pour les divorcés remariés, mais laquelle ? ».
Prises de position individuelles
Joseph Ratzinger/Benoît XVI
Dans un article publié en 1972, Joseph Ratzinger, alors professeur de théologie à l’Université de Ratisbonne, prend position en faveur de l’admission à la communion des divorcés remariés dans certains cas. Il invoque deux arguments. D’abord l'imperfection des procès de reconnaissance en nullité qui limitent les questions à ce qui est juridiquement démontrable au risque de « négliger des faits décisifs ». Ensuite la notion d'indulgence développée par Basile de Césarée. Joseph Ratzinger écrit alors : « Lorsque le second mariage a fait naître des obligations morales envers les enfants, envers la famille et aussi envers l’épouse et qu’il n’existe pas d’obligations analogues découlant du premier mariage ; lorsque donc, pour des raisons morales, la cessation du second mariage est inadmissible et que, d'autre part, l'abstinence n’est pas, en pratique, une possibilité réelle, l'ouverture de la communion eucharistique, après un temps d’épreuve, semble être indiscutablement juste et tout à fait en ligne avec la tradition de l’Église. »
Selon le futur pape, il devrait être possible de permettre l’accès à la communion de personnes dont la première union « se trouve rompue depuis longtemps et d’une manière irréversible », et dont la seconde union « contractée ultérieurement a fait ses preuves sur une période assez longue comme une réalité justifiable moralement et a été remplie d’un esprit de foi ».
Cependant, en 2014, Benoît XVI, devenu pape émérite, réécrit ces lignes dans le cadre de leur publication au t. 9 de ses Œuvres complètes qui paraissent en allemand chez l’éditeur Herder. L’idée d’une admission possible des divorcés remariés à la communion disparaît. Selon Benoît XVI, il faut prendre en considération la difficile relation de nos sociétés contemporaines à la notion de fidélité. Il faut également approfondir la question de la foi des époux au moment du mariage. Benoît XVI estime néanmoins possible que, tout en étant exclus de la communion, les divorcés remariés puissent s’engager dans les associations ecclésiales et être parrains ou marraines"La Vie", 4-12-2014 : "Comment Benoît XVI est (discrètement) sorti de sa réserve sur les divorcés remariés".
Le cardinal Müller Dans un texte intitulé « la force de la grâce » et publié dans l’Osservatore Romano le , le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, affirme que l’admission à l’Eucharistie ne peut être accordée aux divorcés remariés. Il soutient que l’argument de la miséricorde est insuffisant, dans la mesure où il entraîne « un risque de la banalisation de l’image de Dieu ». Le cardinal Müller écarte également la possibilité pour l’Église catholique d’adopter une pratique voisine de celle des Églises orthodoxes, dont les fidèles divorcés, après un temps de pénitence, peuvent contracter un second mariageJournal « La Croix », 22 octobre 2013, « Rome rappelle la doctrine sur les divorcés remariés »..
Le cardinal Sarah
Le cardinal guinéen Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014, s’oppose frontalement au cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande depuis 2014.
Pour le cardinal Marx, « la recherche d’un accompagnement théologiquement responsable et pastoralement approprié des croyants divorcés ou divorcés et remariés civilement figure partout dans le monde parmi les défis urgents de la pastorale familiale et conjugaleLa Croix, 26-12-2014, « La majorité des évêques allemands favorables à l’accès aux sacrements des divorcés remariés » ».
Le Cardinal Sarah lui répond :