Otto Wächter, Freiherr von Wächter en 1918-1919, est un avocat autrichien, homme politique nazi et général SS, né le à Vienne (Autriche-Hongrie) et mort le à Rome (Italie).

Pendant l'occupation de la Pologne au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est gouverneur du district de Cracovie au sein du Gouvernement général, puis du district de Galicie (aujourd'hui pour la majeure partie en Ukraine). Plus tard, en 1944, il est nommé chef de l'administration militaire allemande dans l'État fantoche de la république de Salò en Italie. Pendant les deux derniers mois de la guerre, il est responsable des forces non allemandes à l'Office central de la sécurité du Reich (RSHA) à Berlin.

En 1940, Juifs sont expulsés de Cracovie et en 1941, le ghetto de Cracovie est créé pour les Juifs restants, le tout sous les ordres de Wächter. Le , le gouvernement polonais demande au gouverneur militaire de la zone d'occupation américaine en Allemagne que Wächter soit livré à la Pologne pour y être jugé pour « meurtres de masse, fusillades et exécutions. Sous son commandement du district de Galicie, plus de cent mille citoyens polonais ont perdu la vie, [...] ».

Il réussit à échapper aux autorités alliées pendant quatre ans. En 1949, Wächter est accueilli par l'évêque autrichien pro-nazi Alois Hudal au Vatican où il meurt la même année, à 48 ans.

Biographie

Jeunes années et activisme nazi Otto Gustav Wächter est le troisième enfant et seul fils de Martha (née Pfob), fille du propriétaire de l'hôtel Graben dans le centre de Vienne. Son père, Joseph Wächter, est né en Bohême du Nord et a servi dans l'armée austro-hongroise. Au cours de la dernière année de la Première Guerre mondiale, Joseph Wächter est décoré de la croix de chevalier de l'ordre de Marie-Thérèse, ce qui lui vaut le titre de Freiherr (baron) et la particule « von » qu'il peut accoler à son nom « Wächter ».

Otto Wächter a passé ses premières années à Vienne avant que la famille ne déménage à Trieste sur la côte adriatique en 1908 (ville qui faisait alors partie de l’Autriche-Hongrie). Pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, il vit dans le Sud de la Bohême, où il obtient son baccalauréat en 1919 à České Budějovice, où la vie quotidienne est marquée par les différences nationales entre Allemands et Tchèques. Dans le même temps, de 1919 à 1922, il fait partie du Freikorps « Deutsche Wehr ».

En 1922, après la création de la Première République autrichienne, son père est nommé à deux reprises ministre de la Défense dans le cabinet d'Ignaz Seipel.

La famille revient ensuite à Vienne, où Wächter étudie le droit et rejoint diverses organisations nationales et sportives. En 1923, il passe du Freikorps « Deutsche Wehr » à la SA et devient champion d'Autriche de rame en M8+ (équipe de huit rameurs). Il obtient son doctorat en 1925 et commence à exercer la profession d'avocat en 1929. Parmi ses clients figurent des membres inculpés du parti nazi, parti qu'il a rejoint le (avec le ). Le , Wächter épouse Charlotte Bleckmann (née le ), fille d'un magnat de l'acier styrienLe couple a finalement eu six enfants, quatre filles et deux fils : Otto Richard (1933-1997) et Horst Arthur (né en 1939)..

Wächter continue à travailler pour le parti nazi à Vienne en tant qu'organisateur et défenseur des accusés nazis devant les tribunaux et joue par la suite un rôle de premier plan dans l'organisation du putsch de , qui échoue et mène finalement à l'assassinat du chancelier Dollfuss. Après l'échec du coup d'État, Wächter s'enfuit en Allemagne nazie. Il entre dans la SS le (SS ) et effectue un service militaire allemand à Freising, en Bavière. En 1935, sa citoyenneté autrichienne lui est retirée et la citoyenneté allemande lui est accordée alors qu'il complète sa formation d'avocat en Allemagne. En 1937, il commence à travailler dans les organisations d'aide aux réfugiés nazis autrichiens à Berlin.

