Catherine II (en russe : Екатерина II) ou Catherine la Grande (Екатери́на Вели́кая), née Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst le à Stettin en Poméranie (aujourd'hui Szczecin en Pologne) et morte le à Saint-Pétersbourg, est l'épouse de l'empereur Pierre III. Elle devient impératrice régnante de Russie, du à sa mort le , à la suite d'un coup d'État contre Pierre III, incarcéré puis exécuté le sur les ordres de Catherine.
Prénommée Catherine lors de son baptême orthodoxe, nécessaire avant son mariage avec le prince Pierre, elle devient impératrice consort après l'avènement de celui-ci (). Après son coup d'État, elle se fait proclamer « impératrice et autocrate de toutes les Russies »Michel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, Paris, Perrin, coll. Tempus, 2015, chapitre 2-10, .
Elle règne personnellement sur l'Empire russe. Sous son règne, la Russie connaît une grande expansion territoriale vers l'ouest et le sud (plus de ), notamment à l'occasion des trois partages de la Pologne (1772, 1793 et 1795) et de guerres victorieuses contre l'Empire ottoman.
Biographie Origines familiales et formation vignette|gauche|Les principautés d'Anhalt.
Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbst est l'aînée des enfants de Christian-Auguste d'Anhalt-Zerbst et de son épouse Jeanne-Élisabeth de Holstein-Gottorp. Lors de sa naissance, ses parents déplorent qu’elle ne soit pas un garçon.
Membre de la maison d'Anhalt-Zerbst, son père est d'abord officier dans l'armée du royaume de Prusse, un des principaux États du Saint-Empire romain germanique. En 1729, il est commandant de la place de Stettin, résidant au château ducal où sa fille naît. En 1741, il devient gouverneur de la province prussienne de Poméranie ultérieure. En 1742, il hérite de la principauté souveraine d'Anhalt-Zerbst.
Sophie reçoit une éducation protestante, austère et rigide ; entourée de peu d’affection, elle est marquée par une Française huguenote, Babette Cardel, qui dirige son éducation, lui enseignant, outre la langue française, les manières et les coutumes de la société aristocratique dont elle doit faire partie. Mais elle lui donne aussi le goût de la littérature française de son époque. Dès ses onze ans, la princesse se tourne vers des activités intellectuelles, telles que la lecture et les études. Introduite par sa mère dans plusieurs cours allemandes, .
Le mariage avec Pierre de Russie
vignette| de Russie (1761).
À partir de 1741, la Russie a, à sa tête, une fille de Pierre le Grand, Élisabeth (1709-1762), dont le prince Pierre est le neveu.
Jeunesse allemande du prince Pierre (1728-1742) Pierre est en effet le fils d'Anna Petrovna de Russie (1708-1728), autre fille de Pierre le Grand, et d'un prince allemand, Charles-Frédéric de Holstein-Gottorp (1700-1739). Pierre naît à Kiel en . Sa mère meurt quelques jours après l'accouchement, le . Pierre est élevé en Allemagne dans des conditions assez rigoureuses.
Lui et Sophie sont apparentés, tous deux arrière-petits-enfants de Christian-Albert de Holstein-Gottorp (1641-1695). Ils se rencontrent pour la première fois vers 1740 au château d'Eutin, en Holstein.
En 1739 Pierre devient duc de Holstein-Gottorp sous la régence d'un oncle, évêque de Lübeck. En 1742 l'impératrice Élisabeth le fait venir en Russie en vue de faire de lui son successeur.
Dès son enfance Pierre apparaît comme assez instable, état s'aggravant après son arrivée en Russie, un pays qu'il n'aime pas du tout.
Projets matrimoniaux de la mère de Sophie et de l'impératrice La mère de Sophie, qui suit avec intérêt les affaires de Russie, envisage assez tôt le mariage de sa fille avec Pierre. Ayant envoyé des portraits de sa fille à la cour russe, elle est invitée en à venir avec elle en Russie.
Le prestige de la maison d'Anhalt-Zerbst est assez faible, elle n'est ni très riche ni très puissante. Mais, en raison des , l'impératrice Élisabeth préfère . De surcroît, Sophie est jeune et dépourvue d'expérience politique : . De son côté, Sophie, qui a alors 14 ans, comprend ce qui se joue. .
