Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1966 (th British Grand Prix), disputé sur le circuit de Brands Hatch le , est la cent-quarante-cinquième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1966.
Contexte avant la course Le championnat du monde Après cinq années de Formule 1 , formule dérivée de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, la Commission sportive internationale (C.S.I.) a décidé lors de son comité exécutif de de porter à trois litres la cylindrée des nouvelles F1, mesure entrée en vigueur le . Le nouveau règlement autorise à nouveau l'utilisation de moteurs suralimentés, avec un coefficient deux pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
Avec la mise en place de nouvelle réglementation «trois litres», la Scuderia Ferrari partait favorite pour la saison 1966, l'équipe italienne disposant d'emblée d'un moteur puissant et fiable, déjà éprouvé dans les courses d'endurance. La victoire de John Surtees au Grand Prix de Belgique donnait au champion britannique les meilleurs espoirs de reconquérir un titre mondial, mais quelques jours plus tard la Scuderia se séparait de son pilote numéro un. Bien que les relations entre Surtees et ses dirigeants aient été très tendues depuis le début de l'année, ce départ a affaibli l'écurie et lui a probablement coûté la victoire à Reims, le remplaçant Mike Parkes s'étant révélé insuffisamment expérimenté pour pallier la panne survenue à son coéquipier Lorenzo Bandini et contrer efficacement Jack Brabham sur une piste taillée sur mesure pour les monoplaces italiennes. Déjouant les pronostics, l'habile pilote-constructeur australien a ainsi pris la tête du championnat du monde et, grâce à la souplesse l'agilité de sa modeste monoplace dotée d'un moteur dérivé de la grande série, devrait tirer son épingle du jeu sur les circuits sinueux, d'autant plus que le surpuissant seize cylindres prévu pour les équipes BRM et Lotus est encore loin d'être au point.
Le circuit thumb|right|alt=Brands Hatch|Les abords du circuit de Brands Hatch, près du village de Fawkham, à environ trente kilomètres de Londres.
Le vallon de Brands Hatch, près du village de Fawkham dans le Kent, fut, dès les années 1930, le terrain d'épreuves motocyclistes sur gazon. À partir de 1950, la piste de mille six-cents mètres fut recouverte d'asphalte et le tracé fut dès lors également utilisé pour la compétition automobile, accueillant cette année-là les voiturettes de Formule 3. En 1954, la longueur du circuit fut étendue à deux kilomètres et une voie des stands fut créée. L'amélioration croissante des performances rendant difficile l'utilisation d'un petit circuit, de nouveaux travaux firent entrepris six ans plus tard, débouchant sur un tout nouveau tracé de plus de quatre kilomètres. Particulièrement prisé des spectateurs qui bénéficient d'une vue d'ensemble sur la piste, le site put dès lors devenir le théâtre de courses de Formule 1, Jack Brabham remportant en 1960 le Silver City Trophy au volant de sa Cooper. Depuis 1964 y est organisé le Grand Prix automobile de Grande-Bretagne, en alternance avec le circuit de Silverstone. Le record officiel de la piste est détenu par Jim Clark, auteur d'un tour à 160,9 km/h de moyenne au volant de sa Lotus de Formule 1 lors de la Course des Champions en 1965.
Monoplaces en lice Lotus 33 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Lotus 33|Le moteur 16 cylindres de la nouvelle Lotus 43 étant en cours de modification, le Team Lotus alignera deux modèles 33 à moteur V8. L'utilisation du moteur BRM 16 cylindres s'étant révélée pour l'heure catastrophique, le Team Lotus a momentanément mis de côté sa Lotus 43 et a dû construire une nouvelle coque du précédent type 33. Le motoriste Coventry Climax a fourni à l'équipe britannique un deuxième V8 FWMV en version MkIX (1970 cm3) mais les dégâts causés au premier après la rupture d'une conduite d'huile à Reims empêchent son utilisation ; il est remplacé dans l'urgence par un moteur V8 BRM de deux litres de cylindrée (le constructeur de Bourne prêtant à Lotus son exemplaire de rechange), son utilisation demandant cependant certaines adaptations. En conséquence, Jim Clark disposera du nouveau châssis équipé du moteur Climax (d'une puissance de l'ordre de 240 chevaux à 8800 tr/min) et d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, tandis que son coéquipier Peter Arundell utilisera la précédente voiture de Clark, modifiée pour recevoir le V8 (donné pour 260 chevaux) et la boîte cinq BRM, le sélecteur de vitesses devant être monté à gauche et non plus à droite. Pesant environ 500 kg, les Lotus sont équipées de pneus Firestone.