Secrétaire d'État dans le gouvernement nazi à Vienne Après l’Anschluss (le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne nazie), le , Wächter occupe le poste de commissaire d’État au sein du « ministère de la Liquidation » sous la coupe du gouverneur nazi d'Autriche, Arthur Seyss-Inquart, du au . L'organe gouvernemental qu'il dirige, la commission Wächter, est responsable du renvoi et/ou du départ forcé de tous les responsables autrichiens qui ne se soumettent pas au régime nazi. Du fait du strict antisémitisme de l'ancienne bureaucratie autrichienne, seule une petite fraction des fonctionnaires est licenciée. Dans son livre "The Rat Line" Philip Sand estime que Wächter a été responsable du renvoi d’environ 16 000 fonctionnaires juifs de la fonction publique autrichienne après l’Anschluss, y compris des personnes mariées à des Juifs ou considérées comme « non conformes »

Gouverneur de Cracovie Après la défaite de la Pologne en septembre 1939, les Allemands créent le Gouvernement général de Pologne, dirigé par Hans Frank. Jusqu'en 1940, l’adjoint de Frank est l’Autrichien Arthur Seyss-Inquart, qui appelle Wächter auprès de lui en Pologne, où il est nommé gouverneur du district administratif de Cracovie.

Dès le début, Wächter s’avère être un administrateur efficace. Il ordonne au debut de sa prise de fonction le port d'un ruban distinctif pour les personnes de confession juive. A partir de , il met en place le ghetto de Cracovie. Il comprend que les politiques de discrimination raciale, de force brute et de coercition privent l'Allemagne d'une aide matérielle substantielle et lui aliènent de larges pans de la population locale non juive, et préfère s'inspirer des méthodes du gouvernement austro-hongrois en place jusqu'à la Première Guerre mondiale.

En tant que gouverneur de Cracovie, s'il est sous la supervision directe de Hans Frank, il collabore aux actions fanatiques des SS et de la police locale. Dans les échanges épistolaires avec son épouse, il met régulièrement en avant son investissement dans les taches dont il a la charge.

L'arrestation, le , de tous les enseignants de l'université Jagellonne de Cracovie et d'autres institutions universitaires et leur déportation ultérieure vers le camp de concentration de Sachsenhausen, appelée Sonderaktion Krakau entraîne une condamnation mondiale. Wächter critique publiquement l'action qui s'est déroulée à son insu et aurait tenté de libérer les universitairesDans une lettre adressée à son épouse le , il qualifie cette action de « cochonnerie ». Néanmoins, il est plus tard inculpé par les Polonais exilés à New York (le ) pour cette Sonderaktion.

Un mandat d'exécution contre cinquante-deux Polonais de Bochnia est délivré le avec la signature de Wächter, en représailles du meurtre de deux policiers viennois.

De même, en , un décret organisant l'expulsion des de la ville porte également sa signature, ainsi qu'un autre décret, publié le . et ordonnant aux restants de s'installer dans le ghetto de Cracovie nouvellement créé (« zone de résidence juive »).

Wächter, contrairement à sa femme qui fréquente souvent les Frank, essaie de garder ses distances avec la famille de son supérieur. Les Wächter vivent dans une villa pseudo-romane à Przegorzaly, sur une pente raide au-dessus de la Vistule, près de Cracovie, qui appartenait auparavant au professeur Szyszko-Bohusz, responsable de la restauration du château royal de Wawel, avant la guerre. L'atmosphère du bâtiment confisqué ne convient pas à l’épouse de Wächter, qui fait construire ce qu'elle appelle "le château de Wartenberg". Frustré par les pouvoirs réduits qui lui sont alloués, Wächter s’apprête à démissionner de son poste à Cracovie, quand il reçoit une nouvelle affectation en Galicie.

