Louis Lézurier, baron de La Martel, né le à Rouen et mort le à Sainte-Vaubourg, commune du Val-de-la-Haye, est un administrateur et homme politique français d’origine normande.

Biographie Première éducation

D'une famille de négociants rouennais ayant donné à leur ville des échevins et des consuls, son père était l'un des négociants les plus recommandables de Rouen et avait su se créer une position élevée : il avait le titre d’écuyer secrétaire du roi ; après avoir été juge-consul, il exerça les fonctions d’échevin de la ville de Rouen et de consul de Suède.

Après avoir été envoyé, à quinze ans, chez un pasteur, dans un village près de Hambourg, afin d’y apprendre l’allemand, le jeune Lézurier fut ensuite placé chez un correspondant de son père, pour commencer son éducation commerciale aussi brillante que solide, éprouva le désir d’acquérir de nouvelles connaissances, par des voyages lointains, auxquels il se livra avec courage et persévérance, non en simple voyageur curieux de voir des choses nouvelles, mais en observateur attentif.

Le voyageur vignette|gauche|Portrait de Lézurier de la Martel. Parti, à l’âge de dix-huit ans, pour la Suède avec un domestique, il fut, arrivé à Stockholm, très bien accueilli par l’ambassadeur de France, qui l’encouragea à aller visiter les mines de Dalécarlie, Falun, Sala et Dannemora. Il voulut pénétrer jusqu’en Laponie, au-delà du cercle polaire, pour jouir du merveilleux spectacle des aurores boréales, et revint ensuite passer l’hiver à Stockholm, où il fut décoré de l'ordre de l'Amarante, par le roi Gustave III, auquel il avait été présenté, ainsi qu’à son fils, Gustave-Adolphe, et au duc de Sudermanie, depuis Charles XIII.

Au printemps suivant, il traversa, le , au milieu des glaces, le golfe de Finlande et séjourna quelque temps à Saint-Pétersbourg, alla ensuite visiter Narva, Riga, Memel, Königsberg, Dantzig, et, quittant le rivage, il gagna la ville de naissance de Copernic de Thorn. Mécontent de son domestique, il le congédia et traversa seul la Pologne, mais arrivé à Breslau, il y fut arrêté, sur la plainte de ce même domestique qui l’y avait devancé. Il plaida sa cause en allemand devant le magistrat, et son accusateur fut renvoyé honteusement. De là, il se rendit à Dresde, où il fit quelque séjour, pour en examiner la Galerie de tableaux, le Muséum et les Cabinets. Il revint par Berlin, Francfort, Cassel avant de rentrer en France par Strasbourg.

De là, il repartit pour explorer l’Angleterre, où il descendit dans les mines de charbon de terre près de Newcastle, en Northumberland, visita le mur bâti par Septime Sévère pour séparer l’Écosse de l’Angleterre, se rendit à Édimbourg, d’où il envoya son équipage à Glasgow, et, accompagné d’un guide, parcourut à pied, pendant plusieurs jours, les montagnes et les lacs de ce pays. Arrivé à Glasgow, il en visita les monuments, ainsi que les établissements publics et industriels, et se mit en relation avec les principaux habitants de cette ville, où lui fut offert, le , le brevet de free citizen (citoyen franc).

Ses intérêts l’obligèrent à retourner, en 1789, en Suède alors que l’on pressentait déjà la Révolution qui se préparaient. Il termina, en fort peu de temps, d’importantes affaires, s’embarqua à Göteborg, pour passer en Angleterre, et se hâta de revenir dans sa patrie.

Retour en France : La Révolution vignette|Portrait de son épouse La connaissance approfondie des institutions, des mœurs, des langues et du caractère des peuples qu’il avait visités donna à Lézurier une expérience prématurée qui lui permit de commencer, de bonne heure, non seulement à se livrer aux affaires commerciales, sous la direction paternelle, mais encore à consacrer ses talents au bien public et il n’avait pas vingt-deux ou vingt-trois ans qu’il était déjà administrateur des hospices.

