La basilique Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand est une église collégiale française de style roman auvergnat, située à Clermont-Ferrand dans le quartier du Port, entre la place Delille et la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Clermont.
Du à la Révolution, elle fut desservie par une communauté de chanoines, sécularisés dès avant le . Elle a été élevée au rang de basilique mineure en 1881 par le pape Léon XIII.
Classée monument historique sur la première liste de 1840., elle a été inscrite le au Patrimoine Mondial de l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
Nom Sa dénomination proviendrait du nom du quartier où elle a été construite « le Port », en occitan , dérivant lui-même du latin portus, et qui signifient tous deux « l'entrepôt ».. C'était l'endroit où l'on apportait et stockait les marchandises.. En auvergnat, on disait Nòstra-Dama dóu-PòrtJean Roux, , p. 192.. Dans les parlers plus méridionaux se trouve la forme Nòstra Dòna del Pòrt..
L'ancienne Porte royale qui se situait en bas de l'actuelle rue du Port, était le lieu par lequel arrivaient les marchandises dans la ville, ce qui confirme le rôle de passage et d'échange de l'endroit. Néanmoins, le Portus n'est pas attesté dans les écrits anciens avant 1065. L'église a d'abord porté le nom de « Sainte-Marie Principale », ce qui la distinguait de la cathédrale nommée « église-mère Sainte-Marie ». et de l'abbaye de Saint-Alyre nommée « Sainte-Marie-d'Entre-Saints »..
Histoire La construction médiévale de l'église Selon la tradition, une première église aurait été fondée à l'emplacement d'une source gallo-romaine au par l'évêque saint Avit. Incendiée et ravagée par les Normands au , elle aurait été relevée par l'évêque saint Sigon. Cette légende relève selon Emmanuel Grélois. d'une mise en scène effectuée par les chanoines pour inventer une ancienneté à leur église et se créer une légitimité. Cependant, il est certain qu'un édifice antérieur a existé avant l'édifice roman puisque le chapitre est présent dès le milieu du dans les sources.
L'église actuelle a été construite entre les années 1120–1130 et la fin du , peut-être même encore dans le début du pour l'aménagement intérieur et la mise en place des vitraux.. La pierre utilisée est de l'arkose blonde, un grès feldspathique qui provient des carrières de Montpeyroux.
L'église est gravement endommagée par les forts séismes qui secouent la région en 1478 et plus particulièrement en 1490.. Il en résulte la chute du pinacle de la tour du transept qui est remplacé par un clocheton à bulbe.
Époque moderne C'est la période faste pour Notre-Dame-du-Port avec le développement de la procession à la Vierge dès le . L'influence des chanoines de cette collégiale urbaine grandit dans la cité. En 1654, les cryptes sont réaménagées pour faire face à l'affluence grandissante des fidèles, des baies sont percées pour augmenter la luminosité. En 1740, la collégiale se dote d'un orgue, installé à l'entrée de la nef. En 1781 l'accès aux cryptes est encore remanié pour mieux faire circuler les fidèles lors des grandes fêtes mariales. Les escaliers d'accès à la crypte par la nef sont remplacés par des escaliers percés à l'emplacement des absidioles nord et sud qui permettent une circulation plus efficace dans la crypte.
Période révolutionnaire vignette|redresse=1.1|Notre-Dame-du-Port, dessin attribué à Jacques Martin Sylvestre Bence, vers 1790. Clermont Auvergne Métropole, Bibliothèque du patrimoine, GRA J 5045.|alt=Notre-Dame-du-Port vers 1790, dessin attribué à Jacques Martin Sylvestre Bence.
Notre-Dame-du-Port a beaucoup souffert de la Révolution. Entre 1792 et 1795, elle perd la plupart du mobilier présent à l'intérieur (meubles, reliquaires et châsses), les cloches sont fondues et les deux clochers menaçant ruine sont abattus, ainsi que la flèche de croisée, « par souci d'égalité ».