Lotus 33 privée L'équipe de Tim Parnell engage sa Lotus 33 à moteur V8 BRM (2 litres, 260 chevaux) et boîte de vitesses Hewland à cinq rapports pour Mike Spence. Elle est chaussée de pneus Firestone.
BRM P261 "Usine" Bien qu'encore endolori après son accident de Spa-Francorchamps un mois auparavant, Jackie Stewart est présent au côté de Graham Hill. Tous deux disposent de modèles P261 à moteur V8, les moteurs 16 cylindres des P83 devant être profondément revus après leurs débuts catastrophiques. La voiture habituelle de Stewart étant inutilisable, l'équipe a dû faire rapatrier sa précédente voiture de réserve, qu'elle venait de vendre. Conçues pour l'ancienne Formule 1 1500 cm3, les P261 ont dû être lestées pour atteindre les 500 kg réglementaires. La cylindrée du moteur V8 alimenté par injection indirecte Lucas a été portée à deux litres, la puissance atteignant 260 chevaux à 10000 tr/min. La boîte six vitesses a été conçue et réalisée en interne. Les BRM utilisent généralement des pneus Dunlop, mais l'équipe teste régulièrement les gommes Goodyear ou Firestone.
BRM P261 privée Bernard White a engagé sa P261 pour Bob Bondurant, la voiture ayant été réparée après son accident lors du dernier Grand Prix de Belgique.
Ferrari 312 "Usine" Sous prétexte officiel de grèves affectant l'industrie italienne, la Scuderia Ferrari, qui avait engagé deux 312 pour Lorenzo Bandini et Mike Parkes, a déclaré forfait. L'échec subi par les monoplaces italiennes sur le circuit de Reims deux semaines plus tôt a probablement pesé sur la décision du «Commendatore».
thumb|upright=0.7|right|alt=Irwin|L'espoir britannique Chris Irwin va faire ses débuts en F1 sur une Brabham d'usine. Brabham BT19, BT20 & BT22 "Usine" Jack Brabham aligne une BT19 pour son propre compte et une BT20 pour son coéquipier Denny Hulme. Techniquement très proches, ces deux monoplaces à châssis multitubulaire sont animées par moteur V8 Repco dérivé du bloc en alliage léger de l'Oldsmobile F85, le pilote-constructeur s'étant procuré en 1964 un lot de ces moteurs au prix de la casse. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, le V8 Repco développe 300 chevaux à 6800 tr/min. La transmission est assurée par une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. La BT19 pèse 530 kg à vide, contre près de 560 pour la BT20 dont le cockpit est renforcé et qui utilise des roues avant de quinze pouces au lieu de treize sur le précédent modèle, dont les disques de freins sont plus petitsRevue Sport Auto - . Le mulet de l'équipe, une BT22 à moteur quatre cylindres Climax de 2,5 litres (225 chevaux à 6800 tr/min) et boîte cinq vitesses ZF, a été confié à l'espoir britannique Chris Irwin qui brille habituellement dans les courses de Formule 3. Les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear.
