La Renouée du Japon ou Renouée à feuilles pointues (Reynoutria japonica ou Fallopia japonica suivant les sources) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Polygonaceae, originaire d’Asie orientale et naturalisée en Europe ainsi qu'au Canada et aux États-Unis dans une grande diversité de milieux. Il existe un usage local du terme de « Renouée du Japon » au sens large pour désigner les espèces « Renouée du Japon » et « Renouée de Sakhaline », et leur hybride R. ×bohemica. Mais au sens strict, ce sont deux espèces distinctes. Elle est considérée comme étant une plante envahissante, et perturbe les écosystèmes.
Au Royaume-Uni, toute personne qui vend une propriété doit déclarer sur un formulaire la présence ou l'absence de l'espèce. Toute réponse mensongère peut avoir des conséquences juridiques, de même que le fait de laisser l'espèce se propager aux propriétés voisines sans traitement..
Taxonomie et systématique Le nom actuellement accepté en France est Reynoutria japonica Houtt., 1777..
Synonymes Fallopia japonica (Houtt.) Ronse Decr. 1988 Polygonum cuspidatum Siebold & Zucc.C'est le terme généralement employé par les biologistes et chimistes (surtout s'ils sont asiatiques) Polygonum zuccarinii Small Pleuropterus cuspidatus (Siebold & Zucc.) H.Gross Pleuropterus zuccarinii (Small) Small
Étymologie Le nom de Renouée fait référence à l'aspect de la tige aux nœuds très renflés.
Un complexe d'espèces La renouée du Japon dans son acceptation historique correspond à un complexe de trois espèces différentes : la renouée du Japon à proprement dite, Reynoutria japonica, qui n'est qu'un clone femelle stérile parfois fécondé par la renouée de Sakhaline, Reynoutria sachalinensis, en donnant l’hybride renouée de Bohème, Reynoutria × bohemica. L’ensemble du complexe est désigné par les expressions « renouées asiatiques » et « renouées du groupe japonica ».
Description et cycle de développement Appareil végétatif
Cette grande plante herbacée vivace a des tiges creuses érigées, rougeâtres, semblables à des cannes de bambou, de de haut. Sa croissance peut être de par jour, elle peut donc atteindre sa hauteur maximale de en au printemps. Les tiges sont issues d'un rhizome qui peut atteindre de diamètre. Les feuilles ovales ou triangulaires, sont alternes et forment des zigzags caractéristiques.
R. japonica est une plante géophyte à rhizome/hémicryptophyte érigée. Les tiges aériennes meurent l’hiver et seuls persistent des bourgeons souterrains et/ou au ras du sol. Au printemps (mars-avril), les bourgeons proches de la surface du sol se développent ; des jeunes tiges deviennent alors visibles et croissent très rapidement en hauteur ( par jour). Une fois leur hauteur maximale atteinte, les tiges se ramifient. La formation des feuilles continue jusqu'à la fin de l’été et la floraison intervient tardivement, en septembre - octobre. Quelques semaines plus tard (début novembre), les feuilles tombent massivement et les tiges aériennes meurent peu après.
Appareil reproducteur Les petites fleurs blanches sont disposées en panicules à l'aisselle des feuilles (au niveau de l'ochréa). Elles comportent persistants, et . Le fruit est un akène de de long. Pollinisées par les insectes, les fleurs fournissent une source intéressante de nectar à une époque de l’année où les fleurs se font très rares. En France, les graines sont peu fertiles et la dispersion de la plante par les graines est donc peu efficace. La reproduction se fait surtout par multiplication végétative par l’intermédiaire de longs rhizomes, de fragments de rhizomes dispersés (un fragment de de rhizome suffit à régénérer la plante) ou de boutures de tiges.
La plante est considérée par Beerling et collaborateurs comme gynodioïque : elle comporte des individus mâles-stériles et des individus hermaphrodites. Aucun individu mâle-fertile n'est connu en Grande-Bretagne pour la var. japonica.
Pour Lambinon et collaborateurs, les fleurs de cette renouée (observées en Belgique et nord de la France) .
Espèces proches La renouée du Japon est morphologiquement très proche de la renouée de Sakhaline. Leur hybride, la renouée de Bohème, présente des caractéristiques intermédiaires.
Elle s'en distingue par le limbe de la face inférieure de la feuille entièrement glabre, y compris sous les nervures, alors qu'il est garni de poils épars chez les deux autres taxons, au moins sous les nervures. Ses feuilles médianes sont beaucoup moins longues, mesurant de contre ; plus trapues, le rapport longueur/largeur ne dépassant pas 1,5 et leur base est tronquée et anguleuse alors qu'elle est en forme de cœur ou presque et peu ou pas anguleuse chez les deux autres taxons.
L'ensemble de la grappe constituant l'inflorescence, toujours dressé quand elle est épanouie, est au moins plus grande que la moitié de sa feuille correspondante alors qu'elle plus ou moins étalée ou penchée et toujours plus petite chez la Renouée de Sakhaline. Ses tépales constituant le périgone sont blancs alors qu'ils sont verdâtres chez la Renouée de Sakhaline. Son fruit présente des ailes brusquement rétrécies à la base alors que ce rétrécissement est progressif chez les deux autres taxons.
Reproductions végétative et sexuée vignette|upright|Une plante vigoureuse.|gauche
La renouée du Japon présente une propagation végétative très efficace. Près des deux tiers de la biomasse d’un plant se trouvent dans le sol dans un important réseau de rhizomes, qui s’étend de 1 à 3 mètres de profondeur et jusqu’à 10 mètres de diamètre. La plante peut également se propager par les fragments de rhizomes ou de tiges. Un fragment de rhizome d’un centimètre et pesant peut former un nouvel individu.
