(littéralement Une Expérience sur un oiseau dans une pompe à air) est une peinture à l'huile de 1768 du Britannique Joseph Wright of Derby appartenant à une série de peintures représentant des scènes éclairées à la lueur de bougies, peintes pendant les années 1760.

Cette œuvre s'écarte des conventions de l'époque en dépeignant un sujet scientifique de façon révérencieuse. Ce style était cependant jusqu'alors réservé à des scènes d'inspiration religieuse ou historique. Wright était étroitement intriqué dans la représentation de la révolution industrielle et des avancées scientifiques des Lumières. Bien que ses peintures fussent reconnues originales par ses pairs de l'époque, son statut de provincial et le choix de ses sujets a fait que son style n'a jamais été largement imité. La peinture est une possession de la National Gallery depuis 1863 et est toujours considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de l'art britannique.

L'œuvre représente un savant, précurseur des scientifiques modernes, reproduisant une des expériences de Robert Boyle avec une pompe à air, dans laquelle un cacatoès est privé d'oxygène sous le regard d'une audience variée. Ce groupe montre des réactions diverses, mais la plupart d'entre eux montrent plus d'intérêt à l'aspect scientifique qu'au sort de l'oiseau. Le personnage central dirige son regard hors champ, vers le spectateur, comme s'il l'invitait à rejoindre le dénouement de cette expérience.

Contexte scientifique

En 1659, Robert Boyle ordonna la fabrication d'une pompe à air, alors décrite comme un « moteur pneumatique », et nommée aujourd'hui pompe à vide. La pompe à air avait été inventée en 1650 par Otto von Guericke, mais peu de scientifiques s'étaient essayés à sa construction en raison d'un coût prohibitif. Robert Boyle, fils du comte de Cork Richard Boyle, n'avait pas ce genre de soucis. Il fit d'ailleurs don du modèle originel à la Royal Society conservant deux modèles améliorés pour son usage personnel. En dehors des pompes conçues pour Boyle, il n'en existait pas plus de quatre autres durant les années 1660 : une pour Christian Huygens à La Haye, peut être une autre pour à Halifax et vraisemblablement un modèle au Christ's College de Cambridge et à l'Académie de Montmor à Paris. La pompe de Boyle, conçue spécifiquement pour son usage et construite par Robert Hooke était complexe et difficile à manipuler. De nombreuses expériences ne purent être réalisées qu'en présence de Hooke, Boyle lui laissant souvent le soin des démonstrations publiques, qu'il géra tout autant par son sens du spectacle que par ses qualités d'expérimentateur.

Malgré les obstacles expérimentaux et les difficultés de maintenance, la construction de la pompe permit à Boyle de mener de grandes expériences sur les propriétés de l'air, qu'il décrit par la suite dans son ouvrage New Experiments Physico-Mechanicall, Touching the Spring of the Air, and its Effects (Made, for the Most Part, in a New Pneumatical Engine) (Nouvelles expériences Physico-Mécaniques sur la Compression de l'Air et ses Effets (faites principalement à l'aide d'une nouvelle Machine Pneumatique)). Dans ce livre, il décrit avec un grand luxe de détails 43 des expériences qu'il mena, à l'occasion aidé de Hooke, sur l'effet de l'air lors de divers phénomènes. Boyle testa l'effet de l'air raréfié sur la combustion, le magnétisme, le son et sur un baromètre, ainsi que l'effet de l'augmentation de la pression de l'air sur diverses substances.

Il lista en particulier deux expériences menées sur des animaux vivants : l'expérience 40, qui étudiait les capacités de vol des insectes sous une pression réduite et l'expérience 41, qui prouva la dépendance des créatures vivantes à l'air… Dans cette tentative de découvrir quelque chose à propos de la nécessité pour les animaux de respirer, « que la Nature avait comblé en fournissant les poumons », Boyle mena de nombreux essais au cours desquels il utilisa une grande variété de créatures, en particulier des oiseaux, des souris et des mouches et étudia leurs réactions lorsque l'air était retiré. Il décrit ici l'expérience menée sur une alouette : « L'oiseau parut bien vivant pendant quelques instants; mais lorsque l'extraction d'air s'intensifia, la bête apparut manifestement malade et commença à chuter, et fut rapidement prise de convulsions violentes, à la manière de la volaille à laquelle on a coupé la tête. L'oiseau se releva à deux ou trois reprises puis mourut, la poitrine relevée, la tête vers le bas et le cou de travers. »

Lors de la réalisation de son œuvre en 1768, Wright connaissait bien les pompes à air, qui s'étaient démocratisées chez les scientifiques, à tel point que de nombreuses démonstrations scientifiques publiques (souvent menées par un animateur, plutôt que par un scientifique) avaient pour point d'orgue une « expérience d'un animal dans la pompe à air ». James Ferguson, astronome écossais et connaissance de Joseph Wright (tous deux avaient pour ami John Whitehurst) indiqua qu'un « poumon de verre » contenant une vessie remplie d'air était le plus fréquemment employé car l'utilisation d'un animal vivant aurait été « trop choquant pour tout spectateur doté d'une once d'humanité ».

