thumb|Panorama des toits (toits à trullo mais aussi toits à deux versants) de la ville d'Alberobello, province de Bari, Italie.

Le trullo (au pluriel trulli) représente une forme ancienne de construction rurale et urbaine, en maçonnerie à pierres sèches, de la Murgia dei Trulli (Murgie des trulli), plateau situé entre les villes de Bari, Brindisi et Tarente dans la région des Pouilles en Italie du Sud.

Il s'agit, selon le cas, d'un habitat temporaire ou saisonnier dans les champs ou d'un habitat permanent de petits paysans et d'ouvriers agricoles. On en rencontre des témoins isolés dans la campagne mais aussi de véritables agglomérations comme à Alberobello dans la province de Bari. La zone la plus riche en trulli est la valle d'Itria, entre Alberobello, Locorotondo, Cisternino et Martina Franca.

Leur âge d'or a été le , qui vit le morcellement des grandes propriétés en petites parcelles louées par bail emphytéotique et, dans ses dernières décennies, l'extension de la viticulture.

De la casedda au trullo Le terme italien il trullo (du grec τρούλος : coupole) désigne le bâtiment où un voûtement en pierre (voûte encorbellée ou voûte clavée) est employé pour couvrir l'espace intérieur. Trullo est la forme italianisée du terme dialectal truddu employé dans une zone bien définie de la péninsule salentine (Lizzano, Maruggio, Avetrana) (et donc en dehors de la Murgia dei trulli), où il désigne spécifiquement la cabane à voûte de pierres sèches. Trullo (pl. trulli) a supplanté le terme dialectal casedda (pl casedde) (en italien casella, pl. caselle) par lequel les autochtones de la Murgia désignaient une habitation faite de plusieurs cabanes à voûte de pierres sèches Benito Spano, La Murgia dei trulli, chapitre VII de La casa rurale nella Puglia, 1970, , note 2 : ..

Le maçon-tailleur de pierre spécialisé dans la construction de trulli est dit trullisto ou encore trullaro en italien. Le terme dialectal est caseddaro (pl. caseddari), maçon constructeur de casedde Christian Lassure et Martine Seemann, Vocabulaire italien-français de l'architecture rurale en pierre sèche (réédition actualisée de l'article paru en 1979 dans la revue L'architecture rurale), sur le site pierreseche.com, 16 novembre 2002..

Extension géographique thumb|Soldats polonais hissant des cladodes de figuier de Barbarie sur le sommet d'une cabane en pierre sèche à Casarano dans la province de Lecce. La plupart des trulli se trouvent dans la valle d'Itria, sur un territoire d'environ qui coïncide avec la partie méridionale du haut plateau de Murgie et qui comprend les communes d'Alberobello, Cisternino, Locorotondo et Martina Franca. Dans cette plaine maillée par un réseau de murs en pierre sèche (parietoni) délimitant des vignes et des oliveraies ou bordant des chemins vicinaux, les trulli sont omniprésents dans l'habitat dispersé mais se rencontrent aussi dans les agglomérations (de là vient l'appellation de Murgia dei trulli)..

En dehors de la Murgie des trulli, les constructions à trullo se rencontrent dans la péninsule salentine, la plaine côtière autour et au nord de Bari et près de Monte Sant'Angelo dans les monts de Gargano. L'absence de trulli entre ces quatre zones tient à la discontinuité dans la présence de pierres appropriées.

Seuls les trulli de la Murgie des trulli faisaient l'objet d'une occupation permanente. Dans les trois autres zones, leur occupation était temporaire et saisonnière : abris durant la journée aux champs, cabanes occupées à l'époque de la moisson ou de la vendange, remises à outils.

Contexte géologique La Murgie est une région karstique, où les eaux pluviales ne restent pas en surface mais s'enfoncent à travers les fissures du substrat calcaire pour suivre un cours souterrain jusqu'à la mer Adriatique. L'eau nécessaire à la vie quotidienne doit être recueillie dans des citernes. Le paysage est vallonné, alternant collines et dolines karstiques à une altitude d'environ .

