thumb|Gisant d’Artus Gouffier, dans la collégiale d’Oiron. Artus (ou Arthus) Gouffier de Boisy, né le au château de Boisy, et mort le à Montpellier, est un conseiller royal et diplomate français membre de la famille Gouffier.
Il fut seigneur de Boisy, de Saint-Loup et d’Oiron, baron de Roannais, comte d'Étampes et grand maître de France.
Homme de paix, il œuvra jusqu'à son décès le , à établir une paix entre le futur Charles Quint et Francois , dont il a été le principal conseiller dès l’avènement de celui-ci en 1515. Il en avait été dès 1506 son gouverneur, c'est-à-dire le responsable de son éducation.
Biographie Jeunesse Artus Gouffier est né le à environ 13 h 30. C'est l’aîné du second mariage contracté le , entre Guillaume Gouffier, seigneur de Boisy, sénéchal de Saintonge (ca. 1420/25- à Amboise) et Philippe de Montmorency († à Chinon ; fille de Jean II et tante du connétable Anne).
Guillaume et Philippe Gouffier ont huit autres enfants dont Louis Gouffier († 1503), chanoine de la Sainte-Chapelle et abbé de Saint-Maixent ; Adrien Gouffier († 1523), cardinal, légat a latere de Léon X en 1519-1520, évêque d'Albi, grand aumônier de France et abbé de Saint-Florent lès Saumur ; Pierre Gouffier († 1516), abbé de Saint-Denis en 1504, de Saintt-Pierre-sur-Dives et de Saint-Maixent ; l'amiral de France Guillaume Gouffier de Bonnivet († 1525) ; Charlotte Gouffier (1482-1558), gouvernante des enfants de François (épouse de René de Cossé-Brissac, mère des maréchaux Charles et Artus, et de l'évêque et grand aumônier de France, Philippe) ; Anne Gouffier également gouvernante des enfants de France ; et Aymar Gouffier (1488-1528), abbé de Saint-Jouin de Marnes, de Saint-Denis, de Cluny et évêque d'Albi.
Artus avait également six demi-frères et sœurs par son père ayant épousé en premières noces Louise de Chaumont d'Amboise, fille de Pierre : dont Madeleine, aussi gouvernante des Enfants de France, femme de René Le Roy de Chavigny et mère de Jacques Le Roy ; et un demi-frère du côté de sa mère.
Il devient au plus tard en 1490 enfant d’honneur du roi Charles VIII puis écuyer et panetier. Il se trouve ainsi placé dans l’intimité du jeune roi et c’est à ce titre qu’il l’accompagne lors de la conquête de Naples, combattant à ses côtés lors de la bataille de Fornoue, le et gagnant définitivement sa confiance ainsi que celle de la reine, Anne de Bretagne.
Gouvernement de François d'Angoulême Après la mort de Charles VIII, Artus Gouffier reste proche de son successeur, Louis XII, fort du soutien que son père Guillaume avait apporté lors de la Guerre folle à celui qui n’était encore que duc d’Orléans. C’est ainsi que Louis XII le fait bailli de Vermandois le puis capitaine de Chinon le .
En 1506, il est choisi comme gouverneur du jeune François d’Angoulême par la mère de ce dernier, Louise de Savoie, en remplacement de Pierre de Rohan-Gié qui vient d’être disgracié. Anne de Bretagne a vraisemblablement joué un rôle central dans sa désignation, car elle figurait parmi les adversaires du maréchal. Cette charge de gouverneur était déterminante car Louis XII n’ayant pas de fils, François d’Angoulême se trouvait le premier dans l’ordre de succession au trône de France et devient par la suite, François .
En tant que gouverneur, Artus était vraisemblablement chargé de l’aspect chevaleresque et militaire de l’éducation du jeune prince. Quand Jean de Saint-Gelais énumère les mérites d’Artus sur l'éducation du futur roi, insiste principalement sur ses hauts faits durant la campagne napolitaine de 1494-95.
La confiance de Louise de Savoie et de François d’Angoulême se concrétise à plusieurs reprises dans les années qui suivent. En 1508, il fait office de procureur de Louise de Savoie lors de l’hommage rendu pour elle au roi pour les seigneuries de Matha, Aulnay et Maulévrier. En 1513, François d’Angoulême fait de lui le gouverneur de son duché de Valois. En 1514, il est nommé en tête de la liste des officiers de la maison de François d’Angoulême.
