La famille Brignole (ou Brignole Sale) est une illustre famille patricienne de Gênes connue dès 1218 à RapalloAngelo M.G. Scorza-1924 Le famiglie nobili genovesi Réédition 2003 Liguria storica Fratelli Frilli Editori. Patriciens de la sérénissime république de Gênes, les Brignole portaient les titres de marquis (de) Brignole-Sale et de Groppoli pour la branche aînée et celui de marquis (de) Brignole pour les autres lignées patriciennes

On peut trouver différentes écritures de ce nom : Brignole, Brignole-Sale, de Brignoles Sales, de Brignoles de Sales ou plus rarement mais pour respecter la prononciation italienne : de Brignolet Salet. La particule est rajoutée selon l'usage français mais ne correspond à aucune réalité patronymique.

À Gênes, deux branches se distinguèrent : les Brignole-Sale, dont trois membres furent doges (en 1635 - 1746 et 1762) les Brignole dont le membre le plus illustre est Giacomo Maria Brignole, qui est à la fois l'ultime doge et le seul à avoir été élu à deux reprises (en 1779 et 1795).

Au , on présentait la famille Brignole comme l'une des plus puissantes et riches d'Italie. Amoureuse de la France, elle a laissé plusieurs rues à son nom dont une dans le XVI arrondissement de Paris et de nombreux palais dont Matignon.

Le nom de Brignole-Sale s'est éteint en 1888 à la mort de la duchesse de Galliera.

Histoire des Brignole Les origines Au Moyen Âge, la famille Brignole était une famille populaire, c'est-à-dire plébéienne, qui appartenait à la faction des Guelfes. Son origine était le village homonyme des Apennins ligures. En 1350, la famille déménagea à Rapallo où elle exerçait depuis longtemps le commerce de la soie, puis en 1353 à Gênes même Notice du Palazzo Rosso. Certains membres de la famille Brignole participèrent à l'administration de la commune avant la grande révolte populaire de 1506. Ainsi Niccolo Brignole - l'exécuteur testamentaire de Christophe Colomb - fut député par la commune de Gênes auprès du duc de Milan dans les années 1470. C'est à ce titre que les Brignole accédèrent à la dignité de patricien en 1528 quand Andrea Doria refondit la république sur des bases oligarchiques inspirées de Venise. De 1528 à 1576, cette famille fut membre de lalbergo des Cicala, une des vingt-huit factions de Gênes.

L’ascension sociale thumb|left|Anton Giulio par Van Dyck en 1627.

Originellement, les Brignole étaient des tisseurs de soie de Rapallo. Cependant leur fortune et leur puissance étaient modestes comparée à celles des grandes familles génoises d'alors. Mais en un siècle, la famille Brignole va parvenir à se hisser au premier rang de l'oligarchie génoise. Pour bien comprendre comment, il est nécessaire de préciser quelques aspects de l'histoire génoise. Le patriciat génois, après 1528, et au moins jusqu'au lois de Casale en 1576 fut imparablement clivé en deux catégories : celle des « nobles nouveaux », anciens populaires et celle, moins nombreuse des « nobles anciens ». Opposés sur presque tous les sujets aux « nouveaux », les « anciens » avaient abandonné le commerce et les activités du port pour se lancer dans la banque. Ils finançaient largement la couronne espagnole et armaient pour elle des flottes de galères mercenaires. Les nouveaux, moins riches et moins influents continuaient de commercer les tissus et d'armer des navires, de commerce cette fois. Au nombre de ces nobles nouveaux figurait la famille Brignole. Mais, les maisons Brignole, Durazzo et Balbi, s'allièrent et reconvertirent toutes leurs activités dans la finance. En 1550, le réseau financier et commercial des Brignole s'étendait de Gênes à Anvers en passant par Besançon et Madrid.

Le cas des Brignole est ainsi remarquable parce qu'il représente la plus brillante ascension sociale de cette nouvelle noblesse. En effet, sans posséder au début le prestige ni la puissance politique des familles dites de vielle noblesse, telles les Spinola, Doria, Fieschi ou Grimaldi, en un siècle à peine, cette famille acquit par ses activités commerciales et bancaires mais aussi grâce à une habile politique matrimoniale, l'une des plus imposantes fortunes de Gênes, alors ville dont l'aristocratie est la plus riche au monde.

