La plupart des religions ont prescrit ou prescrivent des usages spécifiques à l'alimentation de leurs fidèles, principalement pour des raisons spirituelles ou parfois à cause de théories diététiques.

Différents critères Ces usages peuvent être classés selon différents critères : l'obligation (de consommer) ou l'interdiction, les interdictions sont plus fréquentes que les obligations ; la force obligatoire, depuis la simple recommandation jusqu'à la prescription inévitable dont le non-respect peut entraîner l'exclusion du transgresseur, voire sa mort ; la permanence, prescription temporaire ou permanente ; le motif, explicite (par exemple la commémoration d'un événement particulier) ou implicite (il n'y a pas de justification propre, c'est simplement une règle de l'appartenance à la religion).

Ces critères s'appliquent aussi aux autres prescriptions religieuses (vestimentaires, relationnelles, cultuelles, etc.), mais cet article se concentre sur les prescriptions alimentaires.

Les formes les plus courantes de prescriptions alimentaires sont : des diététiques particulières permanentes (viande halâl, nourriture cachère, macrobiotisme, végétarisme, végétalisme, etc.) qui se répartissent autour de la dialectique entre le pur et l'impur ; des diététiques particulières temporaires. Un certain nombre d'Églises chrétiennes préconisent de ne pas manger de viande ni de laitages le vendredi. L'Église catholique en fit un impératif jusqu'au concile Vatican II. Il s'agit de commémorer, par une alimentation volontairement appauvrie, un événement particulier, en l'occurrence la mort du Christ ; la pratique du jeûne plus ou moins complet, sur des périodes plus ou moins prolongées et régulières, accompagnée ou non d'abstinence alimentaire et sexuelle.

Religions et philosophies antiques Druidisme La chasse et la consommation de lièvre, de poule ou d'oie étaient proscrites par les collèges druidiquesJ. C. Caesar, De bello gallico, V 12. César tient ses informations du chef suprême des druides, Diviciacos. Le lièvre, non pas le lapin, était un animal sacré lié à la divinité Lug, surnommé GwionHersart de la Villemarqué, Barzaz Breiz, Introduction VI, et au culte de la lune, comparée à un œuf pondu par la déesse Corre, représenté par une pouleHersart de la Villemarqué, Barzaz Breiz, Les Séries, note VIII. Les deux divinités étaient au cœur des mythes du cycle des saisons et des rites de fertilité (tout le monde connaît, au moins par Disney, le combat de Merlin et de Madame Mim qui se transforment successivement et respectivement, en lièvre et en hase, en saumon et en loutre, en colombe et en faucon, et finalement en grain blé et en poule noire).

En outre, la dédicace du nom d'un animal à un guerrier, tel Cuchulainn (« chien de Culan »), ou à un clan rendait pour ce seul guerrier ou les seuls membres de ce clan le sacrifice, la chasse ou la consommation de cet animal interdits.

Pythagorisme Apollonius de Tyane préconisait à ses disciples le végétarisme.

Épicurisme Les épicuriens préconisaient la tempérance.

Stoïcisme

Mithraisme

Religions abrahamiques Judaïsme

Les prescriptions alimentaires juives sont définies par les règles de la cacherout.

Il s'agit d'un corpus de lois permettant de déterminer si un aliment est ou non permis à la consommation, en fonction de sa provenance et de sa préparation.

Les aliments en conformité avec ces lois sont dits kascher (hébreu : - se prononce kosheure), c'est-à-dire « convenables » ou « aptes » à la consommation. La Bible hébraïque interdit formellement aux Juifs de consommer des aliments impropres. Par contre l'utilisation de produits non-kasher dans un but non alimentaire, par exemple l'utilisation de cornées ou d'insuline porcines, est tout à fait autoriséhttp://www.yeshiva.org.il/ask/eng/?cat=370 responsa sur yeshiva.org.

