L'Alisier torminal, Alisier des bois ou Sorbier torminal (Torminalis glaberrima, (Gand.) Sennikov & Kurtto) est une espèce de plantes à fleurs du genre Torminalis Medik. de la famille des Rosaceae.

Dans une classification datant de 1763, il était dénommé Sorbus torminalis (L.) Crantz. Le genre Torminalis était inclus dans le genre Sorbus en tant que section Torminaria, mais les espèces à feuilles simples traditionnellement classées dans Sorbus sont maintenant considérées comme formant un groupe monophylétique distinct. Torminalis considéré un temps comme monotypique (comportant qu’une seule espèce, l’alisier torminal), une deuxième espèce possible du genre a été identifiée grâce à l’analyse de l’ADN, mais une nouvelle description scientifique n’a pas encore été écrite.

C'est un arbre originaire d'Europe, d'Afrique du Nord et d'Asie Mineure.

Nomenclature

Carl Linné a d’abord décrit en 1753, l’espèce sous le nom de Crataegus torminalis L. dans Species Plantarum 1: 476.

En 1763, Crantz transfère ce basionyme dans le genre Sorbus formant ainsi l’espèce Sorbus torminalis (L.) Crantz, dans Stirp. Austr. Fasc.

En 2017, une étude d’Alexander N. Sennikov et Arto Kurtto donna une nouvelle liste de contrôle des Sorbus s.l. (au sens large) en Europe qui a fourni une classification mise à jour de ce groupe selon les dernières études phylogénétiques. Afin d’assurer la monophylie, cinq genres non hybrides sont acceptés, représentant des lignées évolutives distinctes (Aria, Chamaemespilus, Cormus, Sorbus s. str., Torminalis), ainsi que cinq genres hybrides décrits.

Ils retirent l’espèce Sorbus torminalis du genre Sorbus pour la placer dans le genre Torminalis Medik. mais comme le code de nomenclature interdit d’avoir le nom *Torminalis torminalis, ils repartent de l’ancien nom Sorbus glaberrima Gandoger, donné dans la Flore lyonnaise, 90, 1875 (qu’ils considèrent valideMichel Gandoger dans Flore lyonnaise 1875, fournit une clé d’analyse des espèces*Fr. oval, f. ovales…S. torminalis Cr.*Fr. ovoïde, déprimé aux 2 extrémités, large de 10-11 mm, f. elliptiques, ovales, longuement acuminées, arrondies à la base, larges de 75-80 mm, à lobes allongés de 22-27 mm, très lancéolés-acuminés, finement denticulés…S. à f. très glabres, S. glaberrima ) et le recombinent sous la forme Torminalis glaberrima (Gand.) Sennikov & Kurtto.

Étymologie Le nom de genre Torminalis vient du latin et signifie « qui guérit les coliques », du verbe latin toquere « tordre, tormina / torminum « colique » ainsi torminalis « relatif aux coliques, qui soigne les coliques » ;

Le nom de genre Sorbus a été adopté par le botaniste suisse Caspar Bauhin (1560-1624) dans Pinax theatri botanici, 1671, 415, taxon regroupant plusieurs espèces de Sorbus. Au , Pline déjà avait décrit plusieurs espèces de sorbes (HN, XV, 85) . Sorvus : Sorbus spp. de l’indo-européen *sor-dhos, .

L'épithète spécifique torminalis signifie « qui guérit les coliques » (du verbe torquere, « (se) tordre ») et est une allusion aux propriétés médicinales de l'arbre.

L’épithète spécifique glaberrima dérive du latin glaber, glabra, -um, mis à la forme superlative glaberrimus, -a, -um dont la forme féminine singulier est glaberrima.

Synonymes

Selon POWO, Torminalis glaberrima (Gand.) Sennikov et Kurtto possède 81 synonymes dont : 3 synonymes homotypiques Pyrus torminalis var. glaberrima (Gand.) Asch. et Graebn. dans Syn. Mitteleur. Fl. 6(2) : 85 (1906) Sorbus glaberrima Gand. à Fl. Lyon. : 90 (1875) Sorbus torminalis f. glaberrima (Gand.) Hegi in Ill. Fl. Mitt.-Eur. 4 : 70 (1923) et 79 synonymes hétérotypiques dont : Sorbus torminalis (L.) Crantz in Stirp. Austr. Fasc. 2 : 45 (1763) Sorbus torminalis f. angustifolia Priszter & Kárpáti in Agrártud. Egyet., Kert- Szölögazdaságtud. Karának Évk. 2 : 21 (1951 publ. 1953)

Description

C'est un arbre de dimension assez moyenne, pouvant mesurer jusqu'à en forêt, mais plus souvent entre 20 et , et 15 à en situation champêtre.

Avec une croissance relativement lente, le diamètre du tronc peut atteindre 50 à en forêt à l'âge de 90-.

Des spécimens poussant en isolé ayant des circonférences entre 3 et sont attestés, ils auraient une longévité proche des .

Son écorce gris brunâtre est fissurée et s'exfolie. Les jeunes rameaux présentent des lenticelles horizontales.

Les feuilles caduques, alternes, longuement pétiolées, sont vert foncé (leur rougissement à l'automne provient de la biosynthèse d'anthocyanes qui joueraient un rôle multiple : protection contre le froid, défense chimique contre les herbivores). Elles sont tronquées à la base et comprennent 5 à 7 lobes inégaux dentés. On le distingue des autres membres du genre Sorbus par ses grandes feuilles raides évoquant celles d'un érable ou un platane.

Les fleurs hermaphrodite forment des corymbes blanchâtres avec de nombreuses étamines, et 2 styles soudés inférieurement.

