Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1968 (), disputé sur le circuit de Brands Hatch le , est la cent-soixante-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1968.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.

Marquée par les disparitions successives de Jim Clark, Mike Spence, Ludovico Scarfiotti et de Jo Schlesser, la première partie de l'année 1968 s'est révélé particulièrement cruelle pour le sport automobile. Le Team Lotus a été tout particulièrement touché, Spence ayant été appelé à remplacer Clark au sein de cette écurie avant d'être frappé à son tour, et son fondateur Colin Chapman avait alors envisagé de mettre fin à toute activité sportive. Les victoires successives de Graham Hill en Espagne et à Monaco ont toutefois redonné confiance à l'équipe, le pilote britannique étant, à mi-saison, en tête du championnat du monde avec huit points d'avance sur Jackie Stewart et Jacky Ickx, le pilote Matra et le pilote belge étant à égalité.

Le circuit

thumb|alt=Brands Hatch|Les abords du circuit de Brands Hatch, près du village de Fawkham, à environ trente kilomètres de Londres. Tout d'abord théâtre de courses motocyclistes sur gazon, le vallon de Brands Hatch, situé près du village de Fawkham (Kent), fut transformé dès 1950 en circuit permanent, une piste asphaltée d'un mile (1,6 kilomètre) y étant réalisée pour l'organisation d'une épreuve de Formule 3, le tracé étant en parallèle toujours utilisé pour le sport motocycliste. En 1954, l'adjonction de l'épingle des «Druids» porta la longueur du tracé à près de deux kilomètres, avant que de gros travaux ne soit effectués au cours de l'hiver 1959/1960 pour la construction d'un circuit international de plus de quatre kilomètres, comportant de nombreux aménagements pour l'accueil des concurrents et des spectateurs, les tribunes offrant une vue d'ensemble de l'autodrome qui, depuis 1964 accueille, en alternance avec Silverstone, le Grand Prix automobile de Grande-Bretagne. Brands Hatch accueille également, depuis 1965, la Course des Champions, épreuve de Formule 1 hors championnat se déroulant le deuxième dimanche de mars. Lors de la dernière édition de cette épreuve, le pilote-constructeur Bruce McLaren avait accompli un tour à 167,6 km/h de moyenne, établissant un nouveau record officiel.

Monoplaces en lice thumb|upright=1.2|alt=Lotus 49B|Joseph Siffert dispose d'une Lotus 49B flambant neuve. Pour Brands Hatch, elle sera dotée de deux volets aérodynamiques à l'avant et d'un imposant aileron arrière. Brabham BT24 & BT26 "Usine" Après deux années de succès, l'équipe de Jack Brabham vit une saison difficile, la fiabilité du V8 Repco 860, à doubles arbres à cames en tête, s'avérant désastreuse. Bénéficiant d'une distribution à quatre soupapes par cylindre, il développe 400 chevaux à 8500 tr/min et permet aux BT26 de briller en qualification, mais depuis leur apparition en Espagne ces monoplaces de 530 kg, équipées d'une boîte de vitesses Hewland FG400, n'ont terminé aucune course, les casses mécaniques étant récurrentes ! Le pilote-constructeur et son coéquipier Jochen Rindt disposent de leurs voitures habituelles, un exemplaire du précédent modèle BT24 (510 kg, moteur V8 Repco à simples arbres à cames en tête, 340 chevaux à 8000 tr/min) servant de mulet. Brabham est le seul constructeur construisant des F1 à châssis multitubulaire (la coque des BT26 étant toutefois renforcée par des panneaux d'aluminium), les autres ayant adopté la technique monocoque. Les Brabham utilisent des pneus Goodyear.

Brabham BT20 privée L'ancien champion de Suisse Charles Vögele a racheté la Brabham BT20 utilisée par Denny Hulme en 1966 et au début de la saison 1967. Équipée d'une des premières versions du moteur V8 Repco, développant 315 chevaux, cette monoplace, confiée à Silvio Moser, pèse 565 kg et utilise des pneus Goodyear.

Lotus 49 & 49B "Usine" Graham Hill pilote son habituelle 49B, désormais dotée de deux larges volets avant et d'un aileron arrière surélevé. La 49B de Jackie Oliver ayant été très endommagée lors des essais du Grand Prix de France, le jeune pilote britannique pilotera la 49 utilisée par Jim Clark l'année précédente. Cette monoplace, louée jusqu'alors à l'écurie de Rob Walker pour Joseph Siffert, a été entièrement repeinte et révisée à l'usine et s'est vu greffer les mêmes appendices aérodynamiques que celle de Hill. Les deux voitures sont motorisées par un V8 Cosworth DFV (deux doubles arbres à cames en tête, quatre soupapes par cylindre, injection indirecte Lucas, 415 chevaux à 9200 tr/min), le moteur (boulonné au cockpit) étant porteur. La 49B est dotée d'une boîte «cinq» Hewland FG400, alors que la 49 d'Oliver a conservé la boîte ZF d'origine. Les Lotus pèsent 505 kg à vide et utilisent des pneus Firestone.

Lotus 49B privée thumb|upright=1.2|right|alt=Cooper T86C|Destinée à Lucien Bianchi, la Cooper T86C à moteur V8 Alfa Romeo n'est pas présente à Brands Hatch, le motoriste n'ayant pas tenu les délais de réalisation. Lotus ayant pris du retard dans la construction du châssis 49B destiné à Rob Walker, l'équipe en a elle-même réalisé l'assemblage dans les locaux de l'usine, à Hornsey. La monoplace, dotée d'un V8 Cosworth et d'une boîte cinq vitesses Hewland FG400, comporte un aileron moins haut que celui des Lotus officielles et de volets antérieurs un peu plus petits. Joseph Siffert lui fera faire à Brands Hatch ses premiers tours de roue.

