Le château de Frankenbourg est un château fort médiéval en ruine situé sur le sommet de la montagne du Schlossberg, entre les villages de Neubois et de La Vancelle, dans le sud du Bas-Rhin. Le château a vraisemblablement été construit sur un site plus ancien, comme en témoignent la présence d'un mur protohistorique (un des murs païens d'Alsace, en appareil cyclopéen) et des traces d'un peuplement celtique et romain.

Localisation Schlossberg C'est sur le sommet du Schlossberg (« montagne du château »), qui sépare la vallée de Villé du val d'Argent, que fut construit le château de Frankenbourg sur un ancien castel romain où l'on a découvert de nombreux objets de cette époque (monnaie de , statuette de bronze et hache). Ce sommet en forme de cône culmine à et est entouré de toute part par la forêt. À partir de ce sommet on aperçoit la plaine d'Alsace, la vallée de Villé, jusque vers Breitenbach et la vallée de la Lièpvrette, dont Lièpvre. Dans cette direction, on aperçoit aussi la montagne du Chalmont, qui culmine à . À droite, le rocher du Coucou, abrite un relais hertzien de télévision et de radiodiffusion, qui dessert la région de la moyenne Alsace et du Val d'Argent. Le château domine l'entrée de la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines (le Val d'Argent ou val de Lièpvre) traversée par la route transvosgienne qui aboutit en Lorraine et qui, au Moyen Âge, représentait un intérêt stratégique.

Accès vignette|gauche|Ruines du château, partie ouest. Lorsque de Sainte-Marie-aux-Mines on veut se rendre au château de Frankenbourg, on prend d'abord la route nationale 59 jusqu'au bas du village de Lièpvre, ensuite on tourne à gauche après avoir traversé la Lièpvrette en face des Cuisines Schmidt. On suit ensuite la route de La Vancelle, puis on traverse une forêt de pins qui mène jusqu'au château. Il n'existe pas de route bitumée qui mène au château à partir de La Vancelle. Il existe par contre une route bitumée à partir de Lièpvre et La Vancelle qui n'est ouverte à la circulation automobile qu'à une certaine période de l'année et seulement le dimanche. Une autre route bitumée existe depuis Breitenau dans le val de Villé qui permet de se rapprocher au plus près du château de Frankenbourg, mais là aussi la circulation automobile n'est ouverte que le dimanche à une certaine période de l'année. Le reste du trajet menant au château se fait en dix minutes sans fatigue. Il faut juste laisser la voiture et se garer sur le parking aménagé à cet effet, à proximité du Schlossplatz (Place du château). Le château est aussi accessible à pied depuis La Vancelle, depuis Neubois, ou encore depuis Lièpvre.

Historique Peuplements antérieurs Bien avant l'époque médiévale, l'endroit où se dresse aujourd'hui ce château a fait l'objet de constructions. Des découvertes archéologiques ont révélé la présence d'objets remontant à l'âge du bronze, des monnaies romaines et une statuette – le taureau aux exposé à la Maison du Val de Villé, découvert par un habitant de Rombach-le-Franc. Cela n'a rien d'étonnant quand on songe que l'endroit représentait une position stratégique et un verrou important pour surveiller l'entrée des deux vallées vosgiennes disposées approximativement d'ouest en est : le val de Villé au nord et le val d'Argent au sud.

