MoutemouiaOu Mutemwiya, Mutemoueya, Moutemouiya ou Mutemwia, signifiant littéralement en égyptien antique « Mout est dans la barque divine », ou encore « la mère est dans la barque divine ». est une reine de la , épouse du roi et mère du roi .

Attestations vignette|gauche|Statue de Moutemouia située contre la jambe du colosse sud des colosses de Memnon. La reine est attestée exclusivement pendant le règne de son fils : une cuillère à fard conservée au Musée du Louvre (E 3671), une étiquette de jarre à vin mise au jour à Malqata ; cette étiquette montre qu'au moins un domaine viticol appartenait à la reine, une stèle commémorative d' gravée sur un rocher à Assouan, une moitié inférieure d'une statue découverte dans le Ramesséum, une statue fragmentaire en granodiorite de Moutemouia personnifiant la déesse Mout assise dans une barque et découverte dans le temple de Mout à Karnak ; les morceaux sont conservés au british Museum ; la statue forme ainsi un véritable rébus en trois dimensions du nom de la reine, les représentations en ronde-bosse sur les deux colosses de Memnon (l'entrée du temple des millions d'années d'), à côté de la jambe droite du roi, tandis que Tiyi (l'épouse principale d') apparaît à côté de la jambe gauche du roi, à deux reprises dans le temple d'Amon à Louxor : dans l'une des salles sud du temple et dans les fameuses scènes de la théogamie ; ces scènes de théogamie sont reproduites à partir de celles qu'Hatchepsout fit représenter dans son temple mémorial de Deir el-Bahari : dans la première scène, la reine est visitée par le dieu Amon qui s'unit à elle, puis, dans la scène suivante, la reine enceinte est conduite par des déesses vers le lieu de son accouchement où, assistée par d'autres divinités, elle donne naissance à Amenhotep ainsi qu'à son ka qui sont affermis par le dieu Khnoum avant d'être présentés à Amon, consacrant ainsi la destinée extraordinaire du fils de la reine, dans la tombe TT226 de Héqaréshou, précepteur du roi ; la peinture est actuellement conservée au musée de Louxor (J 134).

Curieusement, on n'a pas encore retrouvé de représentation de Moutemouia dans le nord du pays. Il est pourtant certain qu'elle y demeura en compagnie de son époux et de son fils. Il faut probablement y voir davantage le résultat de l'état de ruine des sites de la Basse-Égypte plutôt qu'un acte volontaireUn phénomène analogue existe pour les épouses de , Isis-Néféret et Néfertari..

Une statue de reine fragmentaire, découverte à Dendérah, appartenant à une « épouse du dieu, grande épouse royale et Maîtresse des Deux Terres » nommée Mout..., lui a parfois été attribuée. Cependant, cette statue est un peu plus tardive et devrait être attribuée à Moutnedjemet, l'épouse d'Horemheb (ce que Luc Gosselin exclut après une longue analyse), ou Mouttouya, l'épouse de , ou encore Mout-Néfertari, l'épouse de .

Titres

Les titres de Moutemouia incluaient : La « grande épouse royale », La « douce d'amour », La « maîtresse des Deux Terres », La « maîtresse de Haute et de Basse-Égypte », La « mère du roi », ou encore la grande mère royale », La « mère du dieu »Ce titre pourrait être équivalent au titre de « mère du roi », car est l'un des rois ayant pousser le plus loin sa propre divinisation..

La reine ne porta jamais le titre d'« épouse du dieu », qui, parmi les documents qui ont pu lui être attribués, est seulement attesté sur la statue de Dendérah.

Généalogie

vignette|Statue d'une barque sacrée de Mout, dédiée à Moutemouia. Origine

Les avis des spécialistes sur son origine sont encore aujourd'hui très partagés.

On l'a occasionnellement identifiée comme la fille envoyée par le roi du Mittani , dans une tentative de lui donner des origines exotiques. Cependant, comme le précise Betsy Morrell Bryan ou encore Agnès Cabrol, aucun début de preuve ne vient étayer cette théorie, qui est aujourd'hui écartée. La princesse mittanienne n'est pas arrivée en Égypte avant l'an 6, tandis qu' est né au plus tard en l'an 6.

Cyril Aldred et d'autres chercheurs proposaient déjà dans la seconde moitié du un lien de parenté avec le notable Youya, dont la famille jouera un rôle politique prépondérant sous les règnes suivantsIl s'agit d'une puissante famille de la cité d'Akhmîm dont est issue la dame Tiyi qui épouse précisément .. Si, à l'époque, cette hypothèse n'est basée sur aucun argument concret, des études récentes montrent qu' et son beau-père Youya partagent un tiers de leurs gènes, ce qui suggère que Youya avait un lien de parenté de type oncle/neveu avec . Cependant, l'hypothèse que Youya ait été le frère de est presque inconcevable ; il est donc plus probable que, si ce lien familial est avéré, Youya ait été le frère de Moutemouia.

