La Préhistoire de l'Irlande commence avec l'arrivée des premiers groupes humains sur l'ile, vers ou peut-être un peu avant, et s'achève avec l'adoption de l'écriture en latin avec l'arrivée du christianisme, au . On peut distinguer quatre grandes périodes : le Mésolithique, le Néolithique, l'Âge du bronze et la période Celte. Le Mésolithique est caractérisé par un peuplement faible de chasseurs-cueilleurs.
À partir d'environ , des populations déjà néolithisées arrivent sur l'ile en y apportant l'agriculture, l'élevage, la poterie et l'utilisation d'outils en pierre polie. Comme ailleurs en Europe atlantique, elles édifient des monuments mégalithiques (cairns, tumulus, dolmens, dolmens en coin).
L'introduction de la métallurgie du bronze, alliage de cuivre et d'étain, initie l'Âge du bronze vers L'Irlande possède de riches mines de cuivre qu'elle exporte alors dans toute l'Europe. Les artisans fabriquent également de nombreux bijoux en or, le sous-sol de l'Irlande étant particulièrement riche. De petits dolmens sont encore érigés à cette époque, mais dans des proportions bien moindres qu'au Néolithique.
L'arrivée des peuples celtes coïncide en Irlande avec le début de l'Âge du fer, vers La montée en puissance du roi de Tara et la conquête gaélique de l'Ulster marquent au le début de l'ère historique en Irlande. Quelques décennies plus tard, le roi de Tara imposa le christianisme comme religion officielle.
Mésolithique (9700 – 4400 )
Le peu que nous savons de l’époque préchrétienne en Irlande nous vient de quelques rares mentions dans des écrits romains, de la poésie, de l’archéologie et de la mythologie irlandaise, qui, elle, nous renseigne sur l'identité des peuples celtes ayant colonisé l'île.
Au cours du Pléistocène moyen et supérieur et jusqu'au Dryas ancien, l'Irlande était généralement recouverte en partie par les glaciers et était probablement inhabitable par l'Homme. Le Mésolithique représente en Irlande la plus ancienne période de peuplement humain connu. Jusqu'à tout récemment la plus ancienne preuve d’occupation humaine après le retrait des glaces était datée entre 8000 et Des établissements de chasseurs-cueilleurs ont été trouvés sur une demi-douzaine de sites sur toute l’Irlande : le mont Sandel, près de Coleraine en Irlande du Nord, Woodpark dans le comté de Sligo, dans l’estuaire de la rivière Shannon, au Lough Boora dans le comté d'Offaly, au Curran dans le comté d'Antrim et dans quelques sites plus petits dans le Munster. Toutefois, des ossements d'ours comportant des marques de découpe trouvés en 1903 dans le comté de Clare ont fourni des dates approximatives à après de nouvelles analyses.
Il est généralement admis que ces premiers habitants colonisèrent d'abord le Nord-Est de l’île, venant de l’Écosse toute proche. Même si le niveau de la mer était à l’époque beaucoup plus bas qu’à l’heure actuelle, l’Irlande était probablement déjà une île quand les premiers habitants arrivèrent par bateau. Les premiers sites habités au Mésolithique sont en effet situés le long des côtes. Ces premiers habitants étaient peut-être des marins qui dépendaient de la mer pour leur subsistance.
Les génomes des chasseurs-cueilleurs d'Irlande analysés montrent une forte proportion de courts segment d'homozygotie, ce qui atteste une longue période d'isolement. Ces résultats suggèrent que les populations locales n'étaient pas capables de franchir aisément les mers. Pour cette raison, ils forment une branche à part des autres chasseurs-cueilleurs du nord-ouest de l'Europe, alors que les chasseurs-cueilleurs de Grande-Bretagne sont beaucoup plus proches de ceux du continent, probablement encore reliés en début de période par le Doggerland Lara M. Cassidy et al., A dynastic elite in monumental Neolithic society, nature.com, Nature, volume 582, pages 384–388, 2020.
Les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique se nourrissaient de poissons et de coquillages, d’oiseaux, de sangliers et de noisettes. Ils chassaient avec des lances, des flèches et des harpons équipés de fines pointes de silex nommées microlithes. Ils complétaient leur régime alimentaire en cueillant des noix, des fruits et des baies. Ils vivaient dans des abris saisonniers qu’ils construisaient avec des peaux d’animaux tendues sur une simple armature en bois. Le foyer pour la cuisine était situé à l’extérieur de la hutte. Pendant le Mésolithique, la population de l’Irlande est estimée entre .
Néolithique (4400 – 2100 ) Le Néolithique commence en Irlande avec l’introduction de l’agriculture, de la poterie et d’outils en pierre polie. Les premières traces d’élevage ont été trouvées sur le site archéologique de Ferriter’s Cove, dans la péninsule de Dingle, et datées vers Kerry: A kingdom worthy of the name, thehistorypress.co.uk.
Comme ailleurs en Europe, l'arrivée d'une nouvelle population en est la cause. Les études génétiques montrent que l'agriculture a été introduite par les porteurs de la culture de la céramique cardiale, ou courant méditerranéen, qui sont remontés vers le nord depuis la péninsule Ibérique. Ces groupes ont également suivi le mouvement mégalithique qui s'est répandu sur toute la façade atlantique Lara M. Cassidy et al., Neolithic and Bronze Age migration to Ireland and establishment of the insular Atlantic genome, PNAS, 28 décemb re 2015 Federico Sánchez-Quinto et al., Megalithic tombs in western and northern Neolithic Europe were linked to a kindred society, pnas.org, 7 mai 2019, 116 (19) p.9469-9474.
