Les animaux totémiques de l'Hérault sont des emblèmes exhibés lors de manifestations culturelles ou de fêtes votives dans le département de l'Hérault. Les habitants des villages s'organisent pour faire défiler dans les rues un animal totémique représentatif des lieux. La plupart sont de tradition très ancienne (comme le chameau, lo camèl, de Béziers), souvent liée à une légende.
Généralités La majorité des animaux totémiques ont été créés à partir du . Le plus ancien animal totémique connu est le chameau (lo camèl) de Béziers, suivi par l'âne de Gignac et le poulain de Pézenas. Leur forme est parfois très libre et fantaisiste (le chameau de Béziers n'a qu’une bosse…) et leur taille et poids sont très variables. Un des plus lourds est le poulain de Pézenas, le plus gros étant le chameau de Béziers. Il s'agit le plus souvent d'une construction faite en bois et recouverte d'une toile colorée, à l'intérieur de laquelle des porteurs se nichent pour faire déplacer l'animal totem lors de processions. Le nombre de porteurs varie selon la taille de la construction. Durant l'histoire, certains de ces totems ont pu disparaître pour renaître quelques années ou siècles plus tard. Il en est même qui ont été détruits (tel le chameau de Béziers) lors des périodes révolutionnaires.
Ils sont souvent accompagnés par un autre animal-totem, commun à de nombreux villages, le « chevalet », représentant un cheval porté à la taille par un homme dont le tronc dépasse du corps de l'animal. On retrouve le chevalet dans de nombreux villages : Valros, Lansargues, Poussan… mais aussi à Agde et Montpellier.
La symbolique de l'animal totémique est très manichéenne. Certains sont un symbole du mal (la chenille de Pinet ou le rhynchite de Pomérols mange des feuilles de vigne, donc elle symbolise les ennemis de la viticulture) et servent donc pour les villageois à exorciser les malheurs qui ont frappé le village, tel le serpent de Bédarieux. D'autres animaux totémiques symbolisent le bien, ou du moins des vertus positives (le courage, la force et la ruse), comme l'âne de Bessan ou de Gignac, ou la miraculeuse chèvre de Montagnac.
Il existe par ailleurs de rares animaux totémiques en dehors du département de l'Hérault, outre la Tarasque de Tarascon, tels l'ours de Prats-de-Mollo dans les Pyrénées-Orientales, le « bœuf qui vole » (le en occitan) à Saint-Ambroix dans le Gard, ou encore « l'âne qui vole » à Gonfaron et le sanglier de Varages dans le Var.
La municipalité de Béziers, dirigée alors par son maire Raymond Couderc, remit au goût du jour le défilé des animaux totémiques lors de la « fête des Caritachs ». Pour l'occasion, de nombreux animaux totémiques venus de nombreux villes et villages héraultais défilent dans les rues de la ville.
Liste des animaux totémiques Voici la liste de ces animaux totémiques (classés suivant l'ordre alphabétique des communes) :
La pie d'Abeilhan Les jours de carnaval à Abeilhan est promenée sur un char une pie géante (en occitan, ), accompagnée des paroles : , à traduire par : . En effet à l'époque de la Croisade des Albigeois, une jeune fille du village avait réussi à faire dire quelques mots à une pie apprivoisée. Si on demandait à l'animal : , la pie répondait : , traduit par : , en imitant Arnaud Amaury, légat du pape Innocent III. Ayant appris l'affaire, le légat envoya un de ses hommes pour prendre en flagrant délit la jeune fille : , . L'homme ne trouva que la pie, qui se mit à dire : , .
Le poulain d'Adissan Malgré quelques interruptions, le poulain d'AdissanL'histoire du poulain sur le site du village https://adissan.fr/histoire-du-poulain/ est attesté depuis les années 20. Le Poulain se présentait à tous les balcons. Et grâce à son long cou, il recevait dans sa gueule des morceaux de tourte, des bouteilles et des pièces. Ces offrandes glissaient jusque dans une corbeille à linge. Il sort régulièrement depuis, porté par six hommes.