Grand maître de France C'est après l'avènement de François comme roi de France après la mort de Louis XII, qu'Artus Gouffier devient un personnage central de la cour. Il est ainsi nommé grand maître de France le , succédant à Jacques II de Chabannes de La Palice. Grand officier de la couronne, le grand maître est chargé de diriger toute l’activité de la cour : il supervise les appointements du personnel de la cour, contrôle les dépenses, garde les clés des résidences royales et veille à la sécurité du roi.
Il est également nommé capitaine d'Amboise le puis gouverneur du Dauphiné le .
Durant les négociations qui précédent la signature du concordat de Bologne, dans les derniers mois de l’année 1515, son rôle devient prépondérant : il devient le conseiller le plus écouté de François .
Lorsque le Concordat est finalement signé le , Artus Gouffier a déjà quitté l'Italie pour mener au nom du roi une autre négociation durant ce même mois où il rencontre les émissaires du jeune roi d'Espagne Charles , futur Charles Quint, à Noyon.
Quelques mois plus tard, au début de l’année 1517, c’est encore le grand maître qui conduit la délégation française qui rencontre à Cambrai les émissaires de l’empereur Maximilien , avec qui un autre traité est alors signé.
Le Concordat et ces différents traités visaient à assurer la sécurité extérieure du royaume vis-à-vis de ses puissants voisins. Pour compléter ce dispositif, une ambassade est également organisée en 1518 auprès d'Henri VIII, en Angleterre. L’ambassade a lieu, mais Artus Gouffier ne peut pas la conduire du fait des graves crises de goutte qui l’assaillent régulièrement.
Il parvient tout de même à organiser une nouvelle rencontre avec les émissaires de Charles d’Espagne, au printemps 1519, à Montpellier. Cette entrevue visait à apaiser les tensions suscitées entre les deux souverains par la mort de Maximilien, le , dont la succession attisait les convoitises des deux jeunes rois de France et d’Espagne.
Largement compromises par cette rivalité, les négociations de Montpellier sont finalement interrompues brutalement le par le décès du grand maître, emporté par une nouvelle crise de la maladie, qui sert de prétexte aux autres ambassadeurs de François pour mettre fin aux discussions. 100px|thumb|Blason de la famille Gouffier « D'or, à 3 jumelles de sable en fasce ».
Mariage et descendance Artus Gouffier épouse par contrat du , Hélène de Hangest (ca. 1483-), fille unique de Jacques d'Hangest, seigneur de Genlis (aujourd'hui Villequier-Aumont), Magny (aujourd'hui Guiscard), et de Jeanne de Moy. Elle est la nièce de Charles de Hangest, évêque comte de Noyon de 1501 à 1525. Elle lui apporte en dot toutes ses seigneuries. Après la mort de son époux, elle fait poursuivre les travaux au château d'Oiron et à la collégiale d'Oiron et demande à y être inhumée avec son époux.
De leur union sont issus trois enfants :
Claude Gouffier (1500/01-1570), de Roannais, marquis de Boisy, comte de Caravas, seigneur d'Oiron, Grand écuyer de France, premier gentilhomme de la chambre du Roi, chevalier de son ordre, capitaine des cent gentilshommes de sa Maison, marié cinq fois et ayant eu 13 enfants dont Gilbert Gouffier, de Roannais ; Hélène Gouffier († 1533), mariée le avec Louis de Vendôme (1500/01-1526), vidame de Chartres, capitaine des Gentilshommes ordinaires de la Maison du Roi en 1523 et grand veneur de France en 1524 ; avec qui elle a François de Vendôme (1522-1560) ; puis le avec François de Clermont-Gallerande, seigneur de Traves (leur fille unique Hélène de Clermont, la Belle de Traves, héritière de Traves et Toulongeon, épouse Antoine de Gramont en 1549) ; Anne Gouffier, religieuse à Fontevraud. Artus a également un autre enfant, très certainement illégitime, Tristan Gouffier qui est en âge de combattre en 1523 mais dont on ne sait pas l'âge exact, seulement qu'il a reçu en héritage les biens de Vouldes en 1540 par Claude Gouffier.
