Henriette Roland Holst, née à Noordwijk le et morte à Amsterdam le , est une poétesse et militante socialiste néerlandaise. Découverte par les Tachtigers, elle écrit un grand nombre de poèmes très appréciés, dans lesquels elle parle aussi bien de sa vie personnelle que de son engagement politique. Outre la poésie, elle écrit des biographies et des essais à caractère politique. De 1896 à 1927, elle fait partie d'un réseau international de penseurs révolutionnaires tels que Rosa Luxemburg et Léon Trotski.
À sa mort, Henriette Roland Holst est considérée comme l'une des plus importantes poétesses et militantes politiques de la première moitié du XXe siècle.
Biographie Jeunesse et famille Henriëtte Goverdine Anna van der Schalk est née à Noordwijk le 24 décembre 1869, dans une famille catholique libérale aisée (Elle écrit son prénom Henriette). Elle est la fille du notaire Theodoor Willem van der Schalk (1841-1892) et d'Anna Ida van der Hoeven (1845-1914). Elle a un frère plus âgé et une sœur, plus jeune. Son père appartient à l'Eglise réformée, sa mère est remontrante et elle-même devient membre de la confrérie des remontrants durant son adolescence. Cependant la famille ne semble pas très marquée par la religion. Les enfants sont éduqués à la maison par des gouvernantes et des précepteurs. Henriette van der Schalk entre donc à l'école pour la première fois à l'âge de quatorze ans. Après 4 ans au pensionnat d'Oosterwolde à Velp, réservé aux filles de familles nobles et patriciennes, elle souffre d'une dépression nerveuse qu'elle soigne dans une maison de repos à Amsterdam. Après ses dix-huit ans, elle fait des études à Liège, en Belgique. Tout au long de sa vie, Henriette souffrira périodiquement de dépression, d’anorexie et de problèmes cardiaques.
En 1892 elle perd son père et sa sœur cadette dans un accident de calèche.
En 1896, elle épouse l'artiste Richard Roland Holst et prend le nom de Henriette Roland Holst. Elle devient ainsi la belle-sœur de la féministe , une des initiatrices de l'Exposition nationale du travail des femmes. Elle devient aussi plus tard la tante du poète Adriaan Roland Holst, surnommé le Prince des poètes néerlandais (1888 - 1976). vignette|Buste d'Henriette Roland Holst à la Lindenplein, Noordwijk
Rencontres artistiques Vers 1890, Henriette van der Schalk rencontre le poète Albert Verwey, chef du Mouvement des Tachtigers ( (mouvement des poètes des années 1880) avec Willem Kloos, mais elle est soumise à une éducation très stricte et doit le voir en cachette de son père pour lui lire les poèmes qu'elle écrit. En 1892, elle rencontre aussi le peintre Jan Toroop.
Après la mort de son père et la maladie de sa mère, elle est plus libre de ses actes et peut s'adonner à la poésie. Elle écrit alors le sonnet fameux : (Je ne suis pas femme maintenant; je ne suis que poète maintenant). Elle dédicace à ses deux amis, Toroop et Verwey, ses premiers vers qui, publiés en 1893 dans le Nieuwe gids, lui apportent tout de suite la reconnaissance ainsi que les éloges de Willem Kloos qui la qualifie de
Chez Albert Verwey, elle rencontre l'artiste Richard Roland Holst, Rik, avec lequel elle se fiance très vite. Après leur mariage, le 16 janvier 1896 à Hilversum, le couple s'installe au domaine de Schoonoord à 's-Graveland puis à Laren.
Le poète Herman Gorter l'encourage à lire Platon, Dante et Spinoza, ainsi que Le Capital de Karl Marx. C'est le moment où Henriette commence sa carrière d'autrice politique, historique et philosophique, et qu'elle devient militante socialiste.
Œuvre poétique Après ses débuts dans le Nieuwe Gids en 1893, Henriette publie 25 sonnets en 1894 dans le premier numéro du Tweemaandelijks Tijdschrift d'Albert Verwey.
