thumb|Blason d'Aix-en-Provence.|alt= Aix-en-Provence (Aix jusqu'en 1932) est la capitale historique de la Provence. Son histoire débute avec la soumission aux Romains des Salyens, fédération ligure regroupant plusieurs peuples de la Basse-Provence, dont quelques avancées gauloises dans la vallée du Rhône. Leur capitale, située à l'oppidum d'Entremont, est habitée depuis le début du En , le consul romain Caius Sextius Calvinus démantèle l'oppidum et crée deux ans plus tard la ville d'Aquae Sextiae, au pied d'Entremont. C'est cette ville romaine qui est devenue Aix. Située sur un axe stratégique entre l'Italie et l'Espagne (sur la Via Aurelia), Aix permet à la République romaine de sécuriser toute une région alors aux mains des Salyens. Pourtant, des incursions ennemies viennent mettre en péril la sécurité de la Gaule narbonnaise et, en 102 av. J.-C., le consul Caius Marius détruit une armée de Cimbres et de Teutons, non loin d'Aix. Cette bataille, dénommée bataille d'Aix, permet de protéger l'Italie d'une invasion de ces tribus germaines. Dans le même temps, Aix se développe et prend les caractéristiques d'une ville romaine. Elle se dote d'un forum, mais aussi d'un théâtre, de thermes et d'aqueducs.
Le est marqué par le début du déclin démographique d'Aquae Sextiae. À la même époque, Aix est capitale de la Narbonnaise Seconde et domine alors sur un plan politique des villes antiques majeures, comme Fréjus (Forum Julii), Antibes (Antipolis), Riez (Reis Appolinaris), Apt (Apta Julia), Sisteron (Segusterone) ou Gap (Vapincum). C'est à Aix qu'est créé l'archevêché, ce qui lui assure une position prééminente tout au long du Moyen Âge, confirmée par la création d'une université (1409), puis peu après le rattachement à la France, du Parlement de Provence (1501).
Son importance en Provence fléchit quelque peu avec la Révolution française : le Parlement et l'université sont supprimés, et Aix n'est plus que chef-lieu d'un des quatre départements créés avec la province. Sans liaison ferroviaire, la ville gagne le surnom de « belle endormie » au .
Antiquité L'oppidum d'Entremont
L'oppidum d'Entremont se présente comme typique des bourgades celto-ligures de son temps. Peuplée de Salyens (Salluvii, peuple ligure) de l'arrière-pays marseillais, elle a été considérée dès le comme une polis antique, constituée d'une agglomération et de son territoirePatrice Arcelin, « Avant Aquae Sextiae, l'oppidum dEntremont » in .</ref>. thumb|250px|Carte des tribus gauloises et ligures de Provence. Avant l'apparition de l'agglomération d'Entremont, un sanctuaire semble avoir existé dès le premier Âge du fer.. Les éléments de ce sanctuaire ont servi de remploi lors de la construction de la seconde et peut-être de la première agglomération..
Au fil des siècles, une structure d'habitat se met en place et le premier rempart est érigé vers -175. Les 25 années qui vont suivre constituent la première phase d'habitat de l'oppidum. La ville ne s'étend alors que sur un hectare environ et forme un parallélogramme à l'aplomb de deux abrupts : au sud et à l'ouest..
Rapidement, la ville doit s'agrandir et l'on procède à la construction d'un deuxième rempart qui va porter la superficie de la ville à 3,5 hectares environ.. On est alors aux alentours de 150 Ce rempart n'aura rien de commun avec le précédent : 6 à 7 mètres de hauteur, 3,25 mètres de largeur, renforcé de tours de 8 à 9 mètres tous les 18,5 mètres.