La Révolution venant d’éclater, Lézurier obtint l’un des premiers grades dans la garde nationale, qui fut organisée au mois de juillet 1789. Il fut, à la même époque, admis comme notable dans le conseil municipal. Il accueillit, dans un premier temps, avec enthousiasme les idées nouvelles. Un décret du commencement de 1793 ayant prescrit de porter l’argenterie au Comité de salut public, les religieuses de l’Hospice général reçurent l’ordre de livrer la leur, mais leurs larmes inspirèrent à Lézurier de leur conseiller de déposer sur une table, chacune le petit couvert, seul objet de luxe qu’elle possédait. Il plaça alors un Christ au milieu, et, à l’arrivée des agents révolutionnaires, il leur dit : L’argenterie fut sauvée, mais Lézurier devint suspect.

Peu de temps après, tous ses collègues du conseil de la commune ayant été incarcérés en , par ordre du représentant du peuple Delacroix, Lézurier osa prendre leur défense et protester hautement contre le régime de la Terreur, à une Assemblée populaire tenue dans l’église Saint-Vincent. Cette témérité faillit lui coûter la vie car, dès le lendemain matin, il fut arrêté dans son lit et enfermé à Saint-Yon, où se trouvaient déjà 4 à 500 autres Rouennais, qui avaient manifesté la même opinion. Ils s’attendaient, de jour en jour, à être traduits devant le Tribunal révolutionnaire, lorsque la chute de Robespierre vint les soustraire à une mort imminente.

Peu de temps après sa sortie de prison, il épousa, le 21 brumaire an III, Lucienne-Constance de la Pierre, fille d’un futur administrateur des douanes impériales, propriétaire du château d’Hautot, en vallée de Seine, qui s’était fait remarquer par la conduite courageuse qu’elle avait tenue pendant la détention de ses parents.

En cette époque difficile, où la famine et la misère désolaient sa ville, Lézurier n’hésita point à assumer les fonctions de Président de l’administration municipale, qui lui furent conférées, le 21 brumaire an V, par l’assemblée primaire. Pendant l’exercice de ces fonctions, qui durèrent à peine six mois, Lézurier eut à apaiser, sans effusion de sang, plusieurs émeutes excitées par la famine, et les discours qu’il prononça lui firent une sorte de réputation littéraire. Il sut, en outre, délivrer ses concitoyens des deux fléaux qui les avaient assaillis, et, croyant sa mission remplie, il se retira.

Sous l'Empire

La signature de la paix d'Amiens, le 7 germinal an X, ayant donné l’espoir d’une paix durable, Lézurier se mit, accompagné de sa jeune épouse, en voyage pour renouer ses relations commerciales avec Bordeaux, Bayonne, l’Espagne, le Portugal et l’Angleterre. À peine était-il de retour à Rouen, que le Premier Consul s’y rendit, au mois de novembre, pour visiter les manufactures et encourager le commerce. Lézurier, qui était alors à la fois président du tribunal de commerce de l’arrondissement et du conseil général du commerce et de l’agriculture du département, eut de fréquents entretiens avec le chef de l’État, qui, l’appréciant, l’admit dans son conseil et à sa table, pendant son séjour en cette ville, et, lorsqu’il institua l’ordre destiné à récompenser tous les genres de mérite, il le nomma, le , officier de la Légion d'honneur et trésorier de la , dont le siège était à l'Abbaye du Bec, près de Bernay.

La paix d’Amiens brisée et les Anglais commençant à fréquenter les côtes françaises, Lézurier se fit élire, au mois d’, chef de la première cohorte de la garde nationale de Rouen. Malgré ses affaires considérables, il se rendit, à la tête de mille hommes, à Boulogne-sur-Mer, où, malgré la rigueur de la saison, il fit le métier de soldat, sans interruption jusqu’au licenciement. C’est là que lui parvint sa nomination aux fonctions de président du premier canton de Rouen, que l’Empereur lui avait conférées par décret du . Ne pouvant les exercer cette année-là, il fut renommé les années suivantes jusqu’en 1813, où il tint de l’Impératrice Marie-Louise sa nomination datée du , et le de la même année, il présida la dernière de ces assemblées qui eut lieu à Rouen.