La construction du château attribuée à Clovis ? vignette|gauche|Vue extérieure sur la ruine du château du Frankenbourg. L'origine exacte du château est inconnue mais un ancien analyste, Daniel SpecklinArchitectura, 1589 - 5 volumes., affirme que c'est Clovis (Clodovig) roi des Francs qui construisit ce château vers le lorsqu'il fit la conquête de l'Alsace. Il aurait bâti ce château sur un plateau qui domine les deux vallées de la Lièpvrette et de Villé afin de s'assurer plus facilement le passage de ses troupes d'est en ouest. Il nomma ce château « Frankenbourg » qui veut dire la forteresse des Francs (Burg der Franken). Il y bâtit une chapelle où Specklin dit avoir vu, sur l'un des vitraux peints qui existaient encore de son temps, les premières armoiries des Francs : trois crapauds de sable (noirs) sur un champ d'argent (sur fond blanc). Selon la légende, au cours de la bataille de Tolbiac que certains historiens situent au Kochersberg au nord-ouest de Strasbourg, Clovis avait promis à sa femme Clotilde qu'il se convertirait au Dieu des Chrétiens si celui-ci lui accordait la victoire. La tradition alsacienne veut que cette promesse eût été prononcée au château de Frankenbourg. Après sa conversion au christianisme, Clovis aurait remplacé les trois crapauds par trois fleurs de lys qui sont devenues ensuite les armes des rois de France. C'est dans la chapelle de ce château, dit la tradition, que l'épouse de Clovis Sainte Clotilde a prié, pendant la bataille de Tolbiac, pour obtenir la victoire et la conversion de son mari. Dans la région a longtemps circulé une autre légende. Au pied de la montagne, du côté de Villé, un village porte le nom de Bassemberg (la montagne de Basine), où la mère de Clovis, selon la tradition, avait une demeure qu'elle habitait pendant son séjour dans la contréeHartmann : Apparitions de la Sainte Vierge à Kruth (Neubois), ..

Première mention officielle Ce château est mentionné officiellement pour la première fois en 1123 sous le nom de Frankenbourg à travers une charte de l'empereur . Ce château est aussi mentionné le lorsque Frédéric Barberousse vint visiter l'abbaye d'Erstein fondée trois siècles auparavant par l'impératrice Ermengarde de Tours vers 849, village que son mari, l'empereur lui avait confié en 817. C'est à l'occasion d'un traité entre l'abbesse Bertha et le Margrave , auquel assistent Barberousse et de Werd – un descendant des Frankenbourg et un allié des Hohenstaufen – que le nom de Frankenbourg est évoqué. Sigebert reçoit le titre de comte de Frankenbourg vers 1153 de Frédéric Barberousse. Il tenait probablement aussi ce château en fief de l'évêché de Strasbourg, qui en était devenu propriétaire en vertu d'une donation faite en 1061 par le Margrave Hermann et sa femme Hilca. Vers 1336, Ulric de Werd, Landgrave de Basse-Alsace, le tint également en fief de ce même évêché, et en 1351 les comtes Louis et Frédéric d'Œttingen le reçurent de l'empereur . Les Werd prétendaient descendre du duc Etichon au même titre que les ducs de Lorraine. L'an 1411, l'évêché de Strasbourg, auquel donc il appartenait, employa et en 1447 , à sa reconstruction. À cette dernière époque il était occupé par les fils de Burcard de Lutzelstein dont les fils furent soumis à l'exil à cause des innombrables exactions qu'ils provoquaient. En 1470 la ville de Sélestat nomma un châtelain chargé de surveiller le château en prévision d'une possible attaque des troupes bourguignonnes de Charles le Téméraire.

