Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1962 ( British Grand Prix), disputé sur le circuit d'Aintree le , est la cent-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1962.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960), s'appuyant sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course thumb|right|upright=1.15|Dominatrices en 1961, les Ferrari 156 sont cette saison rentrées dans le rang.
Après une année 1961 sous domination de la Scuderia Ferrari, les constructeurs britanniques sont revenus au premier plan de la scène sportive, disposant désormais de moteurs V8 presque aussi puissants que les V6 italiens. En proie à des problèmes de tenue de route, les Ferrari sont maintenant surclassées par leurs concurrentes anglaises et n'ont cette année encore remporté aucune épreuve de championnat, championnat très ouvert puisque Graham Hill (BRM), Bruce McLaren (Cooper), Jim Clark (Lotus) et Dan Gurney (Porsche) ont chacun gagné une manche ; champion du monde en titre, Phil Hill a dû se contenter des places d'honneur, la remarquable fiabilité des monoplaces italiennes lui permettant toutefois de pointer à la seconde place du classement provisoire, à deux points de Graham Hill. Les difficultés rencontrées par la Scuderia sont aggravées par les grèves affectant l'industrie italienne, freinant les possibilités de développement, contrairement à la situation du constructeur allemand Porsche qui, après un début de saison très difficile, est parvenu à mettre au point sa monoplace à moteur huit cylindres.
Le circuit
Inauguré en 1954, le circuit permanent d'Aintree fut réalisé à l'intérieur de l'enceinte de l'hippodrome de la ville. Stirling Moss y remporta cette année-là le Daily Telegraph Trophy au volant de sa Maserati 250F. Développant trois miles (), son tracé est relativement sinueux, le record du tour officiel étant détenu par Jim Clark, auteur d'un tour à de moyenne lors de la course des 200 Miles, en avril dernier, au volant de sa Lotus. L'enceinte peut accueillir jusque cent quarante mille spectateurs, qui bénéficient d'une belle vue d'ensemble de l'autodrome.
Monoplaces en lice Ferrari 156 "Usine" La Scuderia Ferrari avait prévu l'engagement de trois voitures pour Phil Hill, Ricardo Rodríguez et Giancarlo Baghetti, mais les grèves sévissant en Italie ont affecté leur préparation ; une seule 156 F1 a été amenée, confiée à Hill. Il s'agit du châssis utilisé par le champion du monde à Monaco, équipé de la nouvelle boîte de vitesses à six rapports. Elle pèse près de . Bien que disposant du moteur le plus puissant du plateau (V6 de 200 chevaux), la Ferrari 156 est nettement surclassée par ses concurrentes sur les circuits sinueux. Une nouvelle monoplace (156/62P), plus légère et plus rigide, a été réalisée sous la direction de Mauro Forghieri, mais quelques semaines de mise au point sont encore nécessaires avant son apparition en course.
BRM P57 "Usine" L'équipe britannique a préparé trois P57, Graham Hill disposant ayant le choix entre sa monoplace habituelle (identique à celle de son coéquipier Richie Ginther) et une version un peu allégée et à voie arrière élargie, tout juste sortie des ateliers de Bourne. Conçues par Tony Rudd, ces monoplaces sont équipées d'un V8 alimenté par un système d'injection indirecte Lucas de 193 chevaux et d'une boîte de vitesses à cinq rapports. Moteur et transmission sont réalisés en interne. Une boîte de vitesses Colotti à six rapports fut utilisée par Ginther en début de saison, mais se révéla peu fiable. Les P57 pèsent environ .
Lotus 25 & 24 "Usine" thumb|right|upright=1|La Lotus 25 de Jim Clark, à châssis monocoque. Après la collision survenue entre les voitures de Maurice Trintignant et Trevor Taylor à l'arrivée du Grand Prix de France à cause du blocage de la piste par le service d'ordreRevue Moteurs - 1962, ce dernier ne peut disposer de sa Lotus 25 et doit se rabattre sur la Lotus 24 de l'équipe. Seul Jim Clark dispose donc de la révolutionnaire 25, à châssis monocoque. Pesant seulement , elle dispose cependant d'une coque particulièrement rigide, garantissant une tenue de route très efficace sur piste sèche. Particulièrement basse, elle impose une position de conduite très allongée. Elle utilise le moteur Coventry Climax FWMV (V8, 181 chevaux à 8200 tr/min), accouplé à une boîte de vitesses ZF à cinq rapports. D'un poids équivalent, la 24 utilise les mêmes éléments mécaniques mais son châssis tubulaire, quatre fois moins rigide, ne lui confère pas les mêmes qualités dynamiques.
