Pline le Jeune (tria nomina Caius Plinius Caecilius Secundus), né en 61 ou 62 après J.-C. à Côme, en Gaule cisalpine, et mort vers 113 probablement dans la province de Bithynie et Pont, en Asie, est un avocat et homme politique romain des règnes de Titus ainsi que Trajan. Proche de celui-ci, il est nommé consul suffect en 100, devient sénateur et est nommé gouverneur de la province de Bithynie et Pont entre 111 et 113.

Écrivain à l'instar de son oncle maternel, le naturaliste Pline l'Ancien, par qui il a été adoptéPline le Jeune, Lettres. Livres I-III, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p.X., il est connu principalement pour son travail littéraire qui a partiellement survécu, notamment sa correspondance.

Les Lettres de Pline sont un témoignage exceptionnel sur la vie et la pensée des cercles dirigeants de l'empire à l'époque de Nerva et de Trajan. D'autres lettres décrivent des procès ou communiquent des informations sur certains personnages, notamment celle où il raconte la mort de son oncle au cours de l'éruption du Vésuve en 79. Ses échanges avec l'empereur pendant sa légation en Pont-Bithynie sont une source historique très concrète sur l'administration d'une province de l'empire romain.

Biographie

Origines familiales Il naît en 61 ou en 62Pline indique qu'il n'a pas encore dix-huit ans au moment de l’éruption du Vésuve. à Côme (Novum Comum) en Gaule cisalpine, dans le nord de l'Italie. Les Gaulois de Cisalpine ont été les derniers habitants de l'Italie à recevoir la citoyenneté romaine, en l'an 49 , par décision de Jules César.

Il est le fils de Lucius Caecilius Caii filius OufentinaOufentina tribus : la tribu Oufentina, « une des tribus du Latium », selon le Gaffiot (page 1098). SecundusPline le Jeune, Lettres. Livres I-III, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p. VIII-IX., qui appartient à l'ordre équestre. Il reçoit le prénom de Caius. Son nom complet de naissance est donc Caius Caecilius Lucii filii Oufentina Secundus. Les circonstances de sa vie expliqueront pourquoi il est connu aujourd'hui sous le nom de "Pline le Jeune".

Sa mère, qui appartient à la gens Plinia (comme Pline l'Ancien), se nomme sans doute Plinia puisqu'il est de règle à Rome d'appeler les filles d'après le nom de leur gens (avec éventuellement un surnom). Sa famille appartient également à l'ordre équestre.

On remarque que le nom usuel sous lequel Caius Caecilius est connu est le nom de gens de sa mère : Plinius, ce qui est dû à son adoption par Pline l'Ancien, frère de sa mère : il prend alors le nom de Caius Plinius Lucii filius Oufentina tribu Caecilius Secundus.

Pline a une sœur (Caecilia, puisque de la gens Caecilia), probablement morte assez jeune (avant 79). Elle est mentionnée sur l'inscription qui permet aux historiens de connaitre le nom du père de PlineE. Pais, « Corpus Inscriptionum Latinorum V. Supplementa Italica 1 », n° 745, L’Année Epigraphique, 1983, p. 443..

Une famille aisée La famille de Pline possède plusieurs domaines autour du lac de Côme (en latin lacus Larius).

Pline lui-même possédera des villas et domaines à Côme, une villa dans le Laurentinum, non loin de Rome, et une en Ombrie. (villa de Pline le Jeune in Tuscis).

Pline l'Ancien Après la mort prématurée de son père, Pline l'Ancien devient son mentor à Rome. Pline l'Ancien, en effet, est venu à un âge précoce à Rome et est en contact avec les grandes familles de la Ville (Urbs). Il se consacre à l'étude de la philosophie stoïcienne, entre autres, et fait de fréquentes visites au jardin botanique d'un médecin grec, ce qui a développé chez lui un intérêt durable pour les questions d'histoire naturelle. Après 52, il poursuivit des études approfondies et systématiques, écrivant plusieurs ouvrages, somme des connaissances de son temps, regroupés en sous le titre Histoire Naturelle.

