est le septième album solo de George Harrison. Sorti en 1981, il compte dix chansons, et est le premier album publié par un des ex-Beatles après l'assassinat de John Lennon. L'album était à l'origine prévu pour fin 1980, mais les dirigeants du label Warner Bros. Records, peu satisfaits du potentiel commercial des chansons du disque, en ont commandé quatre nouvelles en remplacement, demandant à Harrison de s'adapter aux styles de son époque. Il s'exécute, mais avec une mauvaise grâce qui transparaît clairement dans certaines chansons, notamment , pique à l'encontre de ces .

Parmi ces nouvelles chansons se trouve , à l'origine prévue pour Ringo Starr et transformée en hommage à Lennon. Le batteur participe à la chanson, de même que Paul McCartney qui participe aux chœurs. Trois autres chansons tentant de s'adapter aux nouveaux courants musicaux occupent l'album, mais sont l’œuvre d'un Harrison désabusé par l'industrie du disque et désireux de se retirer du milieu à la fin de son contrat. Le reste du disque contient quatre des chansons prévues par Harrison, écrites dans la même veine que son album précédent, et deux reprises de chansons des années 1940 de Hoagy Carmichael. La pochette du disque elle-même est choisie par la Warner à la place du musicien.

Porté par son single principal qui connaît un grand succès et monte jusqu'en deuxième place des classements américains, l'album permet à Harrison de renouer avec un relatif succès commercial, en atteignant la des charts aux États-Unis, et la au Royaume-Uni. Le succès retombe cependant très rapidement, et l'album est le premier du musicien à ne pas être disque d'or aux États-Unis. Il reçoit par ailleurs un accueil mitigé de la critique. En 2004, le disque est réédité avec la pochette choisie par Harrison. Les quatre chansons non-publiées à l'origine apparaissent pour leur part en pistes bonus sur certains singles et rééditions d'albums, ainsi que dans le coffret .

Historique Contexte thumb| est le premier album publié par George Harrison après la mort de John Lennon. La fin des années 1970 et le début de la nouvelle décennie est en demi-teinte pour les ex-Beatles : Paul McCartney est à la tête des alors à l'agonie, tandis que Ringo Starr enchaîne un certain nombre d'albums au succès inexistant, notamment en 1979. Pour George Harrison, la décennie a également vu une lente mais nette chute dans les charts à partir de en 1974. S'il publie un certain nombre d'albums que la critique regarde avec bienveillance, il ne parvient plus à regagner le cœur du public qui s'est détourné de lui.

Pour les anciens Beatles, donc, les années 1980 ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Cette décennie signe en effet la fin de nombreux artistes de leur génération, dépassés par les offensives de la musique punk et de la . Face à cela, les artistes fidèles à leur style que sont Ringo Starr ou George Harrison sont rapidement dépassés par les nouveaux genres : il n'est pas étonnant que tous deux cessent toute publication de disque durant une grande partie, sinon toutes les années 1980. Quant à Paul McCartney, s'il essaie parfois de s'adapter aux courant musicaux de son temps, la critique n'adhère pas toujours, et lui aussi doit attendre 1989 pour connaître un retour en grâce.

Un événement dramatique vient également bousculer la vie de Harrison lorsque, le , John Lennon est assassiné. Tous deux étaient brouillés depuis le début de l'année, Lennon trouvant qu'il n'était pas assez mentionné dans l'autobiographie publiée par George. Cependant, la mort de son ami heurte énormément Harrison. Elle entraîne notamment de grands changements dans le travail qu'il effectue pour son prochain album, mais aussi dans les projets de chanson qu'il avait pour le prochain album de Ringo Starr, , lui aussi grandement modifié et publié sous le titre .

Enregistrement thumb|left|Paul et Linda McCartney se joignent à Harrison sur .|alt=Paul et Linda McCartney en concert en 1976 Si ne parait qu'en , son enregistrement remonte en réalité au début de l'année 1980. Une première tranche de travail s'est en effet déroulée à Friar Park de mars à octobre. En quête d'un nouveau style, plus depuis son album précédent (George Harrison en 1979), Harrison fait ici appel au percussionniste Ray Cooper pour l'assister à la production. Cooper avait déjà assuré les percussions sur le précédent opus. S'il continue à faire appel à certains musiciens habitués de ses disques comme Tom Scott ou Willie Weeks, il fait également intervenir de nouveaux musiciens britanniques : Herbie Flowers, Dave Mattacks et Mike Moran notamment (qui participeront également à l'opus suivant, ). Dès , le disque est prêt et pressé en certains exemplaires, depuis disputés par les collectionneurs. La sortie est prévue pour le , même jour que le de John Lennon. Cependant, lorsque Derek Taylor apporte les pressages aux officiels de Warner Bros. Records, ceux-ci se montrent insatisfaits : l'album n'est pas assez à leur goût, trop peu commercial.

Pour Mo Ostin et ses , le public attend des chansons sur les amourettes adolescentes, bien éloignées des préoccupations de Harrison sur le temps, la vie et la spiritualité. Les chansons , , et sont ainsi exclues du disque, et Harrison est prié de revoir sa copie. Il devient donc le premier Beatle à voir un de ses albums rejetés par sa maison de disques (Ringo Starr étant, pour sa part, dans l'impossibilité d'en trouver une pour son album deux ans plus tard). C'est donc avec un certain énervement qu'il revient en studio à partir de pour ajouter plusieurs chansons plus vivantes, notamment , pied de nez aux qui ont rejeté son disque.