Lotus 24 privées Engagé sur la Lotus 24 de Rob Walker, Maurice Trintignant a dû déclarer forfait, sa monoplace, impliquée dans la collision du Grand Prix de France, n'ayant pu être réparée à temps pour l'épreuve britannique. Jack Brabham s'aligne une fois encore sur sa 24 privée, à moteur V8 Climax, sans doute pour la dernière fois cette saison car la nouvelle monoplace qu'il a élaborée en collaboration avec l'ingénieur Ron Tauranac vient d'être achevée. UDT Laystall a renoncé à l'utilisation du moteur BRM, et les monoplaces de l'équipe, confiées à Innes Ireland et Masten Gregory, sont désormais toutes deux équipées du V8 Climax. La Lotus 24 de l'Écurie Filipinetti (aux mains de Jo Siffert) et celle de Wolfgang Seidel utilisent quant à elles le V8 BRM.
Lotus 18 privées Importateur Lotus aux États-Unis, Jay Chamberlain débute au niveau mondial au volant de sa Lotus 18 privée, sur laquelle il a auparavant disputé quelques courses hors championnat. C'est également le cas du Néo-Zélandais Tony Shelly, qui pilote la Lotus 18/21 (un châssis Type 18 avec carrosserie Type 21) de l'écurie John Dalton. Ces deux voitures utilisent un moteur Climax FPF (4 cylindres, 152 chevaux).
Porsche 804 "Usine" thumb|right|upright=1|La Porsche 804, à moteur huit cylindres à plat, est désormais parfaitement au point. Les dernières améliorations apportées aux Porsche 804, très décevantes en début de saison, ont porté leurs fruits, le constructeur de Stuttgart ayant successivement remporté le Grand Prix de France avec Dan Gurney et le Grand Prix de Solitude, obtenant même un doublé dans cette épreuve hors championnat où Gurney s'est imposé devant son coéquipier Joakim Bonnier. Pesant un peu plus de , les 804 sont équipées d'un moteur huit cylindres à plat refroidi par air, alimenté par quatre carburateurs Weber double-corps, d'une puissance de 185 chevaux à 9200 tr/min. Les voitures de Gurney et Bonnier n'ont subi aucune modification technique depuis leur dernière victoire.
Porsche 718 privée Carel Godin de Beaufort dispose de son habituelle 718 à moteur quatre cylindres à plat refroidi par air (environ 165 chevaux). Il s'agit de l'ancienne formule 2 de Graham Hill, que le pilote amateur néerlandais a rachetée à l'usine à la fin de la saison 1960.
Cooper T60 "Usine" John Cooper engage les mêmes monoplaces qu'au Grand Prix de France, deux T60 à moteur V8 Climax FWMV pour Bruce McLaren et Tony Maggs. Les T60, conçues par Owen Maddock, utilisent une boîte de vitesses à six rapports développée en interne. Elles pèsent environ .
Cooper T59 privée Le mécanicien Hugh Aiden-Jones a modifié un châssis T59 de Formule Junior pour y adapter un moteur Climax FPF et une boîte de vitesses Cooper à cinq rapports. La carrosserie a été redessinée pour intégrer le radiateur à l'avant. Engagée par l'écurie "Anglo-American Team" dirigée par Louise Bryden-Browne, cette monoplace (également baptisée Aiden-Cooper) a effectué sa première course à l'occasion du Grand Prix de Pau, aux mains de Ian Burgess, s'y classant huitième. Après plusieurs participations sans résultat notable dans diverses épreuves hors championnat, elle a obtenu un premier résultat encourageant avec la quatrième place de Burgess au Grand Prix de la Solitude. Toujours aux mains du pilote britannique, elle effectue à Aintree sa première apparition en championnat du monde.
Cooper T53 privée Jackie Lewis a engagé sa T53 personnelle, sous les couleurs de l'Ecurie Galloise. Elle est équipée d'un moteur Climax FPF.
Lola Mk4 thumb|right|upright=1|La Lola Mk4 de John Surtees, vue ici à Zandvoort. Au côté des deux Lola Mk4 à moteur Climax V8 utilisées depuis le début de saison, l'équipe Bowmaker Racing de Reg Parnell a également amené une troisième voiture, une Mk4A, évolution du modèle précédent, allégée, avec suspension modifiée. Elle utilise la nouvelle boîte six vitesses Colotti, au lieu de l'habituelle boîte à cinq rapports. Premier pilote de l'équipe, John Surtees est épaulé par l'expérimenté Roy Salvadori.
Emeryson Mk2 & Mk3 "Usine" Rachetée par le jeune milliardaire Hugh Powell quelques semaines plus tôt, l'équipe Emeryson fait courir une Mk2 de la saison passée, à moteur Climax FPF et boîte de vitesses Colotti, pour l'Américain Tony Settember. La récente Mk3 (évolution de la Mk2) devait également participer aux mains de John Campbell-Jones, mais ce dernier a détruit la voiture lors des essais du Grand Prix de Solitude, se blessant grièvement.
Gilby La nouvelle Gilby à moteur BRM et boîte Colotti à six rapports, conçue par Len Terry, devait débuter à Aintree aux mains de Keith Greene, mais sa réalisation a pris du retard et le pilote britannique a dû déclarer forfait.
Coureurs inscrits