Agnès Cabrol, suivie par Arnault Duhard, propose quant à elle que Moutemouia pourrait être identique à la reine Néfertari, première grande épouse royale de . En effet, le prince Amenhotep est présenté dès le début comme le fils aîné du roi, or Néfertari est la première grande épouse royale. De plus, Iaret, l'autre grande épouse royale de , est quant à elle exclue, car elle est également « sœur du roi », titre que n'aurait pas manqué de rappeler dans les inscriptions mentionnant sa mère. Toujours est-il que Moutemouia, nom signifiant « Mout est dans la barque divine », ou encore « la mère est dans la barque divine », est étonnant pour un nom de personne, mais cadrerait avec le mythe essentiel à la naissance divine du souverain, théogamie dans laquelle le dieu Amon se serait uni avec Moutemouia pour concevoir ; ce qui permettra à Moutemouia de porter le titre de « mère du dieu ».

Les scènes de la théogamie pourraient également indiquer la volonté d' de faire de sa mère une élue du roi des dieux Amon, la magnifiant et effaçant ainsi ses origines roturièresLe mythe de la naissance divine issue de l'union d'un dieu avec une femme de condition non royale est connu depuis le Moyen Empire. On citera notamment le conte du Papyrus Westcar qui met en scène une telle naissance pour les trois premiers pharaons de la légitimant ainsi par la volonté divine une nouvelle lignée royale..

Époux et descendance

La reine est donc une épouse du roi et la mère du roi . Elle a dû épouser au tout début de son règne, ou dans les années précédant son avènement, car est né au début du règne de , ou à la toute fin du règne d'.

Si elle est identique à Néfertari, alors elle est connue dès le début du règne en tant que grande épouse royale de ; sinon, elle est parfaitement inconnue du règne de son époux, ce qui paraît étonnant, en tant que mère du prince héritier, qui est connu comme tel dès le début du règne de . Si elle est différente de Néfertari, alors elle obtint le titre de grande épouse royale après le couronnement de son fils.

Le roi est connu pour avoir d'autres enfants, mais le nom de leur mère respective n'est pas connu. Moutemouia pourrait être la mère de certains d'entre eux.

Biographie

Beaucoup de spécialistes avancent que Moutemouia assuma la régence d' lorsqu'il monta sur le trône à l'âge de dix/douze ans. Il faut toutefois souligner là aussi qu'aujourd'hui, aucune preuve tangible d'une telle régence n'existe. Tout au plus peut-on voir dans son action l'assistance d'une mère à son jeune fils, alors qu'il vient de monter sur le trône d'Horus, comme le suppose Christian Leblanc.

Elle dut cependant jouer un rôle dans le mariage de Tiyi avec au tout début du règne, alors qu'ils ne sont alors que des enfants d'une dizaine ou douzaine d'années.

La date de son décès est inconnue. La présence de la reine sur les colosses de Memnon'', ainsi que la présence à Malqata d'une étiquette de jarre au nom de l'un des domaines de la reine sont deux documents ayant été avancés pour prouver une longue vie pendant le règne de son fils. Cependant, de tels documents ne sont pas des preuves : le fait d'être représenté sur une statue ne signifie pas que la personne en question était vivante lors de sa fabrication ; quant à l'étiquette, un domaine pouvait garder le nom d'une personne longtemps après la mort de ce dernier (Agnès Cabrol donne l'exemple des étiquettes au nom d'un domaine de datées de l'an 34 du règne d', soit 34 ans après le décès de ).

Sépulture

Le tombeau de la reine est inconnu. Elle fut certainement enterrée à Thèbes, comme le reste de la famille royale.

Il a été suggéré que la tombe KV21 située dans la vallée des Rois pourrait appartenir à la reine Moutemouia. En effet, la tombe est incontestablement celle d'une reine du deuxième ou troisième tiers de la , postérieure à celle de Tiâa et avant la période amarnienne. La tombe abritait deux momies : KV21A et KV21B. Si la seconde semble appartenir à la famille royale sans que sa position ne soit clairement déterminée, la première a été interprétée comme étant celle d'Ânkhésenamon ou bien celle de Moutemouia.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

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Voir aussi

Liens externes

Quelques reines importantes : Moutemouia

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