Arrivée en Russie et fiançailles (juin 1744) À leur arrivée en Russie, Sophie et sa mère sont accueillies en grande procession jusqu’à Moscou, où elles rencontrent l'impératrice et son neveu. Dans ses Mémoires, Catherine parle de la grandeur d’Élisabeth, mais ne dit rien à propos de son futur époux.
L’ascension de Sophie vers le statut de grande-duchesse se fait presque sans heurt (excepté une maladie qui la rapproche d’Élisabeth).
Le , elle se convertit à la religion orthodoxe, condition nécessaire à un mariage avec un prince russe, elle est rebaptisée sous le nom de Catherine Alexeïevna (Catherine, fille d'Alexis). Au cours de cette cérémonie, elle s’exprime en russe . Les fiançailles ont lieu le lendemain : elle devient alors « grande-duchesse et altesse impériale ».
, où elle commande Plutarque, Montesquieu et d’autres auteurs.
Cérémonie du mariage (septembre 1745) et suites Le mariage a lieu un an plus tard, le . La cérémonie somptueuse est suivie de dix jours de fête. Questionnée le lendemain de sa nuit de noces, Catherine (16 ans) ne trouve rien à dire. Diverses hypothèses présentent Pierre (17 ans) comme sexuellement immature ou innocent, voire impuissant en raison d’un phimosis., à l’inverse de Catherine autour de laquelle flottent des rumeurs sur sa sexualité précoceHélène Carrère d'Encausse, , Fayard, 2002..
Grande-duchesse de Russie (1745-1762) vignette|Portrait de Catherine en 1745, peu après son arrivée en Russie, par Louis Caravaque. Le mariage ne rapproche pas les époux, d'autant plus que Catherine, lectrice de Machiavel, Tacite, Voltaire et Montesquieu, se montre favorable à l'opposition, à tel point qu'elle est placée en résidence surveillée au palais de Peterhof et que son mari menace de la faire enfermer et remplacer par sa maîtresse sur le trône à ses côtés.
Au bout de huit ans de mariage (1753), Catherine n'a toujours pas d'enfant. L'impératrice , elle-même sans enfant, veut absolument qu'elle donne un héritier à son neveu. : le prince Lev Alexandrovitch Narychkine (1733-1799) ou le comte Sergei Saltykov.
Catherine choisit Saltykov. En 1754, elle donne naissance à un fils, Paul (1754-1801), dont la paternité paraît marquée par l'ambiguïté..
Elle a d'autres amants au cours de cette période, notamment un noble polonais, Stanislas Poniatowski, que l'impératrice contraint à quitter la cour de Russie.
Impératrice consort sous le règne de Pierre III (5 janvier-9 juillet 1762) L'impératrice Élisabeth meurt le . lui succède, mais en quelques mois se coupe de l'armée et de l'Église.
Mesures prises par le tsar Au moment du décès de l'impératrice, l'armée de la Russie, alliée à la France de et à l'Autriche de Marie-Thérèse dans le cadre de la guerre de Sept Ans, assiège Berlin, capitale du royaume de Prusse de Frédéric II, et est même sur le point de l'emporter. Mais le nouveau tsar est un admirateur de Frédéric, et dès son avènement il se retire de la coalition : tous les territoires occupés par l'armée russe sont évacués sans qu'aucune contrepartie soit demandée au roi de Prusse. Le la paix est signée entre la Russie et la Prusse. Pierre promet même de se joindre à Frédéric dans sa guerre contre l'Autriche. . Tout cela suscite un grand mécontentement chez les officiers russes, que le tsar a privés d'une victoire et qui se sentent trahis.
L'Église orthodoxe est également visée par un oukase modernisateur obligeant les popes à se couper la barbe et à s'habiller comme des pasteurs protestants. Les icônes sont retirées des églises et . La liberté religieuse est proclamée.
Un dernier oukase satisfait en revanche une partie de la noblesse : il met fin au instauré par Pierre le Grand pour cette classe de la société . Désormais, les nobles ne sont plus contraints de servir l'État, sauf en temps de guerre. Les successeurs de Pierre III ne reviendront pas sur cet oukase.