Évolution historique

L'habitat dispersé

Le trullo, un bâtiment rural par définition Le trullo se trouve principalement en zone rurale. Sa conception en murs épais et, du fait de sa structure, l'impossibilité de construction en étages aboutit à une grande utilisation de surface au sol ce qui est incompatible avec les zones urbaines à forte densité. Dans la campagne, les trulli étaient construits individuellement ou jusqu'à des groupes de cinq voire jusqu'à une douzaine de dômes dans les cas les plus développés sans cependant héberger plus d'une famille.

Les pièces sous trullo sont généralement de taille variable, avec différentes niches et alcôves. Elles peuvent être également jointes les unes aux autres de manière modulable en fonction des besoins. L'avantage principal de ce type de construction est son coût limité par l'usage des matériaux locaux avec toutefois l'inconvénient majeur du fait de sa structure et de ses contraintes de requérir des tonnes de matériau et une importante main-d'œuvre pour leur construction qui, de plus, était particulièrement longue. Les trulli ruraux, sur les terres bon marché, virent une période de déclin lors de l'augmentation du coût prohibitif de la main-d'œuvre au .

Locorotondo : les trulli viticoles Autour de Locorotondo, dans la province de Bari, l’habitat dispersé à trulli, déjà présent à la fin du siècle précédent, s’est développé dans le courant du par un mouvement de population de la ville vers la campagne. Au milieu du , les deux tiers de la population de la commune habitent en milieu rural. Afin de valoriser les terrains non exploités de leurs domaines, les grands propriétaires fonciers, décident de morceler leurs terres en parcelles louées sous le régime des baux emphytéotiques, à charge pour les preneurs de créer des vignes.

Dans le premier quart du , des villageois partent donc s’installer dans la campagne environnante où ils se construisent des huttes (abituri). Des hameaux (jazzelere), constitués principalement d’habitations à trulli, se forment autour d’une aire commune (jazzile), devenant vers le milieu du siècle de petits villages. Pendant la deuxième moitié du , cette mutations des terres cultivées en vignobles connaît un développement considérable qui en 1871 comptent pour le quart de la surface communale.

À partir des années 1880, ce phénomène va s'amplifier sous le double effet de la crise européenne du phylloxéra entraînant une augmentation de la demande en vin et de la chutes des cours des céréales. Ainsi dans de nombreuses communes de Murgie va se développer la conversion des terres en vignobles et en conséquence la construction de nouveaux trulli pour héberger la population viticole. Ainsi déjà en 1905 à Locorotondo, la vigne couvre 46,67 % des terres cultivées du futur cadastre de 1929, puis un peu plus de 50 % des terres communales en 1929.

L'habitat groupé thumb|upright 2.5|center|<center>Vue panoramique d'une ruelle d'Alberobello.

Alberobello : du défens à l'agglomération Tous les documents consultés, du milieu du à la fin du , mentionnent le site d'Alberobello principalement comme selva (litt. « forêt ») et dans certains cas comme défens, c'est-à-dire zone où il est défendu de faire paître le bétail. Aucun indice n'existe quant à la présence d'habitations avant le . Émile Bertaux, qui se rendit dans les Pouilles à la fin du , écrit, en 1899, que « les villes de trulli sont de formation récente ». Il signale qu'Alberobello « était encore il y a trois siècles une vaste selva, moitié maquis, moitié forêt d'yeuses et de chênes ». À l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville, il n'y avait au commencement du qu'une chapelle dans les bois. Le « plan du territoire de Mottola » établi en 1704 par Donato Gallerano, montre clairement différents modes d'occupation humaine sur ce territoire : d'une part des villes comme Putignano ou Noci, situées au sommet des petites collines qui caractérisent le paysage de la Murgie du Sud-est, d'autre part un ensemble de trulli à l'abri d'un grand bois et qui constituent le petit habitat d'Arbore bello. Dans la carte géographique dessinée par Giovanni Antonio Rizzi Zannoni en 1808, apparaît la Selva d'Alberobello et, clairement situé dans une clairière, un habitat de maisons éparses qui présente de nombreuses ressemblances avec l'actuel centre habité.