Au moment de la prise de la ville, en 123, le roi (ou basileus) Teutomalios (ou Toutomotulus) fuit chez ses alliés allobroges (Rhône/Isère), en compagnie des princes (dunastai) salyens d'EntremontTite-Live, Abrégé du livre 61.. Plusieurs chercheurs ont toutefois émis des doutes sur cette hypothèse, considérant que le véritable abandon de la ville provient d'une destruction militaire survenue vers 110 à 90 av. J.-C. Une faible population continue d'habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l'ombre d'Aquae Sextiae, même si Entremont n'est plus qu'une « ville pérégrine étroitement contrôlée par un praesidium romain<ref name="Gascou">J. Gascou, Inscriptions latines de Narbonnaise, t. 3 : « Aix-en-Provence », éd. CNRS, Paris, 1995, p. 24... » Mais progressivement, la ville va être totalement désertée et finira ruinée.
Aquae Sextiae
Fondation de la ville d'Aix On ne peut affirmer que la ville était dénommée Aquae Sextiae dès sa fondation. En revanche, elle portait ce nom au plus tard en 102 av. J.-C.. Tite-Live parle en effet de « duobus deinde proeliis circa Aquas Sextias eosdem hostes delevitTite-Live, Perochia 68. ». Pline l'Ancien, lui, évoque « Aqua Sextia Salluviorum ». thumb|180px|left|Fondation d'Aix par Sextius Calvinus (Joseph Villevieille, 1900). Les récits concernant la fondation d'Aix sont peu connus. Cassiodore (485-580) en fait une relation plutôt détaillée dans sa Chronique, mais celle-ci présente l'inconvénient d'être très postérieure aux événements. Cassiodore y indique que la création de la ville résulte des opérations militaires du consul Caius Sextius Calvinus menées en 124 av. J.-C. contre l'oppidum d'Entremont, qu'il appelle « la capitale des SalyensDiodore, 34, 23. ». Deux ans plus tard, le même Sextius Calvinus fonde « dans les Gaules une ville où sont les eaux sextiennes » (122 av. J.-C.). Strabon qualifiera l'établissement sextien de polis (« ville ») qu'il prend soin de distinguer de la phoura (« garnison ») qui s'y trouve..
Aix, première ville romaine fondée sur le territoire de la France actuelle, a pour vocation de surveiller une région à peine pacifiée et sert de base à l'armée romaine en prévision d'une conquête de la Gaule narbonnaise, quatre ans plus tard. Placée sous le contrôle d'un præsidium romain, Aix abrite dès lors les populations refoulées d'Entremont et devient de facto « le chef-lieu du pays salyen entré par la force dans l'orbite romaine. »
Il n'est pas possible de déterminer avec précision l'emplacement de l'établissement romain et de la garnison qui s'y trouvait. La raison en est que l'on ne trouve pas de source archéologique remontant à la fondation de la ville. Les historiens se fient donc au déplacement de la ville antique au cours des siècles et ses diverses localisations : d'abord dans la ville des Tours, puis sur l'emplacement du palais comtal et enfin dans le bourg Saint-Sauveur. La plupart des érudits locaux localisent la ville antique au bourg Saint-Sauveur, alors que des vestiges retrouvés sur place et identifiés à l'époque romaine s'avéraient en fait être ceux de la ville du . Paul-Albert Février s'oppose à cette localisation : « Vouloir retrouver dans cette ville de basse époque [le bourg Saint-Sauveur] le plan de la fondation de Sextius est un simple jeu de l'esprit. »
Bataille d’Aquae Sextiae
En 102 , lors de la bataille d’Aquae Sextiae, Marius tient tête, au pied de la montagne appelée plus tard Sainte-Victoire, aux hordes d'Ambrons et de Teutons qu'il défait. Ceux-ci, venus de la Baltique, se rendent en Italie. Marius choisit avec précaution une position forte, une colline, pour y attirer les Teutons avec l'aide de sa cavalerie et de son infanterie légère de tirailleurs (composée pour l'essentiel de Ligures alliés).
Les éléments de l'avant-garde teutonne, les Ambrons, mordent au piège et attaquent. Ils sont bientôt suivis par le reste de leur troupe. Or Marius a caché une petite force romaine de à proximité. Au moment de la bataille, cette force sort de sa cachette, attaquant les Teutons par derrière et provoque chez eux confusion et déroute. Les décomptes romains prétendent que, dans le massacre qui suit, sont tués et , parmi lesquels leur roi Teutobod, sont capturés. Les seuls rapports qui ont survécu sont romains et ils exagèrent l'unilatéralité de la bataille mais l'anéantissement complet des Teutons et des Ambrons est bien en faveur de la sévérité de leur défaite.