Les comtes de Frankenbourg vignette|gauche|Autre segment du mur païen près du château du Frankenbourg. vignette|Plan du château de Frankenbourg. On connaît généralement en Alsace le château de Frankenbourg qui domine l'entrée des deux vallées de Lièpvre et de Villé mais on ne connaît guère les comtes et le comté de ce nom. Si les historiens en font mention, ce n'est que sous le titre de comte de WerdFriedrich Köllner, Geschichte des vormaligen Nassau-Sarbrücken Landes u. seiner Regenten, 1841. que prit le dernier d'entre eux. Le nom de Frankenbourg est cité pour la première fois dans une charte de l'empereur , donnée à Strasbourg le pour le couvent d'Alpirsbach qui se trouve dans le Wurtemberg. Parmi les témoins de cet acte, à la suite des comtes Hugo de Dagsbourg, Folmar de Hünebourg, Guillaume de Lützelbourg, Frédéric de Sarrebrück (Saraburc), on rencontre le comte Conrad de Frankenbourg (Franconeburc). Mais qui était ce Conrad ? Le manque de documents ne permet pas d'affiner cette question. Il est vraisemblablement apparenté étroitement aux comtes de Sarrebrück (d'origine alsacienne ?). Le second personnage du nom de « Frankenbourg » qui soit en possession du comté est le comte Sigebert. On trouve pour la première fois le nom de ce « Sigebert » en Alsace dans un document du de l'évêque Cunon de Strasbourg en faveur du prieuré de Saint-Léonard près de Bœrsch. Dans cette pièce, il est mentionné comme « le comte Sigebert » tout court. Or, ce était en fait comte de Sarrebruck, (petit)-fils du premier Sigebert connu, à qui du Saint-Empire, sur la prière du duc de Lorraine, avait fait don en 1080 de Wadgassen dans le Sarregau. Ce se trouvait être, comme le duc Thierry et le duc Frédéric de Hohenstaufen, du parti de l'empereur contre le pape. qui est comte dans le Sarregau en Franconie (région de Sarrebruck ; cf. le land de Sarre, plus Deux-Ponts/Zweibrücken à l'origine) possédait des biens du temps du duc Adalbert de Lorraine puis de son frère Gérard d'Alsace (ou ). L'un de ses deux fils, Winither, devint abbé de Lorsch, dont il conféra le plus riche bien (à Brumath) en fief à son frère Sigehart ou de Sarrebrück. C'est de cette époque que date la prospérité de la famille. Les fils (ou plutôt frères de de Sarrebruck sont bien connus dans l'histoire. Le plus célèbre, Adalbert, fut archevêque de Mayence (1111-1137) et chancelier de l'empire sous , Bruno(n) devint abbé de Lorsch et en 1110 évêque de Spire, puis et Frédéric ci-dessus qui portent expressément le titre de comtes de Sarrebruck. Les comtes de Frankenbourg seraient donc issus des comtes Sigebert (d'ailleurs ce prénom se retrouvera chez leurs descendants, les comtes de Werd). Par ailleurs, voir ci-dessous une hypothèse pour relier les Sigebert de Sarrebruck-Frankenbourg au comte Conrad de Frankenbourg rencontré plus haut.

Le comte-ban de Frankenbourg vignette|Porte d'entrée du château du Frankenbourg. Ce comté, plus connu sous le nom de « Comte-Ban », forme la partie sud du val de Villé la moins fertile parce qu'elle est adossée au versant nord des montagnes, qui séparent la vallée de Lièpvre de celle de Villé. Elle se compose des villages de Fouchy (anciennement appelé Grube), Breitenau, Neuve-Église (Neukirch), Hirtzelbach, Dieffenbach-au-Val et Neubois (Gereuth). Le Val de Villé pourrait avoir appartenu dans son ensemble à une seule et même famille, les Ortenberg. Selon la tradition cette famille pourrait être les descendants du duc Attich au mérovingien. On ignore quand la séparation se fit mais d'après l'origine du nom du village « Neukirch » et de ce qui est connu du val, elle n'a pas dû avoir lieu avant le . Par suite de son exposition, le Comte-Ban n'a dû être livré à la culture et à l'exploitation que bien après le comté d'Ortemberg. On connaît les comtes d'Ortemberg depuis le début du , Ce sont les fondateurs de l'abbaye de Honcourt en l'an 1000. Leurs possessions furent transmises par suite de mariage au comte puis empereur Rodolphe IV de HabsbourgA. Schulte, Geschichte der Habsburger in den ersten drei Jahr, 1887 et H. Witte, Die ältern Hohenzollern u. ihre Beziehungen zum Elsass. (Ortenberg est passé en 1162 aux Hohenberg-Haigerloch, en Bade ; puis Gertrude-Anna de Hohenberg épousa en 1245). Comme déjà signalé plus haut, le premier comte connu de Frankenbourg est un nommé « Conrad » en 1123. On ne sait pas s'il descendait des Ortenbourg. Ou bien était-ce peut-être un petit-fils d'Hildegarde, épouse de Frédéric de Büren, mère d'Otto évêque de Strasbourg et de Frédéric (vers 1047-1105 ; premier des (Hohen)-Staufen à devenir duc de Souabe en 1079 ; grand-père de Barberousse), par un frère cadet de ces derniers, Conrad (né vers 1049 et déjà mort en 1095) ? Il est plausible que la sœur ou la fille de ce Conrad de Frankenbourg ait été l'épouse d'un comte de Sarrebruck (ce dernier ne serait alors autre que ) et lui aurait apporté Frankenbourg.

Propriété des comtes de Werd (descendants des Frankenbourg), il devient en 1232 un fief de l'Église de Strasbourg.