En mai 1810, l’Empereur, alors en Belgique, fit connaître son intention d’honorer Rouen d’une nouvelle visite. Le commandement de la garde d’honneur, que les autorités civiles s’occupèrent d’organiser, fut confié à Lézurier. Trois cents officiers ou sous-officiers vinrent alors se ranger, comme simples gardes, sous ses ordres. Les ayant exercé avec soin, l’Empereur chargea le grand-maréchal du palais de lui témoigner sa satisfaction, en lui remettant une boîte d’or à son chiffre enrichie de diamants. Il lui conféra, en outre, les titres de baron de l’Empire de La Martel et de commandant de la garde-d’honneur de l’Empereur et de l’Impératrice. Enfin, il lui fit proposer la clé de chambellan, mais Lézurier préféra l’indépendance et la continuation de ses très florissantes affaires commerciales à cet honneur qui lui était offert. L’année suivante, lors de la naissance du roi de Rome, Lézurier fut un des quatre membres du conseil municipal chargés de se joindre au maire pour aller complimenter l’Empereur.

Député au Corps législatif

Le collège électoral ayant été convoqué pour la nomination des membres du corps législatif, Lézurier fut proclamé scrutateur, puis député pour présenter l’adresse à l’Empereur. On le désigna en même temps comme candidat au corps législatif, dont il fut bientôt nommé membre par le Sénat conservateur. D’autre part, la Société Maternelle de Rouen ayant été organisée en exécution du décret impérial du , les dames choisirent, à l’unanimité, Lézurier pour trésorier, choix confirmé par l’Impératrice.

En 1812, la disette se faisant sentir de nouveau à Rouen, le préfet de Girardin, et le maire Hellot, invitèrent Lézurier à se rendre à Paris, pour solliciter des secours et des subsistances, où sa ténacité et son zèle furent récompensés : on lui accorda six mille sacs de farine, qu’il fit immédiatement transporter à Rouen.

En 1813, le corps législatif chargea une commission des finances, élue à cet effet, de préparer le budget de l’année suivante, Lézurier en fut nommé président par l’Empereur lui-même, et c’est sur son rapport que fut décrété ce dernier budget de l’Empire. Avec l’assombrissement de l’horizon politique, le Gouvernement sentant la nécessité de placer à la tête des grandes villes des hommes capables et dévoués, le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre de Montalivet, insista pour que Lézurier se charge à nouveau des fonctions de maire de Rouen, qui lui furent conférées par décret impérial du et qu’il les exerça jusqu’au licenciement de l’armée de la Loire. Ce fut en cette qualité qu’il reçut l’impératrice Marie-Louise à Cherbourg.

Les désastres de la Campagne de France ayant encombré les hôpitaux de la capitale, le typhus y régnait et le gouvernement décida d’envoyer à Rouen, en bateau, au commencement de 1814, soldats atteints de cette maladie ou grièvement blessés. Lézurier organisa aussitôt en hôpital la maison de Saint-Yon, où se trouvait le dépôt de mendicité, déjà en dissolution. Les lits manquant, il eut l’idée de recourir à un stratagème en faisant publier une proclamation annonçant que les soldats allaient être repartis chez l’habitant à moins que ceux-ci n’envoient à Saint-Yon, une couchure complète, avec du linge, dans les vingt-quatre heures. Cet expédient réussit au-delà de toute espérance.

Loin de se contenter de donner des ordres pour assurer le service, Lézurier veilla lui-même à leur exécution, présidant à l’arrivée et au classement des malades, tantôt sur les bateaux, dirigeant le débarquement, aidant ceux qui pouvaient marcher, faisant placer sur des brancards ceux qui n’en avaient pas la force ; consolant, encourageant les uns et les autres, leur tendant la main, sans crainte de la contagion, et animant tout par son activité.