Le , la décision est prise de raser l'édifice pour le remplacer par un marché à la demande des habitants du quartier. Elle est sauvée par une pétition adressée aux administrateurs du Puy-de-DômeArchives départementales du Puy-de-Dôme 1 Q 316..
Restauration des Rendue au culte par le concordat de 1802, elle est dans un état déplorable et de sérieuses restaurations sont menées pour tenter de lui rendre sa splendeur passée.
Première restauration La première restauration est menée par l'ingénieur Ratoin entre 1823 et 1827. C'est lui qui reconstruisit un nouveau clocher à la place du clocher occidental abattu à la Révolution et créa donc ce clocher qui rompt actuellement avec le reste de l'église par son esthétique néo-romane en pierre de Volvic.
Deuxième restauration La seconde campagne de restauration est dirigée par Aymon Mallay en 1843. Les travaux de restauration se concentrent alors sur trois points : reconstruction de la tour de croisée du transept ; rétablissement des escaliers d'accès à la crypte depuis la nef (comme on le voit actuellement) et restauration des chapelles orientées des bras du transept ; remplacement des tuiles romaines par des dalles de pierre à recouvrement en pierre de Volvic.
Par ailleurs, en 1863, il supprime le mur qui clôture la basilique pour le remplacer par les grilles en fer forgé que l'on observe aujourd'hui. Ceci permet d'avoir une vue dégagée sur le chevet et un accès de plain-pied depuis la rue Couronne.
Troisième restauration Elle est l'œuvre de Gabriel Ruprich-Robert et dure de 1900 à 1917. Le travail de restauration se concentra surtout sur l'intérieur puisqu'il supprima les badigeons afin de mettre la pierre à nu. Il a par ailleurs remplacé les joints à la chaux par des joints en ciment.
Restauration contemporaine vignette|redresse=1.1|La basilique vue du sud.
Extérieur : novembre 2003 - novembre 2006 La première phase de la restauration s'est déroulée sur les extérieurs avec un nettoyage des pierres (ou remplacement à l'identique). Puis les joints en ciment ont été supprimés pour revenir à ceux d'origine, faits à la chaux. Enfin, le plus visible lorsqu'on voit la basilique est le rétablissement des tuiles canal comme à l'origine en lieu et place des dalles de pierre de Volvic posées au , qui posaient des problèmes d'étanchéité.
Intérieur : octobre 2006 - novembre 2008 Une importante campagne de rénovation de l'intérieur a débuté en et s'est terminée en . Ces travaux ont consisté dans le nettoyage de toutes les pierres, la suppression des joints de ciment remontant à la rénovation du , le rétablissement d'un badigeon sur les parements, la restauration des chapelles et absidioles peintes par Anatole Dauvergne au et du mobilier installé dans l'église.
Le dimanche , la statue de la Vierge noire a été réinstallée dans la chapelle souterraine de la basilique, marquant ainsi la réouverture au culte de l'édifice (elle avait été conservée dans la cathédrale de Clermont-Ferrand pendant les travaux de rénovation).
Restaurations prévues
En 2018-2019 : la crypte et la sacristie de l'église vont être rénovées. Les ex-voto du , qui ont été stockés, vont être réinstallés après assainissement du lieu.
En 2018-2020 : aménagement des abords de Notre-Dame-du-Port : restauration des bâtiments au sud de la basilique, du parvis et des rues adjacentes.
Dévotion mariale vignette|redresse=1.1|Vierge noire miraculeuse de la chapelle souterraine, Pacquin, 1734.
La Vierge noire souterraine La première trace que l'on observe d'une Vierge en majesté à Clermont est celle d'Alleaume dont les recherches les plus récentes tendent à prouver qu'elle aurait été commandée par Étienne II, non pour la cathédrale, mais pour Sainte-Marie-Principale. Celle-ci est d'une importance particulière puisqu'il s'agit d'une des toutes premières Vierges en majesté d'Occident.