Le cheval marin d'Agde vignette|Le cheval marin d'Agde. Animal totémique de création récente, né en 2009, le cheval marin d'Agde, ou en occitan est constitué d'une structure de toile posée sur des cerceaux. L'avant de l'animal représente une tête de cheval alors que l'arrière est constitué d'une queue de poisson. Le totem est dirigé par un meneur au son de tambourins. Il s'incline devant les passants qui le caressent en signe de porte bonheur. Le totem est suivi par une troupe de jeunes femmes, les Ménades, censées être les prêtresses de Dionysos. À cet effet, elles portent un thyrse, un bâton entouré de feuilles de vigne et surmonté d'une pomme de pin.
Malgré sa conception relativement récente, cet animal totémique est lui aussi le fruit d'une légende, créée de toutes pièces. Lors de l'Antiquité, Agathé est reine d'Agde. Elle est tellement belle que Dionysos en tombe amoureux. Mais ce dernier l'abandonne au lendemain de la nuit de noces. Agathée a du mal à s'en remettre et sombre dans un profond chagrin. Mais soudainement, la mer Méditerranée se met à trembler et les vagues libèrent un cheval marin. Agathé, alertée par les citadins, voyant un collier d'or pendant au cou de l'animal, comprend que l'animal est une offre de Dionysos. Agathé enfourche alors le cheval marin qui la conduit sur une île lointaine où elle découvre la vigne. Selon Dionysos, le raisin peut être transformé en un breuvage qui donnera la joie de vivre aux Agathois.
Ses sorties : le cheval marin d'Agde est visible lors des fêtes votives de la ville d'Agde ainsi pour le carnaval.
Le poulain d'Alignan-du-Vent Ce poulain ( en occitan) est né en 1902 au départ un don de la commune de Marseille au village d'Alignan du vent. Ses sorties : les fêtes votives, du et de fin juillet, les brasucades tous les vendredis soir de l'été, ainsi que la foire de printemps qui a lieu mi-avril. Lou Pouli a comme particularité une queue faite avec une véritable queue de cheval de l'ancien forgeron du village.
L’alouette huppée d'Autignac L’alouette huppée est l'animal totémique du village d'Autignac. En occitan, l'alouette huppée se nomme , ou en provençal. Il se trouve que la commune d'Autignac est dominée par une colline nommée pic de la Coquillade. Faut-il alors y voir un point commun qui explique l'origine du totem ?
Le muge de Balaruc-le-Vieux Partir d'un fait historique devenu légende populaire et le faire revivre sous la forme d'un animal totémique est l'idée que l'association « Le Truc » a proposé aux groupe musical occitan « Les Mourres de Porc ». Depuis le , (en occitan, le muge en français), de Balaruc-le-Vieux est revenu dans la commune dite des « » (les embourbés). Après des siècles d’oubli sur une idée de Marc Ayral, correspondant local de presse, a qui Marcel Franck, un pêcheur balarucois avait raconté cette histoire, l’association « Le Truc » présidée alors par Alain Barry, inspirée par la tradition orale locale, a créé l’animal totémique de Balaruc : Le Muge. Cette création se base sur l’histoire réelle d’un conflit d’intérêt opposant les pêcheurs de la crique de l'Angle (Bassin de Thau) et leur seigneur – l’Évêque de Maguelone - sur l’impôt à payer du fruit de la pêche, et dont les premiers sont sortis gagnants, l’idée d’honorer le poisson symbole du défi de l’autorité était née. L'animal totémique emblématique des bords de l'étang de Thau est construit dans le garage d'Alain Barry en tubes et en toiles colorées. Sont associés pour la partie textile du corps du Muge, Mado Portes, Marie-Odile Cornacchia et Cécile Ragognetti. Deux porteurs sont nécessaires, pour la première année, ce fut Jean-Marie Doire et Luc Frégeac, un à la tête et l'autre à la queue du poisson. Sur son passage, le muge éclabousse les spectateurs. Tout un cortège se forme dans les rues de Balaruc à l'occasion du ( en occitan signifiant « rue ») du mois de juillet, accompagné de musiciens.
En 2002, une chanson a été composée à cette occasion , en occitan, traduit par : « Chantons ensemble le muge de Balaruc »..
Depuis 2018, une nouvelle chanson « Le Muge de Balaruc » accompagne l'animal totémique dans ses déplacements. Elle fut créée par Gilles Balestriere sur une musique de Jérôme Dru.
