Le Grand Prix de Suisse 1954 (), disputé sur le circuit de Bremgarten le , est la trentième-neuvième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1954.
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde
thumb|200 px|left|alt=Fangio 1954|Avant le GP de Suisse, antépénultième épreuve de la saison, Fangio (vu ici au Nürburgring) est presque assuré de remporter le titre mondial. 1954 est la première année de la nouvelle réglementation de la formule 1 (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre), s'appliquant à toutes les épreuves du championnat du monde à l'exception des 500 miles d'Indianapolis, disputés selon l'ancienne formule internationale. La saison a été dominée par Juan Manuel Fangio, premier pilote de l'équipe Mercedes-Benz, qui compte déjà quatre victoires à son actif avant la manche suisse et bénéficie d'une confortable avance au classement mondial. Pour le pilote Ferrari José Froilán González, seule une série de trois victoires consécutives dans les trois épreuves restant à disputer peut lui permettre de rattraper son compatriote, mais la supériorité actuelle du tandem Fangio/Mercedes rend cette perspective très peu probable.
Le circuit thumb|200 px|right|alt=Jyväskylä|Le circuit est situé sur la commune de Bremgarten, près de Berne.
Malgré un revêtement entièrement refait l'année précédente, le rapide circuit routier de Bremgarten est l'un des plus périlleux et des plus sélectifs d'Europe. Le record officiel de la piste est toujours détenu par le champion allemand Bernd Rosemeyer, qui en 1937 réalisa en course un tour à de moyenne au volant de son Auto Union, à une époque où la piste comprenait des secteurs pavés maintenant disparus.
Monoplaces en lice Ferrari 625 & 553 "Usine" thumb|left|alt=Ferrari 625|La Ferrari 625, modèle intérimaire dérivé de la 500 F2. Après un début de saison en demi-teinte dû aux problèmes rencontrés avec la monoplace type 553, la Scuderia Ferrari a redressé la barre grâce au modèle 625, dérivé de la 500 F2 championne du monde en 1952 et 1953, équipé depuis mi-juillet du moteur de la 553 (4 cylindres, 250 chevaux à 7500 tr/min, l'ensemble pesant 630 kg ). Son premier pilote Giuseppe Farina ayant été accidenté en juin, c'est désormais José Froilán González qui tient le premier rôle dans l'équipe. L'Argentin s'est imposé au Grand Prix automobile de Grande-Bretagne et occupe la seconde place du championnat du monde, très loin toutefois derrière son compatriote Juan Manuel Fangio qui est pratiquement assuré du titre. Ferrari a engagé trois 625, González étant épaulé par le Britannique Mike Hawthorn et le Français Maurice Trintignant. L'écurie a également amené deux modèles 553, le premier étant confié à Robert Manzon, le second faisant office de voiture de réserve. Auparavant pilote de l'Écurie Rosier, Manzon dispose pour la première fois d'une Ferrari F1 d'usine. En plus des voitures officielles, on note également la présence du Belge Jacques Swaters, au volant de la Ferrari 500 de l'Écurie Francorchamps.
Maserati 250F "Usine" L'équipe Maserati avait dominé le début de saison avec la nouvelle 250F (630 kg, moteur six cylindres en ligne développant environ 250 chevaux à 7200 tr/minL'année automobile 1954-1955 - éditeur : Edita S.A., Lausanne), grâce à Juan Manuel Fangio (vainqueur en Argentine et en Belgique). Depuis, la situation a tristement évolué pour le constructeur de Modène : après un interim de quelques courses, Fangio court désormais pour Mercedes-Benz et Onofre Marimon, devenu premier pilote, s'est tué lors des essais du Allemagne. Stirling Moss, qui a impressionné les dirigeants de l'équipe par ses prestations au volant d'une 250F privée, dispose désormais d'un volant d'usine. Il est épaulé par Harry Schell, Sergio Mantovani et Roberto Mieres. Deux 250F privées sont également présentes, aux mains des Britanniques Roy Salvadori et Ken Wharton, la voiture de ce dernier étant équipée de freins à disques Dunlop. Également engagé sur une 250F, le vétéran suisse Emmanuel de Graffenried a finalement déclaré forfait.
Mercedes-Benz W196 "Usine" thumb|200 px|alt=Mercedes W196|Le poste de pilotage de la Mercedes (version à carrosserie ouverte) Le constructeur allemand, qui effectue cette saison un retour triomphal en grand prix, engage pour cette course trois W196 à carrosserie ouverte, ayant renoncé à utiliser les versions carénées sur les circuits sinueux. Elles sont pilotées par Juan Manuel Fangio, Karl Kling et Hans Herrmann. Leur moteur huit cylindres en ligne alimenté par injection directe développe 270 chevaux à 8300 tr/min. Malgré un poids relativement important (690 kg), ces puissantes monoplaces s'avèrent d'une redoutable efficacité, notamment grâce à l'utilisation d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports parfaitement étagés et d'imposants tambours de freins "inboard".