Au printemps 1762, , agissant en tant que duc de Holstein-Gottorp, s'apprête à déclarer la guerre au Danemark afin de s'emparer du duché de Schleswig (contigu au duché de Holstein), dont le roi de Danemark est le détenteur féodal. Méfiant envers son épouse, il assigne Catherine au palais de Peterhof et part rejoindre ses troupes à Kronstadt, port de guerre sur le golfe de Finlande.
Coup d'État et accession au trône de Catherine (juillet 1762) vignette|Catherine II sur le balcon du palais d'Hiver le jour du coup d'État. Catherine, qui se sent menacée, décide le de prendre le pouvoir par la force et de renverser son épouxMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire chap.2-9; 2015, Éd. Tempus Perrin , avec l'aide de Nikita Panine et des frères Orlov (en particulier son amant, Grigori Orlov). Ceux-ci soudoient une centaine de soldats des régiments Préobrajenski et Ismaïlovski, qui servent d'escorte à Catherine dans sa marche sur Saint-Pétersbourg. Après quelques hésitations, les autres régiments se joignent à eux. À son arrivée dans la capitale, Catherine est accueillie triomphalement et reconnue par le clergé et le Sénat.
Lâché par l'armée et la flotte de Kronstadt, est arrêté et assigné à résidence à Ropcha, où on l'oblige à signer son acte d'abdication. L'exil semble avoir été envisagé, mais l'ancien empereur est finalement mis à mort, probablement étranglé par Alexeï Orlov, Chantal Grell, Arnaud Ramière de Fortanier, L'éducation des jeunes filles nobles en Europe : , , .. Meurtre prémédité par elle ou non, Catherine annonça aux chancelleries des pays étrangers que l'empereur avait succombé à une colique hémorroïdale.. Elle régna alors sous le nom de d'une manière exclusive.
Impératrice de Russie Affaires extérieures vignette|upright=1.1|Portrait de l'impératrice de Russie par Johann Baptist von Lampi, (Musée de la Révolution française).
Les ministres des Affaires étrangères Son premier ministre des Affaires étrangères, Nikita Panine, exerce une influence considérable. Il dépense des sommes importantes pour créer l’accord du Nord entre la Russie, la Prusse, la Pologne, la Suède et peut-être le Royaume-Uni pour contrer l'alliance franco-autrichienne. Mais quand il apparaît que ce plan ne peut pas réussir, Panine est limogé (1781).
La question polonaise et les partages de la Pologne (1762-1795) En 1764, à la suite de la mort du roi Auguste III, Catherine soutient l'élection au trône de Pologne et de Lituanie de son ancien amant, Stanislas Poniatowski, qui devient Stanislas II Auguste.
La politique des tsars depuis les années 1710 est de maintenir un protectorat russe sur la république des Deux NationsLa formule polonaise officielle Rzeczpospolita Obojga Narodów est traduite officiellement en latin : Res Publica Utriusque Nationis. Le mot « république » se justifie dans la mesure où le roi de Pologne et grand-duc de Lituanie n'est pas héréditaire, mais élu (à vie).. Mais Catherine doit tenir compte des ambitions de la Prusse de Frédéric II, favorable à l'annexion de certains territoires polonais, en particulier la Prusse occidentale, qui sépare la Prusse orientale (Königsberg) du Brandebourg (Berlin). Les motifs (ou prétextes) d'ingérence de la Russie et de la Prusse dans les affaires polonaises sont : la protection, respectivement, des orthodoxes et des protestants vivant dans la république ; la défense des droits de la noblesse polonaise face au roi, notamment le liberum veto, dans le but de réduire le gouvernement polonais à une quasi impuissance.
Il faut aussi tenir compte de l'opinion des nobles polonais, dont certains sont favorables à la Prusse, d'autres favorables à la RussieNotamment la famille Czartoryski, à la tête de la faction appelée la Familia. et d'autres patriotesLes patriotes polonais ne sont en général pas des démocrates : ce sont des nobles, qui pour la plupart, défendent les droits de la noblesse et trouvent le système du servage légitime..