L’estanh de Tau amaga tant de mondeQue gausan pas se mostrar au sorelhTotes franc d’un, un peis qu’a pas vergonhaDe sautar naut faire lusir sa pèl.
Refranh :Cantem ensems lo mùjol de BalarucQue l’an quilhat sus la glèisa dau truc !O Monsenhor, siàs estat colhonat,Ambe de mùjols Balaruc t’a pagat.
O peis d’argent au front coronat d’aurTotjorn content e que jamai rondinaSe ditz aqui qu’as trobat un tresaurEn graufinhant lo fons d’una robina.
Refranh :Monde d’estanh, monde de la Gardilha,Fai ja de temps que lo melhor, es el,Per saludar lo garçon e la filha :Car de l’estanh es lo còp de capèl !
Refranh
L’étang de Thau cache tant de mondeQui n’ose pas se montrer au soleil !Tous, sauf un, un poisson qui n’a pas honteDe sauter haut faire briller sa peau.
Refrain :Chantons ensemble le muge de BalarucQue l’on a placé au sommet de l’église de la petite colline !O Monseigneur, tu as été bien attrapé,Avec des muges, Balaruc t’a payé.
O poisson d’argent au front couronné d’or,Toujours content et qui jamais ne rouspèteIl se dit par ici que tu as trouvé un trésorEn grattant le fond d’un petit canal d’irrigation.
Refrain :Gens de l’étang, gens de la Gardiole,Il y déjà longtemps que le meilleur c’est lui,Pour saluer le garçon et la fille :Car de l’étang c’est le coup de chapeau !
Au refrain deux fois.
Le crapaud de Bassan Le surnom des habitants de Bassan est en occitan. Deux habitants de Bassan surpris par un orage, se réfugièrent sous un figuier. La pluie ne cessa qu'à la nuit profonde. Les deux lascars affamés décidèrent de manger les fruits de l'arbre. L'un des compères juché sur les épaules de l'autre cueillait à tâtons les fruits et en faisait passer à son ami. Ce dernier sentit tout à coup dans sa bouche une masse curieuse qu'il avala. C'est alors que l'estomac du bonhomme se mit à coasser…
Le serpent de Bédarieux Souvent fabriqué en carton, le serpent (, en occitan) est considéré comme le symbole de tous les malheurs qui ont frappé Bédarieux au cours de l'histoire.
L’âne de Bessan Il existe deux légendes qui expliquent les origines de l’âne (en occitan ) de BessanSite du village : http://www.bessan.fr/ : La plus ancienne fait référence à une foire aux ânes qui se tenait régulièrement à Bessan, au lieu-dit chemin des ânes. Le plus bel âne était élu par les maquignons et portait alors le nom d’ en occitan (ou âne élu). L'âne élu était alors particulièrement choyé et bien nourri, et participait à des défilés dans les rues, au son du hautbois. Une légende plus récente (datée probablement du début du ) fait écho à la légende de l'âne de Gignac où un âne a réussi à repousser l'assaut de pillards étrangers. La légende propre à Bessan ajoute que l'animal a été capturé par les assaillants, puis son corps jeté dans l'Hérault. L'âne flotta alors jusqu'aux abords de Bessan où il fut repêché et soigné. Et il devint ainsi l'emblème du village. thumb|Âne de Bessan.
L'âne de Bessan sort à l'occasion de la fête locale de la Saint-Laurent au début du mois d'août. Lors de cet événement fort populaire à Bessan, les adolescents ont coutume de choisir deux « chefs de jeunesse » et trois demoiselles d'honneur qui danseront dans les rues de Bessan lors du défilé de l'animal. L'âne est accompagné par cinq jeunes hommes : le meneur est celui qui conduit l'animal, il est vêtu de blanc, porte une ceinture tricolore et mène l'âne à coups de fouet. Les quatre autres sont cachés dans le corps de l'animal jupon. Ils sont chargés de faire avancer et danser l'animal. L'âne avance, se penche d'un côté puis de l'autre, puis soudainement recule avant de se dresser tête en bas et queue en l'air. Il virevolte sur lui-même. Les danseurs le saisissent lorsqu'il est en l'air et le défilé continue, toujours suivant le même rythme.