Gouverneur de Galicie Après l’, l'invasion allemande de l’Union soviétique lancée le , la partie orientale de l'ancienne province autrichienne de Galicie, occupée par les Soviétiques depuis leur invasion de la Pologne par l'Est en à la suite du Pacte germano-soviétique, passe sous la coupe du Gouvernement général de Pologne et prend le nom de district de Galicie. Sa capitale, connue sous les noms de Lviv (en ukrainien), Lwów (en polonais) et Lemberg (en allemand), était avant 1918 la quatrième ville de l'Empire austro-hongrois (après Vienne, Budapest et Prague), où Polonais, Ukrainiens et Juifs vivaient ensemble depuis des siècles. Le premier gouverneur allemand du district est Karl Lasch en 1941, un ami intime de Frank, mais il est arrêté et fusillé sur ordre du Reichsführer-SS Heinrich Himmler pour implication notoire dans le marché noir. Wächter est choisi par Hitler pour lui succéder car il est considéré comme étant « le meilleur homme sur place »Melitta Wiedemann [de], Wächter Archive sound recording of Charlotte Wächter. ; sa nomination au poste de gouverneur du district est officielle le .

Fin 1942, avant de prendre son poste en Pologne orientale, Wächter s'était rendu dans le Reichskommissariat Ukraine voisin (Ukraine de l'Est) pour observer les effets de l'application du principe nazi des Untermenschen (« sous-hommes ») par le commissaire du Reich en Ukraine Erich Koch, et ses politiques de répression et de soumission. À son retour en , Wächter avait adressé une lettre secrète de dix pages à Martin Bormann, le secrétaire particulier du Führer, critiquant les graves erreurs commises dans le traitement des Ukrainiens.

Ainsi la première rencontre officielle de Wächter à sa prise de poste est pour l'influent et respecté métropolite grec-catholique, André Sheptytsky. Avec son aide, Wächter s'efforce de promouvoir une plus grande coopération entre les occupants allemands et les différents éléments ethniques du district de Galicie. Comme conséquence immédiate, il se trouve en conflit avec le SS-Obergruppenführer Friedrich-Wilhelm Krüger, le chef supérieur de la SS et de la Police dans le Gouvernement général et l'exécuteur des programmes de réinstallation à grande échelle. Lors d'une réunion à Cracovie le , Wächter s'oppose publiquement au projet de « germanisation » de la ville de Lemberg, lequel aurait entraîné l'expulsion de toute sa population, ceci dans les termes suivants : « Une colonisation allemande de l'Est pendant la guerre provoquerait l'effondrement de la production »Dans une lettre de cinq pages adressée à Wächter, après avoir souligné qu'il était l'aîné de Wächter en âge et en grade, Krüger lui a rappelé que ses récentes déclarations publiques sur cette question étaient une confrontation directe avec la politique du Reichsführer-SS : « Même si vous portez l'uniforme d'un SS-Brigadeführer, dans les tâches qui vous sont confiées, vous ne vous êtes jamais assuré que vous appartenez à la SS. ».

L'opposition persistante de Wächter à la politique de Krüger conduit à un certain nombre de confrontations ouvertes. Pour éviter d'autres altercations, Himmler offre à Wächter la possibilité de déménager à Vienne, ce qu'il refuse. C'est donc en conscience qu'il reste à son poste et participe pleinement à la solution finale mise en place à l'issue de la conférence de Wannsee.

En tant que gouverneur de Galicie, tout en demeurant fermement convaincu du principe « l'Allemagne d'abord », son administration prend des initiatives destinées à répondre à certaines demandes de la population. Dans le but de favoriser ses propres options politiques, il lui arrive souvent d'user de son influence et de ses connaissances pour contourner le gouverneur général Hans Frank, notamment en exploitant les relations tendues entre Frank et Himmler. Wächter choisit consciemment des hommes aux opinions "libérales" pour les postes clés de son administration, notamment les chefs de département Otto Bauer et le Losacker, qu'il consulte régulièrement avant toute décision importante.

En tant que SS-Gruppenführer dans la Schutzstaffel (SS) Otto Gustav von Wächter a participé à Lemberg / Lviv au meurtre de masse de 130 000 à 150 000 Juifs.