Brabham BT11 privées Bob Anderson dispose de son ancienne Brabham BT11 à moteur quatre cylindres Climax de 2,7 litres (260 chevaux à 6800 tr/min) tandis que John Taylor pilote à nouveau la BT11 à moteur V8 BRM (deux litres, 260 chevaux) de David Bridges. Joakim Bonnier ne dispose toujours pas de sa Cooper T81 accidentée à Francorchamps et Rob Walker lui a prêté sa BT11 à moteur BRM (1500 cm«3») de la saison précédente. En l'absence des Ferrari, cette Brabham sera maquillée en monoplace italienne (couleur rouge et échappements «spaghetti» factices), à la demande de la Metro-Goldwyn-Mayer, pour figurer dans le film Grand PrixRevue Moteurs n°57 - septembre-octobre 1966.
Cooper T81 "Usine" Comme à Reims, l'équipe britannique avait préparé trois T81 à moteur V12 Maserati pour Jochen Rindt, John Surtees et Chris Amon, ce dernier étant en contrat cette saison avec l'écurie McLaren mais actuellement privé de volant faute d'un nombre suffisant de moteurs dans l'écurie de son compatriote. Mais le directeur sportif de Cooper, Roy Salvadori, a finalement préféré se limiter à deux engagements et Amon se retrouve sur la touche pour la course, la monoplace qui lui était destinée faisant office de mulet. Conçues par Derrick White, les T81 sont les premières monoplaces à structure monocoque du constructeur de Surbiton. Dérivé du V12 testé en 1957 sur les 250F, leur moteur Maserati, alimenté par un système d'injection Lucas, développe 340 chevaux à 9000 tr/min. Dotées d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, les Cooper pèsent 605 kg à vide et sont chaussées de pneus Dunlop.
Cooper T73 & T81 privées La Cooper T81 alignée par Rob Walker pour Joseph Siffert ainsi que celle de Guy Ligier sont techniquement identiques aux Cooper d'usine. Le pilote amateur Chris Lawrence pilote quant à lui une ancienne T73 (à châssis tubulaire) rachetée par J.A. Pearce Engineering, sur laquelle le berceau arrière a été modifié afin de permettre le remplacement du V8 Climax par un V12 de 300 chevaux provenant d'une Ferrari 250 GTORevue Autodiva - , couplé à une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports.
McLaren M2B "Usine" thumb|upright=1.15|right|alt=McLaren M2B|Bruce McLaren au volant de sa monoplace M2B à moteur V8 Serenissima. Forfait à Reims faute de moteur disponible, Bruce McLaren avait prévu d'utiliser de nouveau le V8 Ford initialement prévu pour la M2B, mais la fiabilité n'est toujours pas au rendez-vous, une nouvelle casse étant survenue lors des derniers essais privés. McLaren devra une nouvelle fois se rabattre sur un V8 Serenissima (d'une puissance de l'ordre de 290 chevaux), comme il l'avait fait en Belgique. Conçue par l'ingénieur britannique Robin Herd, la M2B pèse 550 kg à vide et utilise des pneus Firestone. La transmission est assurée par une boîte ZF à quatre rapports. Chris Amon, qui devait être le coéquipier de McLaren, étant sans volant pour le Grand Prix, disputera pour la marque la course de voitures de Sport, organisée en lever de rideau.
Eagle T1F "Usine" Après des débuts difficiles en Belgique, l'équipe AAR de Dan Gurney a été récompensée de ses efforts au dernier Grand Prix de France où, malgré un flagrant manque de puissance, le pilote-constructeur avait amené son Eagle T1F à la cinquième place. Le moteur V12 Weslake prévu pour cette monoplace n'etant pas encore disponible, Gurney utilisera une nouvelle fois un ancien moteur Climax FPF de 2,7 litres. Les motoristes de l'équipe ont toutefois effectué une réfection totale et râce à une préparation particulièrement soignée le quatre cylindres fournit désormais 255 chevaux à 8000 tr/min, soit un gain d'une trentaine de chevaux par rapport aux courses précédentes. Dotée d'une boîte cinq vitesses Hewland, l'Eagle pèse 530 kg et utilise des pneus Goodyear.
Shannon SH1