Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1965 (th British Grand Prix), disputé sur le circuit de Silverstone le , est la cent-trente-sixième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1965.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis 1961, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960). Initialement prévue pour une période de trois ans, la formule a été prolongée de deux années supplémentaires par la Commission sportive internationale, garantissant la stabilité technique jusqu'à fin 1965, alors que la saison 1966 inaugurera la Formule 1 «3 litres» . La réglementation s'appuie sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
Particulièrement malchanceux au cours de la deuxième demi-saison 1964, Jim Clark a abordé l'année 1965 avec un esprit de revanche et a imposé sa Lotus dans chacun des grands prix de championnat auxquels il a participé. Il a toutefois volontairement manqué le Grand Prix de Monaco (remporté par Graham Hill sur sa BRM) afin de participer aux 500 miles d'Indianapolis, une course qu'il a également dominée. Le pilote écossais abordera donc son épreuve nationale en tête du classement provisoire des pilotes, avec dix points d'avance sur Graham Hill et Jackie Stewart, la nouvelle recrue de l'équipe BRM.
Le circuit thumb|left|upright|alt=Silverstone 1945|Tracé en 1948 sur le site de Silverstone, le circuit emprunte les voies d'accès aux pistes de l'ancienne base aérienne. thumb|right|upright|alt=Bruce McLaren|Chronométré à plus de 185 km/h de moyenne sur un prototype de sa construction, Bruce McLaren détient le record officiel de la piste.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les principaux circuits britanniques en vogue dans les années 1930 étaient inutilisables : l'autodrome de Brooklands était totalement délabré, celui de Donington était réquisitionné par l'armée pour le stockage de véhicules et celui de Crystal Palace inutilisable sans d'énormes travaux de rénovation. Le comité sportif du Royal Automobile Club ne disposait pas des moyens financiers nécessaires pour la réalisation d'une nouvelle piste et rechercha un aérodrome désaffecté pour organiser en 1948 le premier Grand Prix de Grande-Bretagne d'après-guerre. La base RAF de Silverstone (à environ cent kilomètres au nord-ouest de Londres) fut alors préférée à celle de Snitterfield (Warwickshire), moins bien située. Mixant les voies d'accès et les pistes d'atterrissage, le premier tracé, développant près de six kilomètres, fut remanié l'année suivante, le nouveau parcours, jugé plus sûr, empruntant exclusivement les routes périphériques de la base. À l’occasion de l’épreuve inaugurale du championnat du monde des pilotes, en 1950, la chicane du «Club Corner» fut supprimée, et c'est depuis ce tracé de 4,7 kilomètres qui est retenu pour les courses organisées à Silverstone. Ayant accompli un tour à 185,1 km/h de moyenne au volant de sa McLaren M1A lors de la course de voitures de sport disputée en lever de rideau de l'International Trophy, Bruce McLaren est depuis quelques semaines le nouveau recordman officiel du circuitRevue Moteurs n°50 - juillet-août 1965.
Monoplaces en lice thumb|upright|right|alt=Ferrari F12|John Surtees, vu ici en compagnie de l'ingénieur Mauro Forghieri (à droite du document), pilotera pour la première fois en course la Ferrari 1512 à moteur douze cylindres. Ferrari 158 & 1512 "Usine" John Surtees dispose, pour la première fois, de la 1512 à moteur douze cylindres à plat, exclusivement pilotée jusqu'alors par son coéquipier Lorenzo Bandini. Ce dernier sera donc au volant d'une des deux 158 à moteur V8, l'autre faisant office de mulet. Les deux modèles ont en commun leur structure monocoque, les suspensions, les freins à disques Dunlop (montés dans les roues à l'avant et «inboard» à l'arrière) et la boîte de vitesses longitudinale à cinq rapports. Alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, le moteur de la 1512 délivre 220 chevaux à 11500 tr/min contre 210 chevaux à 11000 tr/min pour le V8, à injection directe Bosch. Plus courte de 2 cm et plus légère (468 kg à vide contre 475), la 158 se révèle la plus maniable des deux. Les Ferrari utilisent des pneus Dunlop.
BRM P261 "Usine" Graham Hill et Jackie Stewart utilisent leurs P261 habituelles, tandis que le mulet accidenté deux semaines auparavant à Clermont-Ferrand a été remplacé par un châssis plus ancien sur lequel ont été greffés les dernières évolutions de moteur, boîte de vitesses, suspensions et freins. Ces monoplaces à structure monocoque pèsent à peine plus de 450 kg à vide ; leur moteur V8, alimenté par un système d'injection indirecte Lucas, développe 210 chevaux à 11000 tr/min. Conçue en interne, la boîte dispose de six rapports. Le constructeur de Bourne a testé les pneus Goodyear en début d'année mais continue à faire confiance aux pneus Dunlop.
BRM P57 privées La Scuderia Centro Sud a amené deux de ses trois BRM P57, qui seront à disposition de Masten Gregory. Ces modèles dont la conception date de quatre ans ont un châssis multitubulaire et pèsent 475 kg. Leur moteur V8 a une puissance de l'ordre de 200 chevaux. Ces monoplaces utilisent toujours les anciennes jantes Dunlop de quinze pouces de diamètre (plus grandes et plus étroites que les jantes de treize pouces adoptées par tous les autres concurrents) et ne peuvent bénéficier des nouveaux types de pneus de la marque.