La reproduction sexuée est également présente chez la renouée du Japon. Au Québec, la maturation des graines était auparavant stoppée par l’arrivée des gels d’automne. À la faveur de l’allongement de la saison de croissance dans le sud de la province, la renouée du Japon produit désormais des graines avec un taux de viabilité entre 40 et 60 %. En Europe centrale, ces chiffres sont très différents : alors qu'en laboratoire la germination est un succès le développement dans la nature de plantules issues de graines reste rare en se restreignant à 15 %. Le stress hydrique semble être le principal facteur limitant.
Écologie vignette|La Renouée du Japon apprécie les berges des cours d'eau.
Métaux lourds La Renouée du Japon, comme la Renouée de Sakhaline et leur hybride la Renouée de Bohême, se développe sur des sols chargés en métaux lourds que ce soit dans sa région d'origine comme au Japon ou dans les pays où elle a été introduite, notamment en Europe.
Ainsi, une teneur du sol élevée en métaux lourds ne limite pas son expansion. Au contraire, elle peut même renforcer sa compétitivité par rapport à d'autres espèces végétales qui évitent les concentrations toxiques de métaux lourds. Plus précisément des teneurs élevées en cadmium, cuivre et zinc retardent seulement la régénération du rhizome alors que des teneurs élevées en chrome et niobium n'ont aucun impact. De même, la présence de ces métaux n'affecte pas la hauteur de la plante plus tard en saison et a globalement un effet stimulant sur sa croissance. D'autre part, la Renouée présente une très forte capacité à absorber les métaux lourds dans ses racines, ses rhizomes, ses tiges et ses feuilles, ce qui suggère un grand potentiel en phytoremédiation .
Le botaniste Gérard Ducerf va plus loin dans son analyse : invoquant le biotope primaire de la plante dans l'est de l'Asie constitué de sols métallifères, il propose l'hypothèse que le développement des Renouées est conditionné par la présence des métaux lourds dont elles seraient bioindicatrices. Une hypothèse qui reste à démontrer.
Par ailleurs, des métaux lourds comme le plomb et le rubidium s'accumulent dans les fleurs , ce qui pourrait être vecteur de pollution des pollinisateurs, notamment de l'Abeille domestique. À ce sujet, certaines études montrent une pollution au cadmium, alors que d'autres ne distingue aucune pollution dans le miel résultant du butinage automnal.
Espèce envahissante vignette|Cette ancienne locomotive à Beekbergen (Pays-Bas) est envahie par la Renouée du JaponIl y a quelques années, ce lieu était encore sans Renouée, voir google maps..
Histoire Introduite aux Pays-Bas par Philipp Franz von Siebold, médecin officier de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en poste à Nagasaki entre 1823 et 1829. Il la cultive dans son jardin d'acclimatation en 1825, à Leyde en tant que plante ornementale, mellifère et fourragère.. En 1847, la société d’agriculture et d’horticulture de la ville d’Utrecht décerne le prix de la médaille d'or à la Renouée du Japon pour la beauté de son feuillage et de ses inflorescences parfumées. En Belgique, l'espèce est récoltée dès 1882 dans le bois de la Cambre, mais elle reste rare jusqu'à la Seconde Guerre mondiale..
La Renouée du Japon s'est par la suite naturalisée mais ce n'est qu’au milieu du que sa colonisation exponentielle est constatée. Elle s'est répandue sur les terrains remaniés, le long des axes routiers et des voies ferrées et surtout le long des cours d'eau, posant de graves problèmes écologiques. Les activités humaines, surtout par le déplacement de terres contaminées par des rhizomes, à l’occasion de travaux de génie civil et rural, et les crues, qui arrachent ces rhizomes (ou des tiges vertes) aux berges, sont les vecteurs essentiels de dispersion de la plante.
Elle a aussi été introduite en Amérique du Nord d'abord sur la côte ouest et sur la côte est des États-Unis. Les deux vagues de colonisation se sont rejointes à l'intérieur du pays. Sa progression vers le nord-est jusqu'au nord du fleuve Saint-Laurent au Canada a été observée pour la première fois vers 1942 dans le quartier de Limoilou de la ville de Québec. Elle est présente à l'orée de la forêt boréale canadienne. La province de l'Ontario lui attribue une certaine importance Gouvernement canadien.
Au , la Renouée du Japon est bien implantée dans la majorité des pays européens et américains où elle génère de nombreuses conséquences.
vignette|Renouée du Japon poussant spontanément là où ses conditions de levée de dormance sont réunies comme ici dans un trottoir à Luxembourg-ville.
Réglementation En Belgique, cette espèce est considérée comme invasive et sa plantation est interdite en Région wallonne depuis le Service public de Wallonie : Circulaire relative aux plantes exotiques envahissantes.
En Grande-Bretagne, la loi interdit de disperser volontairement la plante et impose de l'éradiquer des terrains constructiblesWildlife and Coubtryside Act 1981, voir wikipedia anglais.
Il existe aussi en France une loi contre les introductions, volontaires ou non, d'espèces invasives (L411-5article L 411-3 du code de l'environnement, issu de la loi de février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement, mais en 2004, le décret d’application n’était pas paru). Les renouées "asiatiques" ont été ajoutées le par la commission européenne à la liste des plantes exotiques envahissantes : des mesures sont prises contre l'expansion et surtout suivre sa propagation.
vignette|Propagation de la Renouée du Japon.
Conséquences sur la biodiversité vignette|La Renouée du Japon détruit la biodiversité.