Finalement, en 1635, Gian Francesco Brignole-Sale est élu doge de Gênes. Les Brignole comptent dès lors parmi le cercle très restreint des familles ducales, celles qui ont donné au moins un doge. Elle en fournira quatre. Au , les Brignole animent un courant dit pro-français mais qui de fait ne l'est pas mais est plutôt un parti œuvrant pour une plus grande indépendanceHistoire de Gênes, de Antoine-Marie Graziani, Fayard, 2009, 706 pages, , donc opposé à l'Espagne, d'où l'appellation de pro-français. Ils soutiennent largement les expériences (toutes avortées) du parti navaliste qui tente de refaire de Gênes une grande puissance navale. La famille Brignole se détache ainsi des autres familles de la nouvelle noblesse, en se constituant une identité particulière. Ainsi les frères Ridolfo et Gian Francesco Brignole-Sale se font bâtir de 1671 à 1676 le magnifique palazzo rosso, douzième et dernier palais de la célèbre strada nuova (actuelle via Garibaldi), longue rue droite qui ne comptait alors que des palais de l'ancienne noblesse!

De plus, en 1626, la branche aînée des Brignole-Sale ajoute à sa noblesse d'État, une noblesse féodale (donc par définition plus haute et généralement apanage des nobles anciens), par l'investiture d'Anton Giulio I, marquis de Groppoli, petit État vassal de la Toscane, situé dans les ApenninsSite en italien sur l'histoire de Mulazzo et Groppoli.

Les Brignole Sale thumb|200px|right|Le Palazzo Rosso ou Palazzo Brignole-Sale, sur la via Garibaldi, l'un des palais de Gênes

Au début du , Gian Francesco Brignole, doge de 1635 à 1637, dont la mère appartenait déjà à la famille SaleArbre généalogique simplifié des Brignole-Sale, palazzo rosso, épouse l'unique héritière du très riche Giulio Sale. La famille récupère alors le nom et la fortune de cette puissante famille ainsi que la possession du marquisat de Groppoli.

Les marquis de Groppoli

Fin 1577, le marquisat de Groppoli, propriété des Malaspina di Mulazzo est vendu au grand-duc François I de Toscane.

En 1592, François I fait de Giulio Sale le nouveau marquis de Groppoli. Les Brignole Sale (Anton Giulio ayant épousé l'unique fille de Giulio Sale) s'assurent alors de pouvoir récupérer le marquisat.

En 1606, Anton Giulio Brignole Sale devient le premier Brignole Sale, marquis de Groppoli où il réside un temps, il y fait bâtir notamment un palais.

Mais par la suite, le marquisat est géré à distance par des fonctionnaires des Brignole-Sale qui ne s'y rendent guère.

Le marquisat devient de fait indépendant.

En 1749, le doge Gian Francesco II Brignole Sale, rompant avec la politique de ses prédécesseurs, décide d'administrer directement ses possessions, y rendant lui-même la justice. Mais il refuse d'appliquer la loi toscane qui lui retirerait tout pouvoir sur ses terres. À sa mort en 1760, son frère Ridolfo-Emilio Brignole-Sale, aussi doge, hérite du marquisat et dès lors, le grand duché de Toscane n'aura de cesse de vouloir récupérer le village de Groppoli et sa campagne.

En 1773, les paysans de Groppoli, mécontents de la politique fiscale des Brignole-Sale se révoltent et assiègent le château féodal du . Ce sera l'unique siège de son histoire.

En 1774, quand le fils de Ridolfo-Emilio succède à son père, il est dépossédé de toute son autorité et de tous ses pouvoirs. Le marquisat est désormais administré directement par la Toscane. Ne reste aux Brignole-Sale que le titre.

Anton Brignole Sale, petit-fils de Ridolfo-Emilio Brignole-Sale et père de la duchesse de Galliera est le dernier Brignole Sale à en porter le titre. Selon les termes du brevet original du titre, Maria aurait pu réussir mais a choisi de ne pas demander au roi d'Italie de reconnaître son titre. Après sa mort, le titre dormant passa à son cousin John Emerich Edward Dalberg-Acton, 1er Baron Acton.