Lotus 25 & 33 "Usine" Jim Clark et Mike Spence piloteront leurs Lotus 33, bénéficiant également d'une 25C en réserve. Bien que de construction un peu plus ancienne, la 25C a reçu les dernières évolutions techniques (suspensions, capot arrière profilé) du modèle le plus récent. Ces monoplaces à structure monocoque pèsent 455 kg à vide et sont dotées d'un moteur V8 Climax FWMV à injection indirecte Lucas et d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports. Dans sa version MkIII à seize soupapes, le V8 Climax développe 205 chevaux à 9600 tr/min, mais l'équipe dispose également d'un des deux exemplaires MkIV construits par la motoriste de Coventry, avec culasse 32 soupapes. C'est cette version du V8, délivrant 213 chevaux à 10500 tr/min, qui est montée dans la monoplace de Clark. Le pilote écossais devra toutefois commencer les essais avec la voiture de réserve, la remise en état du V8 32 soupapes après la casse d'un arbre à cames aux essais du Grand Prix de France n'étant pas tout à fait terminée. Les Lotus officielles sont chaussées de pneus Dunlop.
Lotus privées thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 25|Une Lotus 25 à moteur BRM du Reg Parnell Racing. Après son plongeon dans le port de Monaco en mai dernier sur la Lotus 33 à moteur V8 Climax appartenant à l'ancien pilote amateur Dickie Stoop, Paul Hawkins avait manqué plusieurs courses, la remise en état de la monoplace ayant pris plusieurs semaines. Le pilote australien devait effectuer sa rentrée à Silverstone mais la voiture a été de nouveau accidentée, cette fois par le mécanicien chargé de vérifier que tout était en ordre ! Hawkins a donc dû une nouvelle fois déclarer forfait. L'écurie Reg Parnell Racing avait initialement ses deux Lotus 25C à moteur V8 BRM (d'une puissance d'environ 200 chevaux) et à boîte de vitesses Hewland à cinq rapports pour Richard Attwood et Mike Hailwood, mais ce dernier a déclaré forfait et c'est finalement Innes Ireland qui sera au volant de la deuxième voiture. Le pilote privé Brian Gubby pilote quant à lui une ancienne Lotus 24 (à châssis multitubulaire) avec moteur V8 Climax. Tous utilisent des pneus Dunlop.
Brabham BT7 & BT11 "Usine" Les organisateurs britanniques ont autorisé Jack Brabham à engager une troisième voiture, l'Australien et son coéquipier habituel Dan Gurney étant épaulés pour la circonstance par Denny Hulme. Brabham et Gurney pilotent leurs Brabham BT11 attitrées, Hulme disposant d'une BT7 de construction un peu plus ancienne mais pratiquement identique aux modèles les plus récents. Ces trois monoplaces à châssis multitubulaire pèsent 460 kg à vide ; elles sont dotées d'un moteur V8 Climax à 16 soupapes et d'une boîte cinq vitesses Hewland. Le moteur 32 soupapes dont disposait Gurney au Grand Prix de France avait cassé lors des premiers tours et sa réfection n'est pas tout à fait terminée, le pilote américain espérant toutefois pouvoir en bénéficier le jour de la course. L'équipe Brabham est sous contrat avec Goodyear pour la fourniture de pneumatiques.
Brabham privées Comme lors des courses précédentes, Rob Walker engage une Brabham BT7 à moteur V8 Climax pour Joakim Bonnier et une BT11 à moteur V8 BRM pour Joseph Siffert, les deux monoplaces étant équipées d'une boîte six vitesses Colotti. John Willment aligne également une BT11 à moteur V8 BRM pour l'Australien Frank Gardner. Bob Anderson pilote son habituelle BT7 à moteur V8 Climax et Ian Raby a amené son ancienne Brabham BT3 (également motorisée par un V8 BRM), qu'il utilise habituellement dans les épreuves hors championnat, Chris Amon étant également inscrit sur cette voiture. Les Brabham des écuries privées utilisent des pneus Dunlop.
Cooper T77 & T73 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=Cooper T77|La Cooper T77, à moteur V8 Coventry Climax. Face au manque de résultats de son équipe, John Cooper a récemment débauché un metteur au point des ateliers Jaguar, qui a effectué quelques ajustements sur les deux T77 à châssis multitubulaire et moteur V8 Climax à 16 soupapes de Bruce McLaren et Jochen RindtRevue L'Automobile - août 1965. Le constructeur de Surbiton a également préparé une troisième voiture, une T73 de la saison précédente sur laquelle sera testée pour la première fois une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports, les monoplaces de Surbiton étant habituellement équipées d'une boîte six vitesses conçue et réalisée en interne. Pesant 460 kg à vide, les Cooper utilisent des pneus Dunlop.
Cooper privées L'ancien coureur britannique Bob Gerard a engagé une Cooper T60 à moteur V8 Climax pour John Rhodes et une T71/73 (hybride d'une Formule 2 T71 et d'une T73), dotée d'un moteur Ford à quatre cylindres sur lequel a été greffé une culasse Cosworth, pour Alan Rollinson, ces deux pilotes faisant leur première apparition en championnat du monde.
Honda RA272 "Usine" Le constructeur japonais avait initialement engagé deux RA272 pour Richie Ginther et Ronnie Bucknum, mais a finalement décidé de se concentrer sur une seule voiture. Ginther est donc seul en lice, la monoplace de Bucnukm faisant office de mulet. Dotée d'une structure monocoque, la RA272 est mue par un moteur V12 placé en position transversale juste derrière le cockpit. Alimenté par un système d'injection intégré dans les tubulures et possédant une distribution à quatre soupapes par cylindre, il développe 230 chevaux à 12000 tr/min. Pesant environ 480 kg, la Honda est équipée d'une boîte de vitesses ZF à six rapports et de pneus Goodyear.
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