En 49 , la situation s'inverse par rapport à 122 : Aix prend sa revanche sur Marseille quand, Cliente de Jules César et de Pompée, celle-ci refuse de prendre parti dans la guerre civile de César, tout en accueillant les émissaires de Pompée. Battue en mer et assiégée par trois légions pendant deux mois par César puis par son légat Caius Trebonius, la ville est prise (Bellum Civile, livre I, 34-36, etc.), privée de ses colonies et doit se soumettre à Rome. Les Romains la rattachent à la province Narbonnaise. Le reste des oppida subsistant encore est alors vraisemblablement rasé (La Cloche), tandis qu'Aix s'étend jusqu'à devenir plus tard capitale de la Narbonnaise Seconde.
Développement de la ville thumb|Vestiges de l'aqueduc de la Traconnade sur la commune de Meyrargues (Bouches-du-Rhône). Le voit le développement de la ville au niveau architectural. Si, jusqu'alors, il fallait voir en Aquae Sextiae une ville très similaire à Entremont la Ligure, celle-ci va prendre progressivement des caractéristiques romaines. Ainsi, l'urbanisme s'oriente selon les canons romains. Un axe nord-sud (le cardo) vient couper un autre axe, orienté est-ouest (le decumanus). À leur intersection se dresse le forum de la ville, place publique et lieu de rencontres et de discussions. À l'ouest d'Aquae Sextiae, tout contre le rempart, se dresse le théâtre antique où les citoyens viennent assister à des spectacles de mime et de pantomime, mais qui joue aussi un rôle religieux lié au culte de l'empereur« Théâtre antique d’Aquae Sextiae », site de la mairie d'Aix-en-Provence..
L'approvisionnement en eau est assuré par trois aqueducs : l'aqueduc de Traconnade, au nord, l'aqueduc de Vauvenargues et celui du Tholonet à l'est.. L'aqueduc de Traconnade, qui prend sa source à Jouques (Bouches-du-Rhône), était long de . Il peut encore être observé sur le territoire de la commune de Meyrargues ; trois piles et arcades se dressent au milieu d'un champ, dans un décor bucolique. « Le ciment qui lie [ses] pierres, raconte l'historien Garcin en 1835, est plus dur que le poudingue le plus compactDictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, E. Garcin, vol. 2, Draguignan, 1835, p. 206.. » Cet aqueduc est considéré par d'aucuns comme une réelle prouesse technique du fait qu'il parcourt plusieurs kilomètres sous le plateau qui sépare la vallée de l'Arc et celle de la Durance« L'archéologie des aqueducs romains ou les aqueducs romains entre projet et usage », traianus.net.. Au temps d'Aquae Sextiae, ces aqueducs, que l'on estime dater du , viennent alimenter les thermes de la ville, mais sert aussi à la consommation quotidienne des Aquenses.
Les premiers thermes aixois remontent à la seconde moitié du . Ils se situent approximativement à l'emplacement actuel des thermes de la ville, près du cours Sextius.
Mutations urbaines () Le est marqué par le début du déclin démographique d'Aquae Sextiae. Dans un premier temps, des domus résidentielles sont abandonnées de leurs habitants, mais peu à peu ce phénomène s'étend à de nombreuses maisons du centre de la ville. Livrées à l'abandon, ces maisons tombent en ruines et leurs pierres servent de carrières de matériaux.. Les habitations délaissées le plus tardivement semblent être celles du quartier nord, dont certaines sont même embellies durant cette période où tant d'autres subissent un abandon définitif. Le phénomène concerne aussi les services municipaux qui semblent beaucoup moins efficient. L'entretien du réseau des collecteurs publics, notamment, se relâche, ce qui conduit au colmatage de nombreux conduits d'égouts. Au milieu du , la plupart de ces conduits sont devenus inopérants..