Des moutons, des chèvres, des bovins et des céréales ont été introduits depuis le continent. La population de l’île augmenta fortement. Aux Céide Fields, dans le comté de Mayo, un vaste système de champs du Néolithique, sans doute un des plus anciens qui nous soient parvenus, a été trouvé, préservé sous une épaisse couche de tourbe. Ce système consiste en un ensemble de petits champs séparés les uns des autres par des murets en pierres sèches. Les Céide Fields ont été exploités pendant de nombreux siècles, entre 3500 et Les principales cultures étaient le blé et l’orge.
La poterie faisait partie du paquet agricole. De la vaisselle similaire à celle trouvée dans le nord de l’Angleterre a été mise au jour en Ulster (Lyle's Hill) et à Limerick. Les pièces typiques de cette poterie sont des bols à large embouchure et à fond rond.
Les monuments mégalithiques ont fleuri sur toute l'ile. Les plus ambitieux d'entre eux sont probablement des lieux cérémoniels importants pour la population. Dans la plupart des tombes qui ont été fouillées ont été trouvés des restes humains, généralement incinérés, mais pas systématiquement. Des offrandes funéraires, poterie, pointes de flèches, perles, pendentifs, haches, etc., ont aussi été exhumées. Ces tombes mégalithiques, dont plus de ont été recensées, se répartissent en quatre groupes distincts : Cairn – Ils sont caractérisés par la présence d’une courte allée couverte. On les trouve presque exclusivement dans le nord de l’île et font partie des plus anciens monuments. Tumulus – Ils constituent le plus petit groupe pour ce qui est du nombre, mais sont les plus impressionnants par leur taille. Ils sont localisés principalement dans le nord et l’est de l’ile, les plus grands et les plus connus ayant été découverts dans les quatre grands cimetières néolithiques de Brú na Bóinne, de Loughcrew (tous deux dans le Comté de Meath), de Carrowkeel et de Carrowmore, dans le Comté de Sligo. Le plus connu de tous est le tumulus de Newgrange, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. C’est un des monuments astronomiques les plus anciens du monde. Il a été construit autour de Au solstice de décembre, les premiers rayons du soleil pénètrent par un orifice pratiqué au-dessus de l'entrée de la tombe, et illuminent la chambre mortuaire qui se trouve au centre du tumulus. À proximité, le tumulus de Knowth contient la plus vieille carte de la lune gravée dans la pierre. Dolmens – La plupart d’entre eux appartiennent à deux ensembles, un dans le sud-est de l’île (les dolmens de Knockeen et de Gaulstown, dans le Comté de Waterford, en sont des exemples exceptionnels), l’autre dans le nord de l’île. Dolmens en coin (wedge-shaped gallery grave) – Il s’agit d'une forme irlandaise de dolmens, nommée en référence à la forme de la chambre mortuaire qui se termine en coin (marquée par un rétrécissement de l’ouest vers l’est de la largeur et de la hauteur). C’est le plus grand et le plus répandu des quatre groupes. Ces tombes sont particulièrement présentes dans l’ouest et le sud-ouest de l’Irlande. Le comté de Clare en est très riche. C’est l’ensemble le plus récent des quatre types de tombes, il date de la fin du Néolithique.
La présence de ces grands monuments funéraires pourrait indiquer l'existence d'une organisation sociale hiérarchisée. L'analyse de l'ADN de personnes enterrées dans plusieurs sites néolithiques, y compris dans trois tombes à couloir, soutient l'existence d'une élite homogène Andrew Curry, DNA from ancient Irish tomb reveals incest and an elite class that ruled early farmers, sciencemag.org, 17 juin 2020. L'analyse des haplogroupes du chromosome Y semble montrer l'importance de la lignée paternelle (patrilinéarité) dans ces populations. L'haplogroupe I2a est largement dominant.
Avant la fin du Néolithique, la population de l'Irlande excédait probablement les , jusqu'à peut-être atteindre les . Mais autour de , il semble qu'il y ait eu un déclin de la population.
Les études génétiques montrent que vers de nouveaux groupes humains venus d'Europe centrale se sont établis dans l'île et ont en grande partie remplacé les populations néolithiques existantes. Cette « grande vague de modification de génomes » possède environ un tiers de ses ancêtres provenant de la steppe pontique et est associée à la diffusion de la culture campaniforme. Ainsi, alors que les plus anciens fermiers du Néolithique avaient des cheveux noirs, les yeux bruns et ressemblaient davantage à des Européens du Sud, les variantes génétiques qui circulent chez les nouveaux arrivants avaient le type de chromosome Y le plus commun dans l'Irlande actuelle, les allèles des yeux bleus et la variante la plus importante la maladie génétique hémochromatose. Le génome de ces nouveaux arrivants présente une très forte affinité avec les génomes des Irlandais modernes Scientists Sequence First Ancient Irish Human Genomes, tcd.ie, 28 décembre 2015.
Âge du bronze (2100 – 700 ) L'Âge du bronze commence lorsque du cuivre est allié avec de l'étain pour produire des objets en bronze. En Irlande, cela se passe vers lorsque quelques haches plates et des objets semblables sont fabriqués à Ballybeg. À l'Âge du cuivre, la plupart des haches de Ballybeg et de Lough Ravel étaient fabriquées en cuivre. Le bronze est utilisé pour fabriquer à la fois des armes et des outils. Épées, haches, dagues, hallebardes, alènes, gobelets, trompettes sont parmi les objets découverts dans les sites de l'Âge du bronze. Les artisans irlandais deviennent particulièrement réputés pour leurs trompettes en forme de cor, fabriquées par la méthode de la cire perdue. On en retrouve dans toute l'Europe et on peut en voir une représentation auprès du Gaulois mourant, sculpture grecque attribuée à Épigone.