En parallèle, Pline l'Ancien mena une carrière politique bien remplie, étant conseiller personnel de l'empereur Vespasien et occupant divers postes importants dans l'administration provinciale au début des années 70. Il devint préfet de la flotte de la Méditerranée occidentale en 77. C'est d'ailleurs à ce titre qu'il stationnait à Misène en 79, lors de l'éruption du Vésuve, où Pline le Jeune et sa mère l'accompagnèrent.

Formation Pline le Jeune vit d'abord à Côme puis fait ses études à Rome. Parmi ses maîtres, il eut le célèbre professeur de rhétorique Quintilien.

Mariages On est certain que Pline a eu deux épouses, Venuleia (morte avant 96) et Calpurnia, mais il a peut-être été marié auparavant avec une autre femme.

Ce premier mariage hypothétique est mal documenté. Il est peut-être évoqué dans une lettre à Trajan (livre X, lettre 2) :

Un deuxième indice est que dans la lettre 4 du livre II, adressée à une certaine Calvina, une de ses correspondantes, il écrit qu’il a un « devoir de parenté » (adfinitatis officium) envers elle. Or, les liens dadfinitas (c'est-à-dire de « parenté par alliance »Adfinitatis est le génitif de adfinitas, mot féminin (Gaffiot, p. 36).) se forment par relation matrimoniale. Il est donc possible que Calvina appartienne à la famille de la première épouse de Pline. Ce dernier aurait conservé les liens créés par ce mariage après la mort de son épouse, comme c’est le cas après la mort de Venuleia.

Le premier mariage certain de Pline est établi avec une femme probablement nommée Venuleia, puisque issue de cette gens. Elle est la fille de Lucius Venuleius Montanus Apronianus et de Pompeia Celerina, une femme riche proche de Pline, une autre de ses correspondantes. Venuleia meurt probablement avant 96. Pline continue ensuite d'appeler Pompeia socrusSocrus, socrus, mot féminin de la quatrième déclinaison. Gaffiot, p. 1452. (« belle-mère »)

Il épouse Calpurnia vers 103. Elle est la petite-fille d’un notable de la cité de Côme, Calpurnius Fabatus. On sait que Calpurnia fait une fausse couche vers 107.

Pline n’a jamais eu d’enfants de ses deux ou trois mariages.

Témoin de l'éruption du Vésuve thumb|right|200px|Vue d'artiste représentant l'éruption plinienne du Vésuve. Dessin de George Poulett Scrope, 1822.

Le 24 octobre 79, Pline le Jeune est un témoin direct de l'éruption du Vésuve, qu'il décrit près de vingt-cinq ans plus tard à Tacite dans deux lettres à sa demande :

Pline l'Ancien décède lors de cette catastrophe en menant les tentatives d'évacuation par la mer des populations de la baie de Naples menacées par l'éruption. Partant à bord d'un navire rapide d'abord par curiosité scientifique pour observer cette démonstration de la nature, il tente ensuite de secourir les populations et meurt d'asphyxie.

Pline le Jeune donne l'image idéale d'un sage et d'un stoïcien, rendant hommage à son oncle. La peur est guidée par la raison, et Pline l'Ancien obéit au sens du devoir et de la solidarité humaine jusqu'à la mortHans-Peter Bütler, Die geistige Welt des jüngeren Plinius, Heidelberg, 1970, 80..

Il rapporte aussi, pour la postérité, ses propres observations et réactions lors de cette catastrophe.

Vie publique Comme Pline l'Ancien, dans son testament, a adopté son neveu, Pline le Jeune prend le nom de Caius Plinius Lucius filius Oufentina tribu Caecilius Secundus, et hérite des biens et de la clientèle de son défunt oncle, ainsi qu'un accès aux cercles familiaux et dirigeants de l'Empire. De plus, son père naturel, avant de mourir, l'a recommandé à Lucius Verginius Rufus, alors double consul de 65 ans, qui a refusé de prendre la pourpre offerte par ses soldats par deux fois pendant l'année des quatre empereurs. Ce dernier est un soutien infaillible pendant la carrière de Pline le Jeune, jusqu'à sa mort en 97, pendant son troisième consulat. Pline a aussi pour soutiens les consulaires Quintus Corellius Rufus, Titus Avidius Quietus, Titus Vestricius Spurinna et Frontin.