Le dernier événement qui vient faire basculer l'enregistrement de est l'assassinat de John Lennon, qui plonge Harrison dans un certain désarroi. Pour remercier son ami de tout ce qu'il lui a apporté et des messages qu'il a fait passer, il retouche une chanson prévue pour Ringo Starr qui devient . Malgré son sujet grave, la chanson est une des pistes « commerciales » du disque voulues par Mo Ostin. Pour l'enregistrer, Harrison fait appel à Ringo Starr, qui le rejoint à la batterie. Quelques jours plus tard, Paul et Linda McCartney, accompagné de Denny Laine, membre des Wings, viennent enregistrer les chœurs. Les enregistrements prennent fin en .

Parution et réception est publié le aux États-Unis et quatre jours plus tard au Royaume-Uni. L'album n'arrive pas en terrain inconnu : a été publié en single courant mai, et connu une très bonne carrière dans les charts. Alors que les singles précédents peinaient à y rentrer, la chanson atteint la deuxième position des classements américains. Ce succès inattendu profite de fait à l'album qu'il annonce. À cela s'ajoute l'émotion suscitée par la mort de John Lennon, qui a propulsé en tête des charts par delà le monde son single publié peu avant sa mort : tout ce qui touche de près ou de loin l'artiste attire le public, ce qui contribue fortement au succès de l'album de Harrison.

C'est ainsi que le disque connaît un succès éclair : aux États-Unis, il atteint la des charts, succès légèrement supérieur au disque précédent de l'artiste dans ce pays « Somewhere in England charts and awards », AllMusic. Consulté le 2 avril 2012. Il ne parvient cependant pas à devenir disque d'or, une première pour Harrison. C'est surtout au Royaume-Uni que le disque atteint des hauteurs qu'Harrison n'avait plus vues depuis ses succès du début des années 1970, avec une . Mais l'attraction retombe rapidement, et il ne faut que quatre semaines pour que le disque sorte des classements « Somewhere in England », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 2 avril 2012. De façon générale, selon Simon Leng, auteur d'un ouvrage sur la musique de Harrison, doit le plus gros de son succès à un retour de la Beatlemania, dont, paradoxalement, Harrison tentait de s'éloigner.

À sa sortie, est globalement assez mal perçu par la critique. Harry Thomas, de , regrette un certain mélange des genres entre les nouvelles et anciennes chansons, et explique que ce paradoxe est particulièrement symbolisé par : malgré son sujet triste, la musique est particulièrement enjouée, ce qui est d'autant plus étonnant pour un musicien à qui on a reproché d'être trop souvent plaintif « Somewhere in England », Rolling Stone. Consulté le 2 avril 2012. Le regard évolue quelque peu lorsque les chansons rejetées sont finalement publiées, notamment dans les disques bonus des livres collector en 1992. Ainsi, Richard S. Ginell du site AllMusic explique que les chansons rejetées, malgré une qualité légèrement inférieures à celles qui ont été écrites sur demande, sont supérieures à certaines chansons conservées, concluant que « Somewhere in England », AllMusic. Consulté le 2 avril 2012. À l'inverse, Simon Leng considère que l'album est le plus mauvais de la carrière de Harrison, et qu'il aurait été, bien que moins commercial, plus fidèle à son auteur dans sa version d'origine.

L'album a été réédité à l'identique en 1988, sous sa pochette originale représentant Harrison se tenant devant un mur. En 2004, le disque est à nouveau réédité, remastérisé, au sein du coffret . Une piste bonus, version alternative de y est ajoutée. Le plus gros changement concerne cependant la pochette, qui retrouve le visuel à l'origine voulu par Harrison : sa tête, de profil, la chevelure se mêlant à une carte de l'Angleterre.

Analyse musicale thumb|Dans , George Harrison reprend deux chansons de Hoagy Carmichael qui ont marqué sa jeunesse.|alt=Hoagy Carmichael George Harrison avait conçu à l'origine dans la lignée de son prédécesseur, avec des chansons assez posées et centrées sur ses états d'esprits et les messages qu'il souhaitait faire passer. , et sont ainsi des compositions très introspectives qui concernent la spiritualité de leur auteur ou ses émotions. Elles ne sont pas retenues pour l'album final, de même que , chanson engagée dressant un tableau pessimiste du monde, qui n'était pas du goût des officiels de Warner Bros. Records. Cette dernière apparaît en 2004 sur la réédition de .

Certaines chansons conservées sur la version finale de l'album gardent ces caractères. Ainsi, , qui conclut l'album, dresse un constat similaire à : le monde va mal. Mais Harrison le fait cette fois-ci avec un soupçon d'humour inspiré des Monty Python dont il juge qu'ils sont le reflet de la folie du monde (il a produit deux ans plus tôt leur film La Vie de Brian), et la chanson est rehaussée de nombreux effets sonores comme le bruit d'une caisse enregistreuse. est pour sa part une diatribe contre la musique disco. et sont pour leur part des compositions touchant à la spiritualité de Harrison, son rapport à Dieu et à ses amis proches ou disparus, dans la continuité de son travail précédent, et les plus proches de ce que devait être à l'origine l'esprit de .

À contre-courant total de ce qui se fait à l'époque, Harrison enregistre également deux reprises de chansons de Hoagy Carmichael datant de la fin des années 1930 et du début des années 1940. et sont en effet des chansons qu'il écoute et apprécie depuis l'enfance et décide de reprendre dans un style modernisé. Il espérait au départ que la seconde pourrait ouvrir l'album, mais la Warner le lui a refusé et l'a faite placer en avant-dernière position sur l'album.