Gordini T16 "Usine" Avec très peu de moyens, Amédée Gordini maintient sa présence en grand prix, mais ses modèles T16 équipés d'un moteur six cylindres de 2,5 litres (environ 230 chevaux à 6500 tr/min) accomplissent leur troisième saison et ne voient pas souvent la ligne d'arrivée, leur maintenance se limitant au remplacement des pièces cassées. Gordini a engagé trois voitures, pilotées par Jean Behra (pilote de pointe de l'équipe), Clemar Bucci et Fred Wacker.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Jacques Swaters Écurie Francorchamps Ferrari Ferrari 500 0208/F2 Ferrari L4 4 Juan Manuel Fangio Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-6 Mercedes-Benz L8 6 Hans Herrmann Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-4 Mercedes-Benz L8 8 Karl Kling Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 W196-5 Mercedes-Benz L8 10 Jean Behra Équipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 12 Clemar Bucci Équipe Gordini Gordini Gordini T16 33 Gordini L6 14 Fred Wacker Équipe Gordini Gordini Gordini T16 34 Gordini L6 16 Roy Salvadori Gilby Engineering Maserati Maserati 250F 2507 Maserati L6 18 Ken Wharton Owen Racing Organisation Maserati Maserati 250F 2504 Maserati L6 20 José Froilán González Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-4 Ferrari L4 22 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-7 Ferrari L4 24 Robert Manzon Umberto Maglioli Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 553 553-2 Ferrari L4 26 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 625-6 Ferrari L4 28 Sergio Mantovani Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2502 Maserati L6 30 Roberto Mieres Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2505 Maserati L6 32 Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2508 Maserati L6 34 Harry Schell Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2506 Maserati L6 36 Emmanuel de Graffenried Écurie Burano Maserati Maserati 250F 2041/2510 Maserati L6
Qualifications Les séances qualificatives se déroulent les vendredi et samedi précédant la course. Lors de la première journée, le ciel est couvert et la session se déroule sur piste humide . Dans ces conditions, les temps au tour des formules 1 sont à peine meilleurs que ceux réalisés l'année précédente avec des formules 2. Les Argentins José Froilán González (Ferrari) et Juan Manuel Fangio (Mercedes) dominent nettement leurs adversaires, González prenant finalement le meilleur sur son compatriote pour deux dixièmes de seconde. Troisième, le jeune Britannique Stirling Moss est à près de deux secondes au volant de sa Maserati. Sur cette piste piégeuse, Robert Manzon est sorti violemment de la piste, détruisant la Ferrari 553 d'usine qui venait de lui être confiée. Avec plusieurs côtes cassées, il ne pourra participer à l'épreuve, et c'est l'Italien Umberto Maglioli qui va le remplacer, au volant de la Ferrari Squalo de réserve.
Le samedi, la séance se déroule sur une piste détrempée et aucun pilote n'améliore son temps. C'est Moss qui se montre le plus rapide de la journée, démontrant le potentiel de la Maserati et des pneus Pirelli sur le mouillé. Grâce à son chrono du vendredi, González obtient la pole position, partageant la première ligne avec Fangio et Moss.
thumb|150 px|alt=González|Pour deux dixièmes de seconde, l'Argentin José Froilán González s'adjuge la pole position. + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 20 José Froilán González Ferrari 2 min 39 s 5 2 4 Juan Manuel Fangio Mercedes-Benz 2 min 39 s 7 + 0 s 2 3 32 Stirling Moss Maserati 2 min 41 s 4 + 1 s 9 4 26 Maurice Trintignant Ferrari 2 min 41 s 7 + 2 s 2 5 8 Karl Kling Mercedes-Benz 2 min 41 s 9 + 2 s 4 6 22 Mike Hawthorn Ferrari 2 min 43 s 2 + 3 s 7 7 6 Hans Herrmann Mercedes-Benz 2 min 45 s 0 + 5 s 5 8 18 Ken Wharton Maserati 2 min 46 s 2 + 6 s 7 9 28 Sergio Mantovani Maserati 2 min 56 s 9 + 17 s 4 10 12 Clemar Bucci Gordini 3 min 04 s 1 + 24 s 6 11 24 Umberto Maglioli Ferrari 3 min 08 s 2 + 28 s 7 12 30 Roberto Mieres Maserati 3 min 09 s 3 + 29 s 8 13 34 Harry Schell Maserati 3 min 12 s 1 + 32 s 6 14 10 Jean Behra Gordini 3 min 16 s 4 + 36 s 9 15 14 Fred Wacker Gordini 3 min 20 s 3 + 40 s 8 16 24 Jacques Swaters Ferrari 3 min 20 s 4 + 40 s 9
Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 3 2 1 MossMaserati2 min 41 s 4 FangioMercedes-Benz2 min 39 s 7 GonzálezFerrari2 min 39 s 5 5 4 KlingMercedes-Benz 2 min 41 s 9 TrintignantFerrari2 min 41 s 7 8 7 6 WhartonMaserati2 min 46 s 2 HerrmannMercedes-Benz2 min 45 s 0 HawthornFerrari2 min 43 s 2 10 9 BucciGordini3 min 04 s 1 MantovaniMaserati2 min 56 s 9 13 12 11 SchellMaserati3 min 12 s 1 MieresMaserati3 min 09 s 3 MaglioliFerrari3 min 08 s 2 15 14 WackerGordini3 min 20 s 3 BehraGordini3 min 16 s 4 16 SwatersFerrari3 min 20 s 4
Déroulement de la course