Léonie de Waha, née de Chestret, est née le à Tilff et est morte le à Liège. Elle fut une pédagogue, militante wallonne et féministe belge.
Jeunesse, avant le mariage Née à Liège le au 40 rue Hors-Château, Léonie de Chestret était la fille du baron Hyacinthe de Chestret de Haneffe et d'Amanda Laurence de Selys LongchampsBaron de Stein d'Altenstein, Annuaire de la noblesse de Belgique, Volume 6, 1852, page 138 et 139.. Elle incarnait ainsi le résultat de l’union de deux grandes familles libérales directement liées à l'histoire liégeoise. L’implication de son arrière-grand-père paternel, le baron et révolutionnaire liégeois Jean-Remy de Chestret de Haneffe (1739-1809), dans la Révolution liégeoise représenta pour elle une valeur exemplative qui conduisit sa pensée. En effet, tout au long de sa vie, elle exalta la figure de cet ancêtre et fit de nombreuses références à son combat lors de la Révolution liégeoise afin de donner plus de poids à ses propres idéaux. La mère de Léonie meurt en 1838. L’éducation de sa fille fut confiée à des gouvernantes et partiellement assurée par son père qui contribua à lui inculquer des idéaux libéraux progressistes et républicains. En effet, le baron de Chestret de Haneffe entretint avec sa fille des discussions à teneur politique dès son plus jeune âge et lui fit notamment lecture du Journal de Liège (organe de presse libéral doctrinaire) dès ses 6 ans, contribuant à la former très tôt à la politique. . Elle cultiva également une foi catholique personnelle, qu’elle affirmait combiner avec les principes du libéralismeLettre de Léonie de Waha, adressée à Louis Lagauche, Tilff, le 29 septembre 1922, dans ‘’Musée de la Vie wallone’’, Dossier biographiques, “De Waha Léonie”. Malgré les évidentes similitudes entre ses convictions et l’idéologie de la libre-pensée qui regroupait la bourgeoisie libérale avant 1914, sa présence au sein de sociétés de cette nature n’est pas certaine. . . Elle reçut l’enseignement dispensé par la Maison d’éducation française pour demoiselles de LiègeFondée par Marie-Louise de Beffroi de Beauvoir et connue sous le nom de Maison d’éducation française pour demoiselles de Liège, cette institution liégeoise, qui prônait la tolérance religieuse ferma ses portes en 1852. Van Rokeghem S., Vercheval-Vervoort J., Aubenas J., ‘’Femmes dans l’histoire en Belgique, depuis 1830’’, Bruxelles, 2006, p.31. (maintenant Enseignement secondaire de Beauvoir). Durant cette période, elle se passionna notamment pour les langues anciennes et modernes et pour l’histoire, plus particulièrement celle de la Belgique et de l’Ancien Pays de Liège (Principauté de Liège). En 1848, son père la contraignit à ce qu’elle qualifia elle-même « d’exil » à Bernissen, près de Saint-Trond. Elle refusa toujours d’apprendre le flamand, qu’elle désignait d’ailleurs sous le terme de « kanifichtône »Quairiaux Y., ‘’L’image du Flamand en Wallonie (1830-1914) : essai d’analyse sociale et politique’’, Bruxelles, 2006, p. 281-282., terme parodique wallon issu de la phrase « Ik kan niet verstaan » (traduction : Je ne comprend pas) et témoignant d’un certain anti-flamingantisme culturel, qui faisait partie intégrante de sa conception du militantisme wallon. . Un an plus tard, son père fut élu sénateur et déménagea à Bruxelles, ville envers laquelle sa fille nourrit des sentiments très mitigés.
Biographie Jeunesse Léonie de Waha relève de deux familles aristocrates libérales corrélées à l'histoire de la ville de Liège. Née dans l'hôtel particulier familial de la rue Hors-Château à Liège en 1836, elle est issue d'une longue lignée noble de l'ancien pays de Liège. Fille du baron Hyacinthe de Chestret de Haneffe, commissaire d'arrondissement (1830) et ensuite sénateur libéral de Liège (1846-1851) et de Amanda-Laurence de Sélys Longchamps, grande sœur d'Edmond de Sélys Longchamps, scientifique engagé politiquement au sein du parti libéral, elle bénéficia d'une éducation aisée et cultivée..