La cacheroute concerne essentiellement, encore que non exclusivement, les aliments d'origine animale, et implique le respect d'un rite d'abattage. Ce rite est évoqué dans le Lévitique, XI.1-9 et le Deutéronome, XIV, 3-20, mais sans y être décrit. De même, la plupart des lois sur lesquelles se fonde la Halakha (loi religieuse juive) se trouvent dans le Livre du Lévitique, mais avec pas ou peu de détails. Les modalités pratiques ont été longtemps oralesSilva, A. J. M (2013), Un ingrédient du discours, Discours et pratiques alimentaires en Méditerranée (vol. 1), Édilivre-Aparis, Saint Denis, p. 60-61., avant d'être couchées au début de l'ère chrétienne par écrit dans la Mishna et le Talmud, puis codifiées de façon plus fines dans le Choulhan Aroukh et par les autorités rabbiniques ultérieures.

Christianisme L'enseignement évangélique Les évangiles synoptiques proclament ainsi l'enseignement de Jésus sur le pur et l'impur : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l'homme. » Mt 15:11. « Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, peut le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. » Mc 7:15.

Les deux évangiles citent Is 29:13cité en Mc 7 :6-7 et Mt 15:8-9 :

Mise en œuvre Du fait de leur origine juive, les premiers chrétiens ont dès l'origine été confrontés à la question de la cacherouth et du respect des interdits de LévitiqueSilva, A. J. M (2013), Un ingrédient du discours, Discours et pratiques alimentaires en Méditerranée (vol. 1), Édilivre-Aparis, Saint Denis, p. 66.. Faut-il imposer aux convertis issus du paganisme le respect de la Loi (circoncision, interdits alimentaires…) ?

Le concile de Jérusalem est réuni, vers l'an 50, sous l'autorité de Pierre et Jacques pour trancher cette question :

« Quelques hommes, venus de la Judée, enseignaient les frères, en disant : Si vous n’êtes circoncis selon le rite de Moïse, vous ne pouvez être sauvés. Paul et Barnabas eurent avec eux un débat et une vive discussion. […] Alors quelques-uns […], se levèrent, en disant qu’il fallait circoncire les païens et exiger l’observation de la loi de Moïse. […] Une grande discussion s’étant engagée, Pierre se leva, et leur dit : […] pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? […] Lorsqu’ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole, et dit : […] je suis d’avis qu’on ne crée pas des difficultés à ceux des païens qui se convertissent à Dieu, mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang »Actes des Apôtres 15.Ces interdictions seraient un rappel des lois noahides (Selon Hyam Maccoby dans Paul et l'invention du christianisme ou François Blanchetière et Emmanuelle Main dans l'émission Les origines du christianisme, Concile à Jérusalem : « vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang » Genèse 9 4. L'interdiction des animaux étouffés va dans le même sens que l'interdiction du sang : un animal étouffé (non égorgé) reste rempli de son sang, et la consommation du sang est un interdit important du lévitique..

De fait, les courants majoritaires du christianisme ont considéré rapidement qu'ils représentaient une « nouvelle alliance », laquelle dépassait et rendait inutile les prescriptions de l'ancienne alliance, passée avec le peuple d'Israël. La conversion au judaïsme, et donc le respect des interdits du lévitique, ainsi que leurs interprétations rabbiniques (lesquels forment la cacheroute au sens strict) ont été considérés comme inutiles. Même le « compromis » institué par les actes des Apôtres (l'interdiction du sang) est tombé en désuétude.

À l'inverse, certains courants sont restés longtemps très attachés à la pratique de la cacheroute, comme les NazôréensD'après Épiphane de Salamine, au , dans son Panarion (29.29), la « profession de foi [des Nazaréens] est bien celle des Juifs en tout, sauf qu’ils prétendent croire au Christ. Chez eux, en effet, on professe qu’il y a une résurrection des morts et tout vient de Dieu ; ils proclament aussi un seul Dieu et son Serviteur Jésus-Christ ». ou les ébionites, aujourd'hui disparus, et qui en avait leur propre version, refusant la consommation de viandeTabor, James D., Ancient Judaism: Nazarenes and Ebionites, 1998, lu le 27 janvier 2008..