Les postes que Pline le Jeune a occupés pendant son cursus honorum sont difficilement datables. Nous les connaissons grâce aux lettres pliniennes et à une inscription retrouvée dans la cité de Côme = ILS 2927, Côme.

Sous Titus, vers 80, Pline apparaît déjà comme un orateur à la Curie plaidant devant les Cent Juges.

Au début du principat de Domitien, il occupe le poste de decemvir stlitibus iudicandis, c'est-à-dire « un des dix chargés de régler les différends d’état civil »Étienne Aubrion, « La correspondance de Pline le Jeune: Problèmes et orientations actuelles de la recherche » dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, Teil II, Band 33, 1, De Gruyter, Berlin et New York 1989, 306.. C'est un poste du vigintivirat qui correspond au début d'une carrière sénatorialeNoctes Gallicanae; Épigraphie latine, « Le cursus honorum sénatorial sous l’Empire »..

Il est tribun militaire en Syrie vers 82 dans la legio III Gallica : il en profite pour approfondir son éducation philosophique auprès des maîtres grecs qui enseignaient dans ce pays, Euphratès et Artémidore auquel il va étroitement s'attacherPline le Jeune, Lettres, II, 10, 2 et III, 11, 5.. Après son service militaire, il retourne à Rome et reçoit la charge de , une charge qui consiste à participer à la préparation des jeux annuels en aidant notamment financièrementPline le Jeune, Lettres. Livres I-III, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p. XIII..

Il est ensuite questeur, candidat de l’empereur, lui assurant son élection, vers 88, tribun de la plèbe vers 92 et préteur l'année suivante.

En 94, il est praefectus aerarii militaris pour un mandat de deux ans, jusqu'à la fin du règne de Domitien. Il s'occupe de l'administration du trésor militaire et des pensions versées aux anciens légionnaires.

Au début du règne de Trajan, il devient praefectus aerarii Saturni pour un mandat qui s'étend de janvier 98 à août 100, c'est-à-dire responsable du Trésor conservé dans le temple de Saturne.

En 100, il est nommé consul suffect, aux côtés de Caius Iulius Cornutus Tertullus. Pline prononce à cette occasion devant le Sénat la gratiarum actio, discours pour remercier l’empereur de l’avoir choisi, ce qui est la règle depuis l’époque augustéenne. Ce texte, ensuite réécrit et augmenté, est connu sous le nom de Panégyrique de Trajan.

Vers 103-104, il demande à Trajan de lui permettre d'accéder à l'augurat. L'empereur répond favorablement à sa demande. Pline devient ainsi augure. Il remplace Frontin (décédé).

thumb|right|upright|Buste de l'empereur Trajan (98-117).

Vers 104, il est responsable, comme curator alvei Tiberis et riparum et cloacarum urbis, de la supervision des égouts de Rome et du niveau d'eau du Tibre.

Enfin, entre 111 et 113, l'empereur lui donne des pouvoirs spéciaux et lui confie la province de Bithynie et Pont avec le titre de « ». Il est l’équivalent d'un légat extraordinaire de l’empereur, doté de surcroît du titre officiel de proconsul investi, par une faveur spéciale, de la puissance consulaire, consulari potestate.

Pline est probablement mort dans la province de Bithynie et Pont vers 113Pline le Jeune, Lettres. Livres I-III, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p. XVII..

Pline semble assez proche de Trajan comme le laisse suggérer leur correspondance et les titres que l'empereur lui octroie.

Œuvres Le Panégyrique de Trajan

Ce panégyrique est prononcé en septembre 100 et est une œuvre de circonstance. Depuis Auguste, il est en effet de tradition de remercier le princeps l’année où l’on est nommé consul.