Dès son plus jeune âge, elle fut inscrite à la Maison d'éducation française pour demoiselles de Liège créée en 1817. et dirigée par Marie-Louise de Beffroi de Beauvoir. Léonie de Waha de Chestret, adolescente, s'affirme d'opinion libérale, démocrate, tolérante et croyante.
Elle épouse Victor de Waha de Baillonville, jeune docteur en droit, baron et fils de Joseph-Louis de Waha, en . Ce dernier mourra quatre ans plus tard. Trois ans après leur union, ils perdront leur fille unique, Louise-Amanda. Léonie de Waha décida de poursuivre l'œuvre sociale de son mari après sa mort en se consacrant à la collectivité.
Œuvres philanthropiques Dans les années 1860, elle créa des bibliothèques à Chênée et à Esneux, ainsi que des écoles, dont l'école de coupe et couture à Tilff, et des jardins d'enfants dans le quartier de Saint-Gilles. Elle fonda également l'Association pour l'éducation des jeunes filles. De la même manière, Léonie de Waha participa à la création de la Société liégeoise : organisation permettant la construction, l'achat de maisons ouvrières et, ce faisant, facilitant l'accès à la petite propriété dès l'âge de 16 ans.. Afin de réaliser ce projet, elle fit bâtir six groupes de quatre maisons avec jardins en façade.
Contexte historique Le est une époque caractérisée par de nombreuses revendications, dont celles de femmes et de leurs droits. Entre 1789 et 1830, il y eut l'apparition des premières organisations, mouvements et revendications féministes. Avant la Révolution française, les femmes étaient victimes d'inégalités et de . Le siècle des Lumières inaugure une nouvelle ouverture d'esprit prônant l'égalité pour tous. Les femmes, avant chargées de s'occuper du ménage et de materner, participent davantage aux mouvements et débats sociétaires dans le but de se voir reconnaître des droits égaux à ceux des hommes.. Olympe de Gouges, grande figure révolutionnaire et connue pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1793), est à l'image de cette ambition de changement. Ainsi, les femmes se considèrent comme un groupe persécuté, et revendiquent le droit au travail et à l'enseignement.
La question de la place de la femme dans le système éducatif belge est délicate dû au fait qu'elle renvoie à la place de la femme au sein de la société étant entendu que l'instruction a pour objet de renforcer l'assurance de soi, d'accroître la conscience des droits de chacun ainsi que de soutenir l'indépendance économique des femmes. Alors que peu de filles issues de la classe populaire fréquentent les institutions scolaires, les jeunes filles du milieu aristocrate et bourgeois se voient dispenser un enseignement par des congrégations religieuses ou des préceptrices particulières.
Au sein de son ouvrage Le Siècle des femmes, Florence Montreynaud présente la mentalité de l'époque, héritée des Lumières, comme infériorisant les femmes aux hommes. Dès la fin du , certaines femmes qualifiées d'avant-gardistes, dont Christine de Pisan ou Madame d'Épinay, tentent d'attribuer cette inégalité à des causes éducatives et non plus naturelles. Plus encore, il y a une volonté de changer la position sociale des femmes, en instaurant l'école pour tous.
Engagement féministe Le féminisme est . C'est au cœur d'une tendance libérale progressiste émanant d'une nouvelle génération, naissante de la répercussion du socialisme, qui tend à protéger la démocratisation de la société et soutenir les multiples mouvements flamand, ouvrier, antiesclavagiste.. À cette époque, l'enseignement était perçu par les libéraux comme étant une arme non négligeable contre l'Église étant entendu que l'enseignement des filles, en particulier, devait soustraire les femmes et, par leur intermédiaire, le « peuple », à son influence.
L'institut supérieur libre de demoiselles vignette|redresse|L'hôtel de Crassier de la rue des Célestines à Liège. Au début du , l'histoire ne témoigne pas de l'existence d'établissement scolaire à Liège formant les jeunes filles afin de leur permettre d'entrer à l'université, hormis les couvents ou les écoles catholiques.