En 1896, elle publie le recueil Sonnetten en Verzen in Terzinen geschreven. Rik Roland Holst s'inspire du designer britannique William Morris, qu'ils admirent tous les deux, pour la réalisation de la maquette du recueil, dans un style médiéval. En 1898, ils réalisent ensemble l'ouvrage Dante Gabriel Rossetti, als dichter en schilder (1828- 1882).
1896-1911 : Socialisme À 27 ans, Henriette Roland Holst devient membre du Parti Social-Démocrate des Ouvriers, SDAP.
Elle devient membre du comité exécutif du parti et, en 1900, elle participe au à Paris où elle se lie d'amitié avec Rosa Luxemburg qui devient aussi son modèle. Les deux femmes correspondent jusqu'à l'assassinat de Rosa Luxemburg en 1918. Henriette Roland Holst écrit plus tard une biographie de Rosa Luxemburg.
Henriette Roland Holst publie son premier recueil de poèmes socialistes, De nieuwe geboort en 1902, traduit le chant révolutionnaire l'Internationale en néerlandais et écrit un poème pour le 1er mai.
Elle siège également au comité de rédaction de la revue De Nieuwe Tijd .
1911-1928 : Communisme Marxiste révolutionnaire, elle participe à la création du groupe « De Tribune », une ligne révolutionnaire marxiste qui est exclue du parti en 1909. Henriette Roland Holst mène l'opposition au sein du SDAP jusqu'à ce qu'elle le quitte en 1911. Après quelques années sans affiliation, elle cofonde, durant la Première Guerre mondiale, avec d'autres dissidents du SDAP, le Revolutionair Socialistisch Verbond (Ligue socialiste révolutionnaire, RSV), qui devient en 1929 le , RSP. Avec la Ligue, elle mène des actions antimilitaristes et défend les objecteurs de conscience. La Ligue fusionne avec le Sociaal-Democratische Partij (Parti social-démocrate, SDP) précurseur du Parti communiste des Pays-Bas.
Elle participe à plusieurs congrès de l’Internationale socialiste, où elle fait partie de l’aile gauche, et rencontre des théoriciens du socialisme révolutionnaire, tels que Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et Trotski.
Elle exprime la douleur qu'elle a ressenti lors de cette période de désillusion et de doute dans le recueil de poèmes De vrouw in het woud (1912).
Elle participe comme seule déléguée des Pays-bas, à la Conférence internationale de Zimmerwald, en Suisse, en 1915 et y établit, avec Trotsky et Lénine, les fondements de la Troisième Internationale.
Après l'armistice du 11 novembre 1918, elle appelle, comme à la révolution, durant la . Une manifestation est prise pour cible par l'armée, faisant quatre morts par balle. Lors de cet épisode douloureux, elle écrit son vers le plus célèbre : ( Les forces de la douceur triompheront / à la fin).
En 1921, elle entreprend un voyage en Russie soviétique qu'elle découvre en proie au chaos, à la guerre civile et à la famine. Son enthousiasme pour la révolution russe en est ébranlé : .
En , elle quitte le Parti communiste, en désaccord avec la politique de Staline et l'étouffement de la liberté d'opinion. Elle est aussi attirée par le socialisme religieux prôné par la communauté des .
1928-1952 : Résistance et autres engagements Henriette Roland Holst ne rejoint plus aucun parti politique mais s'engage diverses actions : elle milite notamment en faveur des droits de l'homme et contre le colonialisme et le nazisme durant les années 1930.
Durant les dernières années de leur mariage, Rick Roland Holst lui interdit toute activité politique. A sa mort, le 31 décembre 1938, elle lègue sa fortune aux Woodbrokers et son domaine à l'association Natuurmonumenten. Elle redevient plus active, y compris durant l'occupation allemande pendant laquelle ses œuvres sont interdites par la . Comme socialiste, elle risque également d'être arrêtée à tut moment. Malgré cela, elle participe à la résistance en contribuant à des journaux clandestins comme (L'étincelle), plus tard nommé De Vlam (La flamme) et en cachant des personnes juives dans la propriété familiale de Buissche Hei.