Cooper T86B & T86C "Usine" Après le départ de Roy Salvadori (qui était peu favorable à un partenariat avec British Racing Motors) fin 1967, John Cooper a repris la direction sportive de l'usine familiale. Précédemment mues par un V12 Maserati, les monoplaces de Surbiton ont adopté le V12 BRM pour la saison 1968. À la mécanique près, les deux T86B engagées pour Vic Elford et le débutant Robin Widdows sont une évolution de la T86 de 1967, la légèreté du V12 de 380 chevaux par rapport au bloc italien ayant permis de réaliser une structure plus fine. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses Hewland. Elles pèsent 545 kg à vide et utilisent des pneus Firestone. John Cooper a également tenté un partenariat avec Autodelta (la division «Courses» d'Alfa Romeo) pour faire courir une monoplace équipée d'un V8 dérivé de la T33/2 Daytona, dont la cylindrée serait portée de 2,5 à 3 litres. Une évolution C de la T86 a été construite à cet effet, testée avec le moteur 2,5 litres par Lucien Bianchi à Silverstone et expédiée à Milan pour recevoir la nouvelle version 3 litres. Cette voiture devait courir à Brands Hatch mais le nouveau moteur n'a pas été réalisé, Bianchi devant déclarer forfait.

Cooper T86 privée Ayant racheté à John Cooper la T86 à moteur Maserati, l'Américain Tom Jones devait la piloter à Brands Hatch mais a déclaré forfait.

Honda RA301 "Usine" Après l'accident de Jo Schlesser à Rouen, le constructeur japonais a renoncé à engager sa révolutionnaire RA302, seule la RA301, aux mains de John Surtees, étant engagée. Motorisée par un V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, alimenté par injection indirecte, elle dispose de 430 chevaux à 11000 tr/min. Pesant plus de 550 kg à vide, la RA301 est désormais dotée d'un aileron arrière semblable à ceux des Lotus, fixé sur les porte-moyeux. Les volets latéraux fixés sur le capot avant sont d'une taille plus importante que ceux utilisés lors de la course précédente. Honda utilise des pneus Firestone.

thumb|upright=1.1|right|alt=Cosworth F1|Concepteur des McLaren, Robin Herd a cessé sa collaboration avec le pilote-constructeur néo-zélandais pour dessiner le châssis de la Cosworth F1 (ci-dessus), qui verra le jour en 1969. Ferrari 312/68 "Usine" Comme à Rouen, la Scuderia Ferrari aligne deux 312/68 pour Chris Amon et Jacky Ickx, avec comme monoplace de réserve un modèle 312 de la saison précédente, bénéficiant toutefois des dernières évolutions. Pesant un peu plus de 500 kg, les Ferrari sont animées par un V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, alimenté par un système d'injection indirecte Lucas. La puissance disponible est de 410 chevaux à 10800 tr/min dans sa version la plus récente, le moteur de la voiture de réserve, ancré plus haut dans le châssis, offrant 10 chevaux de moins. Les trois monoplaces sont munies de petits volets triangulaires à l'avant et d'un aileron fixe monté sur le châssis au niveau du train arrière. Elles utilisent des pneus Firestone.

BRM P126 & P133 "Usine" La P133 confiée à Pedro Rodríguez est pratiquement identique aux deux P126 également amenées par l'équipe dirigée par Alfred Owen, dont les châssis été réalisés dans l'atelier privé de leur concepteur Len Terry alors que le dernier modèle a été entièrement construit à l'usine de Bourne. Une des P126 est aux mains de Richard Attwood, l'autre faisant office de mulet. Le pilote de Formule 3 Tony Lanfranchi espérait piloter une P126 pour son Grand Prix national et s'était impudemment inscrit comme troisième pilote officiel de l'équipe, mais Owen n'a pas donné suite à cet engagement. Pesant 550 kg, les BRM ont le même moteur V12 à doubles arbres à cames en tête que celui monté sur les Cooper, mais dans une version plus puissante (400 chevaux). La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland DG300. Contrairement à la plupart de leurs concurrentes, les BRM ne sont pas pourvues d'appendices aérodynamiques. La P126 d'Attwood est chaussée de pneus Dunlop, les deux autres voitures de pneus Goodyear.

BRM P126 privée Au sein du Reg Parnell Racing, Piers Courage dispose d'une BRM P126 identique à celle d'Attwood et également chaussée de pneus Dunlop.

Eagle T1G "Usine" Après s'être essentiellement consacré à la préparation des 500 miles d'Indianapolis (qu'il a terminés à la deuxième place derrière Bobby Unser, également sur Eagle), le pilote-constructeur Dan Gurney effectue son retour en F1 avec sa T1G à châssis monocoque en titane et magnésium. Son moteur Eagle V12 Mark IA (évolution du V12 Weslake utilisé la saison précédente) développe environ 400 chevaux à 10000 tr/min. Cette monoplace de 525 kg est désormais dotée d'un petit aileron avant (fixé sous le capot) et d'un aileron arrière fixe. Gurney utilise des pneus Goodyear.

thumb|upright=1.3|right|alt=McLaren M5A|La McLaren M5A de Joakim Bonnier. McLaren M7A "Usine"