La splendeur au siècle des Lumières Les Brignole furent, par leur fortune immense, leur habiles alliances matrimoniales mais aussi par leur prestige politique, culturel et intellectuel, la famille de Gênes la plus influente durant tout le et jusqu'au milieu du .

En tout les Brignole ont donné quatre doges à la république de Gênes qui ont totalisé cinq mandats biennaux, fait unique dans l'histoire de la ville.

En 1738, Jacques de Campredon, ambassadeur français à Gênes, indiquait que le bloc le plus influent du patriciat était constitué de quatre familles : les Balbi, Brignole, Durazzo et de Mari, toutes alliées entre elles (les Brignole, Balbi et Durazzo constituaient effectivement une unique faction, le cas des de Mari est spécifique)Sociabilità aristocraticain et à moderna cours de Roberto Bizzocchi et Arturo Pacini, université de Pise.

Après que Gênes a cédé la Corse, la République est fabuleusement riche. Ses nobles encore davantage. Dans les années 1780, Gênes, politiquement inexistante, est prospère, belle et en perpétuelle renaissance. C'est à cette époque que la maison Brignole connait son apogée. C'est d'ailleurs un patricien Brignole nommé Gian-Battista qui le premier en 1764 proposera au minor consiglio de la république la cession de la Corse à la France assortie des conditions qui accompagneront le futur traité de Versailles (1768)Pasquale Paoli and the French Rûle of Corsica.

Les doges thumb|Gian Francesco II Brignole Sale, doge de Gênes de 1746 à 1748 par Hyacinthe Rigaud en 1739 À la différence de celui de Venise, le doge de Gênes n'était pas une idole adulée et privée de tout pouvoir. À Gênes, le doge régnait deux années seulement mais possédait autant de pouvoir que la dizaine de sénateurs qui l'entouraient et avec lesquels il exerçait la réalité du pouvoir. C'était en outre au doge qu'incombait le choix de l'ordre du jour, de l'organisation des débats et des votes des petits et grands conseils, organes délibératifs de la république. Ainsi le doge pouvait réellement gouverner et agir durant son mandat. Les deux années de dogat coûtaient cependant fort cher, ce qui limitait le choix du doge aux oligarques les plus prospères.

Une fois son mandat arrivé à son terme, le doge revêtait la toge de procurateur perpétuel et il intégrait le Sénat. Sans aucun doute, le vrai pouvoir était en fait entre les mains des anciens doges qui formaient un conseil exécutif permanent, loin de l'idéal des rédacteurs de la constitution dorienne qui avaient créé le système de rotation rapide des charges.

Gian Francesco I Brignole Sale] (1582-1637) En 1635, Gian Francesco I, doge francophile, devint le premier doge de la famille malgré l'emprise des vieilles maisons, fortement liées à l'Espagne, sur la magistrature suprême. Durant son mandat il transforme considérablement l'institution ducale, en lui donnant tous les attributs de la royauté, dans un souci de recherche de l'indépendance génoise vis-à-vis des grandes puissances. La Corse en fut le prétexte ; le doge devint roi de Corse et donc l'égal des autres souverains et non plus un simple duc de l'Empire. Cela fut, dans un premier temps, symbolisé par la remise solennelle des clefs de la ville, par le doge, à la Vierge Marie, proclamée reine de Gênes et de la Corse ! Gian Francesco I Brignole fut le dernier à avoir rang de duc. Son successeur, couronné avec des attributs entièrement nouveaux sera le premier à avoir rang de roi. Une autre conséquence de ce changement de statut fut la transformation des rangs des patriciens. Suivant le raisonnement que tout patricien pouvait être élu doge et donc que tout patricien était le successeur éventuel d'un roi, les patriciens génois se proclamèrent les égaux en rang des princes du sang et autres héritiers des couronnes européennes. Gian Francesco Brignole-Sale, quant à lui, mourut quelques jours avant la fin de son mandat, il avait été doge de 1635 à 1637 et un prestigieux ambassadeur.