Portée par la volonté du bourgmestre de Liège, Jules d'Andrimont, de fonder une école réservée aux jeunes filles, Léonie de Waha créa, en 1868, l'Institut supérieur libre de Demoiselles sous la forme d'une société anonyme. Installée dans l'hôtel de Crassier de la rue des Célestines profitant ainsi d'un jardin donnant sur la Sauvenière., cette institution fut largement inspirée du modèle scolaire d'Isabelle Gatti de Gamond. Cette association poussa les détracteurs de l'Institut à le surnommer « École à la Gatti ». L'école dispensait des cours de niveau primaire et supérieur, lesquels étaient dispensés par des institutrices et régentes pour le premier, et par des spécialistes pour le second. Rapidement, l'Institut fit l'objet de revendication de l'Église catholique dû à la possibilité des parents d'exempter leurs enfants de l'enseignement des religions et dû à la singularité de cette institution, se marquant par son pluralisme philosophique : chaque culte fait l'objet d'un enseignement accordé par un représentant qualifié en la matière. Les particularités de cette démarche pédagogique eurent pour conséquence l'excommunication, par l'évêque de Liège, Théodore de Montpellier, de l'ensemble des personnes qui fréquentent cette institution scolaire. La polémique autour de cette institution s'éteindra avec le temps. Au fil des années, cette école devint l'un des piliers de l'enseignement communal liégeois et se développa dû à l'augmentation de la population scolaire. À partir de 1879, et ce grâce à des subventions accordées par la province de Liège, l'inscription y devient gratuite.
Il ne faut pas confondre l'Institut supérieur libre de Demoiselles et l'École moyenne professionnelle de Demoiselles située rue Hazinelle (place Saint-Paul) et créée le par la Ville de Liège sur une propriété achetée en 1874 par la Ville à Léonie de WahaBA, 1874, cit. in ..
Union des femmes de Wallonie L'Union des femmes de Wallonie fut fondée le dans la foulée du Congrès wallon, de la lettre au roi de Jules Destrée et de l'Assemblée wallonne. L'Union, compta à ses débuts 140 membres et était présidée par Léonie de Waha jusqu'à son décès en 1926.
La vice-présidence était assurée par Marie Defrecheux (remplacée, fin 1913, par Madame Mahaim-Stévart) et Marguerite Horion-Delchef en assurait le secrétariat..
Quant aux événements justifiant la fondation d'un tel mouvement, le Manifeste de lancement de l'Union des femmes de Wallonie déclarait : .
Quant au but de l'association, il tendait à . Cette organisation souhaitait solliciter et encourager une conscience politique wallonne au sein des femmes de Wallonie.
L'Union des femmes de Wallonie ouvrait ses portes à l'ensemble des femmes qui pensaient, se préoccupaient du souci de l'équité, de l'amour du sol natal, de la solidarité mais également de l'orgueil du peuple.
Léonie de Waha de Chestret mit également en exergue la gaillarde (ou gaillarda) comme . Celle-ci fut d'ailleurs homologuée comme l'emblème floral de la Wallonie. par le décret du Décret du 3 décembre 2015 modifiant le décret du 23 juillet 1998 déterminant le jour de fête et les emblèmes propres à la région wallonne en vue d'officialiser l'emblème floral de Wallonie..
Héritage et influence de Léonie de Waha L'Institut supérieur libre de Demoiselles vit le jour en 1868 dans l'hôtel de Crassier sis 14, rue des Célestines. Par un acte notarié passé le et ratifié par la Ville le 1878 est une date erronée qui vient d'une inversion que l'on découvre dans l'ouvrage de Madame Lambotte sur Léonie de Waha., Léonie de Waha le céda à la Ville de Liège. La Ville de Liège y maintint un établissement d'instruction sous le titre : Institut supérieur de demoiselles. Pour cet institut, la Ville érigea un vaste bâtiment au 131, boulevard de la Sauvenière à la fin du , cachant ainsi des promeneurs l'hôtel initial. Il fut ensuite renommé lycée de Waha en 1925..