Avec la réforme protestante, au , le respect strict du texte biblique a de nouveau été mis en avant. Les protestants ont par exemple favorisé la version hébraïque de la Bible (le tanakh), au détriment de la vulgate des catholiques. Globalement, les protestants sont cependant restés fidèles à la vision de la « nouvelle alliance » rendant caduques les prescriptions alimentaires du lévitique et des actes des Apôtres, mais quelques courants très minoritaires ont cependant décidé d'y revenir. Si la cacheroute elle-même (prescription du lévitique plus règles rabbiniques) n'est pas pratiquée chez les chrétiens, les règles du lévitique, ou au moins inspirées de celles-ci, sont redevenues pratiquées par certains.

Au , les courants chrétiens suivant au moins certaines des règles du lévitique se répartissent entre des courants remontant aux premiers temps de l'église, et qui ne les ont jamais abandonnées, et quelques courants issus du protestantisme qui y sont redevenus fidèles. Le plus souvent, il s'agit de courants sabbatistes également.

Dans le second groupe, on trouve les mouvements d'origine protestante souhaitant respecter à la lettre la Torah. Ils ne retiennent cependant pas les modalités d'application de la cacheroute, comme l'abstention de mélanges, estimant qu'il s'agit d'innovations rabbiniques ultérieures non prescrites par le lévitiqueEgan, Hope. Holy Cow! Does God Care About What We Eat? First Fruits of Zion. 2005 . L'Église de Dieu (Septième Jour) respecte l'ensemble des interdictions alimentaires telles que données en Lévitique. Quant à eux, les Adventistes du Septième Jour condamnent la consommation de viande de porc et conseillent même le végétarisme, mais sans l'imposer.. Les Témoins de Jéhovah reprennent l'interdiction du sang, en l'appliquant non seulement à sa consommation, mais aussi aux transfusions sanguinesThierry Murcia, Les premiers chrétiens et la consommation du sang, 2004. Voir également Transfusion sanguine chez les Témoins de Jéhovah..

Quelques groupes judéo-chrétiens respectent la totalité de la cacherouth. Il s'agit de certains sous-ensembles (mais pas forcément tous) dit du Judaïsme messianique, une nébuleuse de courants essentiellement nord-américains qui entendent se définir comme à la fois pleinement Juifs et pleinement chrétiens, Jésus étant ici vu comme le messie annoncé par le Judaïsme, et toute référence à la théologie de la « nouvelle alliance » étant clairement écartée.

Les premiers chrétiens s'abstenaient souvent de toute viande. Certains moines ont conservé cette pratique jusqu'à nos jours. Certains peuples chrétiens ont gardé l'habitude de s'abstenir du sang des animaux et ne consomment de viandes que bien cuites.

Plus tard, dans le catholicisme, il s'agit surtout de refréner les instincts de gourmandise. Nous parlerions plutôt aujourd'hui de « gloutonnerie », une traduction plus juste du mot grec serait « beuverie » qui correspond mieux à la notion exprimée dans la Bible. Quel que soit le mot retenu, l'excès qu'il désigne est l'un des sept péchés capitaux. Ce n'est pas le fait en soi d'apprécier la bonne chère (la bonne nourriture) qui est répréhensible mais celui de manger plus que de besoin, sans mesure : « Tout m'est permis, mais tout ne m'est pas utile » (Lettre de saint Paul).

Le jeûne dans le catholicisme En 732, le pape Grégoire III proscrit l'usage de la viande de cheval dans l'alimentation (cette décision est peut-être liée au caractère sacré de l'animal chez les peuplades germaniques).

Au Moyen Âge, l'Église catholique a imposé des restrictions alimentaires essentiellement à base de jeûnes suivant un calendrier précis :