Terres et titres Par son père, Artus Gouffier se trouvait à la tête d’un ensemble de terres dont les deux pôles se situaient l’un en Poitou, à Oiron, l’autre en Forez, autour de Roanne et Boisy. Tandis qu'en Anjou, il reçoit de Louise de Savoie en 1514, la seigneurie de Maulévrier (érigé en comté par François en 1542).
La faveur de François lui valut plusieurs autres terres et titres : seigneuries de Villedieu-sur-Indre (), comté d’Étampes le (à titre viager uniquement), de Bourg-Charente () et Garde-Épée à Saint-Brice.
Sa fortune lui permit dans le même temps d’arrondir le périmètre de ses possessions autour d’Oiron avec l’acquisition des seigneuries de Saint-Loup pour 36 000 livres en 1517 (confirmée deux ans plus tard par le Parlement de Paris), de Saint-Généroux en 1518 (en échange d'une rente annuelle de 20 livres) et de Passavant.
En , il acquit pour 55 000 livres tournois l'administration du douaire de l'ancienne reine Marie Tudor, qui comporte La Rochelle, Saint-Jean d'Angély, Rochefort, Chinon, Loudun et Pézenas.
De plus, juste après la victoire de Marignan, François fit don à Artus Gouffier d’un ensemble de seigneuries du duché de Milan, l’ensemble étant érigé en un comté de Caravaggio, dont l'apport par an est estimé à 8 000 livres tournois. Ces seigneuries furent définitivement perdues par son fils Claude après la perte définitive du duché de Milan par la couronne de France en 1525, mais le titre de comte de Caravaggio, francisé en Caravas ou Caravaz, resta à ses descendants (sans doute le Carabas du ''Chat botté'' de Perrault ?).
Toujours en 1515, le , Suzanne de Bourbon, lui transfère tous les droits qu'elle a dans la seigneurie de Roanne puis la moitié de la châtellenie, le de la même année.
La consécration de vaste ensemble vient le , avec l’érection des seigneuries foréziennes d’Artus Gouffier en duché-pairie : pour la première fois, ce titre était attribué à un personnage qui n’était pas prince du sang. Malheureusement, les lettres du roi n’avaient pas encore été enregistrées à la mort du grand maître, elles n’ont donc jamais pris effet.
Artus Gouffier et le château d'Oiron C'est dans le Poitou, au château d'Oiron, qu'Artus fit réaliser des aménagements destinés à en faire le cœur des possessions de la famille.
Outre quelques aménagements sur l'ancien logis médiéval, il entreprit surtout la construction, juste à côté du château, de la collégiale Saint-Maurice, autorisée le par une bulle pontificale. Elle est destinée à remplacer l'ancienne église qui tombe en ruine, pour en faire une nécropole familiale, elle abrite aujourd'hui encore les gisants de sa famille.
Épitaphes Artus Gouffier laissait à sa mort l'image d'un homme de paix, mort avant d'être parvenu à un accord entre François et Charles d'Espagne, dirigeant des plus grandes puissances de la chrétienté. De fait, quelques mois plus tard, l'élection du second comme empereur sous le nom de Charles Quint signe le début des hostilités entre les deux royaumes. La concomitance de la mort du grand maître et de la reprise des hostilités a fortement marqué ses contemporains, ce qui transparait dans plusieurs textes de l'époque : Fleuranges : Fleuranges (Robert III de La Marck, sire de), Mémoires, éd. Robert Goubaux et P.-André Lemoine, Paris, 1913-1924, I, . ; Martin du Bellay : Martin et Guillaume du Bellay, Mémoires, éd. V.-L. Bourrilly et F. Vindry, Paris, 1908-1919, 4 vol. ; Nicolas Versoris : Nicolas Versoris, Livre de raison, éd. G. Fagniez, dans Mémoires de la Société d'histoire de Paris et de l'Île-de-France, Paris, 1885, t. XII, ; Brantôme : Brantôme (Pierre de Bourdeille, abbé de), Œuvres complètes, éd. Ludovic Lalanne, Paris, 1864-1882, I, ..
L'auteur le plus prolifique sur le sujet fut le rhétoriqueur poitevin Jean Bouchet, qui a doté son ouvrage Le Labyrinthe de fortuneJean Bouchet, Le Labyrinthe de fortune, Poitiers, 1524. d'un , où l'on peut lire notamment :
Distinction 40px Chevalier de l'ordre de Saint-Michel (1517).
Notes et références
Notes
Références