Elle soutient la lutte pour l'indépendance de l'Indonésie dès les années 1920.
Au cours des années ses écrits prennent aussi un caractère plus religieux. Elle écrit des drames, puis des biographies de Rousseau, Gandhi et Tolstoï, et des articles journalistiques.
Positions sur le féminisme Henriette Roland Holst ne se revendique pas comme féministe et, conformément à la vision marxiste, estime que la lutte des classes est prioritaire et qu'une division entre les sexes affaiblirait le mouvement. Lors des préparatifs de l'Exposition nationale du travail des femmes qui aura lieu à La Haye en 1898, elle déclare que l'exposition serait un piège de la bourgeoisie pour inciter les ouvrières à s'opposer aux hommes. En conséquence elle appelle celles-ci à boycotter l'événement. Cette déclaration véhémente ne rallie cependant pas les membres de la classe ouvrière présentes : du syndicat des couturières et de l'Association des tailleurs de diamants. Elle poursuit ses attaques plutôt violentes contre les féministes et tous les soutiens à l'Exposition, allant jusqu'à semer la discorde dans son propre parti.
Dans sa poésie, elle fait souvent référence à sa vie de femme. Elle écrit des poèmes émouvants sur son désir inassouvi d'enfants et son mariage imparfait. En effet peu de temps après leur mariage son mari entame une relation de longue durée avec la chanteuse Ina Santhagens. Henriette Roland Holst y fait fréquemment allusion dans sa poésie.
Fin de vie À la fin de sa vie, elle écrit son autobiographie Het vuur brandde voort (Le feu brûlait toujours).
Elle meurt le 21 novembre 1952, à l'âge de 82 ans, dans une maison de retraite à Amsterdam.
À sa mort, Henriette Roland Holst est considérée comme la plus grande poétesse des Pays-Bas et comme la conscience politique de la nation.
En 2019, une anthologie de ses poèmes est publiée sous le titre De zachte krachten zullen zeker winnen (Les forces pacifiques triompheront) du poème éponyme sur l'échec de la Révolution russe de 1917.
Prix et distinctions 1934 - pour l'ensemble de ses œuvres 1949 - pour l'ensemble de ses œuvres. Le prix Henriette Roland Holst
Le 20 mai 1947, à l'occasion du tricentenaire de la mort de Pieter Cornelisz Hooft, Henriette Roland Holst est nommée docteure honoris causa de l'Université d'Amsterdam, pour sa contribution exceptionnelle à la littérature néerlandaise, et plus particulièrement à la poésie et à l'histoire. (). Trois de ses ouvrages sont particulièrement mis en avant : sa biographie de Léon Tolstoi, Revolutionaire Massa-aktie (Action révolutionnaire de masse) et Kapitaal en Arbeid in Nederland (Capital et travail aux Pays-Bas). 1939, 1950 : à deux reprises, Henriette Roland Holst est nommée pour le Prix Nobel de littérature. 1957 : Le Prix Henriette Roland Holst est créé par De Arbeiderspers et décerné par la Fondation Henriëtte Roland Holst. Il récompense chaque année différents genres littéraires. De 1980 à 1984, il est décerné tous les deux ans, puis tous les trois ans par la Maatschappij der Nederlandse Letterkunde (Société de littérature néerlandaise). Ce prix vise à récompenser des œuvres en prose, en poésie ou en théâtre qui se distinguent par leur engagement social et leur qualité littéraire. Un buste en bronze à son effigie, réalisé par est placé devant sa maison natale à Noordwijk. Un sentier de promenade à Oude Beisse Heide où elle a vécu, porte le nom de Sentier poétique Henriette Roland Holst, avec des textes de ses poèmes sur des panneaux.
Publications (courte sélection) Pour une liste complète des publications d'Henriette Roland Holst, avec textes et littérature secondaire, voir Digitale bibliotheek van de nederlandse letteren .
Poésie
Textes politiques
Biographies
Bibliographie
(Arnhem 1937).
Références
Liens externes
Textes d'Henriette Roland Holst Biographie dans le Biografisch Woordenboek van Nederland Site auteurs néerlandais traduit en français
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