Dans une photographie du quartier (rione) « Monti » de 1897, les constructions à trulli, loin d'avoir la densité actuelle, sont encore entourées d'enclos cultivés en jardins et l'on aperçoit encore le cours sinueux de quelques anciennes sentes. Sont également visibles quelques maisons classiques à toiture à deux pans (couvertes en lauzes toutefois). dont la construction récente était ressentie comme une dénaturation par un érudit local de la fin du C. Bertacchi, Una città singolare: Alberobello, in Rassegna tecnica, vol. XIV, 1897, pag. 199 e pag. 230..

Les maisons à trulli encore visibles aujourd'hui datent des , . Après avoir connu une densification importante dans les premières décennies du Des photos du début et du milieu du montrant des ruelles d'Alberobello, sont visibles dans l'article en ligne Les trulli ou casedde d'Alberobello (province de Bari, Italie) à travers les cartes postales et photos anciennes, Photos de la première moitié du , sur le site pierreseche.com, en date du 5 janvier 2011., cet habitat a été victime d'un mouvement d'abandon dans la deuxième moitié du .

Interprétations d'érudits locaux thumb|right|À Alberobello, alignement de trulli à façade sur rue reconvertis dans le tourisme. Selon certains érudits de la première moitié du , c'est le comte de Conversano, Giangirolamo II Acquaviva d'Aragon, qui fit bâtir en 1635, à côté de cette chapelle, la villa seigneuriale autour de laquelle vinrent peu à peu s'agglutiner des maisons à trulli. Voulant créer un fief indépendant de la Cour de Naples sans l'autorisation au Roi, il concéda à un groupe de colons le droit de cultiver la terre (en zone franche) et de se construire des habitations, à condition que celles-ci soient réalisées sans l’emploi de mortier de chaux pour être démolies facilement puis remontées. Les trulli n’étaient pas recensés comme habitations légales et les paysans qui les habitaient émargeaient comme habitants du village de Noci voisin, garantissant aux feudataires des avantages tributaires et une occupation plus vaste du territoireGiuseppe Notarnicola, I trulli di Alberobello dalla preistoria al presente, Unione Editoriale d'Italia, Roma, 1940, ..

Toujours selon ces érudits, la Selva (en français « selve » ou « sylve ») se libéra en 1779 de la vassalité et se défit de l'obligation de construire uniquement des maisons en forme de trulli. En dehors de la villa seigneuriale, la première maison urbaine à rompre avec la technique de construction à trulli, aurait été la Casa d'Amore, sur la place du Plébiscite, ainsi nommée d'après le nom de son commanditaire, le maire Francesco d'Amore. Il s'agit d'une maison à un étage, à façade en pignon, couverte toutefois d'une bâtière de lauzes sur voûte en berceau. Une inscription donne comme date d'édification 1797.

Ces explications se heurtent toutefois à un constat. Luigi Mongiello, professeur d'architecture à la Faculté d'ingénierie de Bari, fait remarquer que les trulli édifiés au début du , donc bien longtemps après l'édit de Gian Girolamo II Acquaviva et le décret de Ferdinand IV de Bourbon, sont construits par superposition d'assises de pierres et de lauzes sans aucune trace de mortier (alors que les parements internes sont parfairement enduits). Cela implique que l'absence de mortier dans les structures à trulli est un dogme inhérent à la tradition séculaire des artisans bâtisseurs locaux et, partant, que l'explication de « la démolition instantanée en cas d'inspection » ne tient pas.

Description

Matériaux et mode d'emploi thumb|Cônes couverts en lauzes (chiancarelle, ou chiancaredde en dialecte local) à Alberobello.