Elles donnent des fruits marron, verruqueux, de de diamètre comestibles à pleine maturité (après les premiers gels).

Distribution, habitat

Selon POWO, l’aire de répartition naturelle de cette espèce s’étend de l’Europe au nord de l’Iran, au nord-ouest de l’Afrique. Cette aire couvre toute l’Europe moins les pays scandinaves, baltes et l'Irlande, ainsi que la Turquie, le Caucase du Nord, la Syrie, l’Iran, l’Algérie et le Maroc (voir la carte dans la bandeau latéral sup.).

Elle a été introduite dans l’état de Washington aux États-Unis.

Écologie thumb|170px|gauche|Écogramme de Sorbus torminalis en France métropolitaine, d’après JC. Rameau et coll. Ordonnée: humidité du solAbscisse: acidité du sol C'est un arbre entomophile (fleurs pollinisées par les insectes) et zoochore (dispersion des graines par des animaux). Ses fruits sont très appréciés des petits mammifères et des oiseaux, ainsi que du blaireau (Meles meles) qui joue un rôle important dans la dissémination des graines (excréments enterrés contenant les graines).

Il présente une bonne capacité de drageonnageBarengo N., Rudow A., Schwab P., Favoriser les essences rares au Nord des Alpes Suisses, Chaire de sylviculture, EPFZ, Direction Fédérale des Forêts OFEFP, Zurich, 2001 et peut coloniser de petites parcelles sans avoir à passer par le biais du semis.

Habitat et phytosociologie C'est une essence très plastique, qui apprécie des terrains argileux tant calcaires qu'acides, même pauvres (Sologne par exemple). Il préfère les lisières, les clairières et trouées causées par chute d'arbre ou éclaircie, mais on le retrouve aussi en forêt accolé à de gros chênes.

Il est peu abondant et vit de manière dispersée dans la forêt (généralement moins de 10 individus à l'hectare). On le trouve généralement associé à des chênes, des frênes ou des hêtres, dans le second étage de végétation du fait de sa moyenne aptitude à concurrencer les espèces qui évoluent plus rapidement.

Statuts de protection, menaces L'espèce n'est pas considérée comme étant menacée en France. Elle est classée Espèce de préoccupation mineure (LC) par l'UICN.

Toutefois localement ou en limite d'aire naturelle l'espèce peut se raréfier : elle est considérée Vulnérable (VU) en Nord-Pas-de-Calais.

Hybridations En forêt de Fontainebleau, Sorbus torminalis s'est hybridé naturellement avec Sorbus aria et a donné naissance à une nouvelle espèce par apomixie nommée Alisier de Fontainebleau (Sorbus latifolia), espèce endémique connue depuis le .

Caractéristiques Organes reproducteursJulve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004. : Type d'inflorescence : corymbe Répartition des sexes : hermaphrodite Type de pollinisation : entomogame Période de floraison : mai Graine : Type de fruit : drupe Mode de dissémination : endozoochore Habitat et répartition : Habitat type : bois caducifoliés médioeuropéens, basophiles, oligotrophiles, où il est présent à l'état dispersé. Aire de répartition : européen méridional.

Utilisation vignette|gauche|Fruits de l'Alisier torminal. Comme de nombreuses rosacées, ce sorbier produit des polyphénols et des hétérosides de type glycosides cyanogènes, lesquels donnent par exemple leur goût amer aux amandes. Les feuilles dégagent ainsi une légère odeur d'amande amère quelques secondes après les avoir froissés. Elles sont néanmoins comestibles au printemps car ces composés sont faiblement concentrés, mais deviennent toxiques lorsqu'elles sont consommées en quantités importantes. Un alcool, l'eau-de-vie d'alisier, est distillé à partir des baies d'alisier.

Les baies de l'alisier, les alises, sont réputées pour leur capacité à traiter les coliques en raison de leur richesse en tanins. Elles se consomment blettes (le gel endommage la vacuole et libère ces tanins qui se combinent aux protéines végétales, n'étant alors plus disponibles pour agresser les glycoprotéines de la salive). Le bois de cette essence forestière relativement peu abondante est recherché et est surtout utilisé en ébénisterie et en lutherie. C'est également l'un des premiers arbres à prendre de belles couleurs d'automne.

Qualités du bois et usage Le bois de l'alisier torminal est dense, lourd, à cœur rosâtre plus ou moins foncé avec un grain très fin lui conférant un beau poli. Malgré sa dureté c'est un bois qui se travaille bien, tout en restant stable.

Ces spécificités lui valent encore aujourd'hui des emplois en lutherie, marqueterie, pour la fabrication d'instruments de précision, de pièces mécaniques... alt=coupe de bois de couleur saumon|vignette|Bois de l'alisier torminal.

On l'affectionne pour la production de placages décoratifs, après tranchage, si le bois de cœur est peu coloré.

La bonne valorisation de son bois en fait une espèce intéressante pour l'Agroforesterie (au même titre que les noyers, les merisiers, les autres alisiers et les cormiers).

Galerie

Voir aussi L'alisier voit son nom attribué au du mois de brumaire du calendrier républicain ou révolutionnaire françaisPh. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, ., généralement chaque du calendrier grégorien.

Articles connexes

Bibliographie Johnson & Moore, Collins Tree Guide, Oddou-Muratorio S., Aligon C., Decroocq S., Plomion C., Lamant T., Demesure B., Microsatellite primers for Sorbus torminalis and related species, Mol. Ecol. Notes 1 (2001) 297-299

Liens externes

plantsci.cam.ac.uk

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Rosaceae Catégorie:Espèce de plantes (nom scientifique) Catégorie:Essence forestière