La légende de Notre-Dame-du-Port fait remonter la statue de la Vierge à saint Avit au , il n'est cependant pas possible de retrouver des traces certaines de son existence à une époque aussi ancienne. D'autres restes d'une Vierge plus ancienne sont encore visibles, il s'agit de deux têtes de la Vierge et du Christ qui ont été retrouvées dans un trou de boulin lors de restaurations aux . L'usage d'ancien régime était de brûler les statues quand elles étaient trop abîmées pour les refaire selon la dévotion de l'époque, c'est pourquoi nous n'avons quasiment aucune trace des vierges qui ont précédé celle de 1734.
L'élément le plus ancien concernant la Vierge Noire date de Louis XI qui, en 1468, se déclare dévot à la Vierge noire qu'abrite l'église Notre-Dame-du-Port.
La statue que nous voyons dans la crypte actuellement est une copie de 1734 réalisée par le sculpteur Pacquin. Elle mesure 31 centimètres de haut, est faite en noyer peint de couleur ébène et est inspirée des Vierges de tendresse byzantines.
La procession vignette|redresse=1.1|Vitrail du chœur de la basilique, Vierge de Tendresse.
La Vierge miraculeuse du Port connaît un essor considérable avec le développement d'une procession à partir de 1614. À la suite de cette procession faite par crainte d'une famine, on observe une institutionnalisation progressive qui commence dès 1615. D'abord reconnue par l'évêque qui en fait une fête particulière qui se déroule les , elle est chômée dans la ville, puis dans les faubourgs à partir de 1697. La reconnaissance par la papauté intervient dès 1618 en accordant une « indulgence plénière à tous ceux qui visiteront l'église du Port le jour et fête de la Nativité de la Vierge » pour trois ans.
Affluence des fidèles L'affluence des fidèles semble avoir été très importante auprès de cette Vierge miraculeuse. En 1723 le directeur de la chapelle de Notre-Dame-Souterraine demande ainsi à ce qu'elle « ne soit plus exposée qu'au chœur pendant la grand-messe » pour éviter qu'elle ne se dégrade à cause de l'affluence grandissante des fidèles. Au cours du , plusieurs travaux témoignent aussi de l'affluence des pèlerins. Il s'agit principalement des travaux d'embellissement commandés au cours des années 1730 et 1753 au cours desquelles ont refait entièrement le pavement. Au afin de faciliter la circulation des fidèles, des escaliers sont aussi aménagés dans les deux absidioles nord et sud pour descendre à la crypte.
Le chapitre du Port Les chanoines du Port ont une grande importance dans le développement de l'église sous l'Ancien Régime. C'est le second chapitre derrière celui de la cathédrale, tant au niveau des revenus que de l'influence dans la ville.
Origine du chapitre La création du chapitre de chanoines n'est pas antérieure au milieu du , c'est l'œuvre de l'évêque de Clermont Étienne II. Il cite le chapitre en 959 et lui donne dans la fin du les moyens financiers et les terres pour construire les bâtiments nécessaires à la constitution et à la vie du chapitre (en particulier le cloître au nord de l'église).
Construite à l'origine dans le quartier de l'église paléochrétienne Saint-Laurent, qu'elle a progressivement supplantée puis remplacée.
Il est constitué de quatorze chanoines avec un doyen et un chantre. Plusieurs familles notoires de Clermont ont occupé les stalles du chapitre à l'instar des Champflour.
Architecture On trouve un certain nombre de pierres qui sont des blocs antiques remployés, et, dans le chevet, on observe la présence de pierres volcaniques qui servent à faire une marqueterie inspirée du style mozarabe.
Plan de l'église vignette|redresse=1.2|Plans de l'église et de la crypte.
Construite en arkose blonde, elle se caractérise par des proportions harmonieuses, auxquelles l'application du nombre d'or aurait contribué.