La peinture Histoire Durant son apprentissage et au début de sa carrière, Wright se spécialisa dans la réalisation de portraits. En 1762, il était un portraitiste accompli et c'est son portrait de groupe de 1674 James Shuttlework, his Wife and Daughter (James Shuttleworth, sa femme et sa fille) qui fut reconnu comme son premier chef-d'œuvre. Benedict Nicholson suggère que Wright était influencé par le travail de Thomas Frye et en particulier par une série de manière noire qu'il avait achevé juste avant de mourir, en 1762. Ce sont sans doute les images à la lueur de bougie réalisées par Frye qu'a tenté de reproduire Wright. Sa première tentative, A Girl reading a Letter by candlelight with a Young Man looking over her shoulder (La demoiselle lisant une lettre à la lueur de bougie et le jeune homme regardant par-dessus son épaule), datant de 1762 ou 1763 est un de ces essais dans le genre, et possède une certaine complexité qui renforce son attrait. Le An Expirement on a Bird in the Air Pump est une des œuvres de la série des peintures nocturnes à la lueur des bougies qu'il a réalisées entre 1765 et 1768.

Le tableau Three Persons Viewing the Gladiator by Candlelight, le premier de ses chefs-d'œuvre de la série des peintures représentée à la lueur de bougie fut peint en 1765 et montre trois hommes admirant le « Gladiateur Borghèse ». Le Gladiator fut beaucoup admiré mais sa réalisation suivante, A Philosopher giving that Lecture on the Orrery, in which a Lamp is put in place of the Sun (connue sous le nom raccourci de A Philosopher Giving a Lecture on the Orrery ou simplement The Orrery (Le Savant expliquant le fonctionnement du planétarium)) causa une certaine agitation car il remplaçait le sujet central classique par un sujet scientifique. La description de Wright de la crainte produite par les « miracles »scientifiques marqua une rupture avec les traditions antérieures où la réalisation de « merveille » était bornée aux faits religieux. Pour Wright, les merveilles de l'âge technologique étaient donc aussi empreintes de respect que les sujets développés sur les plus grandes peintures à caractère religieux. Un commentaire anonyme de l'époque dit de Wright qu'il était « d'un grand et rare génie dans sa singularité ». Le Planétarium fut peint sans avance, probablement dans l'espoir qu'il serait acheté par Washington Shirley, de Ferrers un astronome amateur qui possédait d'ailleurs son propre planétarium et avec qui l'ami de Wright, Peter Perez Burdett, passa quelque temps dans le Derbyshire. Les portraits supposés de Burdett et du comte de Ferrers apparaissent dans la peinture, Burdett prenant des notes et le comte de Ferrers, assis à côté du planétarium. Le comte de Ferrers acheta la peinture pour , puis le sixième comte la vendit aux enchères. Il est désormais propriété du Derby Museum and Art Gallery.

Détail An Experiment on a Bird in the Air Pump suivit en 1768, et l'expérience chargée d'émotion contrastait avec la scène ordonnée du Planétaire. La peinture, qui mesure sur 244, montre un cacatoès blanc s'agitant sous la panique alors que l'air se retire lentement sous l'effet de la pompe. Les témoins de la scène montrent des réactions et des émotions variées : une des fillettes observe le destin de l'oiseau, affichant un air très inquiet, tandis qu'une autre est trop bouleversée pour observer la scène et se fait réconforter par son père. Deux hommes (l'un d'entre eux chronométrant négligemment l'expérience) et un garçon observent quant à eux avec intérêt, tandis que les amoureux sur la gauche demeurent absorbés l'un par l'autre. Le scientifique lui-même regarde directement vers l'extérieur de l'image, comme s'il invitait le spectateur à décider du sort de l'oiseau, en laissant la pompe fonctionner ou bien en stoppant celle-ci. Du côté des enfants, c'est de la sympathie qui semble apparaître pour l'oiseau ; David Solkin suggère que le sujet de la peinture est aussi le détachement du public par rapport aux évolutions de la science. Les individus interagissent entre eux : le père avec ses enfants, le jeune homme avec la demoiselle, tandis que la détresse de l'oiseau n'est que le sujet d'une étude minutieuse. D'un côté du garçon à l'arrière, la cage vide du cacatoès est visible au mur ; pour accentuer l'aspect dramatique de la scène, on est incapable de déterminer s'il redescend la cage, ce qui indiquerait que l'oiseau y retournerait après l'expérience, ou bien si la cage est remise à sa place, indiquant la mort certaine de son occupant. On peut autrement imaginer qu'il tire les rideaux pour bloquer la lumière de la lune.

Pour Jenny Uglow, ce garçon est une reprise de la dernière peinture de William Hogarth The Four Stages of Cruelty (Les quatre étapes de la cruauté), et traduit ainsi l'arrogance et la cruauté potentielle d'une telle expérience. De son côté, David Fraser y voit aussi des similitudes avec un public regroupé autour d'une démonstration centrale.

La position neutre du personnage central et les intentions incertaines du garçon avec la cage furent des idées tardives : une étude préliminaire, retrouvée au verso d'un autoportrait, ne laissait pas apparaître le garçon et montrant le scientifique rassurant les fillettes. Dans cette esquisse, il était certain que l'oiseau était voué à survivre, mais la composition manquait de force par rapport à la représentation finale. Wright, qui avait tiré nombre de ses sujets de la poésie anglaise, connaissait sans doute le passage du Vagabond (1729) de Richard Savage :